16 mars 2012

article publié dans le nouvel observateur le 16 mars 2012

Les psychanalystes, premières victimes de la psychanalyse ?

Modifié le 16-03-2012 à 09h41

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Temps de lecture Temps de lecture : 4 minutes

LE PLUS. Pour certains troubles, comme l'autisme, la psychanalyse est toujours la seule façon de guérir envisagée. Or, quand la psychanalyse fonctionne en vase clos, ça va, mais lorsqu' elle entend imposer à tout le monde ses vues dépassées sur le psychisme, c'est un problème selon Peggy Sastre, auteur de "No Sex" et "Ex-utero".

> Par Peggy Sastre sexe, science et al.

Edité et parrainé par Melissa Bounoua

A bien des égards, la psychanalyse ressemble aux rats-taupes. Pas vraiment une anomalie, non, plutôt le bout du bout d'une branche phylogénétique. Elle est fragile certes, elle soumise à rude épreuve, aussi, mais (et la comparaison avec l'heterocephalus glaber s'arrêtera là) elle a encore besoin d'un bon coup pour abréger ses souffrances fossiles.

"Qui ne s'adapte pas disparaît", c'est une maxime évolutionnaire connue, pour d'aucuns c'est même la loi de la sélection naturelle. Mais elle ne dit pas tout, car qui ne s'adapte pas peut toujours trouver une niche où ses excentricités évolutives seront comme un coq en pâte ; un cul-de-sac bien confortable, quasiment sur mesure, où il sera très difficile de le déloger.

En France, la psychanalyse a trouvé sa niche, une terre où l'amour de l'idéologie joue des coudes avec le goût de la hiérarchie, de l'autorité, des choses qui s'imposent et qui ne se discutent pas. De même, en France tout le monde se fout un peu des faits, c'est une culture où on se répète que les faits ne disent pas tout, qu'on peut leur faire dire ce qu'on veut. D'ailleurs, on s'en méfie des faits : la rigueur scientifique cache toujours quelque-chose, alors tant qu'à faire, mieux vaut s'en débarrasser.

Un pays qui a la science en horreur

On ne peut pas comprendre le jugement qui a été rendu le 26 janvier dernier à l'encontre de la réalisatrice du film sur l'autisme "Le Mur", Sophie Robert et de l'Association Autistes sans Frontières sans prendre en compte cet environnement spécifique.

Évidemment, nous sommes dans un pays où 80% des nouveaux diplômés en psychologie et psychiatrie ont été formés à la psychanalyse, une théorie qui refuse d'être évaluée selon les méthodes en vigueur partout ailleurs et qui pense que les neurosciences sont une lubie dont elle se doit de protéger la société, mais nous sommes aussi et surtout dans un pays qui a généralement la science en horreur. Un pays qui feint de ne pas comprendre ses méthodes (la boucle hypothèse > prédiction > expérience > observation) et qui pense, globalement, comme Lacan : que le réel n'existe pas.

De même, c'est un pays où ils sont encore nombreux ceux qui se nourrissent des miettes du droit divin traditionnel (la hiérarchie et l'autorité comme ingrédients de l'ordre cosmique), et où quelqu'un qui parle fort et abscons aura davantage de chances de se faire entendre, et d'imposer le respect, qu'un autre qui cherche avant tout à faire comprendre de quoi les choses sont faites.

Pour Sophie Robert, que j'ai eu au téléphone alors qu'elle attendait des nouvelles du référé en suspension de l'exécution provisoire de la sentence du 26 janvier, les psychanalystes sont les premières victimes de la psychanalyse. La discipline est "tout d'abord une entreprise de manipulation mentale qui génère sa propre manipulation mentale".

