31 janvier 2017

Les dérives du médico-social

31 janv. 2017
Par Marcel NussBlog : Marcel Nuss
L'accompagnement médico-social est vital pour des millions de personnes en France, il rapporte des millions à beaucoup de monde, et il emploie des centaines de milliers de professionnels. C'est ce qu'on peut appeler une cause fructueuse. Problème : la maltraitance y est une denrée très fréquente sans que cela ne perturbe grand monde...
arton62
Depuis des années, je parle des problèmes que l’on rencontre très fréquemment, trop fréquemment, dans le milieu médico-social. Je l’évoque dans mes essais parus chez Dunod, dans mes conférences et mes cours. Je pointe des comportements inacceptables et profondément maltraitants au milieu d’un laxisme quasi général et, entre autres, de la part de l’État et des administrations. Pourtant, les Conseils départementaux et autres pourvoyeurs de fonds subventionnent ces établissements dits « lieux de vie » sans être très sourcilleux et pointilleux sur la qualité de l’accompagnement – on préfère s’attaquer aux personnes en situation de handicap, c’est plus facile.

Pour une fois, je vais laisser la parole à une très jeune AMP, 24 ans je crois, qui vient de m’envoyer ce très long témoignage rempli de souffrances et de désespoir. Il dit de l’intérieur, ce que je dénonce depuis si longtemps, face à l’indifférence des pouvoirs publics et des écoles de formation trop peu préoccupées par l’urgence de faire évoluer les formations, les prises de conscience et les sélections des candidats aux métiers du médico-social.

Cela fait deux ans que je suis diplômée. Et, en deux ans, en tant qu’aide médico-psychologique (AMP), j’ai pu voir et vivre des choses qui m’ont apporté autant de joie que de peine.

J’ai découvert le métier d’aide médico-psychologique en 2010 lorsque j’ai fait un stage dans un foyer d’accueil spécialisé recevant des adultes ayant un handicap mental ou psychique. Moi qui étais sûre de vouloir travailler auprès d’enfants, c’est après des expériences ratées dans plusieurs crèches ou multi-accueils que je me suis rendue compte que ce n’est pas du tout ce que je recherchais. Qu’est-ce que je recherchais finalement ? Je le sais en partie mais sûrement pas complètement. Ce qui m’a le plus plu lors de mon stage dans ce foyer, c’est la particularité de chaque personne accueillie. Chaque personne est particulière dans notre société me direz-vous mais tout le monde ne l’assume pas forcément. Je me sentais plus comme une enfant qui apprend d’eux plutôt qu’une accompagnatrice à l’époque, les résidents m’ont davantage guidée que tous les professionnels réunis que j’ai pu rencontrer. Et plus je me laissais guider, plus j’apprenais sur l’accompagnement, je me suis aussi beaucoup attachée, en BEP on ne nous parlait pas vraiment de « juste distance », alors je me contentais d’agir avec chaque personne comme cela me venait naturellement. Et c’est là que je suis tombée amoureuse de mon métier.  C’est tout ce que je voulais faire.

Aujourd’hui après ces quelques années, ces expériences professionnelles, je me sens triste. Je me sens impuissante face à tout ce que je vois au quotidien. Je travaille depuis quatre mois dans une maison d’accueil spécialisée et juste penser à aller au travail actuellement me donne la boule au ventre.

J’ai choisi ce métier pour prendre soin. Parce que j’ai toujours été comme ça, observer et accompagner pour amener la personne à être bien, sans entrer dans le détail, bien évidemment c’était la base.  Je me suis beaucoup reconnue dans les exemples que vous exposés sur les vécus des différents accompagnants, je sais que je n’ai pas choisi ce métier par hasard, je sais ce que cela m’apporte, ce que je peux apporter. Mais j’ai l’impression de ne pas avoir l’opportunité de faire mon travail comme j’aimerais le faire. Les métiers du médico-social nous apprennent assez que le travail en équipe est très important et obligatoire… Mais c’est souvent ce travail en équipe qui ne me permet pas de faire le travail que j’aime avec mes valeurs et ma personnalité.

