16 février 2012

article publié dans Agora Vox le 16 février 2012

Autisme : la HAS sous pressions ?

Le 6 mars prochain, lors d’une conférence de presse, la Haute Autorité de Santé doit rendre publique ses recommandations de prise en charge de l’autisme, au cours d’une conférence de presse. Cet évènement est très attendu depuis des années par les associations de familles, qui récusent l’approche psychanalytique majoritairement utilisée en France et demandent des prises en charge éducatives cognitivo-comportementales comme en Belgique ou en Espagne. Or, cette semaine, une partie de ces recommandations a « fuité » dans la presse, provoquant une levée de boucliers du milieu psychanalytique, et une forte inquiétude des associations.

 
L’enjeu est de taille (voir notre précédent article sur Agoravox). En effet, au vu de la version préliminaire émise en juillet 2011, il apparaît qu’enfin les prises en charge éducatives cognitivo-comportementales (ABA et TEACCH principalement), largement demandées par les familles et leurs associations, voient leur utilité et leur efficacité reconnue. C’est un soulagement qui se profile pour les familles d’autistes, car enfin on donne des arguments scientifiques qui étayent leurs demandes, souvent incomprises voire rejetées par les psychiatres ou les MDPH, en charge de compenser les coûts de ces prises en charge.
 
Mais la question va beaucoup plus loin : en effet, la HAS doit également recommander, ou ne pas recommander, les prises en charge actuellement les plus utilisées en France, d’inspiration psychanalytique. Ce type de prise en charge est rassemblé sous le vocable « psychothérapie institutionnelle » et est basé sur l’idée que l’autisme est une maladie du psychisme. On tente alors de le « soigner » en fonction des théories d’éminents psychanalystes, ce qui concrètement se traduit par une thérapie familiale, ou une psychothérapie de l’enfant, ou encore des « médiations thérapeutiques » tels l’atelier conte, l’atelier cheval, l’atelier poterie, l’atelier pataugeoire (dit aussi « flaque thérapeutique ») ou le très controversé « packing ».
 
Force est de constater la faiblesse voire carrément l’absence manifeste de preuves scientifiques de l’utilité et de l’efficacité éventuelle de ces thérapies, ainsi que la méconnaissance totale d’effets indésirables, en particulier en ce qui concerne le « packing ». Ce sujet est d’ailleurs actuellement débattu par l’Ordre des Médecins (une audience est prévue à Lille ce 16 février).
 
Par ailleurs le contexte est extrêmement tendu, l’autisme ayant été déclaré « Grande Cause Nationale 2012 », suite à quoi le Député Mr Daniel Fasquelle, président du groupe d’études sur l’autisme de l’Assemblée Nationale, a déposé un projet de loi visant à interdire les prises en charges psychanalytiques dans le cadre de l’autisme, puis plus récemment a interpellé les Présidents d’Université pour leur demander de faire cesser les formations psychanalytiques sur l’autisme, non-conformes aux connaissances scientifiques actuelles.
 
Les recommandations provisoires émises en juillet dernier ont fait l’objet d’une large consultation publique, à laquelle la plupart des associations de familles ont répondu (notre précédent article s’en faisant l’écho). Suite à cette consultation, la Haute Autorité de Santé devait effectuer une dernière synthèse puis publier les recommandations définitives lors d’une conférence de presse prévue le 6 mars prochain. Mais une fuite dans « Libération » est venue semer le trouble dans les esprits. Selon ce quotidien, dans lequel les psychanalystes tiennent fréquemment tribune, la dernière mouture des recommandations classerait les interventions psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle dans les « interventions non recommandées ou non consensuelles ». En clair, devant l’absence de preuve d’efficacité, ce type de prise en charge n’aurait aucune raison d’être recommandé pour les autistes – comme un emplâtre sur une jambe de bois en somme… Par ailleurs le packing serait montré du doigt, la Haute Autorité manifestant son « opposition formelle » à cette pratique.
 
Une mise au point a été aussitôt publiée par le Directeur Général de la HAS, qui indique que « le paragraphe sera certainement modifié, car la demande en a été faite, pour être "mieux contextualisé", en insistant sur le fait que "ce qui est non consensuel ne veut pas dire non recommandé". » Quant au packing, la HAS n’a ni la vocation ni le pouvoir d’interdire sa pratique, mais se déclare en effet opposée à son utilisation même dans les cas extrêmes et exceptionnels, ne le tolérant que dans le cadre d’un protocole de recherche.
 
Cette déclaration a aussitôt soulevé une grande inquiétude parmi les associations de parents. L’allusion à une demande de modification rappelle en effet l’épisode survenu en 2010, lorsque la HAS a émis son « Etat des Connaissances  » sur l’autisme. A cette époque, des manœuvres de dernière minute par certains représentants des psychiatres d’obédience psychanalytique avaient été conduites dans le but de maintenir la notion de « psychose infantile », et que conformément aux pratiques internationales on établisse enfin la nature neurodéveloppementale de l’autisme. Ces manœuvres avaient été dénoncées par voie de presse et contrées aussitôt par les associations de parents qui avaient exigé le maintien du texte d’origine ; au final un compromis acceptable avait été trouvé, le texte mentionnant « Les termes « psychose précoce » ou « psychose infantile » et « psychose infantile précoce » sont contestés en raison des difficultés d’interprétation qu’ils entraînent », le texte d’origine du rapport (avant l’intervention en coulisses) étant relégué dans une note de bas de page, parlant de termes « inappropriés car [entraînant] des confusions et des contresens entre psychose et TED. »
 
L’inquiétude des associations de parents n’a fait que grandir alors que l’article de Libération était repris très rapidement par l’ensemble de la presse écrite, puis radiophonique. On a ainsi pu entendre des attaques d’une grande virulence envers ce document de la HAS par des psychiatres psychanalystes habitués des médias, en particulier sur France Culture et France Inter. Le Parti Communiste a même pris position dans l’Humanité  !
 
Le très médiatique Pr Bernard Golse a pour sa part su occuper le terrain ; ainsi sur France 5 le 14 février, où il a pu exprimer son discours habituel, d’apparence consensuelle et bien connu des parents, cependant émaillé d’inexactitudes qui ne peuvent qu’être intentionnelles. Par exemple lorsqu’il énonce que « dans le domaine de l’autisme, toutes les méthodes d’approches qu’on a – cognitive, psycho comportementales, psycho-thérapeutiques, etc… Rien n’est validé. Il y a des choses en cours de validation mais rien n’est validé et pas plus de méthodes ABA que d’autres ». Cette phrase est erronée, la méthode ABA a démontré son efficacité, contrairement aux approches psychanalytiques, et c’est précisément pour cela que les recommandations provisoires de la HAS la recommandent, comme le font déjà depuis des années les recommandations des autres pays.
 
Dans la même intervention le Pr Golse déclare : « C’est un peu dommage que le rapport soit sorti avant l’heure car il était encore en cours de validation par les différentes instances professionnelles. J’aurais du mal à le signer s’il sort sous cette forme là. », puis un peu plus tard « ça ouvre une petite fenêtre de discussion pour retrouver des formulations qui satisfassent les uns et les autres ».
 
