article publié sur france info

Soutenus par de nombreuses associations, des députés demandent de réallouer les financements pour la prise en charge de l’autisme aux "approches validées scientifiquement et ayant fait preuve de leur efficacité". Les pratiques découlant des théories psychanalytiques sont mises au panier, au grand dam de leurs défenseurs.

 

assemblée nationale

Mis à jour le 07/12/2016 | 15:53
publié le 07/12/2016 | 11:57

Le gouvernement est invité à "condamner et interdire les pratiques psychanalytiques sous toutes leurs formes" dans la prise en charge de l'autisme, selon une proposition de "résolution", présentée jeudi 8 décembre à l'Assemblée nationale et qui fait déjà bondir ceux qui défendent la psychanalyse, "inefficace" selon ce texte.

Un trouble neurologique, pas une "psychose"

Plusieurs décennies d’études scientifiques ont démontré que les troubles du développement désignés sous le terme générique d'"autisme" sont de nature neurologique. Ce constat réfute diverses hypothèses historiques qui, par ailleurs, n’avaient pas apporté d’arguments en leur faveur – au premier rang desquels l’idée selon laquelle l’autisme serait une "psychose" induite par les comportements et les intentions maternelles.

En France [1], pays où de nombreuses universités de psychologie présentent de nombreuses hypothèses de la psychanalyse (freudienne, jungienne, lacanienne…) comme des faits avérés, cette thèse non-scientifique reste enseignée. Elle est également au cœur d’une offre de prise en charge thérapeutique évaluée par la Haute Autorité de Santé (HAS) comme "inefficace".

S’appuyant sur ces constats, le député Daniel Fasquelle porte, jeudi 8 décembre, à l'Assemblée nationale, une proposition de résolution [2] invitant le gouvernement "à condamner et interdire les pratiques psychanalytiques sous toutes leurs formes [dans la prise en charge de l'autisme]". Le texte, soutenu par une centaine de députés, encourage l’État à n’autoriser et à ne rembourser, pour l’autisme, "que les thérapies et les programmes éducatifs conformes aux recommandations de la HAS".

Un texte soutenu par de nombreuses associations

Les principales associations de patients autistes et de leurs familles (Agir et Vivre l'Autisme, Vaincre l'autisme, Asperger aide France, Collectif Egalited, Autistes sans frontières, Maison de l'Autisme...) appellent à soutenir ce texte ainsi qu'une pétition sur change.org qui dépassait les 4 000 signatures mardi 6 décembre. Ces associations militent depuis de très nombreuses années pour permettre l’accès, dans notre pays, aux approches éducatives et thérapeutiques développées et évaluées au niveau international.

Les recommandations de bonnes pratiques de prise en charge émises en mars 2012 par la HAS sont "d'importance vitale pour l'amélioration de la prise en charge de l'autisme", souligne le texte de résolution, qui invite le gouvernement à "réallouer en totalité les financements aux approches validées scientifiquement et ayant fait preuve de leur efficacité", au détriment de celles qui ne sont pas recommandées, en l'occurrence la psychanalyse.

Pratiques invalidées, responsabilité pénale engagée ?

Dénonçant les prétentions usurpées de cette discipline, les députés signataires vont même plus loin, puisqu’ils invitent le gouvernement "à fermement condamner et interdire les pratiques psychanalytiques [pour la prise en charge de l’autisme] sous toutes leurs formes", notamment au travers d’une demande officielle à la Fédération française de psychiatrie (FFP) de reconnaître les recommandations de la HAS, et dénoncer "le packing [enveloppement du patient dans des linges froids et humides], [la] psychanalyse [et] toutes les approches maltraitantes".

Le texte préconise d'engager systématiquement la "responsabilité pénale des professionnels de santé qui s'opposent aux avancées scientifiques et commettent des erreurs médicales en matière d’autisme".

Sans surprise, le monde de la psychanalyse a levé tous ses boucliers contre ce projet de résolution, multipliant notamment les tribunes dans la presse.

L'Inter-associatif européen de psychanalyse (réunissant 12 associations) a crié au "liberticide", à la "diffamation" et à la "calomnie". Les menaces économiques et pénales portées par cette résolution sont qualifiées de "préjudiciable[s] à la majorité des sujets autistes". Un collectif de 39 professionnels réclame le retrait des recommandations de la HAS et appelle à signer une autre pétition, également sur change.org, contre la "science d'Etat".

L'Union syndicale de la psychiatrie s'élève aussi contre ce projet "funeste".La coordination internationale de psychothérapeutes psychanalystes s'occupant d'autisme (Cippa), présidée par le pédopsychiatre Bernard Golse, estime que la psychanalyse "ne peut être tenue responsable des dérives maltraitantes", affirmant qu’il s’agit "[d’]un moyen irremplaçable pour atténuer la souffrance psychique" des autistes. Sans, encore une fois, apporter les preuves de ces affirmations.

 


[1] Comme le rappelait en 2012 le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé dans son avis "sur la situation en France des personnes, enfants et adultes, atteintes d’autisme", "depuis le début des années 1980, (…) la théorie psychodynamique de l’autisme et de la notion de psychose autistique" a été abandonnée "dans la quasi-totalité des pays, à l’exception de la France et de certains pays d’Amérique latine, où la culture psychanalytique exerce une influence particulièrement importante dans la pratique psychiatrique."

[2] Une résolution n'a pas la valeur contraignante d'une loi. Il s’agit plutôt d’un appel des parlementaires au gouvernement. En janvier 2011, Daniel Fasquelle avait déjà porté à l’Assemblée une proposition de loi visant à interdire l'accompagnement psychanalytique des personnes autistes au profit de méthodes éducatives et comportementales.

La France a été condamnée en février 2015 par la Cour européenne des droits de l'homme pour "manque d'accompagnement" des autistes. Environ 80% des enfants atteints du trouble du spectre autistique (TSA) seraient exclus de l'école en milieu ordinaire.