article publié sur Vivre FM

Dimanche 21 Février 2016 - 22h53

Ministère santé

Il dénonce la "mascarade" de la consultation des usagers, Thomas Dietrich était jusqu'à vendredi 19, secrétaire général de la Conférence Nationale de Santé, (à ne pas confondre avec la Grande Conférence de Santé). Il a démissionné et écrit 28 pages particulièrement sévères contre la Ministre Marisol Touraine. Vivre FM s'est procuré ce document.

Démission au ministère de la santé
Démission au ministère de la santé

"Censurer", "cadenasser", les mots de l'ancien secrétaire général de la Conférence Nationale de Santé sont particulièrement durs pour la politique de la ministre en matière de consultation des acteurs de la santé. En même temps qu'il annonce sa démission à la Direction générale de la santé (DGS), Thomas Dietrich adresse le vendredi 19 février un rapport de 28 pages à l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS). Le jeune haut-fonctionnaire dénonce les obstacles mis par la ministre et la DGS pour le bon déroulement des travaux de la Conférence Nationale de Santé, structure officielle de consultation des acteurs des services de santé.

 

Dans un français parfois imagé et citant de grands auteurs, ce diplomé de sciences politiques et écrivain, cite quelques exemples concrets de défauts de consultations de la Conférence. Ainsi, sur la question de la fin de vie, Thomas Dietrich raconte comment sa hiérarchie a fait pression sur lui pour ne pas publier les avis de la CNS sans qu'ils ne soient revus par le cabinet de la ministre. A propos des débats sur la vaccination, le désormais ancien secrétaire général raconte comment la CNS a été dépossédée de ce débat confié à une agence de l'état "qui mène dans le même temps des campagnes de communication pro-vaccination". Il dénonce pelle-mêle : un comité d’organisation de ce débat aux ordres de la Ministre, un comité d’orientation dirigé par un proche de Marisol Touraine et qui n’aura de fait aucune indépendance…" et conclut : "N’importe quel citoyen peut ici se rendre compte que tout est mis en oeuvre pour que la concertation accouche de conclusions qui aillent dans le sens de la politique que veut mener ce gouvernement"

 

Manque de moyens pour la consultation des usagers

Le démissionaire pointe également le manque de moyens alloués à la consultation des usagers. "Je ne peux m’empêcher de songer aux membres de l’instance, ces bénévoles qui prennent sur le temps souvent précieux, qui viennent de province et d’outre mer, font des heures de train et d’avion mal-indemnisées pour participer à des réunions, croyant qu’ils contribueront à l’évolution de notre système de santé ; et que l'on puisse vouloir les déposséder de leur parole paraît presque incroyable. C'est pourtant la triste vérité." et il cite un ancien membre de la CNS, qui avait lui aussi démissioné en 2012: "dans l’immense majorité des cas, les frais sont remboursés six mois plus tard à des personnes notamment malades ou handicapées à faible revenus qui font l’avance à la République d’argent alors qu’ils ont été nommés par le Ministre et totalement bénévoles". Thomas Dietrich enfonce le clou et condamne la création d'un nouvel Institut pour la Démocratie en Santé (IPDS) doté de 400 000 Euros de budget et dont il explique qu'il ne représenterait pas les usagers. Il qualifie l'IPDS de "farce centralisatrice"

 

Le Conseil consultatif du handicap (CNCPH) désormais "à la main de la ministre"

Dans son tableau calamiteux de la démocratie en santé, Thomas Dietrich dénonce la volonté du Gouvernement de nommer 15 personnalités qualifiées au Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées (CNCPH) "dont la nomination sera bien entendue à la botte de la ministre".

 

"Quand on a un cas de conscience comme le votre, on démissionne"

Enfin, Thomas Dietrich raconte un échange avec un Directeur du Ministère à qui il expose courant 2015 les manquements au respect des organismes consultatifs et relate l'échange suivant :

- « Thomas, vous n'êtes pas un homme ici, vous n’êtes pas un citoyen, vous êtes un subordonné embauché pour obéir ! Rappelez-vous qui vous paye ! »; ce à quoi je rétorquais du tac-au-tac :

- « Les citoyens. ». Ma réponse, étrangement, ne lui plût pas.

- «Quand on a un cas de conscience comme le vôtre, on démissionne. Je vous encourage d'ailleurs à le faire si votre cas de conscience persiste. »

C'est aujourd'hui chose faite.

Vincent Lochmann