Les personnes atteintes d'autisme présenteraient un microbiote intestinal anormal. Il y a deux ans, des chercheurs ont donc tenté de transplanter des microbiotes sains sur des enfants malades. Aujourd'hui, ils notent une nette amélioration de leur état de santé.

L'autisme place les personnes qui en souffrent dans une véritable situation de handicap social. Et sa prévalence semble aller croissante. Il y a dix ans, les spécialistes estimaient qu'une naissance sur 150 était concernée. Aujourd'hui, ils évoquent une naissance sur 80 en France et même une sur 60 aux États-Unis. Une augmentation qui est peut-être à imputer, au moins partiellement, à une définition plus large de la maladie sous le terme de troubles du spectre autistique (TSA) et à des diagnostics de l'autisme plus sûrs.

Toujours est-il que la question taraude les chercheurs. Ils proposent pour l'heure des traitements à base de thérapie comportementale, d'approches diététiques ou encore de médicaments psychiatriques. Des traitements qui demeurent peu efficaces. Mais des chercheurs de l'université de l’État d’Arizona (États-Unis) publient aujourd'hui les résultats encourageants des travaux qu'ils ont menés sur une thérapie nouvelle : le transfert de microbiote intestinal.

En effet, depuis quelque temps, de nombreuses équipes étudient le lien entre microbiote intestinal et diverses pathologies« Nous avons noté un lien fort entre les microbes qui vivent dans nos intestins et les signaux qui se propagent dans notre cerveau », explique Rosa Krajmalnik-Brown. De quoi faire penser à certains qu'une flore intestinale altérée pourrait induire des TSA.

Chez les enfants autistes, le microbiote intestinal semble moins diversifié que chez les autres enfants et même privé de certaines souches des bactéries les plus importantes. Or des travaux suggèrent que nos microbiomes intestinaux affectent la communication cérébrale et la santé neurologique. © Shireen Dooling, Université de l’État d’Arizona

Des symptômes de TSA en net recul

D'autant qu'entre 30 et 50 % des enfants atteints d'autisme présentent aussi des problèmes gastro-intestinaux à l'origine d'un inconfort et de douleurs chroniques. Alors les chercheurs américains ont fait subir à 18 petits patients, un traitement à base de transplantations de microbiote fécal. Comprenez que les selles d'un donneur sain ont été introduites dans le tube digestif de ces patients afin de rééquilibrer leur flore.

Un traitement relativement lourd qui comprend la prise préalable d'antibiotiques et d'un suppresseur d'acidité gastrique, un nettoyage des intestins et surtout, un transfert quotidien de microbiote pendant sept à huit semaines. Mais un traitement qui semble valoir le coup puisque la santé intestinale des enfants s'est améliorée. Et en prime, il a été constaté une réduction de 45 % des principaux symptômes de TSA. Une amélioration qui se poursuit deux ans après le traitement.

44 % des patients traités sont passés sous la barre des TSA « légers »

Ainsi au lancement de l'étude, 83 % des participants avaient été diagnostiqués autistes « graves ». Ils ne sont plus que 17 % aujourd'hui. 44 % sont même passés sous la barre des TSA « légers ». Reste désormais à mieux comprendre les mécanismes sous-jacents. Et à tempérer un peu les enthousiasmes, car « d'autres essais cliniques plus importants seront nécessaires avant que le traitement ne soit homologué ». Objectif : optimiser la posologie et la durée et déterminer si des doses de rappel peuvent être utiles.

  • Les traitements existants contre l’autisme manquent d’efficacité.
  • Des chercheurs ont mené une étude sur un nouveau traitement : le transfert de microbiote intestinal.
  • Celui-ci semble se montrer efficace, même deux ans après.
  • Des essais de plus grande ampleur seront toutefois nécessaires à confirmer la bonne nouvelle.


Pour en savoir plus

Une cure de bactéries intestinales pour soigner l’autisme ?

Les personnes autistes souffrent souvent de problèmes gastriques. Pourquoi ? En voulant répondre à cette question chez la souris, des chercheurs états-uniens ont incriminé la flore intestinale. Cette découverte prometteuse pourrait conduire au développement d'un traitement contre l'autisme à base de bactéries bénéfiques.