Je travaille dans une équipe qui a plus ou moins 12 à 18 ans d’ancienneté dans la structure. Lorsque je suis arrivée, les premiers jours j’ai surtout observé et ce que j’ai vu m’a donné envie de m’enfuir.

Malheureusement au bout de deux ans, après avoir enchainé plusieurs contrats sans m’être vraiment reconnue dans les valeurs d’une structure, après avoir fait le choix de quitter plusieurs structures dans lesquelles je ne pouvais tout simplement pas rester, il était pour moi temps d’accepter un CDI, par stabilité, par sécurité et plus vraiment par choix. A quel prix ?

Au prix de travailler dans une structure qui dispose de quatre unités, chaque unité incluant une douche pour  dix résidents, des chambres pour deux (résidents), un espace de vie restreint, une cuisine infâme. L’unité dans laquelle je travaille est composée de dix résidents pour deux professionnels, au premier abord on peut penser que c’est très peu et pourtant j’ai l’impression que, malgré ce taux d’encadrement restreint et l’accompagnement qu’il y a à faire, mes collègues trouvent tous les jours le temps de glander, littéralement.

Au début, j’ai sympathisé avec mes collègues. Comme la nouvelle qui arrive, j’ai été passée à la loupe et jugée, si bien que je me suis permise de les juger à mon tour, sur leur accompagnement et non sur leur personne car, même si professionnellement je sais que je ne m’entends avec personne, sur le plan personnel, j’ai rencontré des personnes gentilles, avec chacune son histoire, que j’aurais pu apprécier si ça devait s’arrêter à cela.

Et vous savez, dans ce métier, on s’en fout que vous soyez un bon professionnel, il faut être une bonne copine ou un bon copain, il faut prendre des pauses d’une heure, boire beaucoup de café, fumer un paquet minimum au travail et surtout passer son temps à se plaindre de la hiérarchie et des résidents.

J’ai vu des stagiaires ou des remplaçantes s’intégrer si facilement, bien qu’ils ou elles n’en aient rien eu à faire de l’accompagnement, ils ou elles avaient la tchatche et c’est LE premier atout dans ce milieu.

Finalement, voilà pourquoi je n’ai jamais vraiment pu « m’intégrer » dans une équipe et ça me l’a été reproché tellement de fois… Au point que je m’en sentais tellement mal d’être rejetée.  Je n’ai pas la tchatche, je ne cherche pas forcément à me faire des amis ou à raconter ma vie ou à me plaindre de la hiérarchie, il paraît que, au premier abord, j’ai l’air de quelqu’un de très froid, mais il faut bien se protéger de tous ces jugements. Et, au fil des années dans ce métier, j’ai dû le renforcer davantage pour me préserver.

Rejetée d’une équipe pourquoi ? Parce que je ne trouve pas normal d’écouter son égoïsme au détriment de personnes dépendantes. Je sais prendre des pauses et je connais mes limites bien évidemment mais je sais aussi que, lorsque je suis sur mon lieu de travail, je privilégie l’accompagnement.

Lorsque je fais quelque chose de manière générale, je me mets à la place de l’autre, selon moi c’est ce qui me permet de prodiguer un accompagnement de qualité. Mais en arrivant là-bas, il y a quelques mois, en me mettant à la place des résidents, j’ai senti un poids au fil des jours, de plus en plus lourd, de plus en plus déprimant, de plus en plus insupportable. Vous imaginez , si juste se mettre à la place de l’autre peut-être insupportable ? Je n’imagine même pas ce que ressentent les personnes qui le vivent réellement.

