Mons-Centre Au moins deux plaintes ont été déposées auprès du procureur du roi de Mons pour des actes de violence sur des mineurs autistes.

Ces révélations vont faire l’effet d’une bombe dans le milieu des établissements scolaires spécialisés. Depuis plusieurs semaines, des parents d’enfants autistes déscolarisent leur progéniture de l’école d’enseignement spécial provincial le Clair Logis située à Havré. Certains parents dénoncent des actes de maltraitance de la part du personnel enseignant de l’établissement scolaire.

Au moins deux plaintes pour des actes de violence ont été déposées auprès du procureur du roi de Mons. "Nous avons connaissance de ces plaintes", confirme le substitut Schollaert. "Nous sommes au stade de l’information judiciaire. Des devoirs complémentaires ont été demandés suite aux plaintes déposées".

Selon nos informations , les plaintes sont éloquentes. Elles rapportent des violences verbales comme des propos violents et dévalorisants à l’égard des enfants mais aussi des plaquages au sol. Des enfants auraient été liés avec des foulards sur des chaises ou enfermés dans un local de gymnastique sans surveillance,… Certains sévices physiques sont aussi déplorés comme des bosses ou des griffes.

Consulté par une maman dont l’enfant, âgé de dix ans, souffre d’autisme aurait été victime de tels actes (voir plus bas), Me Pascal Baurain assure qu’il ne s’agit pas de rumeurs. "Ce sont des informations mises en parallèle avec celles de d’autres parents d’enfants autistes au sein de l’institution".

Les pratiques qui sont dénoncées sont d’ailleurs interpellantes. "Nous sommes face à des situations où les enfants sont mis dans des positions inappropriées où ils doivent s’agenouiller sur un manche à balai et y rester le plus longtemps possible. Des enfants propres retombent dans l’énurésie. Certains enfants ont des comportements violents alors qu’ils n’en avaient pas spécialement avant".

Selon Me Baurain, les pratiques ne sont pas isolées à l’un ou l’autre enfant. "Il semble que ces comportements soient installés au titre de fonctionnement général au sein de cette école. D’autres enfants que le fils de ma cliente sont concernés par ces sévices. J’ai d’ailleurs été contacté par un confrère français dans le cadre de cette affaire".

Du côté de la coordination de l’établissement en charge de ce dossier, on ne dément pas les informations. On ne les confirme pas non plus. "Nous avons effectivement été contactés par rapport à cette plainte. J’ai été entendue dans ce cadre," explique Caroline Naem, coordinatrice au Clair Logis. "Le dossier est aussi au parquet. Au niveau de l’autorité provinciale, le collège a été informé. Une enquête administrative est menée par la direction générale des affaires sociales. Dans l’état actuel des choses, je ne peux pas en dire davantage".

Au cabinet du collège provincial, le son cloche est identique. "Nous devons être très prudents en attendant les conclusions du ministère public. Nous avons aussi lancé une enquête administrative. Nous ne restons donc pas sans rien faire". L’enquête devra déterminer si les soupçons se vérifient. Le cas échéant, il s’agirait d’un scandale pour une institution publique.

 

"Je pensais que c’était l’Eldorado pour mon fils !"

En 2013, Flora quittait Bordeaux avec son fils Wilson pour s’installer à Maubeuge. C’était pour offrir une vie différente mais aussi un enseignement spécialisé presque sur-mesure à son enfant atteint d’autisme non-verbal. Car c’est en Belgique que la qualité de la prise en charge des enfants autistes est saluée. Raison pour laquelle, Flora et son fils ont tout quitté. Un changement radical de vie qui s’est avéré particulièrement difficile. "À l’époque, j’avais téléphoné à l’école. Puis nous l’avions visitée. Nous étions séduits, tout était beau et adapté. Nous étions rassurés", nous explique Flora Senne.

Très vite, la situation s’est dégradée. "Il y avait des bruits, des rumeurs qui circulaient entre les parents. Dernièrement, mon fils est revenu avec une grosse bosse sur le front, une entaille à proximité de l’arcade, des griffes,… Je demandais des explications aux enseignants et même à la direction mais à chaque fois, il y avait des excuses. Jusqu’à ce que les langues se délient".

Pour un enfant autiste, le changement est perturbant. Le déménagement a pu interférer dans l’évolution du comportement de Wilson. "Au début, il a fallu une période d’adaptation. Pendant deux ans, nous n’avons pas eu de problème avec l’école. Et puis, mon fils a commencé à faire des cauchemars, à avoir des comportements et des attitudes bien différents. Il arrachait les fils des rideaux pour ligoter son doudou. Il ne voulait pas toujours manger le soir. C’était vraiment troublant mais comme il ne parle pas, il était difficile de savoir exactement ce qu’il se passait".

Elle a pourtant tenté d’obtenir des explications. "Je n’avais jamais aucune note dans le cahier et aucune explication. J’ai alerté à plusieurs reprises les enseignants et la direction mais rien n’a jamais bougé. Je n’ai pas inscrit mon fils dans cette école en Belgique pour qu’il régresse. Il fallait que je le sorte au plus vite de cet établissement".

Déscolarisé depuis le 29 janvier, Wilson semble plus calme. "Il dort beaucoup mieux, il est rassuré. Nous repartons à Bordeaux. Je suis très déçue parce qu’en tant que parent français, je pensais que cette école belge était l’Eldorado pour mon enfant. Je faisais beaucoup d’éloges de cette école et de l’enseignement spécialisé belge. Maintenant, je ne veux plus en entendre parler. Nous allons recommencer à zéro", a-t-elle conclu.