Article d'Agnès Roux paru le 09/12/2013

Les souris autistes sont moins sociables et plus anxieuses que les autres. Leur flore intestinale est également différente. © dullhunk, Flickr, CC by 2.0

Maladie complexe et mal comprise, l'autisme est un trouble du développement qui se traduit par des difficultés à communiquer avec les autres et à évoluer dans la société. Selon l'Inserm, elle toucherait plus de 100.000 personnes en France. Pour le moment, il n'existe pas de remède miracle. Certaines thérapies comportementales ont été mises en place mais leurs performances sont encore limitées. Très récemment, des chercheurs de l'université Yale à New Haven (États-Unis) ont obtenu des résultats encourageants avec l'ocytocine, une hormone connue pour favoriser les relations humaines.

Malgré les nombreuses recherches sur le sujet, les causes de l'autisme et plus généralement des troubles du spectre autistique (TSA) restent obscures, même si la génétique semble être le facteur de risque prédominant. Grâce aux techniques d'imagerie modernes, les spécialistes ont pu analyser en détail le cerveau des autistes et ont montré que son activité était différente de celle du reste de la population.

De nombreux probiotiques entrent dans la composition de certains produits lactés, comme les yaourts. Ils ont un effet bénéfique sur la santé physique et mentale. Pourraient-ils aider à lutter contre l'autisme ? © gyroscopio, Flickr, CC by 2.0

En plus de leurs troubles comportementaux, les autistes souffrent très souvent de problèmes gastriques, ce qui intrigue les spécialistes du domaine. Une équipe de l'institut de technologie en Californie (États-Unis) s'est penchée sur le sujet chez la souris. Ses résultats, publiés dans la revue Cell, révèlent à nouveau l'influence importante du microbiote intestinal sur la santé.

Une bactérie qui soigne l’autisme chez la souris

Dans une étude précédente, les chercheurs avaient fabriqué des souris présentant des symptômes autistiques. Pour réussir cette prouesse, ils avaient injecté des produits chimiques mimant une infection virale chez des souris enceintes. Leur expérience avait fonctionné puisque les petits étaient nés moins sociables et plus anxieux que les autres souriceaux.

Comme c'est le cas chez l'Homme, ces souris autistes présentaient des trous dans leurs intestins et étaient plus sujettes aux problèmes gastriques. Les scientifiques se sont alors demandé quel était le rôle du microbiote digestif dans le développement des symptômes autistiques. Pour répondre à cette question, ils ont récupéré les microbes intestinaux de souris autistes et les ont analysés par des technologies de génomique. Ils ont alors montré que les souris malades possédaient moins de bactéries de l'espèce Bacteroides fragilis dans leur système digestif que les animaux sains. 

Encore mieux : en nourrissant les rongeurs autistes avec la bactérie en question, les auteurs ont pu améliorer leurs comportements et leurs troubles digestifs ! « Il est étonnant de constater qu'en ajoutant uniquement cette bactérie on peut inverser les symptômes de l'autisme », commente John Cryan, un pharmacien de l'University College Cork en Irlande.

4EPS, la molécule qui rend autiste

Mais comment les bactéries du tube digestif peuvent-elles influencer l'activité du cerveau ? Ce n'est pas la première fois que de telles observations sont faites. Des expériences ont par exemple suggéré que la flore intestinale influençait les comportements des humains et des animaux. Une étude récente a même dévoilé les bénéfices des probiotiques dans le traitement de la dépression. Cependant, jusqu'ici personne n'avait vraiment creusé la question plus profondément.

Pour comprendre le phénomène, les chercheurs ont analysé des échantillons sanguins provenant de souris saines ou autistes. Ils ont découvert qu'une molécule appelée 4-éthylphénylsulphate (4EPS), était présente à des taux 46 fois plus élevés chez les animaux souffrant de troubles autistiques. Ils ont également montré que ce composé chimique possédait une structure similaire à celle du para-cresol, une molécule retrouvée en quantité importante chez les personnes autistes. Les scientifiques l'ont alors injectée dans les souris saines. Ce traitement a eu l'effet escompté puisque les souris ont commencé à se comporter comme les souris autistes, répétant plusieurs fois le même mouvement ou couinant de manière inhabituelle.

Ces travaux sont très encourageants et méritent d'être explorés plus en détail. « À mon avis, les résultats sont assez solides pour que l'on voit les probiotiques comme une nouvelle solution thérapeutique, indique Stephen Collins, chercheur à l'université McMaster en Ontario (Canada). La prochaine étape sera de comprendre comment les bactéries de la flore intestinale interagissent pour produire 4EPS et influencer le cerveau. »

Les causes de l’autisme ne seraient pas uniquement génétiques  L'autisme est aujourd'hui le trouble du comportement qui connaît le plus fort taux de croissance dans les pays occidentaux. Distribué par French Connection Films, ce documentaire nous explique le lien possible entre autisme et alimentation. 


 

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