Est-ce que je supporterais de me retrouver au milieu de quatre autres résidentes dans une salle de bain et être lavée à la chaîne ? Pour moi, la douche est un moment de plaisir et de bien-être, je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde mais, pour moi, c’est important d’être propre sur soi, pour tout. Alors j’observais mes collègues faire des toilettes, cet accompagnement qui n’en était pas un…

Comme cette collègue qui met du shampoing partout et la résidente qui se frotte les yeux et qui commence à griffer ma collègue, qui me parlait de cette résidente comme ayant des excès de colère… Si avoir les yeux qui brûlent est un excès de colère, je pense pouvoir être en colère de la même manière. 

Après cela, lui faire remarquer qu’elle commence à rincer alors qu’elle n’est même pas passer par les jambes, les pieds, les bras… Et me voir répondre en rigolant : « Tu ne sais pas qu’ici c’est tête-main-cul ?! »

Est-ce que je supporterais que mon intimité, mon corps soit si oubliés, dépersonnalisés ?

Est-ce que je supporterais d’être parfumée à outrance en pleine figure car la personne qui m’accompagne est trop occupée à parler à sa collègue pour se rendre compte qu’elle est à la limite de m’asphyxier ?

Est-ce que je supporterais qu’on m’infantilise, qu’on me crie dessus parce que je prends mon temps pour m’habiller, me laver seule malgré ma perte d’autonomie ?

Est-ce que je supporterais qu’on choisisse mes vêtements à ma place en considérant juste qu’il faut que ça couvre mon corps, sans se préoccuper de mon apparence extérieure ?

Est-ce que je supporterais qu’on me réponde : « Non, on le fera demain », lorsque je demande un shampoing ? »

Est-ce que je supporterais qu’on me crie dessus lorsque je tousse et renvoie tout mon repas, sous prétexte que ça écœure les gens qui m’accompagne ?

Est-ce que je supporterais d’être couchée sans avoir eu les dents brossées alors que je venais de vomir 15 min plus tôt ?

Est-ce que je supporterais de ne pas avoir les dents brossées AU MOINS une fois par jour ?

Est-ce que je supporterais d’être couchée tout de suite après avoir ingéré (et non mangé) entrée-plat-dessert-boisson en 5 min ?

Est-ce que je supporterais que mon accompagnante réponde au téléphone ou envoie des sms en plein milieu de ma douche, de mon repas, de mon soin ?

Est-ce que je supporterais d’attendre sur les W.C pendant plus d’une demi-heure ?

Est-ce que je supporterais de dormir dans des draps souillés ?

Est-ce que je supporterais la musique dans la salle de bain dès le matin, le soir pendant le repas sous prétexte que cela « met une bonne ambiance » ?

Est-ce que je supporterais que mon accompagnant choisisse le programme télé et s’étale sur le canapé, alors que je suis censée être chez moi ?

Est-ce que je supporterais qu’on choisisse mon petit déjeuner alors que j’ai les capacités d’exprimer mes goûts ?

Et si ce n’était pas le cas, supporterais-je qu’on me donne une bouillasse préparée avec divers gâteaux sans prendre en compte le goût infecte que cela peut avoir ?

Je ne supporterais rien de tout cela. Pendant des mois, j’ai regardé faire impuissante, en faisant ce que je pouvais faire à mon niveau, mais je me suis épuisée en essayant de me dépêcher pour accompagner tous les résidents, pour être sûre que toutes ces choses n’arrivent pas mais, même en essayant de faire ça, j’étais maltraitante parce que c’est impossible de prodiguer un accompagnement de qualité à dix résidents bien que j’essayais de toutes mes forces… Quitte à arriver plus tôt pour pouvoir accompagner plus de résidents et rester plus longtemps pour être sûre que toutes ces choses que je ne supporterais pas n’arrive pas, malheureusement en vain. Alors, très vite, j’ai passé pour une bonne employée. Forcément, avec des professionnels qui en font le moins possible, j’étais une aubaine.  Même si je restais à l’écart, que je leur disais ouvertement ce que je pensais, j’étais quand même celle qui faisait une grosse partie de leur travail et leur permettait d’en faire encore moins. J’ai pourtant essayé d’en discuter, de proposer de l’amélioration, des idées qui auraient pu fonctionner. Mais pourquoi une équipe de cette envergure voudrait des améliorations qui ne seraient pas directement à leur avantage ?  J’ai accepté de faire les remplacements – j’étais soulagée quand il y avait des arrêts maladies, me disant qu’au moins je pourrai faire correctement mon travail, seule, sans devoir subir le laxisme des autres.  Mais, quand on s’épuise de cette manière, on ne peut pas en ressortir indemne, ça a commencé à me suivre chez moi, dans mes cauchemars, pendant mes jours de congés je ne pouvais pas m’empêcher d’y penser, actuellement je suis en arrêt maladie mais je ne peux pas m’empêcher d’y penser.

