article publié sur le site autisme infantile

Un tabou

Un tabou

207/365 – Drumming away (photo: Ramiro Ramirez)

Près de chez moi, il y a un centre socioculturel qui propose des activités aux habitants du quartier. En passant devant par hasard, j’ai découvert qu’il y avait un cours de percussions djembé pour les 11/15 ans, un soir où Léonard est disponible.

Je suis entrée et j’ai parlé avec la directrice: il y avait encore de la place, je pouvais y inscrire Léo. J’ai alors expliqué qu’il s’agit d’un enfant avec autisme.

J’étais presque certaine que cela ne poserait pas de problème, mais j’aime autant avertir les personnes susceptibles d’être en contact avec Léo, au cas où il pourrait semble « particulier » ou mal élevé. ;)

Elle me confirme que ce n’est pas un souci, et m’invite même à proposer à Léonard un cours d’essai pour voir si ça lui plait, et de l’inscrire ensuite. C’est ce que nous décidons de faire, et ce matin j’y suis retournée afin de procéder à l’inscription.

La directrice était occupée, alors j’ai été reçue par une autre dame, qui a rempli la fiche d’inscription. Elle m’a demandé si Léo avait déjà eu la rubéole, la rougeole, s’il a des allergies, s’il est asthmatique, etc. À la fin, elle m’a demandé s’il a des problèmes de santé particuliers. Sans hésiter, j’ai répondu: « Il est autiste ».

Stupeur. La dame m’a regardée et m’a dit: « Je ne vais pas l’écrire. Je vais en parler à ma responsable ». Cette fois, c’est moi qui ai été stupéfaite, et je lui ai dit: « Bah si, il faut l’écrire! »

La réponse de la dame a été encore plus stupéfiante. Elle m’a répondu: « Mais c’est de l’ordre du privé! »

Euh… Oui, bien sûr que c’est de l’ordre du privé. Mais tout le questionnaire était très privé: elle m’avait quand même demandé mes revenus, puisque le tarif des cours est calculé selon le coefficient familial de la CAF. Elle m’avait aussi demandé ma nationalité, ma situation familiale, mon adresse, et même si j’avais un suivi social!

Je lui ai répondu: « Oui, mais pas plus que l’asthme ou les allergies! »

Et là, la dame a fini par lâcher: « Certains parents ne veulent pas que nous l’écrivions. » Aussi sec, j’ai répondu: « Ah bon? Pas moi! Je n’ai aucun problème avec l’autisme de mon fils. »

Et aussitôt, je me suis demandé: mais comment ces enfants peuvent vivre au mieux leur situation si leurs parents ont honte de leur autisme, ou si pour eux c’est un tabou dont il faut taire le nom?