article publié dans Ouest France

Modifié le 11/01/2018 à 10:17 | Publié le 11/01/2018 à 10:17

Le recteur de l’académie, Thierry Terret, durant un cours d’histoire, auquel assistaient deux élèves du dispositif Ulis, rapidement intégrés avec le reste de la classe.
Le recteur de l’académie, Thierry Terret, durant un cours d’histoire, auquel assistaient deux élèves du dispositif Ulis, rapidement intégrés avec le reste de la classe. | Ouest-France

Maxime LAVENANT.

Hier matin, le recteur de l’académie, Thierry Terret, s’est rendu au collège Broussais, pour évoquer l’inclusion des élèves handicapés. L’établissement fait figure de modèle dans ce domaine.

L’évolution a été menée en douceur, sans publicité tapageuse. Depuis la rentrée 2016, le collège Broussais, à Dinan, a revu sa politique d’inclusion des élèves handicapés. Hier matin, il a reçu la visite de Thierry Terret, recteur de l’académie de Rennes et Chancelier des universités de Bretagne, venu saluer cette réorganisation.

Avant 2016, comme de nombreux établissements, Broussais accueillait, via une classe dite Ulis (Unités localisés pour l’inclusion scolaire), des élèves rencontrant des difficultés cognitives, souvent associées à d’autres troubles. Un dispositif très spécifique, avec professeur spécialisé, moniteurs-éducateurs, assistants de vie scolaire, etc.

Longtemps, la méthode a semblé la bonne. Avant d’être considérée potentiellement contre-productive. En cause : une tendance à surprotéger les élèves, source de stigmatisation auprès des autres.

« Les élèves ont gagné en confiance »

« Ce sont les enfants qui nous ont amenés à ce constat d’échec, souligne Nicolas Hérissé, principal adjoint du collège Broussais. Toutes ces mesures de protection, finalement, allaient à l’inverse de ce que l’on souhaitait faire. » Il se souvient d’un jeune qui, un jour, lui fait remarquer qu’il ne leur manque plus que le mot Ulis écrit sur le front pour achever de les distinguer.

Cette prise de conscience atteint les plus hauts niveaux de l’État, qui procède à des modifications législatives en 2013. Comme souvent dans l’Éducation nationale, le changement passe aussi par la sémantique. Fini donc les classes Ulis, place désormais au dispositif Ulis.

Rien d’anodin pour Nicolas Hérissé. À Broussais, qui compte onze élèves inscrits dans le dispositif, corriger l’image passe aussi « par la transformation du vocabulaire et de l’espace. Par exemple, sur la cour, on a supprimé le marquage au sol Ulis, où les élèves devaient se mettre en rang. L’effet auprès des élèves a été immédiat. »

Au-delà des symboles, des transformations plus profondes sont opérées. Modification des horaires, augmentation du nombre de cours en commun avec les autres élèves, suppression des règles spéciales d’accès à la cantine… Pour Maud Richelet, professeur spécialisée depuis treize ans, le constat est sans appel : « J’ai vu les bénéfices, surtout en termes de socialisation. Les élèves ont gagné en confiance. »

Demande trop forte

À une époque encore récente, la relation entre les « collégiens Ulis » - un terme à ne surtout pas employer devant Nicolas Hérissé - et les « normaux » était souvent conflictuelle. Les premiers restaient dans un coin de la cour, évitaient de se mêler aux autres. Fini aujourd’hui. « Une belle réussite », estime Patricia Belle, la principale de l’établissement.

Sur le plan scolaire, les résultats se sont aussi améliorés. Hier matin, Thierry Terret a assisté partiellement à un cours d’histoire. Assise au premier rang, Manon, intégrée au dispositif Ulis, compte parmi les meilleurs de sa classe. Impossible d’ailleurs, pour un visiteur d’un jour, de distinguer les « élèves Ulis » des autres.

Avant de partir, le recteur rappelle que l’académie fait de l’inclusion « un axe fort de son travail. Malheureusement, aujourd’hui, nous ne parvenons pas encore à répondre aux besoins de l’ensemble des élèves ».