article publié dans Le Parisien

Autisme : «Hors Normes», le film qui brise le tabou

La sortie du film « Hors Normes » lève le tabou sur le défaut de prise en charge des autistes sévères. La France tente de rattraper son retard, accumulé depuis des décennies.

 Dans « Hors Normes », Reda Kateb et Vincent Cassel incarnent des responsables associatifs prenant en charge des autistes atteints de symptômes lourds. Dans « Hors Normes », Reda Kateb et Vincent Cassel incarnent des responsables associatifs prenant en charge des autistes atteints de symptômes lourds. PROD


Le 23 octobre 2019 à 06h08

« Ces jeunes-là, personne n'en veut. » Prononcée par Vincent Cassel, la réplique détonne sur grand écran. Malheureusement, elle est bien plus qu'un moment de cinéma. Elle synthétise le quotidien de milliers de (vraies) familles, désespérées par les problèmes de prise en charge de leur enfant avec un autisme dit sévère ou lourd, c'est-à-dire avec des troubles du comportement, du langage, des accès de violence envers les autres ou contre eux-mêmes.

« Ceux qui ne sont pas glamours pour les médias, qui coûtent cher à la société, que ni l'école ni les instituts spécialisés n'acceptent, dénonce Danièle Langloys, présidente d'Autisme France. Le film réussit l'exploit de montrer ceux que l'on ne veut jamais montrer. On se le prend dans la gueule, et c'est tant mieux. »

Si cette dirigeante d'association est si cash, c'est qu'elle est bien décidée à faire en sorte que « Hors normes », en salles ce mercredi, ne soit pas un coup d'épée dans l'eau. Que ce long-métrage réalisé par Eric Toledano et Olivier Nakache marque un tournant positif pour les « oubliés de l'autisme ». Premier signe d'un dysfonctionnement : on ne sait pas aujourd'hui quelle est la part des situations complexes parmi les 700 000 personnes autistes (dont 100 000 enfants) de France.

« 1 500 places créées ou en train de l'être pour les adultes »

« Oui, il y a urgence à agir. La situation n'est pas satisfaisante. On le sait, et on y travaille », n'élude pas Claire Compagnon, déléguée interministérielle en charge de la mise en place de la stratégie nationale pour l'autisme, dotée de 344 millions d'euros et établie pour cinq ans. Comme Sophie Cluzel, la secrétaire d'Etat aux Personnes handicapées, elle a vu à plusieurs reprises ce film qu'elle juge « important ».

Depuis quelques mois, reprend Claire Compagnon, des équipes sont formées à repérer les adultes dans les établissements psychiatriques ou médico-sociaux « afin de les amener vers un diagnostic et définir avec leur famille le meilleur plan d'accompagnement possible. » Cela s'accompagne aussi de la création de nouvelles places : « 1 500 ont été créées ou sont en train de l'être pour les adultes », indique-t-elle.

Des années de retard à rattraper

Autisme France pointe un nombre trop bas et regrette le manque d'édification de « toutes petites » unités d'accueil, plus adaptées à la situation particulière du public attendu. Des structures qui mettent des années à se monter en France, quand cela n'est qu'une formalité en Belgique, où s'exilent de trop nombreux autistes.

Autre mesure nécessaire, la mise en place d'un dispositif spécifique d'accès aux soins. Aujourd'hui, faute de formation des professionnels et de matériel adapté, de trop nombreux autistes ne bénéficient pas de soins dentaires, ophtalmologiques, gynécologiques. Si le gouvernement assure faire du sujet « une priorité », le chemin s'annonce long. Selon les associations, il y a quarante ans de retard à rattraper.