Ces dernières semaines, je ne pouvais pas m’empêcher d’être en colère et devoir défendre les résidents comme je pouvais – huit résidents sur dix ne communiquent pas –, n’ont pas la parole, c’est sûrement ce qui rend le travail de « ces professionnels » si facile. Ce n’est pas eux qui vont dénoncer tout cela. Les deux résidents qui communiquent n’osent plus se plaindre, ayant déjà subi les conséquences en étant traités de menteur ou de personnes trop « exigeantes », après avoir parlé à la chef de service.

Après quatre mois, j’ai réussi à me sentir mal, à me mettre toute une équipe à dos, à subir un lynchage général, tout en essayant de donner le meilleur de moi-même et en me sentant quand même maltraitante, rejetée et incapable.

Puis j’ai lu « Oser accompagner avec empathie », ce n’est pas le premier ouvrage que je lis de vous mais il a eu un effet qu’il n’aurait pas eu si je n’étais pas dans cette situation.

Pourtant, je n’arrive plus à croire à un accompagnement de qualité, je n’arrive plus à croire en un métier où on serait pleinement présent à l’autre. Je ne m’y retrouve plus.  Je cherche un autre travail parce que je sais que j’ai atteint mes limites, qu’il faut que je me protège en étant consciente que je pourrais probablement retrouver les mêmes agissements dans d’autres structures, à différents niveaux. Mais j’ai l’impression de laisser tomber, d’abandonner, d’être faible. Si chaque personne agit de la même manière, qui sera la voix de toutes les personnes qui subissent ça jour après jour après jour…

J’ai dénoncé ces faits à la direction au bout d’un mois où je travaillais là-bas, et je n’ai vu aucun changement, ils m’ont écoutée, mais aucune mesure n’a été prise, aucun regard de la part de la direction n’est porté sur ces agissements. Dans votre livre, on peut voir comme vos mots ont pu agir et changer les choses dans les structures où vous êtes intervenu, les visions, les comportements ont changé, ont vu naitre de nouvelles façons d’accompagnement et ça me redonne de l’espoir, mais je ne me sens pas à la hauteur et je manque sûrement d’expérience et de recul, etc.

J’ai besoin de conseils.

Merci beaucoup de m’avoir lue en tout cas, mes idées sont sorties comme ça, après la lecture du livre, notamment de certains passages. C’est sûrement très confus et brouillon mais j’ai besoin d’avis et de conseils, car aujourd’hui j’ai l’impression d’aimer toujours autant mon travail mais de m’en éloigner de plus en plus…

B. L.

Je crois qu’il n’y a rien à rajouter, si ce n’est que ce que raconte cette jeune femme se rencontre dans au moins 50 % des établissements médico-sociaux et bon nombre de services d’aide à domicile. Ce milieu repose sur un nombre incroyable de brebis galeuses et elles sont tellement nombreuses et nocives qu’elles sont capables de détruire les meilleures volontés du monde, d’autant que la direction s’en mêle rarement, comme on l’a vu dans ce témoignage, pour des raisons bassement mercantiles et matérialistes.

