article publié sur actu.fr

Étudiante en 3e année à l’école des Gobelins, la Villersoise Lucie Hodiesne a réalisé une série de clichés sur Antoine, son frère autiste.

À Issy-les-Moulineaux, une quarantaine de photos seront exposées : des scènes de vie d’une rare et belle profondeur.
À Issy-les-Moulineaux, une quarantaine de photos seront exposées : des scènes de vie d’une rare et belle profondeur. (©Lucie Hodiesne)

Étudiante en 3e année à l’école des Gobelins, Lucie Hodiesne, originaire de Villers-sur-Mer (Calvados), a réalisé une série de clichés sur Antoine, son frère autiste. Pour ses photos réunies sous le nom Lilou, elle a reçu le Prix de la Vocation et expose en région parisienne.

« Avec mon frère, on est une équipe, un duo de choc », sourit Lucie Hodiesne, 23 ans. Et sur l’un des rares clichés où la photographe se met en scène avec son frère autiste de 30 ans, Antoine, dit « Lilou », cette complicité n’a pas besoin de légende pour transparaître. D’ailleurs pendant très longtemps, elle était la seule à pouvoir le prendre en photo.

"Comme l’appareil photo, c’est mon langage, et qu’Antoine a le sien, par le biais d’objets, ça nous a énormément rapprochés sur une fibre artistique. Il y a des relations qui sont tellement fortes qu’il n’y a pas besoin de mots. Et c’est ce qui se passe entre nous deux."

« Quand j’ai vu les clichés, j’en ai pleuré »

Ce langage et ces échanges non verbaux se sont concrétisés par des photos. Des clichés en noir et blanc du quotidien d’Antoine pris par Lucie.

"Avant d’intégrer les Gobelins, je n’avais pas forcément pensé à raconter la vie d’Antoine en images. Mais avec ma mère on avait déjà pensé à écrire un livre sur lui. Il y avait quand même cette idée de mettre en avant son autisme."

Antoine âgé de 30 ans, est un adulte autiste, qui réside dans un foyer médicalisé à Verson, en Normandie.
Antoine âgé de 30 ans, est un adulte autiste, qui réside dans un foyer médicalisé à Verson, en Normandie. (©Lucie Hodiesne)

Pendant sa première année à l’école des Gobelins, où elle se forme à la photographie, on lui a demandé de réaliser une « narration en 36 poses à l’argentique ».

"C’est là que raconter le quotidien d’Antoine pendant une journée, du réveil au coucher, m’est apparu comme une évidence."

Après le tirage des premiers clichés, les retours de ses proches sont plus qu’encourageants. Et Lucie aussi est séduite par le rendu.

"Je crois que c’est la première fois que j’étais autant satisfaite d’un travail. Toute la part d’amour que j’y avais mis se ressentait à l’image. Quand j’ai vu les clichés, j’en ai pleuré dans le métro."

Faire parler de l’autisme

Elle poursuit alors sur sa lancée.

"Au festival Visa pour l’image, à Perpignan, j’ai eu beaucoup de retours de photographes et de la directrice artistique du magazine du Monde, Lucy Conticello, qui m’a aidée à avoir un axe pour mon travail."

Lucie Hodiesne a photographié le quotidien de Lilou. Une manière de faire parler de l'autisme.
Lucie Hodiesne a photographié le quotidien de Lilou. Une manière de faire parler de l’autisme. (©Lucie Hodiesne)

C’est à ce moment-là que Lucie comprend que la photographie pouvait être l’interprète de Lilou enfermé dans un monde de silence.

Pour elle, son travail est une manière « de rendre justice à Antoine ». Une manière de parler de ce que vit Antoine et, indirectement, de ce que vivent les autres personnes autistes qui partagent son quotidien au foyer médicalisé de Verson (Calvados). Cette touche « humaniste », elle l’explique par le manque d’informations en France.

"On parle très peu d’autisme, du quotidien des personnes qui sont touchées, des facettes du trouble, des différents cas."

Avec son projet Lilou, elle a reçu le prix de la vocation 2018.
Avec son projet Lilou, elle a reçu le prix de la vocation 2018. (©Lucie Hodiesne)

Quand elle a su qu’elle était retenue pour le Prix de la Vocation de la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet qui aide et récompense des jeunes souhaitant dédier leur vie à la réalisation de leur vocation, et que cette fondation voulait monter une exposition à partir de ses photos, Lucie raconte tout à Antoine.

"Il a tout de suite été dans une posture de reconnaissance et même, il a commencé à jouer davantage avec l’appareil photo. C’est assez drôle car c’est un grand charmeur, il dégage une certaine aura. Comme un James Dean."

Le message veut être passé clairement par le frère et la sœur. « Je me suis toujours promis que quoi qu’il m’arrive dans la vie, je ne le lâcherai jamais et de le mettre en avant. » Et Lucie a tenu sa promesse.

 

Pratique
Photos à retrouver sur la page Facebook de Lucie Hodiesne et sur www.luciehodiesne.com. Exposition du 26 juin au 26 juillet 2019, à l’espace Andrée-Chedid, à Issy-les-Moulineaux.