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L’aide médicale a-t-elle volontairement administré un traitement dangereux à un patient autiste, résidant du foyer Le Chemin de Margny-lès-Compiègne ? C’était l’objet de l’audience, mardi 13 juin, au tribunal de Compiègne.

En février 2013, un aide médicale se rend compte qu’un des patients régurgite une bave bleutée. Sa collègue, chargée de la toilette du résidant, lui dit qu’il doit s’agir de dentifrice.

Vidéosurveillance

Plus tard, des comprimés sont découverts dans la salle de bain de la victime, qui est alors hospitalisée. Les expertises démontrent qu’il a avalé du Tercian (un neuroleptique) et du Seresta (un anxiolytique). Deux médicaments qui auraient pu avoir de lourdes conséquences sur le patient, s’il n’avait pas été hospitalisé à temps.

Une information judiciaire est alors ouverte par le juge d’instruction de Senlis, afin de savoir comment ce patient, le plus dépendant du centre, incapable de retirer un médicament de son emballage seul, a pu ingurgiter ces médicaments.

La vidéosurveillance de l’établissement est alors exploitée. Elle montre plusieurs entrées dans la chambre, mais avec une présence furtive. Sauf celle de la prévenue, chargée de la toilette du patient. Sur les images, on la voit également se rendre à plusieurs reprises à l’infirmerie, à l’endroit même où sont entreposés les médicaments. À la barre, la jeune femme explique que ce jour-là, elle était malade, qu’elle s’est rendue plusieurs fois aux toilettes pour vomir. Des toilettes qui se trouvent justement dans l’infirmerie. Dans la poubelle de ces toilettes, des plaquettes de Tercian et de Seresta seront retrouvées. Quant aux boîtes vides de ces médicaments, elles seront récupérées dans le casier d’une collègue de la prévenue, avec laquelle elle est en conflit.

Pour faire accuser une collègue gênante ?

Pour la procureure de Compiègne, Virginie Girard, ce conflit serait d’ailleurs le mobile parfait : utiliser le patient le plus vulnérable du foyer, pour faire accuser une collègue gênante.

À l’audience, la prévenue répond sereinement à chaque question du président. La vidéo ? N’importe qui aurait pu couper les images. Ses allers et venues entre la chambre du patient et à l’infirmerie ? À cause des nausées qu’elle subissait depuis trois jours. Les médicaments retrouvés par terre ? «  Ce n’est jamais moi qui étais chargée de donner le traitement au patient, ce n’était pas dans mes missions  » Pourquoi ne pas avoir signalé la bave bleue du patient ? «  Je pensais que c’était du dentifrice. »

Le parquet, qui qualifie ces réponses de «  mensonges éhontés  », requiert trois ans de prison ferme.

L’avocat de la famille qui souhaite que cet épisode «  soit reconnu, qu’il ne soit pas passé sous silence  », réclame un euro symbolique en guise de dommages et intérêts. «  La famille a perdu confiance. On sait la difficulté de placer un adulte autiste. Ils étaient soulagés de le savoir bien, en sécurité. Maintenant, ils ne seront plus tranquilles  ».

Quant à la victime, «  Il ne peut rien exprimer mais refuse désormais d’ouvrir la bouche, il a la mémoire de ce traumatisme.  »

Le tribunal rendra sa décision le 11 juillet.