Pour les associations de parents, dont les principales ont participé elles aussi à l’élaboration des recommandations de la HAS, tout est clair : le texte ne leur convenant pas, et devant l’absence d’argument objectifs disponibles pour le contester, les psychanalystes auraient décidé de jouer leur va-tout en organisant la fuite dans « Libération » puis la tempête médiatique qui s’ensuit. Il s’agirait de faire pression sur le comité de pilotage des recommandations et sur la Direction de la HAS, tout en présentant, par la voix en apparence plus « modérée » du Pr Golse, une porte de sortie négociée (« retrouver des formulations qui satisfassent les uns et les autres »). Le tout sous la menace à peine voilée d’un refus de signer le document final.
 
Mais cette manoeuvre de la dernière chance dont on soupçonne les psychanalystes est à double tranchant. D’une part, ils ne sont pas les seuls à pouvoir refuser de signer ; les associations de familles ayant participé à l’élaboration du document sont également signataires, et leur refus de signer signifierait la continuation du scandale français actuel, dans lequel les familles se méfient des psychiatres et préfèrent fuir en Belgique ou bricoler une prise en charge ABA ou TEACCH par leurs propres moyens plutôt que confier leur enfant à l’hôpital de jour.
 
D’autre part un refus de signer par les psychanalystes officialiserait leur mise en marge des recommandations officielles, et donc leur opposition frontale aux parents des enfants qu’ils professent vouloir aider, ce qui serait pour le moins paradoxal.
 
On peut d’ailleurs s’interroger sur la teneur des propos du Pr Golse. Voila un médecin psychiatre, chef de service de pédopsychiatrie à l’hôpital Necker, en charge du diagnostic de nombre d’enfants porteurs d’autisme, et de surcroit membre du Conseil d’Administration du Centre Ressource Autisme d’Ile de France, qui déclare publiquement au sujet de l’autisme : « On parle d’un enfant sur 150, vous vous rendez compte, ce qui serait énorme. Mais on mélange tout, comme s’il y avait une épidémie d’autisme. (…) Tout cela est incohérent. » Ce faisant, le Pr Golse conteste frontalement les recommandations de diagnostic de la HAS, qu’il est censé appliquer dans son service, et qui ont été émises par la Fédération Française de Psychiatrie dont il est membre ! En son temps, Mr Chevènement avait déclaré, au sujet de son désaccord sur la Guerre du Golfe, « un Ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne » ; on peut se demander dès lors si le Pr Golse ne devrait pas prendre ses responsabilités et tirer les conséquences logique de son attitude de rejet des avancées scientifiques et médicales qu’il est chargé d’appliquer.
 
Au final, au milieu du champ de bataille qu’est devenue la question de l’autisme en France, en cette année de Grande Cause Nationale, le sort des autistes et de leurs familles reste pour l’instant suspendu aux discussions probablement animées qui ont lieu dans les bureaux de la HAS, et dans l’attente du dénouement le 6 mars prochain. L’espoir de tous est que la raison et l’objectivité scientifiques puissent prévaloir face à l’irrationnel de la doctrine psychanalytique, et que la France, après être passé de la préhistoire au moyen-âge dans ce domaine, puisse avancer de nouveau et rejoindre un jour prochain les autres nations développées qui utilisent depuis 30 ans le TEACCH et l’ABA après avoir depuis longtemps tourné le dos aux théories et pratiques psychanalytiques pour l’autisme.
 
La psychanalyse survivra à ces évènements quoi qu’il arrive. L’enjeu ici n’est pas le sort d’une idée ou d’une discipline, mais bien l’avenir d’êtres humains depuis trop longtemps maltraités par la volonté de préserver des théories obsolètes.
 
http://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/autisme-la-has-sous-pressions-110431

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article publié dans La dépêche.fr le 16 février 2012

Publié le 16/02/2012 08:47 | Christine Roth-Puyo

Midi-Pyrénées : un enfant sur cent naît autiste

handicap
Les parents peuvent désormais être associés à la prise en charge de leur enfant./ Photo archives DDM, Xavier de Fenoyl
Les parents peuvent désormais être associés à la prise en charge de leur enfant./ Photo archives DDM, Xavier de Fenoyl
Les parents peuvent désormais être associés à la prise en charge de leur enfant./ Photo archives DDM, Xavier de Fenoyl

Déclaré Grande Cause Nationale 2012, l'autisme touche un enfant sur 100, en région comme partout en France. Sa prise en charge est au cœur d'un vif débat.

Au moins la polémique aura-t-elle l'avantage de braquer les projecteurs sur un handicap trop longtemps laissé pour compte. Un monde caché, lourd de culpabilité pour les mères, un sujet qui divise dans son approche thérapeutique.

À quelques jours de la publication du rapport de la Haute Autorité de Santé sur la prise en charge de l'autisme (6 mars), le Collectif contre la Nuit sécuritaire monte au créneau. Selon le journal Libération de lundi, la HAS s'apprête en effet à écarter les psychanalystes du sujet. Et le député UMP Daniel Fasquelle qui vient de déposer une loi allant dans ce sens enfonce le clou. Il veut saisir le Conseil national des universités afin que « l'enseignement et la recherche sur les causes et les prises en charge de l'autisme ne fassent pas référence à la psychanalyse ».

« Au nom de quel supposé savoir un député peut-il refuser aux personnes autistes d'avoir un inconscient comme tout être humain ? » s'interroge le Collectif.

« L'approche psychanalytique pour soigner l'autisme est totalement obsolète » répond Bernadette Rogé, une sommité internationale en la matière. Mme Rogé a consacré près de 30 ans à la recherche sur l'autisme et a développé un concept innovant au CHU de Toulouse où des adaptations sont réalisées pour chaque enfant et où les parents sont étroitement associés à toutes les évaluations. « L'approche comportementale ne néglige pas les aspects psychologiques » soutient-elle.

À la lumière de ces débats, il semble enfin que la France soit prête à combler ses retards importants en matière de prise en charge. L'autisme a été désigné Grande Cause Nationale 2012.


Conférences à Toulouse

Dans le cadre du plan d'action « 2012 : année de l'autisme », l'association Vaincre l'autisme organise un cycle de conférences à Toulouse ouvertes à tous les seconds samedis de chaque mois, de février à juin, de 10 heures à 13 heures.

Infos pratiques : info@vaincrelautisme.org ou 01 47 00 47 83.


"Brigitte était comme un oisillon tombé du nid"

De Brigitte dont le fil fut coupé sur terre en 1996, 33 ans après sa naissance, il me reste des images et des bruits étranges. Des cris perçants, le malaise d'un regard voilé, insaisissable et l'amour infini toujours mouillé de larmes qui brillait dans les yeux de sa mère. Toute sa vie, Brigitte a vécu comme un oisillon tombé du nid, perdue dans le temps et dans cet espace qu'elle essayait sans cesse d'apprivoiser, se balançant de droite à gauche les bras en croix ou en tournant sur elle-même à la manière d'une toupie. Seuls ces drôles d'exercices et la présence de son frère à ses côtés étaient capables de lui porter le sourire aux lèvres, plus rarement de lui arracher un mot.

Son monde de silence, Brigitte l'a transporté, d'hôpital de jour en autre hôpital de jour où chaque fois, laissée pour compte elle devenait hystérique, jusqu'à se griffer, se mordre au sang… Sa souffrance était incommensurable, son ressenti inexistant. Face à elle, tous nous étions démunis. Personne ne parlait d'autisme à l'époque. Mais d'une chose, les spécialistes étaient sûrs : une telle condition ne pouvait être que la faute de sa mère. Cette culpabilité l'a dévorée au point de la rendre jalouse, agressive, laide, sans cesse sur les dents elle qui était si jolie, généreuse et de bonne compagnie. Mais Aline n'a jamais renoncé. Quand sa petite a eu 12 ans elle a finalement pu confier l'enfant à un centre spécialisé pour personnes handicapées. Payé rubis sur l'ongle, le lieu a pris Brigitte en charge jusqu'à ses 25 ans en lui prodiguant attention et éducation spécialisée : couchers et levers à heure fixe, jeux et exercices à répétition rythmés eux aussi par des horaires réguliers, week-end chez papa et maman… L'adolescente en a trouvé un épanouissement et un équilibre qui la ramenait vers nous.

