article publié dans Le Parisien
Opinion| 14 octobre 2018, 11h24 |1
Malgré, la loi d’intégration du 11 février 2005, la situation des élèves handicapés et de leurs accompagnants reste toujours précaire. LP

Dans une tribune au Parisien-Aujourd’hui en France, Cécile Glasman (professeur des écoles), Sabine Komsta (AESH, accompagnante d’élève en situation de handicap) et Manuella Séguinot (Ex-AESH)* estiment que les accompagnants des élèves en situation de handicap ne sont pas suffisamment reconnus.

Cécile Glasman (professeur des écoles), Sabine Komsta (AESH, accompagnante d’élève en situation de handicap) et Manuella Séguinot (Ex-AESH)*

Le rapport du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge remis au gouvernement en août dernier rappelle l’importance de créer une école et une société inclusives. Sur le terrain, on est très loin du compte. L’application de la loi d’intégration du 11 février 2005 est en réalité un infâme bricolage. Les accompagnants des élèves en situation de handicap ne sont pas suffisamment formés, leur rémunération est indécente et ils doivent exercer leur fonction pendant six ans avant de pouvoir prétendre à un contrat à durée indéterminée. Ils manquent de reconnaissance, sont souvent cantonnés dans des rôles d’exécution et déplacés comme des pions.

On a cru pouvoir faire l’économie de repenser le fonctionnement de l’école suite à la loi de 2005 et on a largement sous-estimé les changements qu’elle allait induire dans les pratiques quotidiennes.

Les AESH devraient être sérieusement formés, leur expertise après plusieurs années auprès d’enfants handicapés reconnue et leur rémunération correcte. Il faudrait qu’ils soient intégrés aux réflexions des équipes, car ils sont ceux qui suivent l’enfant jour après jour au plus près de ses évolutions. Si les enseignants eux-mêmes étaient vraiment accompagnés, on éviterait certaines réactions de peur et de rejet devant des pathologies qui peuvent inquiéter. Cette loi a bouleversé l’exercice de leur métier. La présence d’enfants fragiles nécessite une gestion de groupe très particulière et une adaptation quotidienne de leur pédagogie pour que chaque élève puisse progresser et soit reconnu dans ses besoins spécifiques. Enfin, il serait souhaitable que la communication entre l’école et les centres de soins soit plus régulière afin que tous les partenaires autour de l’enfant travaillent dans le même sens.

 

Quel formidable gâchis que ce système qui crée de la souffrance pour tous : enfants laissés pour compte, parents floués, AESH se sentant humiliés et enseignants dépassés !

Cette organisation bancale ne tient en réalité que par la bonne volonté de personnes qui prennent à cœur leur mission, malgré des conditions de travail déplorables et qui finissent par s’épuiser faute de moyens réels et de reconnaissance. Il serait temps que notre pays sorte enfin de ce cynisme insupportable sur le dos des plus fragiles et se dote de moyens réels et dignes pour mener à bien cette mission d’intégration.

Après un an de travail approfondi sur ce sujet qui nous préoccupe depuis longtemps, nous avons décidé d’alerter sur ce dossier Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, et Sophie Cluzel, secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées. Nous leur avons envoyé le fruit de nos observations et de nos réflexions, afin qu’ils prennent conscience de toute urgence de l’envers du décor d’une loi qui a déjà 13 ans. Les fondations de celle-ci sont toujours viciées alors même qu’ils ont réaffirmé en juillet dernier leurs nouvelles ambitions en matière d’inclusion. Nous ne pouvons plus nous taire à moins de devenir complices de cette duperie que les négligences accumulées de l’institution ont laissé s’installer dans l’indifférence générale.

Jeudi, nous bouclions cette tribune, lorsque le député (LR) Aurélien Pradié présentait sa proposition de loi sur l’intégration scolaire. Celle-ci prévoyait une redéfinition du statut des AESH et un accès facilité au CDI. Face à son rejet massif par les députés LREM, le député (FI) François Ruffin poussait à l’Assemblée nationale un coup de gueule avec sa rage coutumière. Nous savons à quel point ce genre de coup de projecteur est éphémère. Puisse-t-il servir de levier durable pour améliorer enfin la scolarisation des enfants handicapés !

* Fondatrices de inclusionalecole.strikingly.com