Doriane Garçon-Cleuziou a appris à monter toute petite à Châteaulin. Devenue monitrice, elle vient de passer un précieux diplôme lui permettant d'enseigner l'équitation à toutes les personnes handicapées.

«Tout le monde peut monter!». Doriane Garçon-Cleuziou en est persuadée. Et elle le prouve. La jeune monitrice du centre équestre de Brasparts accueille, chaque jeudi, un groupe d'adultes handicapés du foyer de vie de Dinéault. «Ils sont super-heureux de venir ici. Beaucoup sont autistes et le rapport à l'animal est très important pour eux. Certains montent, d'autres préfèrent tenir le cheval ou simplement le brosser. Ils font ce qu'ils veulent. À leur rythme. L'essentiel est qu'ils y prennent du plaisir». Un plaisir partagé par cette jeune passionnée qui a pris ses premiers cours d'équitation, à Châteaulin, dès l'âge de trois ans.

La jambe broyée

«J'ai toujours vécu entourée de chevaux, ici, à Brasparts, avec mon grand-père qui en élevait deux ou trois». Pourtant Doriane a bien failli ne plus jamais pouvoir monter. «En 2004, j'étais en première à Saint-Louis, lorsqu'à la suite d'une mauvaise chute de cheval, j'ai eu la jambe complètement broyée». S'en sont suivis deux ans de galère, en fauteuil roulant et sur béquilles. Ce qui ne l'a pas empêchée d'obtenir son bac littéraire, option art plastique. «J'hésitais entre l'école des beaux-arts et la fac de sport. Les métiers artistiques ne courent pas les rues. Quant au sport, j'ai dû faire une croix dessus à cause de mon accident». Mais le cheval, c'est son dada. Têtue comme une mule, la jeune Doriane ne baisse pas les rênes. Un an après le bac, elle passe son brevet professionnel de monitrice d'équitation, suivi d'une formation complémentaire pour le débourrage des jeunes équidés.

Enfants déficients visuels

«Au départ, je ne pensais pas enseigner. J'ai donc commencé une carrière de cavalière dans différents centres bretons». Mais à force de préparer les chevaux aux concours, de les dresser et de monter trop souvent, ses douleurs à la jambe sont revenues. En 2009, devenue monitrice à Loperhet, elle prend en charge un groupe d'enfants déficients visuels. «C'était génial de leur apprendre à monter». L'idée de se spécialiser dans l'équitation auprès des personnes handicapées commence à faire son chemin. L'année suivante, Guillaume Le Gall, l'ancien prof d'hippologie du Nivot qui dirige le centre équestre de l'Arrée, lui propose un poste. De retour dans son «fief» de Brasparts, Doriane planche sérieusement sur la question du handicap. «À la suite de mon accident, j'ai ponctuellement vécu cette situation. Et puis avec une mère travaillant en foyer de vie et un père dans un Esat, le handicap, je connais un peu». Reste à sauter la barrière de la formation spécialisée. Mais quand Doriane a pris une décision, rien ne l'arrête. Il y a un mois, après une année passée à alterner stages pratiques et théoriques, la jeune monitrice de 26ans obtient son brevet fédéral d'encadrement équi-handi (BFEEH).

La seule dans le Finistère

Ils ne sont que sept moniteurs à l'avoir obtenu en Bretagne, dont deux dans le Finistère. Sur ces deux-là, seule Doriane a décroché les deux mentions: moteur-sensoriel et mental. Elle peut donc prendre en charge tous les types de handicap. «Je le faisais déjà avant mon diplôme mais celui-ci m'a vraiment appris à savoir réagir face à toutes les situations et surtout à être plus proche des personnes handicapées». Fort de l'expérience de sa monitrice, le centre équestre est en voie de labellisation pour devenir un pôle de référence équi-handi. D'autant qu'il est probable qu'à l'avenir, seuls les clubs labellisés puissent faire monter des personnes handicapées. La fédération y réfléchit. «Si des professionnels du handicap souhaitent se joindre à nous pour enrichir nos pratiques, ils sont les bienvenus». Tout le monde peut aider. Contact Centre équestre del'Arrée: tél.06.70.62.84.69.

Loïc L'Haridon