Mais un jour, la nouvelle est tombée, un couperet. Rattrapé par les coupes budgétaires, le centre ne pouvait plus assumer cette adulte handicapée à part.

La suite n'est qu'une histoire de deuils. Le frère de Brigitte n'a pas supporté et a décidé de tirer sa dernière révérence par une nuit glaciale. Le papa a craqué, physiquement ça l'a tué. Puis Brigitte qui est partie. La maman a résisté quelques petites années de plus avant d'être emportée par un cancer généralisé. Une famille entière décimée !

Vingt ans plus tard, l'histoire de l'autisme se répète avec son cortège de souffrances, ses combats jamais terminés. La loi du 11 février 2005 a rendu obligatoire l'inscription à l'école des enfants souffrant de handicap, encore trop rares des Maisons pour autistes existent, des Fondations se sont engagées… Une goutte d'eau dans l'océan. On estime à 60 000 le nombre de personnes atteintes d'autisme en France.


l'expert "La psychanalyse n'a rien à apporter"

Bernadette Rogé, docteur en psychologie, professeur à l'université du Mirail, répond à nos questions.

Doit-on rompre le lien entre autisme et psychanalyse au profit d'une approche éducative comportementale, votre domaine ?

Je pense qu'il est souhaitable de s'orienter vers des interventions qui ont fait leurs preuves sur le plan scientifique. La psychanalyse expliquait l'autisme par des difficultés relationnelles liées à des relations de mauvaise qualité avec la mère. Ce modèle a été totalement remis en question et est donc totalement obsolète. On sait aujourd'hui que l'autisme est un trouble neurodéveloppemental qui nécessite la mise en place d'une éducation adaptée. Et les méthodes comportementales ont fait leurs preuves. Pour autant, il ne faut pas confondre psychanalyse et psychiatrie. Si, dans le domaine de l'autisme, la psychanalyse n'a rien à apporter, les psychiatres ont à intervenir au moment du diagnostic et aussi parfois dans le suivi lorsqu'il y a des complications psychiatriques.

La prise en charge de ce handicap a-t-elle réellement évolué ?

Absolument et on a pris conscience de l'importance des parents dans le dispositif d'aide aux enfants. Ils ne sont plus jugés responsable de l'autisme mais considérés comme des partenaires ayant leur rôle à jouer.

Le nombre des autistes est-il en augmentation, notamment en région ?

Les statistiques sont identiques partout. À l'heure actuelle la prévalence est estimée à 1 pour 110, on approche donc des 1 pour 100. Près de 32 000 naissances ont été déclarées en région en 2008…

http://www.ladepeche.fr/article/2012/02/16/1285816-midi-pyrenees-un-enfant-sur-cent-nait-autiste.html

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article publié dans Médiapart le 16 février 2012

Je suis de gauche et j’emmerde la psychanalyse !

 

Ce billet (titre compris) trouve son origine dans un profond sentiment de colère et de honte provoqué par la plupart des réactions de certains partis de gauche et organisations syndicales aux fuites parues dans Libération du 13 février concernant le rapport de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur la prise en charge de l’autisme qui doit être rendu public le 6 mars prochain.

 

La dernière en date semble être celle du PCF intitulée « Autisme / projet de loi : «une ingérence totalitaire ». Elle vaut la peine qu’on s’y arrête, car elle me semble révélatrice de ce que la gauche doit proscrire si elle ne veut pas piétiner ses propres valeurs… et se retrouver en porte-à-faux avec nombre de ses électeurs « naturels ».

Mais avant de la commenter, je voudrais énoncer quelques idées plus générales, pas forcément « tendance » chez nombre de gens de gauche, hélas…

Plan :

1. Des contenus « théoriques » que la gauche devrait conspuer

2. Des actes que la gauche devrait au minimum regarder avec dédain

3. Évolution des mœurs : la psychanalyse est une vieille baderne réac

4. Une attitude hypocrite envers la critique de la psychanalyse : toujours possible en théorie, jamais en pratique

5. La psychanalyse n’est pas un « corpus scientifique »

6. Psychanalyse et autisme : un double langage qu’il faut apprendre a décoder

7. Des connaissances que l’on refuse de mettre à jour, cela s’appelle des dogmes !

8. On ne peut affirmer le caractère droitier des critiques de la psychanalyse que si l’on ignore les critiques de gauche

9. La psychanalyse oblige souvent les gens de gauche a piétiner leurs propres valeurs

10. La psychanalyse doit cesser de prendre la gauche en otage


1. DES CONTENUS « THEORIQUES » QUE LA GAUCHE DEVRAIT CONSPUER

La psychanalyse est généralement présentée comme positive, humaniste, libératrice, progressiste ; certains la décrivent même comme un rempart contre le totalitarisme !

Même si je n’ai pas de chiffres, il est probable que beaucoup de gens de gauche la considèrent ainsi. Les causes de ces croyances sont variées et demanderaient elles-mêmes un article entier, mais il est tout aussi probable que beaucoup ignorent que l’œuvre de Freud et de ses successeurs comportent de nombreuses déclarations rétrogrades, archaïques, moralisatrices, sexistes, misogynes, voire homophobes.

Citations :

-         sur la masturbation : « la neurasthénie est (la conséquence d’) une masturbation excessive » (Freud, Œuvres Complètes, PUF, vol. III, p. 540)

-         sur l’homosexualité : « Chez tous nos homosexuels masculins, il y a eu dans la première enfance, oubliée plus tard par le sujet, un lien érotique très intense à une personne féminine, généralement la mère, suscité ou favorisé par un surcroît de tendresse de la mère elle-même et renforcé plus tard, dans la vie de l’enfant, par un passage du père à l’arrière plan » (voir ici)

-         sur la femme : « l’infériorité intellectuelle de tant de femmes, qui est une réalité indiscutable, doit être attribuée à l’inhibition de la pensée, inhibition requise pour la répression sexuelle » (voir, parmi d’autres exemples, ici)

Question : que faire aujourd’hui de telles considérations des textes fondateurs de la psychanalyse ? Et il y en a bien d’autres qui posent problème…


2.
DES ACTES QUE LA GAUCHE DEVRAIT AU MINIMUM REGARDER AVEC DEDAIN

S’il n’y avait que la théorie… Mais cette théorie sert parfois à justifier des actes que tout homme et toute femme de gauche devrait, sinon combattre, du moins regarder avec dédain.

Les dégâts de la psychanalyse dans le domaine de l’autisme sont aujourd’hui de plus en plus connus du grand public, grâce, en particulier, à la pugnacité de certaines associations de parents et du documentaire « Le Mur, la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme » de Sophie Robert.

