article publié dans Le Parisien

|Pauline Darvey| 20 mars 2019, 19h38 |0
À Antony, le 20 mars 2019. Le groupe Percujam a été créé en 1999 par Laurent Milhem (à gauche). Des musiciens atteints de troubles autistiques y jouent aux côtés de leurs éducateurs. LP/PAULINE DARVEY

Dans le cadre du festival « La différence dans tous ses états », le groupe Percujam se produit ce vendredi sur la scène du Rack’am, la salle de concerts de Bretigny. Un groupe composé de musiciens autistes et de leurs éducateurs.

« On ne voit pas l’autisme dans Percujam, on voit tout le monde. » Raphaël Sigogne sourit. Ce violoniste-chanteur-bassiste-batteur de 38 ans pourrait parler de son groupe de musique pendant des heures. « C’est génial ce qu’on a fait avec Percujam, reprend ce musicien, atteint de troubles autistiques. Mon bonheur, c’est quand on joue et que je voie que ça rend le public heureux. »

Ce jeudi, à 20 heures, le documentaire sur Percujam, « Artiste, autiste, une lettre d’écart », sera projeté au Ciné 220 de Bretigny, à partir de 4 €. Et surtout, vendredi soir, ce sera au tour du public du Rack’am, la salle de concerts de Bretigny-sur-Orge, de venir découvrir ce groupe de musique atypique, qui joue des styles aussi variés que le rap, du rock ou de la chanson française. Sa particularité ? Huit artistes souffrant de troubles autistiques et hébergés au foyer d’accueil médicalisé Alternote à Antony (Hauts-de-Seine) y jouent aux côtés de 6 de leurs éducateurs spécialisés.

 

Bande-annonce du film "Percujam" from Département des Hauts-de-Seine on Vimeo.

L’Olympia en 2016

Raphaël a-t-il le trac pour le concert ? « Ça va », glisse-t-il en haussant les épaules. Il faut dire qu’il en a vu d’autres avec Percujam. Depuis sa création, le groupe sillonne les salles de concerts en France et à l’étranger. Et pas des moindres. « Le meilleur, c’était l’Olympia en avril 2016, se souvient le trentenaire. Là, j’avais énormément le trac. Mais une fois sur scène, j’étais heureux, j’étais bien. Ça change le regard des gens sur l’autisme. » « Et la musique canalise et apaise », ajoute Rémi Grignon, un éducateur guitariste, qui a rejoint la structure et le groupe en 2016.

Avant de se produire à l’Olympia ou dans différentes salles en Belgique, en Allemagne, au Maroc ou encore en Allemagne, Percujam a débuté plus modestement, dans un institut médico-éducatif (IME) de Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine), une structure qui accueille des jeunes autistes de moins de 20 ans.

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Le groupe Percujam a fait les premières parties de nombreux groupes comme Tryo, La Rue Ketanou ou K2R Ridim./DR

Sortir des frontières de l’autisme

En 1999, Laurent Milhem, jeune batteur amateur de 22 ans, est embauché comme éducateur dans cette structure. « Il y avait un petit groupe composé de 2 éducs et de 3 jeunes qui existaient déjà, explique celui qui est aujourd’hui responsable du groupe et chef de service à Alternote. Mais l’éduc en charge du groupe partait. » La directrice des lieux propose alors à Laurent de reprendre le groupe. Des jeunes et des éducateurs rejoignent la bande de musiciens. Percujam était né.

Quelques mois plus tard, Laurent qui connaît bien les membres du groupe Tryo passe un coup de fil à Guizmo, le chanteur. « Il est venu assister à une répèt », rappelle le responsable du groupe. Résultat ? « Il m’a proposé qu’on fasse leur première partie au Cabaret Sauvage (une salle de spectacle parisienne, N.D.L.R) en 2001. » Ce sera le déclic. S’en suivront des premières parties de groupes comme La Rue Ketanou, Sergent Garcia, Ben l’Oncle Soul, etc. et trois albums. « C’est ça qui nous a permis de faire sortir Percujam des frontières de l’autisme », assure Laurent.

« C’est lesquels les autistes ? »

Mais au fil des années, les jeunes musiciens, qui étaient en 2001 des adolescents, grandissent. Et atteignent bientôt l’âge de quitter l’IME. C’est comme ça qu’un soir, après un concert à Moscou, l’idée d’une maison pour musiciens autistes a germé. Alternote, rattachée au foyer d’accueil médicalisé Alternat d’Antony, a été créée en 2009.

Depuis la création du groupe, des jeunes et des éducateurs sont partis, d’autres arrivés. Mais Percujam est toujours là. Et sur scène, plus d’éducateurs ou d’autistes. Uniquement des musiciens. « Vous savez ce qu’on me demande toujours à la fin d’un concert », interroge Laurent. « C’est lesquels les autistes ? » Une question qui a d’ailleurs donné son nom au premier album du groupe.

Ce vendredi, à 20h30 au Rack’am, 12, rue Louis-Armand à Bretigny-sur-Orge, 10 €.