"Un psychanalyste", m'a-t-elle expliqué, "c'est d'abord quelqu'un qui souffre dans sa jeunesse, et qui va chercher des solutions sur le divan. Et après des années de divan, il finit par adopter le mode de vie et de penser psychanalytiques, dans une oblitération totale de sa subjectivité.  C'est une dynamique d'embrigadement à laquelle ils tiennent tout particulièrement : les psychanalystes eux-mêmes sont d'abord passés sur le divan, sont devenus dépendants à l'analyse et inféodés à la psychanalyse. Cela touche énormément de gens qui n'ont aucune connaissance des fondements théoriques de la discipline. C'est aussi pour eux que j'ai fait mon film."

Je ne sais pas si je suis d'accord avec elle. C'est un peu comme penser que les religieux – les actifs, les "ministres du culte" – sont les premières victimes des sectes qu'ils servent et dans lesquelles ils servent. On aura beau leur dérouler l'historique de leurs dogmes et leur déconstruire les "fondements théoriques" de la multiplication des pains, de l’éradication des infidèles cachés sous les pierres ou de la capacité de flottaison d'une sorcière, cela ne leur ôtera pas l'envie d'y croire, d'adapter leur existence en fonction et, surtout, de chercher à évangéliser d'autres gogos à l'esprit malade.

Quelles solutions alternatives à la psychanalyse ?

Non, le plus gros problème de la psychanalyse, à mon sens, c'est sa toxicité exogène. Le fait que non seulement elle est nuisible pour ceux qui la pratiquent, mais qu'elle est inefficace, au mieux, et délétère, au pire, pour ceux qui ont aujourd'hui d'autres moyens de soigner ou d’atténuer leurs troubles psychiques. De la même manière que je n'ai rien contre ceux qui sont persuadés que l'ambre guérit les rages de dents ou qu'une maison n'est pas habitable si elle n'a pas été préalablement désinfectée au reiki, je commencerai par contre à m'énerver quand le nettoyage à l'ambre (pardon, je m'embrouille) fera partie des conditions d'obtention d'un logement chez toutes les agences immobilières.

Parce que c'est ce qui se passe en France, à un niveau évidemment beaucoup plus grave, dans la prise en charge de l'autisme : un trouble qu'un consensus scientifique international considère comme neurologique est majoritairement "soigné" par des gens pour qui le cerveau est accessoire.

En regardant le film de Sophie Robert, ce n'est pas donc, à tout prendre, le jargon sectaire et métaphysique des psychanalystes interrogés qui m'a le plus interpellée ou choquée – j'étais au courant –, mais c'est d'entendre Sandrine Guy, mère d'un adolescent autistique, raconter comment son fils a été "analysé" contre son gré, et avec quelle perplexité elle a reçu ce rapport "complètement délirant" et "effrayant", où une thérapeute avait tout simplement plaqué du Lacan sur son fils, sans autre forme de procès.

Sachant aujourd'hui que la prise en charge des questions de "santé mentale", à l'instar de l'autisme, est très majoritairement psychanalysante – une discipline dont les fondements théoriques, après plus d'un siècle d'existence, n'ont jamais été concrètement attestés –, combien de malades ou de familles de malades ont la présence d'esprit, c'est-à-dire possèdent suffisamment d'informations sur les solutions "alternatives" (ie. consensuelles partout ailleurs) pour détecter et refuser un tel délire ?

Que la psychanalyse contamine ses propres ouailles, très bien, qu'elle fonctionne en vase clos et hors du monde, autant que ça lui chante !

Mais lorsqu'elle profite de l'ignorance du grand public et qu'elle joue les marchands de doute à des simples fins d’auto-conservation, là, j'espère vraiment qu'elle se heurte vite fait bien fait à tout un tas de murs et qu'elle tombe enfin, cette ramification archaïque du savoir. 

A lire aussi sur Le Plus :

- "La psychanalyse est devenue dogmatique, c'est son erreur" par Boris Cyrulnik, psychanalyste.