On sait moins que, lors des débats sur le PaCS ou le mariage homosexuel, les psychanalystes eurent assez peu à envier à des gens que la gauche ne vénère guère, généralement…

 

3. ÉVOLUTION DES MŒURS : LA PSYCHANALYSE EST UNE VIEILLE BADERNE RÉAC

Laissons la parole à Didier Éribon, que l’on peut difficilement décrire comme un homme de droite : « On a assisté (lors des débats sur le PaCS, NDJLR) à une mobilisation massive des psychanalystes en tant que corps professionnel (à l’exception de quelques rares voix discordantes) pour réaffirmer le dogme de la « différence des sexes » comme fondement de la structuration psychique des individus - dogme qui fonctionne comme un schème mythique qu’il semble n’être jamais besoin de justifier mais dont on voit bien qu’il ne tire son autorité que de lui-même, (...) »

Voir : http://didiereribon.blogspot.com/2007/09/linconscient-des-psychanalystes-au.html

[Triviale poursuite : pour rompre la monotonie qu’il pourra trouver à la lecture de cet article, je propose au lecteur, fut-il de droite, la question suivante :

Comme vous (ne) le savez peut-être (pas), les homosexuels furent, en 1921, pour des raisons « théoriques » (auxquelles Didier Éribon fait brièvement référence dans le passage ci-dessus), bannis de l’exercice de la psychanalyse par l’IPA (Association Psychanalytique Internationale) ; cette « règle » fut officieusement abandonnée :

réponse A : dès l’année suivante

réponse B : dans les années 50

réponse C : vers la fin des années 90

Les lecteurs les plus érudits savent que la bonne réponse est C ; j’entends déjà l’exclamation, un brin ironique, des autres : « pas mal pour une confrérie qui aime se croire à la pointe de l’évolution des mœurs ! En fait, la psychanalyse une vieille baderne réac, oui… ». Assez joué. Retour aux choses sérieuses]

On pourrait objecter ici, à ce propos, comme le fait le texte du PCF eu égard aux déclarations grotesques des protagonistes du « Mur », qu’il s’agit de « certaines outrances de certains psychanalystes » qu’il ne faut pas « (amalgamer à)  la psychanalyse en tant que corpus scientifique apportant un éclairage fondamental dans l’appréhension de l’inconscient. »

Mais cette objection me semble irrecevable en plus d’être d’une hypocrisie peut-être… inconsciente.

 

4. UNE ATTITUDE HYPOCRITE ENVERS LA CRITIQUE DE LA PSYCHANALYSE : TOUJOURS POSSIBLE EN THEORIE, JAMAIS EN PRATIQUE

Commençons par l’hypocrisie. Je trouve quand même au minimum assez hypocrite, en effet, de déclarer que "Cette campagne manie l’amalgame entre certaines outrances de certains psychanalystes", alors que l'Huma n'a jamais dénoncé la moindre outrance en question et que, si quelqu'un s'y emploie, il est immédiatement discrédité (soit dit en passant, il est quand même incroyable que le PCF n'ait pas eu un mot de compassion envers la réalisatrice du "Mur", Sophie Robert, aujourd'hui spoliée à la suite d'une plainte de trois psychanalystes jugée - en première instance - recevable par une juge, au nom du peuple français : une atteinte à la liberté d'expression que même Reporters Sans Frontières a dénoncée ; le PCF n'a pas cru bon de la qualifier de totalitaire...). 

Tout comme il est hypocrite de s'en prendre aujourd'hui à l' « ingérence » de Fasquelle [1], alors que le PCF n'a, à ma connaissance, rien dit en 2004-2005, lorsque Douste-Blazy avait retiré du site du ministère de la santé une étude, pourtant « scientifique » celle-là, de l'Inserm montrant la très faible efficacité de la psychanalyse par rapport à d'autres méthodes dans le traitement de très nombreux troubles psychiques. Pourquoi invoquer la « science » dans un cas... et pas dans l'autre ? Vieux réflexes « lyssenkistes » ? Pour l’Huma, comme pour beaucoup de défenseurs de la psychanalyse, y compris de gauche, on remarquera qu’une critique est toujours qualifiée d’ « attaque »…

Où se situe alors la possibilité (jusqu’à présent toute théorique) du libre examen ? Car pour que de telles déclarations soient recevables, il faudrait dire un jour ce qu'il y a à jeter et à garder dans la psychanalyse, selon la gauche en général et le PCF en particulier. Un droit d'inventaire en quelques sorte, car le soutien somme toute inconditionnel du PCF à la psychanalyse et à ses représentants n'est pas un mandat de congrès, que je sache...

 

5. LA PSYCHANALYSE N’EST PAS UN « CORPUS SCIENTIFIQUE »

Mais cette tâche (d’inventaire), on va le voir, n’aura probablement jamais lieu. Car la psychanalyse présente de nombreuses caractéristiques d’une pseudo-science.

En particulier celle-ci : si une science est éminemment modifiable (en principe, elle organise même « institutionnellement » des mécanismes d’auto-correction), une pseudoscience se modifie par suite de conflits entre factions (menant à la création de chapelles), par exemple lorsque l’une de ses affirmations devient franchement indéfendable face à l’avancée des connaissances, cette dernière étant toujours due à des personnes qui ne croyaient bien sûr pas à la pseudo-science concernée ; et non à une recherche « interne », par définition inexistante [2].

J’aurais par exemple beaucoup apprécié, et j’espère ne pas être le seul, que le PCF, le PS, le NPA, LO, Libé, le Nouvel Obs, Charlie Hebdo ou d’autres critiquent, sinon condamnent, les élucubrations des psychanalystes filmés dans « Le Mur » AVANT que le film de Sophie Robert ne les rende, en les portant à la connaissance du grand public, indéfendables !
Plus généralement, qui empêche ces partis ou ces journaux de réfuter à l’avenir les points de la doctrine ou de la thérapie psychanalytiques qui leur paraissent incorrects AVANT que l’avancée des connaissances ne risque de les condamner ?
Mais après la lecture du paragraphe précédant la note [2], on comprend que c’est impossible…

6. PSYCHANALYSE ET AUTISME : UN DOUBLE LANGAGE QU’IL FAUT APPRENDRE A DECODER

Fidèles en cela à la pratique (pseudo-scientifique, répétons-le) séculaire d’évolution des contenus de leur discipline (tenter de faire oublier des théories et des pratiques désastreuses en les niant ou en les réinterprétant - grâce à des biographes et des historiens suffisamment serviles - ou encore, comme le dit Mikkel Borch-Jacobsen, en les « laiss(ant) tomber silencieusement et (en sortant) un nouveau lapin théorique de l'inépuisable chapeau de l'inconscient » [3]), les psychanalystes tentent actuellement d’abuser une nouvelle fois les « décideurs », les médias et le grand public, souvent mal informés.
Incapables, depuis la sortie du documentaire « Le Mur », d’assumer
la « publicité » ainsi faite à des discours grotesques qu’ils préfèrent généralement réserver (on les comprend !) à des initiés, des psychanalystes tentent aujourd’hui de convaincre qu’ils sont ouverts à des « prises en charges complexes » pour le traitement de l’autisme. Cette ligne de défense, gobée toute crue par un certain nombre de forces politiques et syndicales, relève largement d’un discours lénifiant, voire d’un double langage que les gens de gauche doivent apprendre à décoder (voir ici pour une critique détaillée de cette ligne de défense).
Pour voir le crédit que l’on peut apporter aux déclarations rassurantes de certains pontes hexagonaux de l’autisme, on pourra aussi regarder cette vidéo :

http://rutube.ru/tracks/5180041.html

 

7. DES CONNAISSANCES QUE L’ON REFUSE DE METTRE A JOUR, CELA S’APPELLE DES DOGMES !

Voilà ce que tout homme de gauche devrait rappeler à certains psychanalystes. J’ai un peu plus d’espoir que ce soit possible après le traitement odieux récemment infligé à Jean-Luc Mélenchon (avec la complicité d’une journaliste mondaine) par le psychanalyste Jean-Pierre Winter, sur la chaîne de télévision LCP. Puisse la fatuité dogmatique du psychanalyste déciller les yeux de certains ; puissent-ils se rendre ainsi un peu mieux compte de ce qu’endurent habituellement les parents d’autistes (beaucoup ont l’impression que la gauche les abandonne, pour des raisons purement idéologiques) : des pratiques inefficaces et des paroles souvent aussi humiliantes que dénuées de fondement, tenues par des « soignants » dont la suffisance, l’arrogance et l'incompétence n’ont rien à envier à celles de Jean-Pierre Winter (il faut dire qu’elles puisent à la même source « théorique »…).

