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Le cheval est la plus noble conquête de l’homme. Et si c’était aussi un excellent médiateur pour soigner le corps et l’esprit ? C’est ce que démontre l’équithérapie, une méthode qui fait ses premiers galops d’essai en Nouvelle-Calédonie.

Benjamin Bernard en convient volontiers. Il a « le plus beau bureau du monde », même si celui-ci n’a ni climatisation, ni fenêtre. Ce jeune praticien de 37 ans fait partie des rares thérapeutes à travailler en plein air, plus précisément au beau milieu d’une carrière, avec pour unique collègue un cheval. « Je ne vois pas cet animal comme un outil mais comme mon associé professionnel. Nous sommes tous les deux des thérapeutes. »

Issu d’une famille originaire de Nessadiou du côté maternel et d’un père passionné de chevaux, Benjamin Bernard a traîné ses guêtres dans les paddocks depuis tout minot. Pourtant, ce n’est pas moniteur d’équitation que rêvait de devenir le jeune Calédonien mais maïeuticien* ou infirmier puériculteur. En travaillant au contact des enfants autistes, il reprend goût pour sa passion du cheval et mesure combien le contact de l’animal peut être bénéfique pour les personnes en situation de souffrance ou de handicap. « C’est un animal puissant, qui incarne la stabilité psychologique. Il nous aide à développer le sens des responsabilités, la patience, la volonté, le calme, la rigueur et la confiance en soi. »

Le miroir de nos émotions

Pendant deux ans, Benjamin Bernard se forme à l’Ifeq, l’Institut de formation en équithérapie, en Métropole, puis part durant six mois comme bénévole au Sénégal pour faire découvrir le cheval aux enfants des rues de Saint-Louis.

De retour au pays, en 2015, il se rapproche de l’association des Cavaliers de Nouville, de la Cravache d’or à Plum et du Yala Ranch de Dumbéa, où la relation à l’animal et le contact humain correspondent à ses valeurs. Puis il commence à proposer peu à peu ses services d’équithérapeute à plusieurs structures œuvrant dans le social et le handicap comme le foyer Reznik ou le CCAS de Nouméa.

Mais le public de Benjamin est bien plus large. Grâce à l’équi’coaching, il accompagne quiconque souhaite apprendre à gérer son stress, à se relaxer ou à gagner confiance en soi. « Le cheval est le miroir de nos émotions. Il a une capacité naturelle à nous ramener dans l’instant présent et à percevoir nos nuances de comportement. Et surtout, il ne juge pas. »

Affirmer son leadership

Cette approche peut se faire de manière individuelle ou en groupe, notamment pour travailler sur la cohésion d’une équipe et l’affirmation du leadership. Si les séances sont adaptées aux besoins de chacun, elles se construisent généralement selon les mêmes étapes. Après un entretien avec l’équithérapeute pendant une petite heure, le patient entre en contact avec l’animal en le pansant, en le caressant. « Il y a comme un dépassement de soi à prendre soin d’une bête de 350 kilos. Cela débloque les mécanismes de défense. C’est souvent dans cette phase qu’il peut y avoir un lâcher prise », observe Benjamin.

Puis vient le moment du travail avec le cheval. Le patient apprend à diriger l’animal, à interpréter ses réactions. Ce travail peut se faire de manière montée (équilibre, relaxation…) ou à pied. « Le portage est la sensation la plus proche de la gestation. Il nous ramène à l’enfant que nous étions dans le ventre de notre mère. Cette posture aide à chercher les souvenirs, à verbaliser. » La séance se termine par du soin, de nouveau, et l’au revoir avec l’animal.

Contrairement à l’équithérapie destinée aux personnes handicapées, qui nécessite des séances régulières et sur du moyen terme, l’équi’coaching peut se résumer à quelques séances suivant les besoins du patient. Bonne nouvelle : « C’est également très bénéfique pour l’animal. Les chevaux sont utilisés à d’autres fins. Ils reprennent confiance en l’humain. »

* Le masculin de sage-femme.

C. Cochin 

©M.D 

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Couché sur le cheval à califourchon, dans le sens opposé de la marche, le patient apprend à lâcher prise et à se relaxer.


Aux origines de l’équithérapie 

Si cette pratique s’est développée aux États-Unis après la guerre du Vietnam pour soigner le stress post- traumatique des soldats, Lis Hartel fait partie des pionnières à avoir utilisé le cheval en tant qu’outil thérapeutique. Bien qu’atteinte d’une poliomyélite, cette cavalière danoise fut la première femme médaillée en équitation aux Jeux olympiques de Helsinki en 1952.


Contact

Benjamin Bernard, tél. : 89 20 86 bernard.benjamin899@gmail.com

Facebook : Benjamin Bernard.