27/06/2017 05:38
Longtemps pédopsychiatre au centre autisme de Tours, Laurence Hameury s'intéresse depuis ses débuts à l'équithérapie. - Longtemps pédopsychiatre au centre autisme de Tours, Laurence Hameury s'intéresse depuis ses débuts à l'équithérapie. 
Longtemps pédopsychiatre au centre autisme de Tours, Laurence Hameury s'intéresse depuis ses débuts à l'équithérapie.

La thérapie avec le cheval pour les enfants autistes gagne en reconnaissance scientifique. Rencontre avec une pédopsychiatre convaincue.

Pédopsychiatre au centre autisme du CHU de Tours pendant plus de trente ans, cavalière émérite, Laurence Hameury a décelé très tôt l'intérêt de la médiation du cheval dans la prise en charge des enfants avec autisme. Désormais en retraite, elle publie un ouvrage posant les jalons scientifiques de cette thérapie complémentaire.

Le lien avec le cheval paraît intuitivement bénéfique. Sur quelle base peut-on parler de véritable thérapie ?

« La première chose qui vient effectivement à l'esprit de chacun, c'est que le poney peut être agréable à caresser… Mais les bénéfices vont bien plus loin que cela ! Pour l'enfant avec autisme, ils tiennent à l'environnement – calme, structuré, spacieux, naturel –, au contact – caresser, toucher, prendre soin –, au mouvement – stimulation sensorielle, communication par le mouvement, à la physiologie – modification des ondes cérébrales, stimulation neurotransmetteurs type sérotonine, endorphine… La liste peut être très longue encore ! »

En quoi une séance d'équithérapie diffère-t-elle d'une leçon d'équitation ?

« Le but n'est pas d'apprendre l'équitation. L'idéal est de travailler en individuel ou en petit groupe, avec un professionnel du secteur médico-social formé à l'équithérapie et un enseignant d'équitation. On s'ajuste à l'enfant, à son niveau. Chez certains, on cherchera à développer des comportements de base comme le suivi des consignes, l'attention, la praxie, la prise d'initiative ; chez d'autres, notamment les adolescents et adultes, on pourra aller jusqu'à l'intégration dans un groupe de cavaliers. Le cheval est une sorte de médiateur, de co-thérapeute, dans un projet de thérapie globale. »

Pourquoi le cheval, l'équitation, plus que d'autres animaux ou activités ?

« Par rapport à d'autres animaux, le cheval a deux qualités : on peut monter dessus et il a peu d'expressions faciales. Quand l'enfant est sur le poney, il ne peut pas courir partout, il est obligé d'être stable, cela favorise l'attention. A cela, s'ajoutent les bénéfices sensoriels. Le fait qu'il ait une expression faciale limitée fait qu'il est plus facile à décoder, il ne surcharge pas les enfants de stimulations d'expression. »

Quels progrès peuvent-ils être attendus ?

« Les différentes études montrent des progrès dès la première séance, qui vont en s'amplifiant, de manière durable et généralisée. Des évaluations quantitatives ont mesuré des progrès dans le contact, la relation, la communication, l'adaptation à l'environnement, l'acceptation du changement, le fonctionnement cognitif, la régulation émotionnelle, le traitement des informations sensorielles, la régulation du tonus, notamment. »

La thérapie avec le cheval pour les enfants avec autisme est encore peu répandue. Pourquoi ?

« Elle coûte cher, et elle n'est actuellement pas reconnue comme thérapie complémentaire. Dans plusieurs pays du monde, notamment aux États-Unis, les indications des thérapies avec le cheval se multiplient : pour les troubles du développement, les troubles spécifiques des apprentissages, le polyhandicap, les troubles neuromoteurs, émotionnels, le stress post-traumatique. Les études scientifiques de qualité se multiplient… Cela va faire son chemin. »

« L'Enfant autiste en thérapie avec le cheval », éditions Connaissances et savoirs, 95 pages, 16,50 €

Recueilli par Mariella Esvant