 

8. ON NE PEUT AFFIRMER LE CARACTERE DROITIER DES CRITIQUES DE LA PSYCHANALYSE QUE SI L’ON IGNORE LES CRITIQUES DE GAUCHE

Laissons encore parler Didier Éribon : « Nonobstant l’imposition de problématique que pratiquent systématiquement les psychanalystes au nom de leur « science », et le terrorisme intellectuel qui en est le corollaire, il faut passer la psychanalyse au crible de l’interrogation qu’elle entend mener sur tout mais dont elle refuse obstinément aux autres le droit de la mener sur elle-même (avec cette phrase rituelle et vide de sens mais qui fonctionne comme un système de défense collectif contre toute mise en cause : « Pourquoi la psychanalyse fait-elle si peur qu’on veuille à ce point s’en débarrasser ? », comme s’il suffisait de s’auto-décerner ainsi des brevets de pensée hérétique pour pouvoir ensuite continuer à tenir les propos les plus conservateurs et les plus rétrogrades !…) » (ici)

D’autres critiques majeurs de la psychanalyse se situent également à gauche politiquement. On peut citer, au minimum Mikkel Borch-Jacobsen, Frederick Crews, Richard Pollack, Mario Bunge… Ce dernier, épistémologue éminent, opposant au régime militaire de son pays avant d’émigrer au Canada, tient depuis longtemps la psychanalyse pour une pseudo-science. Dans un de ses textes (voir note [2]), il rappelle, citant Merton, que la méthode scientifique nécessite des fondamentaux éthiques comme l’universalisme, le désintéressement, le scepticisme organisé et… le communisme épistémique (le partage des méthodes et des résultats) : on est bien sûr très loin de ces fondamentaux avec la psychanalyse. Mais on voit que les critiques de gauche existent et sont même nombreuses, même si les journaux que nous lisons habituellement se gardent bien de nous le dire… 

Et si, comme l’annonce cet article du Nouvel Obs, les psychanalystes semblent en passe d’avoir « perdu » dans le domaine de l’autisme, c’est bien davantage due à la lutte acharnée des associations de parents qui, à l’heure d’internet, savent que des méthodes alternatives existent, de façon efficiente, ailleurs, que parce qu’un député de droite aurait fait de l’ « ingérence ». Qui empêchait la gauche, sinon de faire la même chose (que M. Fasquelle), du moins de proposer de briser un statut quo devenu indéfendable ? 

 

9. LA PSYCHANALYSE OBLIGE SOUVENT LES GENS DE GAUCHE A PIETINER LEURS PROPRES VALEURS

Le « peuple de gauche » doit savoir que la psychanalyse semble être le dernier domaine où les comportements staliniens peuvent s'exercer de façon totalement décomplexée : dogmatisme tournant parfois au fanatisme, arbitraire, mépris militant de la démarche scientifique, mise à l'index d'ouvrages non lus, censure ou tentative de censure de livres ou de films d'opposants, attaques ad hominem envers tous ceux qui ne sont pas d'accord, procès, ...

La gauche institutionnelle pourra-t-elle encore longtemps, sans déchoir à ses propres yeux et à ceux de ses électeurs, excuser, voire soutenir, les turpitudes de ses représentants, et continuer de juger bénins, voire estimables, des comportements qu'elle jugerait très sévèrement chez toute autre personne et dans tout autre domaine ?

Frère et sœur de gauche, permets-moi de te proposer une dernière lecture ; il s’agit du  discours du professeur Freixa i Baqué à ses étudiants lors de son récent départ à la retraite (présenté brièvement ici sur son blog).

Et d’en appeler une dernière fois à ta réflexion : en défendant envers et contre tout la psychanalyse que tu crois par essence « bonne », mais (tout au plus) parfois « mal appliquée », toi qui n’a, comme Freixa, ni goût pour le luxe, ni pour le pouvoir, ça ne te pose pas de problème de cautionner finalement, par exemple, l’inextinguible assuétude à l’argent de Lacan et de son gendre face au petit prof de fac de province victime en son temps de l’ostracisme de psychanalystes [2] ? Ou encore le clientélisme de la gauche vis-à-vis de personnages mondains comme Bernard-Henri Lévy, l’un des principaux porte-parole des lacaniens de l’Hexagone, ce que tu ignores peut-être ?

 

10. LA PSYCHANALYSE DOIT CESSER DE PRENDRE LA GAUCHE EN OTAGE

N’est-il pas tant, dès lors, pour alléger la dissonance cognitive qui va inévitablement étreindre ta sincère conscience de gauche, de te libérer du poids de cette superstition de notre temps, comme en d’autres temps tes prédécesseurs ont su en tenir d’autres en respect ?

Il me revient en mémoire cette chanson de Nougaro, que tu as sans doute fredonnée un jour, et dans laquelle on trouve cette invitation :

« Holà mon pote, sors de l'église

Tout ça mon pote c'est des bêtises

Et loin de l'orgue retrouve ton orgueil »

Ensemble, retrouvons notre orgueil, tout simplement. Ensemble, refusons d’être pris en otages par la psychanalyse et les pièges rhétoriques tendus par ses supporters [4]. Et ensemble, soyons de plus en plus nombreux à oser dire, fièrement : « je suis de gauche… et j’emmerde la psychanalyse ! »

 

NOTES :

[1] Député UMP¨du Pas-de-Calais, président du Groupe d'études Autisme de l’Assemblée Nationale. Il a récemment déposé une proposition de loi « visant l’arrêt des pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes autistes, la généralisation des méthodes éducatives et comportementales et la réaffectation de tous les financements existants à ces méthodes ».

[2] Voir, par exemple : Mario Bunge, The philosophy behind pseudoscience, Skeptical Inquirer, juillet 2006 et Jean Bricmont, Science et religion : l'irréductible antagonisme (le 11ème paragraphe et la fin du 19ème, en particulier).

[3] Voir « Une théorie zéro » in Le livre noir de la psychanalyse, Les arènes, 2005, p. 181. L’expression fait partie d’un paragraphe où Borch-Jacobsen décrit la façon dont les « progrès » adviennent dans la psychanalyse : « (Lors d'interprétations divergentes), la seule façon de trancher le débat (est) l'argument d'autorité, institutionnalisé sous la forme de l'analyse didactique (...) : en psychanalyse, est vrai ce que l'Association psychanalytique internationale ou n'importe quelle autre école de psychanalyse décide de considérer comme tel à un moment donné. C'est évidemment fort peu satisfaisant d'un point de vue épistémologique, et les philosophes des sciences ont eu beau jeu de souligner le caractère complètement inconsistant, parce que « infalsifiable », des théories psychanalytiques. La psychanalyse est proprement irréfutable car elle peut dire tout et son contraire - il lui suffit pour cela d'invoquer l'obligeant « témoignage » de l'inconscient, toujours prêt à se plier aux exigences du moment.

