Autisme : de grands espoirs générés par une petite section en Lunellois
En groupe ou individuellement, les ateliers s'enchaînent studieusement.
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La maternelle Jean-Moulin, à Mauguio, accueille l'unique classe d'enfants autistes de l'académie. Rencontre avec sept élèves à la découverte de l'école.

Aude Tarrega enfile sa marionnette, saisit un portrait et tend l'image aux sept bambins face à elle. "Qui je suis ?", interroge l'enseignante. Pierre reconnaît Vincent mais celui-ci ne réagit pas. Son regard reste dans le vide. Pierre, Vincent, Kamel, Élodie* et les autres sont autistes. Dans cette classe de petite section de maternelle à l'école Jean-Moulin de Mauguio se joue leur avenir scolaire.

Cette classe est la première de l'académie exclusivement consacrée aux enfants diagnostiqués autistes sévères. À ceux pour qui l'inclusion dans l'école de la République était jusqu'à présent impossible. Volonté du troisième Plan autisme inscrit dans la loi de 2005, Mauguio innove. Les petits élèves, issus de plusieurs communes environnantes, suivent l'enseignement à plein-temps. À travers des jeux, câlins, chatouilles mais aussi stimulation cognitive et apprentissage, avec l'objectif de faire sortir de leur mutisme ces bambins de 3 à 5 ans.

"Deux autres classes prévues dans le Gard et les P.-O"

Éric Louvois, inspecteur de l'Éducation nationale, vante la démarche : "La création de cette classe est un pari sur l'avenir. L'investissement est énorme pour stimuler et modeler les comportements d'enfants encore malléables à cet âge. Le but est de les inclure progressivement en milieu scolaire traditionnel jusqu'en CP. Deux autres classes doivent ouvrir dans le Gard et les Pyrénées-Orientales."

Aurélia Simoni, directrice de l'école Jean-Moulin, apprécie la présence de l'équipe de l'unité d'enseignement du Sessad de l'Ombrelle : "Cette classe, avec la présence dans l'établissement des personnels médico-éducatif, nous enrichit."Comme dans un ballet silencieux, l'enseignante et ses assistantes installent les jeux sur la table centrale ainsi que sur les trois bureaux isolés pour faciliter la concentration. Le silence et le calme dominent.

"Ils communiquent avec des symboles, dessins ou photos"

Vincent marche de long en large. Il se jette sur le tapis multicolore, attrape une image et la tend à l'enseignante. "Ils communiquent avec des symboles, dessins ou photos. À son arrivée, il ne parlait pas et mordait. Maintenant, il sait nommer ses frères et sœurs", explique la maîtresse consciente des progrès de ses élèves.

Kevin hurle ; il brise le silence de la petite classe. Il vient de faire tomber le verre rempli de lentilles. L'assistante éducatrice l'enlace. Doucement, elle se met à compter à l'oreille de l'enfant au visage plein de larmes. 1, 2, 3, 4 : elle égrène les secondes, calmement, dans un souffle quasi inaudible face aux pleurs du petit. "Les chiffres le rassurent." 37, 38, l'enfant cesse de pleurer.

La sonnerie du chronomètre résonne. C'est l'heure de la lecture. Horloges, chronomètres, sabliers rythment la vie de la classe. Les jeux s'enchaînent tandis qu'un groupe se rend chez l'orthophoniste et la psy, à disposition dans la pièce voisine. En début d'année, Aude a fait visionner le film Mon petit frère de la lune de Frédéric Philibert, à toute l'école, pour expliquer le comportement de Pierre, Vincent, Kamel, Élodie et les autres. Pierre, lui, va dans la classe d'à côté, avec les 26 élèves de son âge. L'inclusion en milieu scolaire débute, pour lui, par le chant.

(*) À la demande de l'enseignante les prénoms des enfants ont été modifiés.

Quatre questions à Fabien Delmas*

Comment les enfants ont-ils été sélectionnés ?
La choix des sept enfants a été déterminé notamment par la proximité géographique. Dans notre bassin de vie, on estime qu’environ 65 enfants naissent chaque année avec un trouble autistique. Certains pourront suivre une scolarité assistée, voire quasi normale. D’autres non. Cette classe a été créée pour eux.
De quels moyens disposez-vous ?
Les moyens médico-sociaux mis en place sont très importants. Ils sont financés par l’ARS, le coût s’élève à 40 000 € par enfant. L’Éducation nationale fournit l’enseignante et sa formation spécifique, la mairie de Mauguio les locaux, nous gérons l’éducatrice spécialisée jeune enfant, les deux Atsem, les temps d’orthophoniste, de psychomotricien, de psychologue et de supervision. Ce dispositif doit permettre à ces enfants d’être moins “coûteux” à la Sécurité sociale par la suite.
Ces moyens sont-ils suffisants ?
C’est un début prometteur, d’autant qu’auparavant il n’y avait rien. Ce dispositif court jusqu’en 2016 et le programme est budgétisé pour quinze ans au niveau national. Il n’y aura pas d’autres admissions avant qu’un enfant n’accède au CP ou sorte du milieu scolaire.
Ce programme peut-il soigner ces enfants atteints d’autisme ?
Non. Le but est de leur donner le maximum de moyens avec plusieurs méthodes éducatives pour les stimuler mais ils resteront toujours autistes.

*Fabien Delmas est directeur du Sessad de l'Ombrelle de Sésame autisme.