article publié dans Le Parisien

Deux mères de famille ont porté plainte pour violences contre la Maison d’accueil spécialisée (MAS) de la commune. Dans une vidéo, on voit un homme de 29 ans frappé par un salarié de la structure.

 Les Pavillons-sous-Bois, le 24 juillet 2019. Monique a porté plainte contre la MAS pour des violences présumées envers son fils, âgé de 29 ans. Les Pavillons-sous-Bois, le 24 juillet 2019. Monique a porté plainte contre la MAS pour des violences présumées envers son fils, âgé de 29 ans. LP/H.H.



Le 28 juillet 2019 à 15h58

Sur la vidéo filmée en caméra cachée, on aperçoit un homme frapper Kevin* d'un coup de bâton lors d'une sortie en extérieur, le menaçant ensuite en lui disant : « À la MAS, tu vas voir ! » Comme si le pire était à venir.

C'est en découvrant ce film - qu'elle a reçu via un envoi anonyme par Internet - que Monique a décidé de déposer plainte fin juin « pour violences sur une personne vulnérable », contre la Maison d'accueil spécialisée (MAS) des Pavillons-sous-Bois.

Cette structure associative héberge des adultes en situation de grande dépendance, car atteints de troubles envahissants du développement. Le fils de Monique, 29 ans, souffre de troubles du spectre autistique.

« Il disait : Pas la MAS ! pour montrer qu'il ne voulait pas y retourner »

« Lorsque j'ai reçu cette vidéo, j'étais déjà inquiète car j'avais remarqué que Kevin avait des bleus en rentrant à la maison le week-end du 22 juin, raconte-t-elle. Ce n'était pas la première fois. Je l'ai emmené chez le médecin qui lui a prescrit 10 jours d'ITT (incapacité totale de travail). »

La Maison lui explique alors qu'il s'était fait ça seul, en s'énervant contre une table. « On m'a dit qu'il était facilement marqué à cause de ses problèmes de plaquettes sanguines. J'ai trouvé cela bizarre. Et Kevin criait beaucoup. Il disait : Pas la MAS ! pour montrer qu'il ne voulait pas y retourner. »

Ce qui a également choqué Monique dans cette vidéo - que nous avons pu visionner - c'est le comportement des autres membres de la structure qui ne font rien pour empêcher les coups. Une voix conseille seulement à Kevin, plutôt agité, de se calmer : « Il va te taper sinon ! »

Une deuxième résidente avec des bleus

« On ne sait pas s'ils ne disent rien car ils ont peur ou si c'est une pratique courante ? » s'interroge cette mère de quatre enfants.

Car l'établissement a déjà été visé par d'autres plaintes par le passé. En avril, Isabelle Casteret l'a également attaqué pour « violences habituelles sur personne vulnérable », après avoir constaté à plusieurs reprises des bleus sur le corps de sa fille de 29 ans, Elodie.

« La Maison l'a justifié en disant qu'elle se blessait en sautant sur un nouveau canapé… J'ai du mal à y croire. En plus, ils sont censés choisir du mobilier adapté à nos enfants », rappelle-t-elle.

L'ARS a inspecté les lieux jeudi

Mi-juillet, elle a ensuite récupéré sa fille avec des griffures. Là encore, on lui explique qu'elles auraient été causées par un autre résident. « Comme si personne n'était assez compétent pour surveiller et s'occuper de nos enfants », souligne-t-elle.

Les deux mères ont alerté l'Agence régionale de santé (ARS). Contactée, celle-ci indique que le site a été inspecté jeudi et qu'elle « prendra dès la semaine prochaine des mesures en conséquence ». Sans révéler lesquelles pour l'instant, l'inspection étant trop récente.

D'après la mère de Kevin, l'employé ayant frappé son fils aurait été mis à pied. Mais de son côté, la MAS indique « n'avoir rien à déclarer sur une enquête de police en cours ».

*Le prénom a été modifié

UNE ENQUÊTE TOUJOURS EN COURS APRÈS UNE PLAINTE DÉPOSÉE EN 2018

En juillet 2018, une plainte pour « violences habituelles sur personne vulnérable » avait déjà déposé contre la Maison d'accueil spécialisée des Pavillons-sous-Bois.

C'est Hélène Ripolli, retraitée, qui avait lancé cette procédure après des maltraitances présumées envers son fils Arnaud. La procédure évoquait divers faits : griffures inexpliquées, fracture de l'annulaire gauche et brûlure au 2nd degré.

 

L’an dernier, Hélène Ripolli avait déjà porté plainte contre l’établissement. LP/H.H. L’an dernier, Hélène Ripolli avait déjà porté plainte contre l’établissement. LP/H.H.  

« L'enquête est toujours en cours, mais rien ne semble avoir changé dans l'établissement depuis », dénonce Hélène Ripolli, qui garde désormais son fils à la maison.

Elle a toutefois fait en sorte que son fils puisse conserver une place dans la structure si elle souhaite, un jour, le réinscrire. Et d'insister : « J'espère l'y remettre quand le grand ménage aura été fait dans les pratiques. Ce n'est pas aux victimes de partir ! »