 

En 2017, un être humain ne vaut toujours pas grand-chose dans certaines sphères, juste la survie que d’aucuns estiment qu’elle mérite. Car l’humanité, c’est comme la confiture : moins on en a plus on l’étale.

Posté par jjdupuis à 19:07 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,


29 janvier 2017

Vidéo -> On est pas couché - ONPC - avec Philippe Croizon et Rama Yade

La vidéo de Philippe Croizon dans son intégralité

Posté par jjdupuis à 12:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Une Maison d'accueil pour les adultes autistes à Bry-sur-Marne ?

jean pierre SPILBAUERLe projet a été évoqué hier lors des voeux de Jean-Pierre SPILBAUER, Maire de Bry-sur-Marne, entouré de tous les élus de la municipalité hier soir aux studios de Bry devant un parterre d'élus, de personnalités et de Bryards. Nous êtions nombreux !

marilyne lantrain élection

 

 

 

 

Cette annonce il l'a faite en félicitant Marilyne LANTRAIN, en charge du handicap, du travail accompli ... Emotion garantie et partagée ... Marilyne cherche avec obstination une structure pour accueillir son fils autiste devenu adulte ... Comme on le sait c'est la grande pénurie de structures adaptées dans le Val-de-Marne !

 

christine decard mairie bry

Elle peut bien sûr compter sur le soutien de Christine DECARD, adjointe au Maire déléguée (Vie sociale, CCAS ,Seniors, Handicap).

 

Ce sont deux femmes que j'ai la chance de connaître et dont j'apprécie régulièrement les initiatives pour une meilleure reconnaissance du handicap et l'inclusion des personnes au sein de la cité.

Merci Monsieur le Maire !

Merci Christine & Marilyne !

Jean-Jacques DUPUIS

voeux à Bry 2017

 

Posté par jjdupuis à 11:27 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

28 janvier 2017

APTE : Tout en douceur, le piano à la portée des enfants autistes

article publié sur le site de l'association APTE (Autisme, Piano et Thérapie Educative)

APTE-sur-France-Musique

APTE sur France Musique

Tout en douceur, le piano à la portée des enfants autistes

Découvrez cet article de France musique. Vous pourrez comprendre combien l’accessibilité à la culture, à la pratique instrumentale est un droit citoyen.
L’autisme, la différence ne doivent pas être des barrières mais au contraire des ponts entre les deux mondes que sont les gens « ordinaires » et les personnes « extra ordinaires ».

https://www.francemusique.fr/savoirs-pratiques/tout-en-douceur-le-piano-la-portee-des-enfants-autistes-30408

 

L’accès des enfants porteurs d’autisme à la pratique musicale reste marginal. Françoise Durocq, professeur de piano et créatrice de la méthode Dolce qui leur est destinée, oeuvre pour que les choses évoluent. Tout en douceur, mais avec détermination.

x600x337_gettyimages-137087285-jpg-pagespeed-ic-_w9h680xjl

Mains d’enfant sur piano, © Getty / Sam Edwards

Une petite fille au piano, une professeur à ses côtés : l’enfant pose les mains sur le clavier, les retire, frappe les touches, s’agite. Une voix douce la calme : « Allez, ma chérie. On essaye ce morceau une fois, et après, tu joueras ce que tu voudras. » Au premier abord, la scène n’a rien d’extraordinaire. Un cours de piano avec une professeur patiente, à l’écoute, et une petite fille qui a du mal à rester concentrée. Mais en réalité, c’est un cours particulier sur mesure, et Françoise Dorocq est professeur de piano pour enfants autistes.