- "Autisme et psychanalyse : les véritables enjeux" par Eric Laurent, psychanalyste et ancien président de l'Association mondiale de psychanalyse.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/469811-les-psychanalystes-premieres-victimes-de-la-psychanalyse.html

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article publié dans le magazine Déclic le 24 février 2012

L’Europe (et le Québec) : le meilleur de ce qui se passe ailleurs Version imprimable Suggérer par mail
24-02-2012
photo ailleursEn Belgique, Diego a bénéficié d’un diagnostic rapide et respectueux. En Allemagne, les parents de Jonah ont été accompagnés par un service d’intervention précoce. Quant à Barbara, en Italie, elle a toujours été scolarisée en milieu ordinaire. Quelles sont les « bonnes pratiques » qui pourraient nous inspirer ? 7 parents témoins nous racontent leur quotidien.

Tous les enfants en école ordinaire

« En Italie, il n’y a plus d’institution spécialisée (ni de classes différenciées au sein de l'école ordinaire) depuis les années 70. Tous les enfants porteurs d’un handicap sont scolarisés avec les enfants valides. De plus, nous avons la priorité sur le choix de l’établissement, de la crèche jusqu'au bac ! Par exemple, à l'époque où Barbara était encore un bébé, du fait de son handicap nous avons eu une place d'office dans la crèche qui avait ouvert en bas de chez nous. Cette intégration dans le milieu ordinaire est un formidable vecteur de socialisation pour les enfants. Barbara vient d'entrer au collège, tout le monde la connaît, elle est parfaitement intégrée. »

Des professeurs de soutien formés au handicap

« Dans la classe de Barbara, le professeur ordinaire est secondé par un professeur de soutien, l'équivalent des AVS en France. À la différence que celui-ci, étant un futur enseignant, a suivi un cursus universitaire équivalent aux autres et une spécialisation « handicap », obligatoire pour ce poste. Cette formation fait toute la différence. Je me souviens que la maîtresse de soutien de CM1 avait fait sa thèse sur la méthode Feuerstein : du pain béni pour Barbara ! Autre particularité : le dossier de demande est déposé par l'école (et non par les parents) auprès de la commune qui se charge d'attribuer les professeurs de soutien. »

Un laboratoire culturel conçu pour Barbara

« À l'école primaire, Barbara suivait presque tous les cours avec les autres élèves. Au collège, le programme se complexifie. Elle passe donc 14 heures (sur un total de 30) en dehors de la classe avec son professeur de soutien. Néanmoins, le lien avec les autres élèves n'est jamais rompu. Ainsi un laboratoire de théâtre et de musique a été spécialement créé pour elle, les autres enfants de la classe sont invités à la rejoindre parfois pour travailler ensemble. Toutes ces pratiques mises en place dans l'univers scolaire ont bien sûr des répercussions positives en dehors de l'école, notamment l'accès aux loisirs ; Barbara a toujours été acceptée dans les clubs mixtes de la commune. Quand je discute avec des parents français, j'ai le sentiment qu’en France les enfants handicapés sont souvent « à l'essai ». Ce n'est pas « oui », c'est « oui mais ». L'Italie a beaucoup de défauts, mais pas celui-là. Elle accepte le handicap, sans pinailler. Je me souviens d'une enquête réalisée par le Gheist, sortie il y a quelques années. On y apprenait que les jeunes handicapés italiens étaient globalement plus heureux et plus sereins que leurs pairs français, je pense qu'il y a un lien de cause à effet… »


Retrouvez la suite de notre dossier spécial « L’Europe (et le Québec) : le meilleur de ce qui se passe ailleurs » dans Déclic n°146 (mars-avril 2012), avec aussi
  • « Belgique, un diagnostic rapide et respectueux », « suivi personnalisé, le Québec en pointe », « Allemagne, ces services qui épaulent les parents », « Italie et Québec. Vie professionnelle : des idées pour ne pas tout sacrifier », « Suède, le coup de pouce à la vie familiale », « Intégration scolaire, zoom sur l’Italie », « Aides financières : ces coups de pouce qui font la différence » ;
  • L’éclairage de nos deux experts : Philippe Miet, conseiller national pour la politique européenne et internationale à l'APF et Gérard Zribi, président d’Andicat (Association nationale des directeurs d'ESAT) et auteur de plusieurs ouvrages dont le Dictionnaire du handicap.

