article publié dans Le Républicain Lorrain

En septembre, un nouveau service d’éducation spéciale et de soins à domicile ouvrira sur Rémelfing et Bitche. D’une capacité de 20 places, son but est d’accompagner les enfants autistes dans différents apprentissages.

05/08/2015 à 17:00 , actualisé à 18:00

Michèle Franoz, présidente d’Envol Lorraine, et Florence Varrasso, directrice du futur Essad mettent beaucoup d’espoirs dans les structures qui ouvriront à la rentrée à Bitche et à Rémelfing. Photo RL Michèle Franoz, présidente d’Envol Lorraine, et Florence Varrasso, directrice du futur Essad mettent beaucoup d’espoirs dans les structures qui ouvriront à la rentrée à Bitche et à Rémelfing. Photo RL

Le combat militant mené par l’association Envol Lorraine a fini par porter ses fruits. En septembre prochain, les familles d’enfants autistes du bassin de Sarreguemines-Sarralbe-Bitche auront enfin un interlocuteur en face d’elles. Pour accompagner leurs enfants et les aider à trouver les bonnes méthodes d’apprentissage. Plusieurs Essad (Service d’éducation spéciale et de soins à domicile) de ce type existent en Moselle, mais le plus proche est actuellement à Saint-Avold. Et accuse déjà une liste d’attente d’une cinquantaine de noms. Le nouveau service permettra de prendre en charge des enfants de 2 à 20 ans. Deux pôles accueilleront ce service, avec le soutien des deux municipalités concernées ainsi que des Rotary du secteur : Bitche (à l’école baron de Guntzer) et Rémelfing (à l’ancienne mairie). Le point avec Michèle Franoz, présidente d’Envol Lorraine, et Florence Varrasso, directrice de cet Essad.

L’INTERVIEW

• A qui est destiné ce centre, opérationnel dès septembre ?

« Il est ouvert aux enfants de 2 à 20 ans souffrant d’autisme ou de troubles du spectre autistique, c’est-à-dire de troubles envahissants du comportement. »

• Mais l’autisme, c’est quoi exactement ? Une maladie ?

« On ne devient pas autiste, on naît autiste. Il y a des signes précoces. Il n’y a pas les mêmes interactions avec un bébé autiste, les gazouillis ou les échanges de sourires. Aujourd’hui, il existe des examens qui permettent de détecter l’autisme. Mais les médecins généralistes ou les PMI (protection maternelle infantile) ne sont pas toujours informés. Il ne s’agit pas d’un problème psychiatrique mais d’une question neuro-développementale. »

• Quelle différence entre un autiste et une personne "normale" ?

« Physiquement, rien ne les différencie. Mais le cerveau de l’autiste fonctionne autrement. Les connexions cérébrales sont activées différemment. Les enfants par exemple n’apprennent pas par eux-mêmes. Il faut beaucoup conceptualiser. Et la moindre nouveauté dans leur environnement peut donner lieu à des crises. Les gens qui ne connaissent pas l’autisme peuvent alors se dire qu’il s’agit de crise d’enfant mal élevé. Mais non. C’est quelque chose qu’ils ne maîtrisent pas, comme on ne maîtrise pas une crise d’épilepsie. Pour imager, nous notre cerveau fonctionne automatiquement, comme un ordinateur. Eux, c’est comme s’ils étaient constamment en mode manuel. »

• Comment vont fonctionner les centres de Rémelfing et Bitche ?

« Il n’y a pas d’accueil prévu sur place, sauf pour les bilans ou les consultations avec des spécialistes : psychologue, orthophoniste… Nous allons établir un programme personnalisé pour chaque enfant, car aucun ne fonctionne de la même manière. Notre mission est de les accompagner dans la famille, à l’école ou dans leurs loisirs pour les faire progresser et mettre en place un système de fonctionnement. Le but est de les amener à vivre au mieux dans un milieu ordinaire. Pour certains, un suivi pendant un ou deux ans suffira. Pour d’autres, ce sera plus long. »

• C’est vraiment du travail au cas par cas…

« Oui. C’est du cousu main. Car c’est un travail qui demande une remise en cause constante des équipes. Ce qui est acquis un jour par l’enfant peut ne plus l’être la semaine d’après. Il faut donc revenir en arrière, reconstruire les bases, retravailler avec tous les partenaires (famille, médecins, instituteurs…). »

• Dans les services qui fonctionnent déjà, l’opération porte ses fruits ?

« Oui. Ce sont de petites choses bien sûr, car ce ne sont pas ces enfants-là qui vont vous remercier. Mais quand on constate qu’un enfant hier agité est aujourd’hui apaisé, souriant, on sait que le travail a porté ses fruits. C’est une mission qui ramène vraiment aux choses essentielles ! »

Propos recueillis par Cécile CHAMBRU.