Les "progrès" de la psychanalyse

Or tout cela, qui signe le caractère pseudo-scientifique de la psychanalyse aux yeux d'un falsificationniste comme Popper, est justement la raison de son incroyable succès. La théorie psychanalytique étant parfaitement vide, elle est aussi, du même coup, suprêmement adaptable. Tel ou tel aspect de la théorie s'avère-t-il difficilement défendable, voire franchement embarrassant, comme le lien établi par Freud entre neurasthénie et masturbation, par exemple, ou l'« envie de pénis » censée régir la sexualité féminine, ou le caractère de « perversion » de l'homosexualité ?

Eh bien, il suffit de le laisser tomber silencieusement et de sortir un nouveau lapin théorique de l'inépuisable chapeau de l'inconscient. C'est ce que les psychanalystes aiment à décrire comme les « progrès » de la psychanalyse, comme si chaque analyste explorait plus avant le continent inconscient, en rectifiant les erreurs de ses prédécesseurs. En fait, chaque école de psychanalyse a sa propre idée de ce qu'est le progrès, vigoureusement contestée par les autres, et c'est en vain qu'on chercherait dans ces disputes un quelconque développement cumulatif. De ce point de vue, rien n'a changé depuis les monumentales batailles entre Freud et Adler, Jung, Stekel, Rank, Melanie Klein ou Ferenczi. Ce qui est donné comme un progrès-de-la-psychanalyse n'est jamais que la dernière interprétation en date, c'est-à-dire la plus acceptable dans un contexte institutionnel, historique et culturel donné. »

[4] Du petit prof en question, je ne saurais trop conseiller la lecture de « Le béhaviorisme et la gauche en France : histoire d'un rendez-vous manqué ».   

[5] Pièges qui vont du bien connu faux dilemme, comme par exemple « la psychanalyse ou l’industrie pharmaceutique », « la psychanalyse ou des thérapies de droite », « la psychanalyse ou le totalitarisme », « la psychanalyse ou le dressage », « la psychanalyse ou le chaos »… à la moins aisément détectable technique de l’épouvantail ; un exemple de cette dernière apparaît lorsqu’un interlocuteur croit nous mettre en difficulté en affirmant « moi, je crois à l’existence de l’inconscient ». Dans une sorte de réponse à l’un de mes billets précédents, le chroniqueur scientifique de Charlie Hebdo (journal où la rubrique « science » est tenu par… un lacanien) y a recours sans vergogne (n° 1021, du 11 janvier 2012, p. 4).
Nous reviendrons sur la notion d’inconscient, à dépsychanalyser d’urgence, dans un prochain article.

http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-louis-racca/160212/je-suis-de-gauche-et-j-emmerde-la-psychanalyse

15 février 2012

article publié sur le blog de Franck Ramus FRblog le 14 février 2012

"Pourquoi diable la HAS n’a-t-elle pas pointé les disparités régionales de moyens et de traitement, plutôt que d’interdire la psychanalyse ?"

 

Claude Bursztejn, cité par Eric Favereau dans Libération, 13/02/2012.

Comme bien d'autres commentateurs acquis à la psychanalyse, Claude Bursztejn considère que le problème principal de la prise en charge des enfants autistes est un problème de moyens plus que de méthodes.

Qu'il manque des places et des moyens pour l'accueil des enfants autistes, tout le monde en convient, en premier lieu les associations qui dénoncent les pratiques psychanalytiques.

Demander plus de moyens, très bien, mais pour faire quoi?
Plus de moyens pour attendre l'émergence du désir?
Plus de moyens pour faire des ateliers pataugeoire?
Plus de moyens pour faire des ateliers conte?(lire l'exemple du loup anal et des trois petits cochons)
Plus de moyens pour faire du packing?

Les psychanalystes seraient plus fondés à réclamer des moyens supplémentaires s'ils ne gaspillaient pas déjà des montagnes d'argent public dans des thérapies aux fondements théoriques vaseux et à l'efficacité jamais démontrée.

Plus de moyens, oui, plus équitablement répartis sur le territoire, bien sûr, mais pour des pratiques thérapeutiques évaluées!

http://franck-ramus.blogspot.com/search/label/autisme

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Interview de Bernard Golse dans le magazine de la santé

Le magazine de la santé du 14/02/2012 - Vidéo - Le magazine de la santé - Santé - France5

www.france5.fr

Invité du journal Pr. Bernard Golse, chef du service Pédopsychiatrie à l'hôpital Necker-Enfants malades de Paris

(curseur à 7 minutes 50)

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14 février 2012

article publié dans le nouvel observateur le 14 février 2012

Autisme : pourquoi les psychanalystes ont perdu

Créé le 14-02-2012 à 18h19 - Mis à jour à 19h11      6 réactions

Jacqueline Gonzales
 
Par Jacqueline Gonzales

Dans un rapport sur la prise en charge de l'autisme, la Haute autorité de Santé devrait recommander d'écarter les approches psychanalytiques.

 
Shar
 

Les parents d'enfants autistes dénoncent une prise en charge insuffisante (AFP PHOTO/JOEL SAGET)

Les parents d'enfants autistes dénoncent une prise en charge insuffisante (AFP PHOTO/JOEL SAGET)

"Libération" le révélait lundi 13 février : les approches psychanalytiques devraient être écartées des recommandations du rapport de la Haute autorité de Santé sur la prise en charge de l’autisme qui doit être rendu public le 6 mars. Pour les parents d’autistes dans leur quasi unanimité, c’est le résultat d’un long combat, d’une action de lobbying suivie et efficace et le sentiment d’être enfin entendus sur les traitements de leurs enfants. Une date. Voila des années qu’ils dénoncent une prise en charge de leurs enfants jugée inadaptée, scandaleuse, et surtout insuffisante.

Proposition de loi contre la psychanalyse

Un député UMP Daniel Fasquelle a même déposé une proposition de loi visant à interdire l’accompagnement psychanalytique des personnes autistes au profit de méthodes éducatives et comportementales. Il entend demander aux universités de ne plus évoquer la psychanalyse dans l’enseignement sur l’autisme. Excessive et probablement inefficace- on n’impose pas une vérité par une loi - la démarche est révélatrice de l’échec de la psychanalyse à imposer sa vision du traitement de l’autisme.

Les psychanalystes , quant à eux dénoncent , une "croisade", menée contre eux mais il est sans doute trop tard. Ils semblent bel et bien avoir perdu la bataille de l’autisme.

Bruno Bettelheim (STF/AFP)

 Un trouble neurologique, pas un désordre affectif

Longtemps l’autisme a été considéré comme un trouble affectif que les psychanalystes entendaient soigner. L’enfant autiste était considéré comme victime de mères pathogènes. Il avait choisi le "retrait" d’un monde trop dur, se retranchait dans une "forteresse vide" comme disait le titre d’un ouvrage du psychanalyste Bruno Bettelheim. C’était dans les années 70. Or en 40 ans, la révolution des neurosciences a totalement changé la donne. Des dizaines de gènes sont en cause dans l’autisme considéré désormais comme un trouble organique. Chaque jour de nouvelles découvertes font émerger les racines biologiques de la maladie.