Rendez-vous sur les forums de Déclic pour donner votre avis sur les bonnes pratiques que nous avons identifiées.

http://www.magazine-declic.com/le-meilleur-de-ce-qui-se-passe-ailleurs-handicap-5678.html

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15 mars 2012

article publié dans le monde.fr le 15 mars 2012

Autisme : une mise en garde contre la méthode ABA

Le Monde.fr | 15.03.12 | 11h15

Le Français Laurent Mottron, psychiatre et chercheur en neurosciences cognitives résidant au Québec, est directeur scientifique du Centre d'excellence en troubles envahissants du développement de l'Université de Montréal (Cetedum). Les recherches de son équipe, qui a publié plusieurs dizaines d'articles dans les meilleures revues scientifiques, permettent d'affirmer que les autistes pensent, retiennent, s'émeuvent, et surtout perçoivent différemment des non-autistes. Ce groupe défend l'idée que la science, en considérant l'autisme comme une maladie à guérir, passe à côté de sa contribution intellectuelle et sociale.

A propos des recommandations récemment publiées par la Haute autorité de la santé (HAS) en matière de prise en charge de l'autisme, notamment celles qui concernent l'approche comportementaliste ABA (Applied behavioral analysis, ou Analyse appliquée du comportement ), le docteur Mottron nous a adressé la réaction suivante :

Le rapport argumentaire de la HAS et ses recommandations sont dans leur quasi totalité un travail remarquable. Je soutiens sans réserve l'approche éducative, – tous les autistes doivent aller à l'école régulière par défaut, avec accompagnent si nécessaire – comme je soutiens les thérapies cognitivo-comportementales pour les autistes verbaux. Ces dernières n'ont rien à voir avec les interventions comportementales précoces ou ABA, qui s'adressent aux enfants d'âge préscolaire, et que je désapprouve – mais les français mélangent tout dans le domaine, il n'y connaissent rien faute d'y avoir été exposé à cause de la psychanalyse, et ne font aucune nuance entre des techniques qui n'ont à peu près rien à voir entre elles.

Quand je vois "techniques éducatives et comportementales", dans la même phrase, je mesure à quel point en France actuellement on pense que les ennemis de mes ennemis sont forcement mes amis. J'ai même ma photo chez les lacaniens, avec cette logique! Alors que pour moi la psychanalyse n'a rien à dire ni à faire avec l'autisme. La psychanalyse est une croyance, une pratique qui doit rester limitée à un rapport entre adultes consentants. On doit la sortir du soin, des enfants en particulier (et pas seulement de l'autisme). Je suis parti au Canada pour fuir cela il y a vingt ans.

La seule chose que je critique dans le rapport de la HAS, comme scientifique et clinicien de l'autisme  et j'ai le droit de le faire, parce que cette technique à été rendue obligatoire au Québec en 2003, avec pour effet de monopoliser tous les budgets, avec des résultats non démontrés, et la conséquence de laisser les adultes autistes sans ressource, c'est la place qu'il fait à l'ABA. Le rapport évalue mal les données sur lesquelles il se base pour lui donner la cote B. Les résultats de l'ABA sont gonflés, cette technique pose de gros problèmes éthique, elle se fonde sur une science périmée. L'HAS a pris sur ce point une position plus généreuse que le rapport Warren (2011) de l'académie de pédiatrie américaine, qui lui donne une cote moins bonne de C, selon une échelle comparable. Mais qu'on ne me fasse pas dire que je soutiens la psychanalyse parce que je critique l'ABA.

http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/03/15/autisme-une-mise-en-garde-contre-la-methode-aba_1669458_1651302.html

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article publié dans le HUFFINGTON POST le 11 mars 2012

Préambule : je publie cet article pour montrer combien le chemin sera difficile pour que les recommandations de la HAS et de l'ANESM soient appliquées sur le terrain.