Au sein de l’APTE France, association qu’elle a fondée et qui fête cette année son dixième anniversaire, Françoise Dorocq accueille les enfants autistes pour une sensibilisation à la musique par le biais du piano. Avec un double objectif : « Ma démarche est à la fois créative et thérapeutique. L’autisme, c’est un spectre, les troubles développementaux sont nombreux et très différents d’un enfant à l’autre. La musique apaise, aide à gérer leurs émotions, améliore la concentration, la coordination, stimule leurs compétences cognitives et leur permet de valoriser leurs aptitudes particulières. Pour tous, c’est un moyen d’entrer en communication avec leur entourage, et notamment chez les autistes non verbaux. C’est un pas de plus vers la socialisation et un terrain où leur créativité peut s’exprimer. »

L’autisme est un handicap invisible, mais il n’en est pas moins un frein pour le développement et les apprentissages. Les enfants autistes souffrent de différents troubles. Hypersensibilité, atonie, apraxie, difficultés de concentration, absence de schéma corporel, les apprentissages demandent une profonde connaissance de leur handicap. Pourtant, la musique est un langage qui les touche plus directement et plus facilement qu’aucun autre, et si l’autisme reste un terrain de controverses sur beaucoup de points, les chercheurs soulignent à l’unisson l’affinité et les aptitudes des personnes autistes pour la musique.

Françoise Dorocq l’a compris depuis longtemps, lorsqu’elle a rencontré sa première élève autiste qui avait 12 ans à l’époque : « C’était la fille d’une amie, et elle m’a demandée de l’initier au piano. A l’époque, je ne connaissais rien sur ce handicap ni sur les difficultés que rencontraient les parents pour intégrer leurs enfants tant bien que mal à la vie « normale ». C’était dans les années 1990 : les personnes autistes en France étaient systématiquement internées en hôpital psychiatrique. » Leur proposer les cours de musique ? De la folie pure, s’est-elle entendue dire.

« Le travail avec ma petite élève au piano m’a fait comprendre que tout ce que je pratiquais comme pédagogie auparavant ne me servait strictement à rien. Le fonctionnement d’un enfant autiste n’a rien à voir avec un enfant neurotypique. Il fallait remettre en question mes principes d’enseignement et partir à la pêche à l’information. » Francoise Dorocq se forme aux Etats-Unis, à la méthode Son Rise, une des méthodes développementales comportementales et cognitives reconnues aujourd’hui par la Haute Autorité de la Santé dans la prise en charge des enfants autistes. Elle en transpose les principes sur l’enseignement du piano en élaborant la méthode « Dolce », terme musical signifiant « doucement », « en douceur ».

 » Chaque élève est différent. Certains sont verbaux, d’autres non. Le point le plus important est d’entrer en communication avec un enfant autiste qui passe essentiellement par le regard. Or, lorsqu’on a réussi à captiver son regard, se connecter à son monde – soit par le jeu, soit par l’imitation – c’est un premier pas dans le rapport de confiance. Après, en fonction de ses réactions, on s’adapte et on élabore une stratégie pour créer l’envie, pour le faire réagir.  »

Une pédagogie adaptée à chaque situation

Lorsqu’il s’agit d’initier à la musique un élève autiste, il n’existe pas de modèle préétabli. De manière générale, Françoise Dorocq souligne l’importance de créer des conditions d’apprentissage rassurantes. « Le lieu de travail doit être adapté au niveau de la sensibilité de l’enfant. Un lieu neutre avec très peu de sollicitations extérieures pour optimiser la concentration. La présence d’une personne à leurs cotés peut être vécue comme une intrusion. Le jeu et l’imitation des stéréotypies dans lesquelles certains enfants s’enferment permettent de créer une passerelle entre notre monde et le leur. Le lien est créé lorsque leur regard se pose sur vous : vous commencez à exister. »

