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"Au bonheur d'Elise"
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1 décembre 2011

article publié dans la-Croix.com le 29 novembre 2011

La lutte quotidienne des parents d’enfants autistes

Face aux difficultés à obtenir un diagnostic correct et une prise en charge adaptée au handicap de leur enfant, la vie des parents d’enfants autistes est un combat permanent

Ilyess, 8 ans. C’est à l’entrée en maternelle que ses parents se sont inquiété...

cyril marcilhacy POUR LA CROIX

Ilyess, 8 ans. C’est à l’entrée en maternelle que ses parents se sont inquiétés. Il ne parlait pas et présentait des troubles du comportement.

Antonin avait 2 ans quand ses parents ont commencé à s’inquiéter. « Il avait le regard fuyant, ne pointait pas du doigt, ne communiquait pas, préférait regarder la machine à laver tourner plutôt que jouer, raconte Anne-Marie, sa mère. Par chance, on est tombé sur un pédopsychiatre qui connaissait bien l’autisme. Il lui a fait faire une série d’examens et, huit mois après, a donné son diagnostic : Antonin était atteint d’un “autisme sévère”. » Anne-Marie reconnaît avoir eu « la chance d’échapper au discours culpabilisateur de la “mère-crococile” ou “autistisante” qui a bousillé beaucoup de familles ».

Elle a eu également « la chance » qu’Antonin soit immédiatement pris en charge par des méthodes éducatives de « remédiation cognitive ». Aujourd’hui, Antonin a 5 ans, est scolarisé en grande section de maternelle dans une école publique, avec une intervenante à domicile. « Il était complètement dans sa bulle, maintenant il est “avec” nous. Il hurlait et se tapait la tête contre le frigo pour demander à boire. Maintenant, il dit “donne-moi du coca”. Il ne dormait pas la nuit, grâce aux médicaments maintenant il dort. Certes, reconnaît-elle, il continue à avoir des troubles du comportement qui ne sont pas faciles à gérer. Mais avec les progrès qu’il fait, la vie est plus supportable. »

De nombreux parents d’enfants autistes n’ont malheureusement pas eu cette « chance ». Beaucoup doivent d’abord se battre pour avoir un diagnostic. « La plupart n’en ont pas, ou très tardivement, ou ont des diagnostics erronés, si bien qu’ils ne bénéficient pas d’une éducation adaptée », alerte Danièle Langloys, présidente d’Autisme France. Alors que la communauté scientifique internationale affirme depuis longtemps que l’autisme est un trouble neurologique d’origine génétique, beaucoup de psychiatres français continuent à l’interpréter, à la lueur de la psychanalyse, comme un trouble psychique résultant d’une mauvaise relation avec la mère.

Mère « psychogène » ?

Un documentaire récent, Le Mur, réalisé par Sophie Robert, soutenu par Autistes sans frontières et mis en ligne sur les sites des principales associations de parents, en témoigne. On y voit des psychanalystes parler de mère « psychogène », de « stade de folie transitoire » de la mère, voire de « désir incestueux ». Trois psychanalystes mis en cause dans ce film veulent d’ailleurs le faire interdire au prétexte qu’il les « ridiculise » : l’affaire sera jugée par le tribunal d’instance de Lille le 8 décembre prochain.

Face à cette situation de la France, qu’il juge « honteuse », M’hamed Sajidi, président de l’association Vaincre l’autisme, a du mal à cacher sa colère. « Malgré les recommandations de la Haute Autorité de santé sur le diagnostic précoce, et une condamnation de l’Ordre des médecins, de nombreux praticiens hospitaliers continuent à ignorer les données actuelles de la science et de la médecine et, au-delà de l’ignorance, il s’agit d’un refus de les prendre en compte : cette idéologie de l’autisme, portée par les psychiatres psychanalystes, continue en effet à être enseignée dans les universités françaises, si bien qu’on fait perdurer l’erreur. »

Concrètement, seuls les parents « avertis » partent à la recherche d’un diagnostic correct dans les centres spécialisés qui tiennent compte des nouvelles données de la science. Mais la plupart continue à recevoir des avis erronés… ou rien du tout. Avec des conséquences graves sur l’enfant et sur son entourage. « Quand l’enfant n’est pas pris en charge précocement, son état se dégrade, la maladie use sa santé et celle de sa famille, poursuit M’hamed Sajidi.