Je note le mélange des genre "psychiatre et psychanalyste". Qui s'exprime ? Très clairement la psychanalyste à priori freudienne ... "À propos de l'approche psychanalytique de l'autisme, je renvoie d'ailleurs nos lecteurs à l'éclairante conférence de presse de l'Ecole de la Cause freudienne" nous dit-elle ou encore "Le modèle des TCC, c'est le chien de Pavlov, conditionné par un dressage à répondre aux ordres."  En effet, les militaires mettent en pratique l'ABA sans le savoir (et pas seulement eux ...). Le pire c'est que cela marche ! Et l'on verra mal employer dans ce cas l'expression "dressage de chimpanzés" qui manque à cet article ... les hommes qui peuple cette institution ne comprendraient pas.

Concernant la formation de psychanalyste .... on le devient comment ? Réponse si j'ai tout compris : en faisant sa propre analyse auprès d'un psychanalyste patenté. Cela n'a bien sûr rien à voir avec le conditionnement.

Nous somme tous plus ou moins conditionnés et Madame Agnès Aflalo n'échappe pas à la règle et dans certain cas cela peut aller jusqu'à l'aveuglement ...

Engraisser les labos ? Les enfants autistes avec une accompagnement psychanalytique je connais. Le parcours en hôpital de jour : attente de l'émergence du désir, pas d'apprentissage, pas de conseil ni de collaboration avec la famille ... pas de médicaments non plus sauf en final. Peu importe si l'enfant ne dort pas, est hyperactif ... la famille fait avec ... très peu d'évolution attendue (comme le montre le film Le Mur) ... pas d'évolution à la sortie ... et quand vient l'âge adulte on obtient une personne non socialisée et qui n'a rien appris et dont les troubles de comportement en général augmentent ... d'où une médicalisation forte nécessaire ...  voire une hospitalisation !

Les psychanalystes sont désintéressés mais vivent du "monopole" en place depuis 30 ans et j'ai l'impression que ce genre d'article qui utilise toutes "les ficelles" participe de la défense d'un système établi où ceux qui en vivent défendent leur propres intérêts et refusent de se remettre en question.

Pour les TCC de nombreux articles ont été publiés depuis le chien de Pavlov ... qui n'est en fait qu'une base de départ ... comme souvent en science on s'appuie sur le modèle animal avant de passer à l'homme.

En psychanalyse tout repose sur des études de cas et des théories ... celle de Bruno Bettelheim notamment ... qui peuvent conduire à bien des dérives "théorie de la Mère frigidaire" etc. et si j'en crois certains spécialistes reconnus quand une théorie s'effondre on en sort une autre de son chapeau (un peu comme le magicien avec les lapins) ...

Mais où sont les publications ... les preuves ?

La tâche sera rude pour faire évoluer les pratiques sur le terrain.

Jean-Jacques Dupuis

Rapport sur l'autisme: exclure les psys pour mieux engraisser les labos?

11/03/2012 05:00

La psychiatre et psychanalyste Agnès Aflalo éclaire certains enjeux et non-dits du récent rapport de sur l'autisme.

"Non consensuelles" et pas "pertinentes". Voilà comment le nouveau rapport sur l'autisme considère les approches psychanalytiques et psychothérapeutiques. La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande plutôt une approche "éducative, comportementale et développementale". Concrètement : il n'est pas recommandé de mettre les autistes en relation avec des psychanalystes, ou des personnes orientées par la discipline freudienne, mais conseillé de les adresser à des tenants des thérapies cognitives et comportementales (TCC)... Eclairages sur certains enjeux et non-dits de ce rapport avec la psychiatre et psychanalyste Agnès Aflalo, médecin-chef du CMP enfants et adolescents de Bagnolet et auteur de L'assassinat manqué de la psychanalyse (éd. Cécile Defaut).

