Publié le 29 mai 2019 à 06h00

 

Âgé de sept ans et demi, autiste et aveugle, Victor suit les cours adaptés de Nathalie Gaillard depuis le mois de février. Âgé de sept ans et demi, autiste et aveugle, Victor suit les cours adaptés de Nathalie Gaillard depuis le mois de février. (Photo C. M.)

Nathalie Gaillard est une professeur de piano peu ordinaire. Elle compte, parmi ses élèves, des enfants autistes. À Lanester (56), le temps de leçons un peu particulières, les notes nouent et dénouent les émotions. Et la musique adoucit les maux.

Jeudi matin, 10 h, à la porte du studio Le Piano de Nathalie, à Lanester (56). Victor est ponctuel. Comme toutes les semaines, le petit garçon de sept ans et demi vient prendre son cours de piano avec Nathalie Gaillard. Il s’installe devant les touches blanches et noires et, rapidement, les premières notes résonnent. La leçon est un peu particulière, sans partition. Victor n’est pas un enfant ordinaire : autiste, il est également aveugle de naissance.

La méthode « douce »

Dans le petit salon attenant au studio, Clément, son petit frère de trois ans, Mathieu et Fanny, ses parents, suivent la leçon dont ils n’ont que le son. De l’autre côté du mur, Victor déploie ses doigts, travaille son oreille, s’exprime… Des phrases, verbales ou musicales. Nathalie le guide d’un mot, l’accompagne d’un geste. Joignant parfois sur le clavier ses deux mains à celles du garçon.

" C’est plus une approche qu’une méthode : tout en douceur, il s’agit de trouver comment entrer en communication avec l’élève autiste. "

« Ce ne sont pas des cours qu’on peut préparer », sourit la professeure de piano. « Il faut s’adapter… À l’humeur de l’enfant, à ce qui s’est passé avant qu’il ne franchisse le seuil du studio. C’est du sur-mesure, c’est différent chaque fois ». C’est en 2017 que Nathalie Gaillard s’est formée à la méthode Dolce auprès de l’association Apte (*). « C’est plus une approche qu’une méthode : tout en douceur, il s’agit de trouver comment entrer en communication avec l’élève autiste ».

Rassurer et calmer

À 56 ans, après des années d’enseignement du piano, la Bretonne d’adoption, formée à la Schola Cantorum de Paris, a eu envie d’apporter autre chose à ses cours. Elle avait déjà travaillé avec des enfants en situation de handicap… « C’était resté dans un coin de ma tête ». Aujourd’hui, dans son studio de la rue Pasteur, elle dispense ses leçons de piano particulières à cinq enfants atteints de troubles autistiques.

Avec ces élèves pas ordinaires, âgés de 7 à 18 ans, « les cours sont très aléatoires d’une semaine sur l’autre », explique Nathalie Gaillard. « Parfois, ils font des progrès incroyables. Puis d’un seul coup, il y a blocage… ». Certaines fois, aucune note n’est jouée pendant la leçon. « Je dois juste rassurer, calmer… ». Dans ces cas-là, l’usage des bols tibétains, que la professeure de piano a appris à utiliser dans le cadre de sa formation en sonothérapie, peut se révéler utile. « Ces enfants sont extrêmement réceptifs à la vibration ».

Après des années d’enseignement du piano, Nathalie Gaillard a eu envie d’apporter autre chose à ses cours. En 2017, elle s’est formée à la méthode Dolce auprès de l’association Apte. (Le Télégramme/Claire Marion)

Un point de repère

Les vibrations, les sons, la musique… « Depuis qu’il est tout petit, Victor adore jouer, écouter, chanter », confirme Fanny, sa maman. Des jeux sonores, le petit garçon est vite passé aux instruments de musique. Il y a deux semaines, ses parents ont fini par louer un piano. « Nous l’avons placé au centre du salon », explique Mathieu, son papa. Aujourd’hui, « Victor accepte que nous en jouions avec lui, et même sans lui ». Toute la famille s’y est mise.

C’est un éducateur du centre psychothérapique pour enfants et adolescents où est suivi Victor qui leur a parlé de Nathalie Gaillard et ses cours adaptés. « Dès la première leçon, on n’a senti aucune peur, aucune réticence de la part de Nathalie », apprécie Fanny. De son côté, Victor s’est laissé guider par sa professeure, l’a acceptée dès le début. « Cette leçon hebdomadaire, c’est devenu un point de repère ».

Un apaisement

La leçon de piano de Nathalie est « un apaisement pour l’enfant. De tout son corps, il le montre », expliquent ses parents. Et cette demi-heure de musique chaque semaine, c’est un apaisement pour ses parents aussi. « C’est la première fois de sa vie qu’on propose à Victor une activité qui ne soit ni médicale ni paramédicale… Nathalie est sans jugement. Elle ne s’arrête jamais sur ce qui ne se passe pas bien. Juste sur ce qui est positif. Ça nous change d’un quotidien où on passe beaucoup de temps à lutter, pour lui, et pour nous », souffle Fanny.

" C’est la première fois de sa vie, qu’on propose à Victor une activité qui ne soit ni médicale ni paramédicale. "

Ces leçons de piano particulières pour des enfants extraordinaires ont modifié profondément les choses pour la professeure de piano, jusque dans ses cours habituels. « J’ai un autre regard aujourd’hui », explique Nathalie Gaillard. « Je suis plus sensible, plus à l’écoute dans mon enseignement… Je laisse plus de place à l’improvisation chez mes élèves par exemple ». Victor et les autres « m’apportent beaucoup. Il y a énormément d’échanges. Je leur donne… Et je reçois au centuple ! ».

(*) Apte : Autisme, piano et thérapie éducative. www.apte-autisme.net