Monopole de la psychanalyse

Malgré cela, par conviction ou tradition, La France est l’un des derniers pays à recourir à l’approche freudienne pour soigner l’autisme. La psychanalyse en France a réellement fait progresser la psychiatrie qu’elle continue d’influencer. Sauf que l’approche psychanalytique ne se révèle pas pertinente pour tous les troubles. Beaucoup de soignants continuent de traiter l’autisme comme s’il s’agissait d’un désordre affectif, d’un choix de l’enfant. Comme si les découvertes n’avaient pas radicalement changé les perspectives. Résultat : avec une belle unanimité, les parents dénoncent la manière dont ils sont traités eux et leurs enfants dans nombre de services psychiatriques où on les envoie. Ils se sentent mis en cause, exclus des choix thérapeutiques pour leurs enfants. Pire : dans de nombreux cas, le diagnostic n’a tout simplement pas été formulé, pour ne pas  "figer la situation", disent les psys. Certains se sont entendus dire que leur enfant avait une "psychose". Point final. "Les parents de leucémiques auraient droit au diagnostic et pas nous ?" protestent les parents.

Pas de thérapies alternatives

Les thérapies alternatives qui priment ailleurs dans le monde, surtout en Amérique du Nord ou dans les pays nordiques, sont peu développées en France. Il s’agit de méthodes éducatives basées sur l’entraînement et la répétition. Elles s’appellent ABA, TEACCH, PECS. Elles ne visent pas à guérir l’enfant autiste mais à l’adapter à son environnement. Les psychanalystes l’assimilent à du dressage, certains même aux méthodes barbares du film de Stanley Kubrick, "Orange mécanique". Un parent qui tombe dans des circuits psychiatriques influencés par les théories freudiennes ne se les voit pas proposer. D’où la colère de ceux qui les découvrent par Internet, ou par le bouche à oreille. Car beaucoup de ces parents qui les ont expérimentées les jugent beaucoup plus efficaces pour leurs enfants. "Avec ces méthodes Ils apprennent à parler, être propres, s’habiller" témoignent certains. Ce ne sont bien sûr pas des méthodes miracles, mais pour certains elles fonctionnent. Cette impossibilité de choisir a beaucoup poussé les associations les plus radicales à accentuer leur lobbying anti psy.

La bataille du packing

Le packing est une vieille technique utilisée en psychiatrie qui consiste à envelopper une personne en grave crise psychotique (automutilation par exemple) dans des linges froids (10 à 15 degrés) avec ensuite un réchauffement avec des draps et des couvertures. Elles sont utilisées dans certains établissements avec certains enfants autistes. Des associations d’autiste, surtout la plus radicale Vaincre l’autisme sont parties en guerre contre le packing, Ils ont porté plainte contre deux médecins, le professeur Pierre Delion, Chef du Service Psychiatrie Enfant et Adolescent du CHRU de Lille, et le professeur David Cohen, chef du Service Psychiatrie Enfant et Adolescent de l’Hôpital de la Pitié Salpétrière à Paris engagés dans une recherche sur le packing validée par le ministère de la Santé. Les deux praticiens ont été ou sont convoqués (la prochaine fois le 16 février) devant leurs Conseils départementaux de l’Ordre des médecins. S’ils sont la cible de cette association, c’est que la psychanalyse a théorisé le packing, sans convaincre: il aiderait le patient à retrouver une "image corporelle", "un sentiment d’entourance", "l’établissement d’une relation avec les soignants qui accompagnent attentivement l’enfant pendant les séances." Les familles d’autistes considèrent qu’il s’agit d’un traitement "inhumain et dégradant", que sa validité n’a pas été démontrée, que les parents ne sont pas consultés.

L’enjeu devient politique

En attendant le débat divise aussi les politiques. Martine Aubry qui avait parlé dans une lettre à une association de la "terrible pratique du packing", a finalement soutenu le professeur Delion (qui officie à Lille dans sa ville) , et annoncé à propos du packing qu’elle "laissait ce débat aux scientifiques et aux professionnels." Côté UMP , alors que Daniel Fasquelle est parti bille en tête contre la psychanalyse, sa collègue députée de Paris, la pédiatre Edwige Antier lui a fait parvenir une lettre ouverte où elle se désolidarise de sa position :

"Laisser croire que les pratiques psychanalytiques sont utilisées au détriment des accompagnements comportementalistes des patients est un procès extrêmement dangereux faits aux pédopsychiatres des CHU(…) . Je trouve très aggravant d’alimenter, par une proposition de loi, le procès d’intention fait à de grands médecins qui vouent leur vie à la recherche et au soulagement de ces souffrances."

La cristallisation du débat sur l’autisme entre "pro" et "anti-psychanalyse" risque de faire oublier la grande misère de la prise en charge des autistes. De passer sous silence que nombre de parents démunis, faute de places en France, vont en Belgique où de l’autre côté de la frontière, les établissements se sont multipliés. Que les établissements pour autistes sont souvent portés à bout de bras par des associations elles-mêmes créées par des parents. En matière de handicap, la France a encore beaucoup à faire.

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120214.OBS1386/autisme-pourquoi-les-psychanalystes-ont-perdu.html

 

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article publié sur le blog de Daniel FASQUELLE, député du Pas-de-Calais le 9 février 2012

Je demande aux présidents d'université de tourner le dos définitivement à l'approche psychanalytique dans l'enseignement et la recherche

 

Présent à Matignon ce matin à l'occasion du lancement de l'autisme, Grande cause nationale 2012, je me félicite de l'engagement du Premier ministre, qui a prononcé un discours courageux sur un sujet difficile pour lequel les réticences face au changement sont encore très nombreuses. Je souhaite que le troisième plan autisme annoncé par François Fillon se mette en place au plus vite avec pour priorité le dépistage et la prise en charge précoce des enfants par les méthodes éducatives et comportementales, les seules à avoir demontré leur efficacité. Je souhaite également que l'on profite de l'élan donné par le Premier ministre et la grande cause pour mettre définitivement fin à l'approche psychanalytique de l'autisme. Cette rupture indispensable commence par un enseignement adapté de l'autisme, conforme aux recommandations de la Haute Autorité de Santé. Dès aujourd'hui, je vais saisir le président du Conseil national des universités (CNU) et, à travers lui, l'ensemble des présidents d'université afin que l'enseignement et la recherche sur les causes et les prises en charge de l'autisme soient radicalement modifiées pour être mises en conformité avec les recommandations internationales ce qui est encore loin d'être le cas. Dès maintenant, je souhaite que l'on favorise les axes de recherche dans le domaine des neuro-sciences qui sont celles qui sont le plus porteur d'avenir. Dans le cadre de l'enseignement (parcours normaux et diplômes spécialisés) il va demander aux responsables universitaires de faire en sorte que l'on sensibilise l'ensemble de ceux, professionnels de santé ou non, qui sont amenés à être en contact avec les enfants et que l'on crée au plus vite, des formations nouvelles fondées sur les données les plus actuelles recommandées par la communauté internationale et par l'HAS. La Haute Autorité de Santé qui a tourné, en 2010, la page de l'explication de l'autisme comme étant une psychose infantile sans que cela se soit encore malheureusement toujours traduit dans les faits dans les formations et la recherche universitaire. Je souhaite que l'ensemble de la population s'engage en cette année 2012 derrière les familles, l'autisme étant non seulement une question de santé publique mais aussi de liberté publique, de droits de l'homme et de dignité humaine comme l'a souligné à juste titre, le Premier ministre ce matin. Retrouvez l'intégralité du discours de François Fillon sur : http://www.gouvernement.fr/premier-ministre/discours-du-premier-ministre-a-l-occasion-de-l-attribution-du-label-grande-cause-na