Une fois ce lien avec eux établi, petit à petit va s’introduire dans cette notion d’imitation un élément nouveau qui va les amener à faire autre chose que ce qu’ils font d’habitude, explorer le piano, intégrer les consignes, raconte Françoise Dorocq. « Cette acceptation nécessite du temps, pour certains énormément, pour d’autres moins. » Une évolution propre à chaque enfant en fonction de ses spécificités et qui se déploie « tout en douceur », par le jeu et le travail sur le corps, avant d’introduire les notions musicales. « Les enfants autistes ont un schéma corporel inexistant ou très peu investi. Il faut les aider à prendre conscience de différentes parties de leur corps et en parallèle travailler sur un rapport de confiance, pour introduire les apprentissages. En piano, il existe toutefois des étapes obligatoires qui doivent être franchies : les repères sur le piano, la position et la coordination des mains, l’écriture et la lecture des notes. On les adapte aux spécificités de chaque élève : pour certains, apprendre les notes n’a aucun sens, et ce n’est pas un frein. Ils apprennent à l’oreille. Ce qui est un trait commun dans différents types de trouble autistique : une mémoire très performante. C’est sur elle que l’on peut se baser pour que l’enfant avance. Connaitre l’élève et faire de ses points forts des outils d’apprentissage, faire resurgir ses compétences, c’est le principe même de mon approche », explique Francoise Dorocq.

Pour un accès à la musique pour tous

Françoise Dorocq travaille avec les personnes autistes depuis vingt ans. Elle constate que leur accès à la pratique musicale en France reste marginal, en dépit des capacités souvent exceptionnelles qu’ils peuvent avoir en musique . « Il y a vingt ans, on parlait même pas de la pratique musicale des personnes autistes qui serait proposée dans le cadre des conservatoires. Aujourd’hui la situation s’améliore, mais cela reste une exception. Depuis 2005, la scolarisation d’un élève porteur d’un handicap dans des conservatoires est inscrite dans les textes, mais dans la pratique, les conservatoires ne sont pas inclusifs par définition. Evidemment, la première raison est le manque du personnel formé. »

Alors, à la question de savoir pourquoi une école dédiée à cet handicap en particulier, Françoise Dorocq explique qu’elle n’entend pas garder les bénéfices de la méthode Dolce entre les quatre murs de son école de musique. Avec son association, elle a formé 60 professeurs en France, en Belgique et au Canada, qui travaillent avec les conservatoires et les instituts médico-éducatifs sur la formation des professeurs de musique. D’autant plus que la méthode Dolce peut être appliquée pour l’apprentissage des autres instruments de musique.

« Je souhaite apporter un changement de regard de la société sur le syndrome, apporter la preuve que les personnes autistes doivent avoir le même accès à la culture que tous. Pour cela, il faut sortir de la notion de cours particuliers donnés dans l’association, même si ce n’est pas très cher, toutes les familles ne peuvent pas en bénéficier. Donc la solution réside dans les écoles de musique municipales. » Enghien les Bains, Lille, Rennes, Aubervilliers, Dourdain… La liste des conservatoires inclusifs compte de plus en plus de membres, avec de plus en plus de professeurs formés à la méthode Dolce. Et ce n’est que le début, précise Françoise Durocq : « Il nous faut changer les mentalités et ensuite arriver à convaincre les élus et les gestionnaires des établissements d’inclure l’accessibilité aux personnes handicapées dans leur projet d’établissement. La politique doit servir à quelque chose : les élus sont là pour aider les citoyens et l’aide au handicap fait partie de leur mission.»

Posté par jjdupuis à 14:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


27 janvier 2017

CRAIF : Formation sur l'autisme pour les aidants familiaux

 

Logo-CRAIF

CRAIF - Formation sur l'autisme pour les aidants

Formation sur l'autisme pour les aidants familiaux Du 22 avril au 16 décembre 2017 S'informer pour mieux comprendre En savoir plus 1 Dans le cadre du 3e plan autisme, un programme de formation a été élaboré par des associations de familles, des familles et le CRAIF, à destination des aidants familiaux.

http://aidants-craif.org

 

Posté par jjdupuis à 15:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

France : appel à projet autisme 2017

article publié sur le site de la Fondation Orange

Nous agissons depuis 30 ans pour aider les personnes en difficulté et agir contre toute forme d’exclusion.
 
appel à projets autisme
 
Pour l’appel à projet Autisme du 1er semestre 2017, nous avons choisi comme thématique l’inclusion sociale des personnes avec autisme :

En soutenant des projets permettant le développement de compétences :

  • Formations à un métier, parcours de professionnalisation.
  • Développement des compétences numériques (formations au numérique, formations aux outils de fabrication numérique...)
  • En soutenant les démarches d’intégration des personnes avec autisme dans l’entreprise.