MQ : Agnès Aflalo, pouvez-vous d'abord préciser, en quelques mots, les différences entre les approches psychanalytiques et comportementales de l'autisme ?

AA : Le modèle des TCC, c'est le chien de Pavlov, conditionné par un dressage à répondre aux ordres. D'où l'idée des TCC de faire pareil avec des humains... et en particulier avec les autistes, comme le fait la méthode ABA. Et aujourd'hui, ils veulent imposer ces méthodes à tous !

Les psychanalystes, quant à eux, ne proposent pas de dressage. Ils parient sur la dignité de l'humain. Ils partent de ce qui existe et inventent avec chaque patient la réponse qui lui convient, à lui et à lui seul. Y compris avec les autistes. Attention, les psys ne sont pas contre les médicaments, mais seulement au moment où c'est nécessaire et pour ceux à qui c'est utile. Donc, pas tout le "spectre autistique" tel qu'il est fabriqué aujourd'hui. Le sur-mesure va contre l'approche prétendument scientifique que promeuvent les TCC...

À propos de l'approche psychanalytique de l'autisme, je renvoie d'ailleurs nos lecteurs à l'éclairante conférence de presse de l'Ecole de la Cause freudienne, publiée sur le site de La Règle du Jeu.

MQ : : Après le scandaleux film documentaire Le Mur, récemment condamné en justice, haro, donc (une fois de plus), sur la psychanalyse. Mais pourquoi tant d'acharnement ?

AA : : Tout simplement parce que la psychanalyse dérange les bonnes affaires de certains... ou du moins ne les favorise pas. Depuis 30 ans, la santé publique se réduit en effet, de plus en plus, à un marché où règne la logique du profit, et non plus un domaine orienté par la logique du bien commun. Et les grands artisans de cette dérive ne sont autres que les laboratoires pharmaceutiques et leurs "amis" dans le champs psy : les TCC, qui « découpent » les maladies avec des questionnaires, où à chaque symptôme correspond un médicament...

MQ : : Pouvez-vous illustrer cette dérive ?

AA : : En 1980, quand paraît aux Etats-Unis le DSM-III (la 3e édition du Manuel diagnostique des troubles mentaux, qui sert de référence à l'échelle mondiale sur ces questions), l'autisme est jugé très rare : il concernerait seulement 2 à 4 personnes sur 10 000. Mais, dans le DSM-V (pas encore publié, mais dont la version préliminaire a « fuité » en 2010), le champ de l'autisme est considérablement élargi, sous le nom de Spectre du trouble autistique (STA), et concernerait désormais plus de 2% des enfants d'âge scolaire... On est donc passé de 0,02% à 2% des enfants !

MQ : : Et à qui ce gonflement des effectifs profite-t-il ?

AA : : On sait en tout cas que pour lutter contre l'autisme, la HAS préconise aujourd'hui des TCC associées à des stratégies médicamenteuses diversifiées, "utiles pour diminuer ou supprimer des comportements inadaptés" à base de neuroleptiques, d'opiacés, de carbonate de lithium, de bétabloquants, d'antidépresseurs, de "pilules de l'obéissance", d'antifongiques, de traitements hormonaux, de vitamines, de calcium... Bref, un marché juteux pour les fabricants de médicaments. En 2010, Carol Bernstein, présidente de l'APA (association américaine des psychiatres) ne précisait-elle pas qu'il fallait "faire accepter aux patients les traitements pharmacologiques récemment apparus" (1) ?
Je l'ai dit, les psychanalystes ne sont pas opposés à l'usage de médicaments pour accompagner le traitement de l'autisme, seulement, en élargissant considérablement le champ de l'autisme, on élargit opportunément le marché... Mais il y a plus. En assurant aujourd'hui la promotion d'un "autisme génétique", le DSM crée un nouveau marché : celui des tests génétiques - facturés quelques milliers d'euros et, parions-le, bientôt proposés par ces mêmes labos...

