article publié dans la Dépêche

Publié le 21/01/2014 à 03:50, Mis à jour le 21/01/2014 à 07:43 | 3

IME de Moussaron

Dimanche soir, à Auch, le reportage de «Zone Interdite» était diffusé en présence des parents du collectif qui dénonce les maltraitances./Photo Nedir Debbiche

Dimanche soir, à Auch, le reportage de «Zone Interdite» était diffusé en présence des parents du collectif qui dénonce les maltraitances./Photo Nedir Debbiche

 

Il est à peine plus de 20 heures, dimanche. Dans la petite cour devant la salle de la CGT Gers, à Auch, où sera projetée l’émission «Zone interdite» de M6, qui est parvenue à filmer à l’intérieur de l’IME de Moussaron, à Condom, les fumeurs enchaînent les cigarettes. Une maman, membre du collectif composé en majorité de Lot-et-Garonnais

[N.D.L.R. : l’IME en accueille 34 sur 85] qui dénonce les maltraitances rédige un SMS à une amie : «J’ai peur de ce que je vais voir».
«Envie de vomir»

Ce sentiment revient dans toutes les bouches des mamans du collectif présentes avant le début même de l’émission. «On va enfin voir les conditions réelles d’accueil», lance Sabrina Serres, porte-parole du collectif de parents victimes, inquiète.

Après une heure de reportage, vient le passage sur la structure gersoise. Le journaliste explique avoir voulu tourner dans l’ensemble de la structure et avoir essuyé un refus de la part de l’équipe dirigeante. Finalement, c’est un membre du personnel, équipé d’une caméra cachée qui filme la partie de l’IME non rénovée, où se situent de nombreux polyhandicapés. Les images sont dures. Insoutenables. Au bout de quelques instants, une maman quitte la salle, alors que vient d’apparaître la scène de deux adolescents nus, assis sur un sceau hygiénique devant d’autres pensionnaires.

Deux Ferrari et une Bentley

«J’ai eu envie de vomir. J’ai vu le lieu où dormait mon fils» racontait, hier, Brigitte Piazzo, Villeneuvoise dont l’enfant a passé trois années à l’IME de Moussaron entre 2007 et 2010. Elle ajoute : «Mon enfant a fait un malaise et il n’a pas été pris en charge. Il est décédé quelques mois plus tard. Alors quand je vois que, durant une heure, entre 19 et 20 heures, les pensionnaires sont attachés dans leur lit, sans surveillance, je suis dégoûtée. Si je ne l’avais pas envoyé à Condom, mon fils serait peut-être encore en vie».

Pour les parents, la diffusion de l’émission devait permettre de mettre des images sur des pratiques qu’ils n’ont pu que s’imaginer jusqu’alors. Médusés, les yeux rouges, beaucoup avaient du mal à s’exprimer après les quinze minutes consacrées à l’IME de Moussaron. «Outre les pratiques inhumaines, l’une des choses qui m’a le plus choquée, ce sont les voitures dans le garage», lance Brigitte Piazzo. En effet, dans les dernières minutes du reportage, le journaliste explique qu’a été découvert un garage au sein de la structure, enfermant deux Ferrari et une Bentley, qui pourraient appartenir aux responsables de la structure. En guise de conclusion, la présentatrice lance : «L’IME a été placé sous administration provisoire pour que ces violences cessent définitivement». C’est désormais le combat du collectif des parents.

Julien Sauvage