06/08/2017 05:35

Apolline et Aude, radieuses à l'occasion de la première exposition de la jeune femme et de la présentation de leur livre, un projet commun.

Autiste Asperger, ce n’est qu’à 18 ans que le diagnostic a été posé pour Apolline. Un handicap qu’elle tente d’apprivoiser avec sa mère, sa meilleure alliée.

 Ce sont deux femmes. Une mère et sa fille, toutes deux animées du même courage, de la même volonté farouche face à un handicap dont on ignore encore tout ou presque. L'autisme aurait pu tout balayer dans leur vie saccageant les rêves, foulant aux pieds les joies, les moments de bonheur. Mais Aude Tonneau-Silari et sa fille Apolline ont résisté, tenu, face à ce trouble envahissant du développement diagnostiqué bien trop tardivement (lire par ailleurs).

En 2015, nous avions rencontré Apolline dans le cadre des journées de l'autisme consacrées cette année-là, à Poitiers, à l'intégration sociale et professionnelle des jeunes autistes A 20 ans, la jeune femme s'était livrée sans appréhension, évoquant avec pudeur les épisodes douloureux qui avaient jalonné sa scolarité, ses échecs dont ce son bac pro « Optique et lunetterie » qu'elle avait raté de peu, mais surtout ses envies, ses rêves, son avenir dans le design.

Illustratrice jeunesse

Si ces deux années passées dans une école d'arts appliqués où elle a étudié l'architecture d'intérieur ne se sont pas concrétisées par l'obtention d'un diplôme, elles lui ont permis de mûrir, d'affronter une vie qu'elle sait sans concession et surtout d'affirmer ses choix. Elle vient d'ailleurs de prendre une nouvelle voie.
Il y a quelques jours, c'est une Apolline radieuse qui a accueilli famille, amis et connaissances à la Maison des Sadébriens, à Sèvres-Anxaumont. En cette fin du mois de juillet, ils sont nombreux à avoir fait le déplacement – parfois de très loin – pour assister à sa première exposition. Car c'est dans l'art qu'Apolline s'épanouit. La peinture, la gravure, la photo… Une trentaine d'œuvres sont réunies. L'une d'elles attire particulièrement. Il s'agit d'une aquarelle intitulée « Le petit baigneur breton ». Ce tableau a quelque chose d'hypnotique… C'est le regard de l'enfant, sa profondeur.
« C'est vrai que beaucoup de gens sont attirés par ce tableau », confie avec simplicité la jeune fille qui ne semble pas réaliser l'effet qu'il produit. D'autres amis l'interrogent à ce moment-là et elle répond alors à toutes les sollicitations, heureuse de présenter son travail, de l'intérêt qu'il suscite.
Ce jeudi-là est sa journée, elle fête aussi avec quelques heures d'avance son 22e anniversaire et le début d'une nouvelle aventure. Elle suit désormais une formation d'illustratrice jeunesse, à distance. Et ça lui va comme un gant pouvant gérer ainsi des codes sociaux encore trop lourds à porter, parfois. Dessiner, imaginer, créer… C'est dans ce domaine qu'elle excelle. Qu'elle peut être enfin elle-même. Elle écrit de plus en plus, des histoires, des poèmes. « Elle crée quand elle se sent inspirée, la nuit parfois, raconte Aude Tonneau-Silari dont le sourire épanoui en dit long sur la joie qu'elle éprouve aussi ce jour-là. Elle s'organise de mieux en mieux. Elle fait aujourd'hui partie d'un atelier photo, s'est lancée dans la création d'émaux sur cuivreElle va aussi intégrer le projet Phares (*) de l'université… ». Une autre victoire qu'elles savourent.

 (*) Le dispositif « Phares » est proposé par la fondation de l'université de Poitiers et l'association étudiante HandiSup dans le cadre du projet « Soutien aux étudiants autistes Asperger ».

en savoir plus

" C'est ma fille qui m'a fait grandir "

C'est à un double évènement auquel la famille Silari avait convié proches et connaissance, ce jeudi-là. Une exposition et la sortie d'un ouvrage. Dans le vestibule, quelques exemplaires d'un livre sont posés là. Le titre : « Une petite leçon de course d'obstacles ». Son auteur Aude Tonneau-Silari (Bairille son nom de plume) Il s'agit du récit du parcours d'Apolline, un projet commun mère-fille car illustré par la jeune femme. Ce sont des instants de vie qu'Aude Tonneau-Silari a voulu partager avec légèreté. « Je ne voulais pas que ce soit triste. Ce sont des situations qui sont parfois terribles à vivre sur le moment mais dont on parvient à rire plus tard… C'est ça, cet espoir que je veux transmettre aux mamans qui sont dans le doute. Quand le diagnostic a été posé, il y a quatre ans, j'ai lu tout ce que je trouvais sur le sujet et ça m'a beaucoup éclairée. En écrivant ce livre, j'ai donc pensé à ces parents face à cette situation pour les aider à comprendre ».
Au fil des pages, l'auteur confie s'être débattue dans les méandres d'un univers médical qu'elle connaît pourtant bien mais qui l'a laissée sans réponse. Elle évoque sans détour son désarroi face « à un bébé triste qui ne sourit jamais, ne manifeste rien », les difficultés d'une enfant « si jolie et pourtant si tourmentée » aux réactions parfois violentes, l'agressivité des autres à son égard, sa culpabilité aussi d'avoir voulu jusqu'aux dix ans de sa fille faire d'elle une enfant comme les autres… Une enfant différente qui, dit-elle avec émotion, l'a fait grandir, prendre confiance en elle, l'a construite… »

 « Une petite leçon de course d'obstacles », Aude Bairille, 22,40 €, aux éditions Persée.

Sylvaine Hausseguy