En soutenant des lieux d’accueil innovants, notamment en favorisant les logements alternatifs permettant de développer leur autonomie.

Les dossiers détaillés sont à déposer en ligne avant le 2 avril 2017.

Posté par jjdupuis à 15:10 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

Les rencontres des mercredis d'autisme 75 - Février 2017

article publié sur le site du CRAIF (Centre de Ressources Autisme Ile-de-France)

Les prochaines rencontres des mercredis d’autisme 75 auront lieu le Mercredi 1er février 2017 à 19h30 à la Maison des Associations (11, rue Caillaux 75013 Paris)

Pour écouter et débattre avec deux professionnelles
Sonia Pignot, Directrice du SESSAD « Les Comètes » de Créteil et Nihel Ben Hamadi, Psychologue au sein d’une Unité Maternelle rattachée à ce même SEESAD. Elles expliqueront comment se déroule l’accompagnement des enfants et des adolescents avec autisme en SESSAD et en Unité maternelle

Un accueil est prévu à partir de 19 heures.

Nombre de place limité. Pour vous inscrire auprès du secrétariat : soit par courriel (a75.siege@autisme75.org) soit par téléphone au 01 45 84 29 59 au plus tard 48 heures avant la date de la rencontre.

en savoir +

Posté par jjdupuis à 12:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

Des personnes handicapées coachées par le champion de handball Sébastien Bosquet

Apprendre à tirer au but avec un tel coach, ce n’est pas donné à tout le monde. PHOTO Séverine COURBE
Apprendre à tirer au but avec un tel coach, ce n’est pas donné à tout le monde. PHOTO Séverine COURBE

Le dernier Euro de football avait déjà été prétexte à diverses animations, le championnat du Monde handball qui se déroule actuellement en France ne pouvait que constituer un support de choix à l’élaboration de projets pour la soixantaine de résidents de la Marelle à Liévin.

 

Bosquet Lievin(1) (3)

Des handicapés moteur et mentaux qui ont préparé depuis près d’un mois la venue de Sébastien Bosquet, handballeur international qui a effectué l’essentiel de sa carrière à Dunkerque, sa ville natale.

« Être sportif de haut niveau, c’est être près des jeunes, c’est partager »

S’il a désormais renoncé à la compétition, il n’en demeure pas moins très attaché à la promotion de son sport et surtout au partage de sa passion. Contacté par Maxime Delahaye, éducateur sportif à la Marelle et lui-même ancien handballeur, le double champion du monde (2009 et 2011) et d’Europe (2006 et 2010) n’a pas hésité un instant : «  Je suis habitué à participer à ce genre d’action. Être sportif de haut niveau, c’est être près des jeunes, c’est partager.  » Alors il s’est prêté au jeu avec ceux qui le désiraient, tantôt gardien de but, tantôt tireur, tantôt coach, toujours appliqué dans sa relation à l’autre.

 

Bosquet Lievin(1) (2)

Divers ateliers étaient prévus comme un mini-terrain, ou encore un stand consacré aux dédicaces, les lieux décorés aux couleurs de la France, avec aussi des photos de l’invité d’honneur, ce qui a nécessité un travail en amont avec les résidents.

À 37 ans, Sébastien Bosquet prépare un diplôme d’entraîneur et travaille sur un projet en direction des jeunes handballeurs en intégrant un volet social. Et puisqu’il était dans la région, le Dunkerquois en a profité pour s’arrêter le matin à l’hôtel de l’équipe de France qui joue mardi soir à Lille contre la Suède.

Posté par jjdupuis à 09:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,