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13 février 2012

article publié sur le site de Vivre FM le 13 janvier 2012

Autisme: « la psychanalyse n’est pas efficace » affirme la Haute Autorité de Santé


C’est une information à la une de Libération ce matin: « la psychanalyse interdite   d’autisme« . Le quotidien s’est procuré en avant première, le rapport de la Haute Autorité de Santé sur l’autisme » qui sera rendu public le 8 Mars prochain. Et selon Libé, la HAS affirme : « l’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques ni sur la psychothérapie institutionnelle« .
La plus haute instance sanitaire de France condamne la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme. Une prise de position plus qu’inédite comme le précise l’article de Libération, depuis près d’un siècle les psychanalystes ont toujours eu un rôle clef pour tenter de comprendre ce handicap.
Sur la pratique du packing, la HAS prend une position plus ferme en interdisant cette pratique, jugée barbare par de nombreuses associations de parent d’enfant autiste.
L’autisme est décrété grande cause nationale 2012. Jeudi dernier, le premier ministre François Fillon annoncait une concertation avec l’HAS sur cette question.

Arthur DIDIER

http://www.vivrefm.com/podcast/2012/02/13/autisme-la-psychanalyse-nest-pas-efficace-affirme-la-haute-autorite-de-sante/

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article publié dans Le Figaro.fr le 8 février 2012

Autisme : la neurobiologie discrédite la psychanalyse

Par figaro icon Martine Perez, figaro icon damien Mascret - le 08/02/2012
Grâce aux neurosciences, des stratégies de soins se dessinent, loin des concepts freudiens totalement dépassés.

Les premières recherches sur l'héritabilité de l'autisme menées dans les années 1970 ont démontré que quand un vrai jumeau est atteint, l'autre a 70 à 90% de risques de l'être aussi, ce taux étant compris entre 5 et 20% pour les faux jumeaux. La base des origines génétiques était jetée, anéantissant les théories psychanalytiques qui faisaient de l'enfant autiste la victime d'un trouble de la communication maternelle. Depuis, plusieurs équipes dans le monde, notamment celle de Thomas Bourgeron en France, ont découvert une centaine de gènes en cause dans cette maladie aux multiples facettes et observé qu'un certain nombre d'entre eux induisaient des altérations de la transmission neuronale au niveau du système nerveux central.

Malgré cette évolution conceptuelle majeure au cours des dernières années, grâce au dynamisme de jeunes chercheurs en génétique et neurosciences, la France reste le dernier bastion des psychanalystes dans le domaine de l'autisme. Des médecins continuent à prendre en charge des enfants malades sur la base de concepts freudiens ou lacaniens. Pour dénoncer cette situation, le député UMP du Pas-de-Calais, Daniel Fasquelle, a déposé fin janvier une proposition de loi visant à «l'arrêt des pratiques psychanaly­tiques dans l'accompagnement des personnes autistes, la généralisation des méthodes éducatives et comportementales et la réaffectation de tous les financements existants à ces méthodes».

«Arrêter de culpabiliser les mères»

Les thérapies comportementales, les stratégies éducatives, les soutiens psychologiques devraient désormais faire partie intégrante des soins, à adapter à chaque enfant souffrant d'autisme. «Mais, en l'absence de données statistiques, si l'on en croit les familles concernées, à tous les guichets où elles se présentent, c'est la psychanalyse qui est mise au premier plan. Cela, parce que ce type de formation est majoritaire dans les cursus des psychologues qui gouvernent la prise en charge des enfants autistes», déplore Franck Ramus, directeur de recherche au CNRS.

Pour le Dr Julie Grèzes, du laboratoire de neurosciences cognitives (Inserm) de l'École normale supérieure, il est plus que temps de tourner la page: «Cela fait vingt ans que l'on sait qu'il y a une racine biologique à l'autisme. Il y a suffisamment d'éléments neuroscientifiques pour arrêter de culpabiliser les mères!» À l'hôpital Robert-Debré (APHP, Paris), le Dr Nadia Chabane, pédopsychiatre spécialiste de l'autisme, est tout aussi catégorique: «L'ensemble des données de la littérature internationale s'accorde sur le fait que les troubles du spectre autistique sont neurodéveloppementaux…» Grâce à l'IRM fonctionnelle, l'équipe du Dr Monica Zilbovicius (psychiatre, Inserm, CEA Orsay) a mis en évidence des anomalies précoces du fonctionnement d'une partie du cerveau de l'enfant autiste: le sillon temporal supérieur.

Une exception française

Or cette région joue un rôle majeur dans la perception des mouvements, du regard, du visage. Ainsi, le Pr Ouriel Grynszpan (La Pitié-Salpêtrière, Paris) travaille avec de nouvelles technologies de stimulation cognitive destinées à aider les enfants autistes à déchiffrer le jeu des expressions faciales subtiles, riches en informations, qui se passent dans la région des yeux. «Nous voulons mettre en place une étude basée sur cet entraînement sociocognitif», a-t-il expliqué il y a quelques semaines lors du colloque annuel du Centre d'expertise national en stimulation cognitive. Là est sans doute la différence fondamentale avec la psychanalyse: dans les neuro­sciences, les hypothèses sont évaluées, corrigées ou abandonnées.

Pourquoi la théorie de l'enfant autiste prisonnier de lui-même à cause de sa mère, popularisée par le psychanalyste Bruno Bettelheim dans «La Forteresse vide», publié en 1967, ne perdure-t-elle qu'en France? La réponse est à chercher d'abord chez les psychanalystes, rétifs à toute évaluation de leur pratique. Beaucoup sont restés sourds à la mise en évidence d'une forte composante génétique de la maladie qui, sans percer le mystère de ses causes, discréditait les modélisations psychanalytiques.

Un milieu psychanalytique hostile

Quelques-uns restent ouverts à cette évolution. Pour la psychanalyste Marie-Christine Laznik, partisane d'une intervention précoce et donc du dépistage des troubles de la communication chez les nourrissons, la cause est entendue: «Bettelheim était complètement à côté de la plaque. Les mères n'ont rien à voir avec l'origine de l'autisme», affirme-t-elle. Une hypothèse qui ne reflète pas forcément les positions d'un milieu psycha­nalytique encore souvent hostile aux techniques éducatives et comportementalistes (Teacch, ABA…), pourtant appliquées avec succès dans de nombreux pays.

En 2007, la revue médicale internationale «The Lancet» s'étonnait de voir une méthode comme le packing (qui consiste à envelopper les enfants dans des linges humides et froids pour leur faire prendre conscience des limites de leur corps) soit utilisée en routine en France sans jamais avoir été testée. En France et nulle part ailleurs! D'autres psychanalystes proposent encore, là aussi uniquement en France, l'éloignement des parents.

La Fondation FondaMental, dirigée par le professeur Marion Leboyer (université de Créteil), a mis en place des programmes de recherche et de prise en charge de l'enfant autiste basés sur les voies ouvertes par la neurobiologie.

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/02/08/17243-autisme-neurobiologie-discredite-psychanalyse

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