Soudés pour lutter

L’absence de diagnostic et la mise en cause de la mère conduit au déchirement des couples : entre 60 et 70 % des parents se séparent, de nombreuses mères restant seules avec leur enfant. Alors que ceux à qui on donne des informations correctes se soudent pour lutter. »

Certes, les troubles autistiques revêtent différents niveaux de gravité. Mais « les enfants autistes “moyens” peuvent se développer en étant le plus épanouis et le plus autonomes possible, à condition qu’ils soient correctement pris en charge », assure Danièle Langloys, qui rappelle que 70 % d’entre eux ne présentent pas de déficiences intellectuelles et peuvent développer des compétences, avec des méthodes éducatives adaptées.

Le congrès annuel d’Autisme France, qui aura lieu le 3 décembre, sera consacré à ces « stratégies de remédiation cognitive et sociale » qui permettent à ces enfants d’apprendre et de progresser. Quand elles sont mises en place de façon précoce, à un âge où le cerveau de l’enfant est éminemment plastique, leur efficacité est encore plus grande. Mais elles se développent trop timidement en France.

En dépit des campagnes récentes pour favoriser la scolarisation de ces enfants, 80 % d’entre eux ne vont toujours pas à l’école. « Certaines familles font toutes les écoles publiques de leur commune pour en trouver une qui accepte les prendre, déplore Danièle Langloys. Et beaucoup finissent par se tourner vers l’enseignement privé, où elles reçoivent souvent un meilleur accueil. » Et ceux qui sont scolarisés ne sont pas toujours correctement accompagnés. « Certains n’ont pas d’AVS (auxiliaire de vie scolaire).

Pas de manuels scolaires adaptés

Et quand ils en ont, elles ne sont pas formées à l’autisme et se retrouvent désarmées pour aider ces enfants », souligne Danièle Langloys. Il n’existe pas de manuels scolaires adaptés – ces enfants, en effet, ont besoin de supports visuels –, si bien que beaucoup de parents passent une partie de leur nuit à préparer les cours du lendemain.

Ces enfants ont besoin, en outre, d’une rééducation spécifique intensive. « L’offre, là encore, est très pauvre », poursuit Danièle Langloys. Les Sessad (services d’éducation et de soin spécialisé à domicile) ont des listes d’attente très longues et ne fournissent qu’une heure ou deux par semaine aux familles. Les parents se débrouillent eux-mêmes, échangent des adresses de psys compétents, de rééducateurs, d’orthophonistes. Des familles réaménagent leur maison, se forment et s’épaulent sur les forums consacrés à l’autisme, échangent des méthodes, des cours déjà effectués, déployant une solidarité étonnante.

Si Internet et l’action des associations les aident à sortir de leur isolement, ces familles comptent néanmoins sur une prise de conscience et une action politiques plus fortes. Un mouvement s’est constitué, Ensemble pour l’autisme, et a demandé au premier ministre l’obtention du label Grande cause nationale 2012. Un groupe parlementaire a également été créé, qui organise, le 4 janvier, les premières rencontres à l’Assemblée nationale sur le sujet.

CHRISTINE LEGRAND

http://www.la-croix.com/Famille/Parents-Enfants/Dossiers/Couple-et-Famille/Les-epreuves-de-la-vie/La-lutte-quotidienne-des-parents-d-enfants-autistes-_EP_-2011-11-29-741516/%28CRX_ARTICLE_ACCESS%29/ACCESS_CONTENT

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1 décembre 2011

article publié sur le blog FAIREFACE le 30 novembre 2011

Jean-François Chossy veut que son rapport, commandé par le Premier ministre, lance un grand débat sur les personnes handicapées

JF Chossy crédit assemblée nationale.JPG

"Passer de la prise en charge... à la prise en compte". Ce titre résume l'impulsion que Jean-François Chossy espère donner avec son rapport sur "l'évolution des mentalités et le changement de regard de la société sur les personnes handicapées". Un texte de 127 pages qu'il remettra vendredi au gouvernement. Ce travail avait été commandé par le Premier ministre François Fillon en novembre 2010. Au bout de six mois, afin de poursuivre sa mission, Jean-François Chossy avait dû renoncer, c'est la règle, à son siège de député UMP de la Loire qu'il occupait depuis 18 ans. On sent, dans chaque ligne de ce rapport, qu'il s'y est totalement investi.

Faire Face : Quels sont les points-clés de votre rapport ?