2012-03-09-autiste930.jpg

© autiste 930

MQ : : Quid de l'indépendance de la HAS et les médecins "experts" de France et de Navarre qui viennent de rendre ce rapport ? Cette vertu n'est-elle pas pour eux un principe cardinal ? Celui qui prête le Serment d'Hippocrate ne déclare-t-il pas : "Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission" ?

AA : : Rappelez-vous le scandale du Médiator... Cette affaire qui révéla les conflits d'intérêts entre les experts "indépendants" et les firmes du type Servier, et qui fit dire à Alain Bazot de l'UFC-Que Choisir que le système du médicament français était "un système pourri. » Dès 2009, le professeur Philippe Even, ancien doyen de la faculté de médecine Necker à Paris et professeur émérite de l'Université Paris-V (2), avait d'ailleurs déclaré que les experts médicaux français font l'objet des mêmes "conflits d'intérêt" que les experts américains (3) : "Ce sont les médecines académiques qui assurent la promotion des médicaments (...) et ça se passe comme aux États-Unis. Sur 1200 experts auprès des agences nationales du médicament françaises, plus de la moitié déclarent des liens avec des industriels. 20% déclarent ne pas en avoir sans que ce soit vérifié. Les autres ne font pas de déclaration bien qu'elle soit obligatoire. Les commissions d'experts sont comme aux États-Unis, à la fois juges et parties (4)"... Et, plus récemment encore, rappelez-vous quand le directeur de la HAS, le Pr Jean-Luc Harousseau lui-même, dût reconnaître (après avoir signé une première déclaration publique d'intérêts vierge de liens avec l'industrie pharmaceutique) qu'il avait reçu plus de 200 000 euros à titre personnel de la part de diverses firmes pharmaceutiques, durant les trois années précédant son arrivée à la tête de la Haute autorité... Sans parler des sommes perçues par les structures de recherche qu'il pilotait.

MQ : : Ce Pr Harousseau, qui déclare vouloir à tout crin "évaluer" la psychanalyse, mériterait donc d'être lui-même évalué quant à son indépendance ! Cela dit, quand il dit aujourd'hui que ce rapport sur l'autisme "marque une étape" et qu'en matière de prise en charge de l'autisme "rien ne sera plus comme avant", on est porté à le croire... Tout comme on peut croire le député Daniel Fasquelle - auteur en janvier d'une proposition de loi visant "l'arrêt des pratiques psychanalytiques dans l'accompagnement des personnes autistes" (au profit exclusif des méthodes TCC...) - quand il dit refuser de baisser les armes contre les psys, lui qui serait membre du Club Hippocrate, un club de parlementaires (dont le site n'est bizarrement plus accessible) notamment soutenu par le laboratoire GlaxoSmithKline, un labo qui fabrique - entres autres - des antidépresseurs... recommandés pour traiter l'autisme !

http://www.huffingtonpost.fr/martin-quenehen/rapport-sur-lautisme-excl_b_1334702.html?ref=france

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article publié dans le magazine Déclic

Se faire rembourser les coûts cachés Version imprimable Suggérer par mail
03-07-2010

photoCouches, produits d’hygiène, compléme

nts alimentaires, séances de rééducation non remboursées par la Sécu… Lorsqu’elles sont cumulées, ces dépenses représentent des surcoûts importants qu’il est possible de faire prendre en charge.

Un exemple avec les séances de rééducation :

Si votre enfant suit des séances en libéral (ergothérapie, psychomotricité, psychologue) qui ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale, vous pouvez déclarer les montants versés dans votre demande d’AEEH ou de PCH.

