article publié sur handicap.fr

Résumé : Présidente de SOS autisme, Olivia Cattan interpelle nos élus et candidats à la présidentielle de 2017 sur la place des personnes handicapées dans leur programme. Entre portes closes et lettres mortes, le constat n'est pas réjouissant...

Par , le 23-11-2016

Handicap.fr : En tant que maman d'un petit garçon autiste et présidente de SOS autisme, vous avez tenté de rencontrer de nombreux candidats à la prochaine présidentielle. Pourquoi cette démarche ?
Olivia Cattan : Pour les interpeller sur une question rarement évoquée dans leurs programmes, le handicap, et en particulier l'autisme. Nous en avons rencontré certains, eu d'autres au téléphone ou via leurs conseillers. D'autres n'ont pas voulu jouer le jeu et n'ont pas jugé nécessaire de nous recevoir. Certains ont eu l'honnêteté d'avouer qu'ils ne connaissaient pas grand-chose au handicap et ont voulu s'y intéresser. D'autres, enfin, sont plutôt ouverts et semblent bien connaître le sujet.

H.fr : Pourtant, neuf millions de personnes handicapées en France, c'est quand même un argument ?
OC : Oui et j'ai d'ailleurs une anecdote à ce sujet. Je demandais un jour à un candidat s'il savait combien il y avait de personnes handicapées en France. Il m'a répondu « Non ». Je lui ai alors dit : « Neuf millions ». Et sa réaction : « Ah quand même ! Tout ça ? ». Neuf millions et pourtant invisibles.

H.fr : Cette démarche, vous l'aviez déjà menée en amont des élections de 2012 alors que vous militiez, à l'époque, pour le droit des femmes. Quelles différences observez-vous sur la façon d'appréhender ces deux sujets ?
OC : Il est vrai que lorsque je suis arrivée dans le milieu du féminisme, il y a dix ans, -j'étais à l'époque journaliste pour RMC- les médias ne voulaient pas parler du droit des femmes, et j'ai réussi à les mobiliser en ce sens, même s'il y avait des sujets, comme l'égalité salariale, qui bloquaient. J'ai donc voulu me battre de la même façon pour le handicap mais les choses avancent très lentement et on sent vraiment de fortes réticences, des visions vieillottes et surtout le désir de ne toucher à rien. Est-ce le lobby des hôpitaux, du médicament, du médico-social ?

H.fr : Mais qu'en est-il chez les politiques ?
OC : J'arrivais à trouver des féministes convaincues parmi les élu(e)s. Je pense à NKM, Bachelot, Hidalgo… Elles venaient à des conférences main dans la main, tous partis confondus. Mais ce n'est pas du tout le cas pour le handicap. On s'est dit : « On va essayer de mobiliser des élus pour appuyer nos revendications ». On n'a trouvé personne… Notamment à gauche et à l'extrême gauche très frileuse sur le sujet. La droite est beaucoup plus ouverte, étonnamment. Il y a encore trop peu d'élus en situation de handicap qui pourraient nous soutenir, et encore moins de « valides » qui veulent se pencher sur la question.

H.fr : Pour les informer sur ce sujet, vous avez rédigé un manifeste sur l'autisme. Que comporte-t-il ?
OC : Il a été adressé aux candidats mais pas seulement. Nous l'avons envoyé par mail à tous nos députés et sénateurs. Un gros fichier ! Ce sont dix propositions dans des domaines aussi divers que l'école, la fiscalité, les méthodes comportementales, les soins, l'autonomie, l'emploi ou encore la culture. Dix mesures urgentes et concrètes pour améliorer le quotidien des familles.

H.fr : Etes-vous satisfaite du nombre de réponses ?
OC : Une cinquantaine de députés et une dizaine de sénateurs. La plupart nous a adressé un mail très formel : « Lu avec attention ». Quelques-uns nous ont dit que le sujet les touchait et nous ont envoyé des réponses plus personnelles.

H.fr : Nicolas Sarkozy a récemment mis en ligne une vidéo dans laquelle il s'adresse aux familles d'enfants handicapés, et vous avez tenu à lui adresser un message…
OC : Oui, lorsque j'ai vu cette vidéo, je me suis dit que nos enfants n'avaient décidément pas de chance, et que monsieur Sarkozy avait raison sur ce point. Pas de chance de vivre dans un pays qui considère encore les personnes handicapées comme une charge pour la société. Une mise en scène misérabiliste, une musique d'obsèques et un ton larmoyant ! L'ambiance m'a autant choquée que les propos. Les personnes handicapées ne sont pas des animaux de compagnie qui donnent seulement de l'affection et de la tendresse à leurs familles. Ce sont des personnes à part entière aux compétences diverses et variées dont les richesses sont inexploitées et qui ont pourtant beaucoup à apporter à notre société.

H.fr : Ce que vous avez également remarqué, c'est que nos élus s'adressaient le plus souvent aux proches mais pas aux personnes handicapées elles-mêmes ?
OC : Oui, c'est un fait. Or elles sont tout à fait capables de comprendre ce qu'on leur dit. Il serait temps qu'on les considère comme de vrais citoyens.

H.fr : Lors du dernier débat télévisé à la primaire de la droite et du centre le 17 novembre 2016, une candidate, pour ne pas la nommer, a voulu qu'une question sur le handicap soit posée…
OC : Oui, et la rédaction de France 2 lui a répondu que le sujet serait abordé dans le volet « précarité ». Tout un symbole ! C'est vraiment un manque de considération terrible. D'autant que les medias du service public devraient être sensibilisés sur cette question ; ils ont aussi leur rôle à jouer. Or le handicap est un sujet qui n'est jamais abordé dans le débat politique.

H.fr : Vous avez décidé de partir vous aussi en campagne…
OC : Oui mais, je vous rassure, une campagne associative. J'ai reçu deux propositions auxquelles j'ai réfléchi attentivement mais que j'ai refusées. Aucun de ces partis politiques ne m'a convaincue, pour l'instant, ni de sa sincérité ni de sa  réelle volonté de changer les choses, notamment en matière d'autisme.

H.fr : En conclusion, qu'avez-vous envie de dire à tous ces candidats ?
OC : Qu'il y a plus de neuf millions de personnes handicapées en France et qu'on ne peut pas amalgamer toutes les formes de handicap et réduire toutes ces personnes à n'être qu'un poids pour le reste des Français. Certains clichés et une vision souvent négative du handicap datent d'un autre temps. Les familles n'ont pas besoin de ce genre de solidarité compatissante pétrie de pitié et de bons sentiments. Nous avons besoin d'un président ayant une vision moderne et éclairée du handicap, un président capable de mettre en place une politique d'espérance et d'envergure qui s'appuie sur les réussites nombreuses des personnes handicapées. Un président capable d'apporter aux familles des solutions concrètes et adaptées afin que nos enfants deviennent autonomes. Et, pour nous, le seul handicap qui nous semble insurmontable, ce sont ces hommes politiques qui continuent de propager une telle vision du handicap.