18 novembre 2019

Accompagner des personnes autistes vers l’emploi

article publié dans La Croix

Reportage

La semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées se déroule du 18 au 25 novembre. Dans les Pays de la Loire, Pôle emploi expérimente un accompagnement des demandeurs d’emploi autistes par un « job coach », de la recherche d’emploi au maintien dans le poste.

Florence Pagneux (à Nantes),
le 18/11/2019 à 07:19
Accompagner des personnes autistes vers l’emploi

Après sa licence d’histoire, Romain s’était accordé une pause. «Ces trois années avaient été éprouvantes physiquement et mentalement : la vie en ville, les transports, la foule, le rythme», raconte ce Vendéen de 22 ans, diagnostiqué autiste Asperger. Sa première entrée dans le monde du travail – des missions d’intérim dans l’agroalimentaire – s’est révélée encore plus difficile, en raison « des cadences, des tâches simultanées et du bruit ».

Un environnement calme et bienveillant

Grâce à un service inédit de Pôle emploi, il vient de décrocher un service civique dans une mairie, où il travaille pour le service communication et les archives, dans un environnement calme et bienveillant. «Cet accompagnement a été décisif pour l’obtention de mon emploi, salue-t-il. J’ai bénéficié d’un suivi régulier et de qualité qui m’a permis de m’adapter à mon poste. »

Depuis septembre 2018, Pôle emploi des Pays de la Loire expérimente un accompagnement spécifique des demandeurs d’emploi autistes (sans déficience intellectuelle) vers un poste en milieu ordinaire. Une idée née d’une proposition d’une salariée de l’agence régionale, mère d’un enfant autiste. « Notre ambition est de démontrer que ces personnes ont aussi droit à leur place dans le monde du travail», explique Yvonne Janneau, coordinatrice du projet, financé par Pôle emploi, l’Agefiph et l’État (1).

Des préjugés tenaces

Outre la formation de vingt conseillers en interne, Pôle emploi s’appuie depuis janvier sur des « jobs coachs » issus de trois associations partenaires (2). Ils sont mobilisables par les candidats, comme par les employeurs, qui peuvent par exemple organiser une réunion de sensibilisation de leurs salariés. Car les préjugés sur ce fonctionnement cognitif atypique sont encore tenaces. « Ce ne sont pas tous des génies de l’informatique, prévient Yvonne Janneau, mais des personnes pouvant effectuer tout type de métier, à condition qu’il soit compatible avec leurs modes d’interactions sociales. »

Cela nécessite certaines adaptations. Par exemple, remplacer l’entretien d’embauche par une mise en situation professionnelle. «Cet exercice de jeux de rôle peut être particulièrement déstabilisant », précise Manon Jeanneau, « job coach » à L’association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées (Ladapt), qui, en cas de maintien de l’entretien, se propose d’accompagner les candidats. Elle est également à leurs côtés lors de la prise de poste, «car il y a énormément de nouvelles informations à ingurgiter».

Le besoin de bulles pour se ressourcer

Au quotidien, les aménagements peuvent aussi se traduire par la possibilité de ne pas répondre au téléphone (pour éviter d’avoir à gérer un imprévu), de ne pas participer aux réunions (ou ne pas y prendre la parole), de faire l’impasse sur les pauses-café avec les collègues ou de pouvoir manger seul à son bureau. «Ces personnes ne sont pas asociales mais ont besoin de bulles pour se ressourcer, poursuit-elle. S’adapter en permanence à nos normes est extrêmement fatigant. D’ailleurs, on leur conseille plutôt des postes à temps partiel. »

Assumer son handicap

À Pornic (Loire-Atlantique), le responsable du restaurant Marius, qui vient d’embaucher deux personnes autistes, a pris la mesure de ces besoins. «Pour mon serveur, avec qui le contact avec la clientèle demande beaucoup d’énergie, je prévois des pauses et des moments avec moi en cuisine», raconte Gildas Sibiril, qui a encouragé le jeune homme à assumer son handicap. «Aujourd’hui, il en parle aux clients qui le reçoivent très bien. Avant, il avait toujours caché son autisme et n’avait jamais tenu plus de deux mois au même endroit… »

De nombreux atouts

Au-delà des adaptations nécessaires, les conseillères mettent en avant les nombreux atouts de ces salariés : ponctualité, rigueur, fiabilité, souci de bien faire, honnêteté… « Ces personnes, qui ont souvent eu un parcours scolaire ou professionnel difficile, ont besoin d’être valorisées et d’avoir un retour sur leur travail », ajoute Manon Jeanneau. Ce que confirme Romain, qui a de nouveau confiance en ses compétences et se projette déjà vers l’avenir. « Je vais reprendre mes études à distance pour faire un master 1 et chercher des stages en entreprise pour devenir scénariste de jeux vidéo », prévoit-il.

Depuis 2018, 34 % des 73 personnes accompagnées ont retrouvé le chemin de l’emploi. Cette expérimentation doit prendre fin en décembre, mais tous espèrent qu’elle sera reconduite.

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Une stratégie interministérielle

La ministre du travail Muriel Pénicaud, la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel et le secrétaire d’État auprès du ministre de l’action et des comptes publics, Olivier Dussopt, doivent présenter ce lundi 18 novembre de nouvelles mesures pour favoriser l’emploi des personnes handicapées, après dix-huit mois de concertation. Un comité national de suivi et d’évaluation sera installé à cette occasion, qui sera chargé du suivi du plan interministériel. En 2018, le taux de chômage des personnes handicapées s’est établi à 18 %, soit un point de moins qu’en 2017, mais plus de deux fois le taux de chômage moyen.

(1) L’ARS et la DIRECTTE, avec le soutien du Centre ressources autisme (CRA) des Pays de la Loire.

(2) Ladapt, Alpha 49-job et Geist 53

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