"Des choix politiques doivent être faits" pour aider les handicapés

Publié le 17-06-11 à 12:17    Modifié à 17:35     Réagir

"La question du handicap n'est pas encore vue comme un problème de société mais comme un problème de coûts", affirme Jean-Marie Barbier, président de l'association des paralysés de France.

Jean-Marie Barbier, président de l'association des paralysés de France. (AFP) Jean-Marie Barbier, président de l'association des paralysés de France. (AFP)

Interrogé par le Nouvel Observateur, Jean-Marie Barbier, président de l'association des paralysés de France (APF) estime que les politiques français ne se saisissent pas autant qu'ils le devraient des questions liées au handicap. Interview.

 

Louis van Proosdij, paraplégique qui a dénoncé sur son blog la dégradation de ses conditions de vie,  a ému les réseaux sociaux ces derniers jours. Sa situation est-elle significative des problèmes que peuvent rencontrer les personnes handicapées nécessitant une aide à domicile ?

Oui, en effet. Mais ce monsieur est un entrepreneur qui a été reçu par Eric Besson et son problème a été réglé en dix-huit minutes alors que nous, cela fait dix-huit mois que l'on attend. De nombreux sujets ne sont pas abordés comme ils le devraient. Par exemple, rappelons qu'en 2010, on dénombre 4.000 suppressions d'emplois dans les services d'aide à domicile et que ce chiffre sera sans doute supérieur à 5.000 en 2011.

Quelles sont les aides dont peut bénéficier à l'heure actuelle un adulte handicapé ?

Il faut distinguer les aides humaines, qui sont prises en charge par les départements, et les ressources octroyées aux personnes en situation de handicap telle que l'allocation aux adultes handicapés (AAH) comme revenu minimum pour que celles-ci puissent vivre. Le montant de l'AAH est d'environ 700 euros.

Mais la loi de 2005, qui a confié aux départements par le biais de Maisons des personnes handicapées le soin de gérer les aides humaines, a également entrainé la suppression de 50 millions d'euros d'aide. Les négociations de budgets se font désormais département par département et cela peut créer des disparités.

Concernant l'association des paralysés de France (AFP), sur nos vingt services d'aides, quinze fonctionnent normalement mais cinq sont en grande difficultés par manque de moyens, particulièrement dans les Yvelines.

A quoi sont dues ces difficultés ?

Le prix de revient d'une heure d'aide à domicile pour nos services est de 26 euros. Ces coûts sont liés à la qualification et la formation des personnels. Mais, le département accepte de la financer à hauteur de 12 euros de l'heure. Nos services ne peuvent donc pas s'en sortir d'autant que les personnes handicapées ne peuvent, le plus souvent, pas compléter la différence.

Parallèlement, de nouveaux services privés moins chers se sont développés. Mais cette compétitivité tient parfois à un manque de formation des personnels, à une organisation du travail différente. Bien que sans garantie, les personnes handicapées se retrouvent bien souvent, par manque de moyens, dans l'obligation d'accepter ce type d'offre.

Cette mise en concurrence est nuisible aux handicapés.

 

Pourquoi n'existe-t-il pas de label de qualité ?

La Maison départementale des personnes handicapées attribue à chaque bénéficiaire un nombre d'heure d'aide par mois. Ensuite, celui-ci choisit l'organisme qu'il souhaite. Mais tous les départements ne bénéficient pas du même panel d'offres. Le manque de moyens créé des déséquilibres.

Pour tenter de pallier à ce problème, l'APF et d'autres associations essayent actuellement de mettre en place un label baptisé Cap'Handéo. Il a pour objectif d'offrir plus de lisibilité aux usagers en situation de handicap ainsi que des garanties de service.

Où en est le développement de l'accessibilité des personnes à mobilité réduite alors que la mise en conformité des lieux ouverts au public (bâtiments, logements ou établissements) doit être effective au 1er janvier 2015 ?

Seuls 15% de ces lieux ont pour l'instant été mis en conformité. Il semble donc certain que les 100% ne seront pas atteints en 2015. Mais ce constat est également dû au fait que la loi a donné un délai de 10 ans, ce qui fut d'ailleurs mal vécu par les personnes handicapées. Beaucoup ont attendu pour réaliser les travaux nécessaires dans les établissements, certains n'ont pas commencé. Il est clair que l'on se dirige vers des dérogations, notamment avec la proposition de loi du député Paul Blanc qui sera examinée le 28 juin prochain à l'Assemblée nationale. Les lobbies font pression et vont obtenir gain de cause.

La loi de 2005 est pourtant la troisième en 35 ans sur cette question (bien qu'elle soit la seule ayant imposée un délai) mais le problème n'est toujours pas réglé.

Quel bilan tirez-vous de l'action du gouvernement sur la question du handicap ? Roselyne Bachelot parle d'"avancées considérables", qu'en pensez-vous ?

Nous ne partageons pas du tout l'avis de la ministre de la Santé. Certes, il y a eu quelques avancées en ce qui concerne la question des enfants handicapés dont les besoins spécifiques sont désormais davantage pris en compte. Le nombre de créations de place dans des structures spécialisés apparait également encourageant. Et même sur ce point, elles ont jusqu'ici été annoncées mais pas financées. Nous sommes donc pour l'instant loin des 50.000 places annoncées par Nicolas Sarkozy et bien plus proche de 30.000, un chiffre qui n'est pas à la hauteur des besoins.

Sur les autres plans, on n'a pas avancé et même reculé sur certains points tels que l'aide humaine. Ainsi, des handicapés qui se voyaient octroyer jusqu'ici 100 heures d'aide, n'en ont bien souvent aujourd'hui que 80 heures.

Roselyne Bachelot a raison lorsqu'elle parle de la hausse des dépenses mais celle-ci est liée à l'augmentation du nombre de bénéficiaires. Cela montre bien que la question du handicap n'est pas encore vue comme un problème de société mais comme un problème de coûts. Et tant que l'on réfléchira ainsi, nous n'avancerons pas. Des choix politiques doivent êtres faits et ce n'est pas le cas.

Interview de Jean-Marie Barbier, président de l'APF, par Anne Collin

(Le 16 juin 2011)

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20110617.OBS5340/des-choix-politiques-doivent-etre-faits-pour-aider-les-handicapes.html