Les soins assurés par des thérapeutes qui ne bénéficient pas d’une reconnaissance officielle, tels les osthéopathes et les acupuncteurs, ne sont généralement pas pris en compte. Cependant, une demande de prise en charge de séances d’équithérapie peut être retenue si elle appuyée par un pédopsychiatre.

Retrouvez la suite de cet article et bien d’autres en lien avec les aides financières dans le nouveau guide Déclic Les aides financières

Téléchargez le sommaire complet du guide Les aides financières ou commandez-le sur la Boutique en ligne

http://www.magazine-declic.com/Se-faire-rembourser-les-couts-caches-enfant-handicape.html

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article publié par l'Indépendant le 13 mars 2012

Autisme : "On manque de financements"

Le 13/03/2012 à 06h00 par Isabelle Bley

 Marie Maffrand et son équipe préparent le congrès national depuis près de six mois.

Marie Maffrand et son équipe préparent le congrès national depuis près de six mois.  © Photo M.-S. H.

Qu'est-ce que l'autisme ?

Ce sont des troubles envahissants du développement (TED), avec des troubles de communication, une communication non verbale ou différente. Il y a des autistes de tous niveaux. C'est un handicap non visible et parfois le public a du mal à le comprendre.

Comment détecte-on un enfant autiste ?

Quand quelque chose pose question aux parents, il faut aller voir un pédiatre : un enfant trop calme, qui ne suit pas des yeux... Le dépistage peut se faire à partir de 18 mois et le diagnostic vers deux ans. Ce diagnostic précoce est important pour mettre en place des réponses adaptées et ne pas arriver à des surhandicaps.

L'autisme a été déclaré cause nationale en 2012. C'est une bonne chose ?

Depuis la circulaire Veil, en 1995, qui a fait autant pour les femmes que pour l'autisme, il y a eu des avancées. Elle donne droit à des établissements spécialisés, des prises en charge spécifiques...

Est-ce suffisant ?

Des structures validées ne voient pas le jour par manque de financements. C'est dramatique pour les familles. Ainsi, pour le Mas de Corbère, de 40 places, qui concerne des adultes lourdement handicapés avec des troubles associés, le projet est bouclé, validé, mais sans financement. Et reste pour le moment à l'état de projet.

Le déficit de structures est-il important ?

Il manque beaucoup de structures pour les ados et les adultes. Et aussi pour les adultes vieillissants, car les autistes vivent de plus en plus vieux.

A qui s'adresse ce congrès national de la Fédération Sésame autisme ?

Aux familles, aux personnes autistes, aux professionnels, aux autorités politiques et administratives. Il y aura des témoignages humains, traduits en langue des signes, des professionnels de haut niveau. Roselyne Bachelot qui s'occupe du plan autisme sera présente. Elle nous a toujours suivis.

http://www.lindependant.fr/2012/03/13/autisme-on-manque-de-financements,123281.php

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article publié sur le site d'Autisme Infantile le 13 mars 2012

Micheline, notre guide

MichelineLa belle Micheline, notre guide, a laissé des commentaires sur notre Carte Utile de l’Autisme, pour signaler, dans chaque département concerné, les établissements qui ont signé la pétition sur Lacan Quotidien, qui demande l’approche psychanalytique de l’autisme, malgré les recommandations de la Haute Autorité de Santé.

Comme vous le savez tous, les recommandations de la HAS, sorties il y a quelques jours, expliquent bien que les approches psychanalytiques de l’autisme ne sont pas recommandées pour la prise en charge des enfants autistes.

Allez vite jeter un oeil sur la carte de votre département pour vérifier si votre enfant fait partie de ceux qui sont et seront mal pris en charge! Vous savez ce qui vous reste à faire si votre enfant fréquente un ou plusieurs de ces établissements! (Indice: au choix, gueuler, l’en sortir, ou préférablement les deux!)

De notre côté, nous continuerons, avec Micheline, à rester vigilants et à signaler les établissements qui ne respectent pas les recommandations de la Haute Autorité de Santé.

Merci, Micheline, notre guide!

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