Jean-François Chossy : Pour changer les mentalités, il faut d'abord changer le vocabulaire se rapportant au handicap, choisir d'autres mots. Ensuite, je ne voudrais pas que l'on stigmatise encore plus le handicap avec des lois spécifiques. En revanche, tout projet, toute proposition de loi devrait désormais prendre le handicap en considération, au besoin par un article spécifique, lors de son élaboration, sa discussion et son vote. Autre point : il faut redonner aux associations la possibilité d'innover sans contrainte. Je crains pour elles les contraintes que peut représenter le système d'appel à projet des Agences régionales de santé. Le pays n'aurait pas évolué comme on l'a vu après la deuxième guerre mondiale sans la vie associative. Elle a fait évoluer la société et les mentalités.

FF : Quelles mesures préconisez-vous ?

J.-F. C. : Chaque chapitre se termine par des recommandations. L'une des plus fortes consisterait à transformer les MDPH en "Maisons de l'autonomie". Ce qui, entre les personnes âgées et les personnes handicapées, rapprocherait les problèmes. Il y aurait ainsi des passerelles entre personnes handicapées vieillissantes et les autres. On rationaliserait les moyens dans chaque département. Ce serait la porte ouverte au 5e risque qu'est la dépendance. Autre idée : organiser tous les deux ans des "entretiens du handicap" sur le modèle des "entretiens de Bichat". S'y rencontreraient des scientifiques, des chercheurs, les personnes concernées du monde entier pour échanger sur les bonnes pratiques et aboutir à des progrès.

FF : En quoi votre rapport changera-t-il la vie quotidienne des personnes concernées ?

J.-F. C. : La vie quotidienne des personnes handicapées changera quand on aura fait évoluer le "vivre ensemble", quand on aura compris que le handicap est un phénomène ordinaire de la vie, quand la prise en considération remplacera la compassion. Voilà ce qui me préoccupe et ce que porte le rapport.

FF : Avec qui avez-vous travaillé ?

J.-F. C. : Deux personnes m'ont aidé à organiser et analyser 677 auditions et visites d'associations, de professionnels, de personnes concernées. Avec ce travail d'écoute, je suis allé à la rencontre de la vérité des autres. Il en découle, par exemple, parmi les recommandations, le tutorat dans l'école, la création d'une agence de l'accessibilité universelle, d'une journée du handicap, la création d'un vrai métier de l'accompagnement avec formation, statut et vraie rémunération. La création de maisons dédiées à l'accueil temporaire. Tout cela est très concret.

FF : Quelles suites espérez-vous pour ce rapport ?

J.-F. C. : Après l'avoir remis au gouvernement, je vais le transmettre à mes collègues parlementaires. Chacun pourra y puiser et s'en inspirer pour concrétiser par des propositions de lois ce que je suggère ou recommande.

FF : Quel chapitre vous a donné le plus de travail ?

J.-F. C. : Le plus délicat a été le chapitre sur la vie affective et sexuelle. C'est celui qui a soulevé le plus d'interrogations, voire de polémiques. Je l'ai traité de la façon la plus lucide et clairvoyante possible. On ne peut pas arriver à des décisions autoritaires. L'essentiel est qu'on se soit mis à en parler. On a levé des tabous. Les médias, et je les en remercie, les associations se sont emparé du sujet et l'ont porté à la connaissance du grand public. Cela ne veut pas dire que l'on a trouvé des solutions.

FF : L'assistance sexuelle pour les personnes handicapées serait une solution. On sent que vous y êtes favorable. Pourquoi ne la recommandez-vous pas ?

J.-F. C. : Ce n'est pas à moi d'en décider. Je ne propose pas de solution. J'entrouvre des portes déjà décrites dans les textes, les lois sur la vie intime et l'organisation de la vie privée des personnes handicapées. Je suggère que tout le monde se mette autour d'une table et regarde si cela peut faire l'objet d'une compensation, faire partie d'un projet de vie. Déjà, ce n'est pas clair dans l'esprit des associations.

FF : À qui s'adresse ce rapport ? Qui pourra en disposer ?

J.-F. C. : Il s'adresse d'abord au Premier ministre qui me l'a commandé. Ensuite, pour l'offrir à la discussion, je peux l'envoyer, relié, à toute personne qui me le demandera. Et je vais demander au gouvernement de le mettre en ligne sur Internet. J'ai présenté en 2003 un rapport sur l'autisme dont on me parle encore. Je souhaite le même sort à ce nouveau rapport.

Propos recueillis par Jean-Louis Rochon - Photo @Assemblée nationale

http://www.faire-face.fr/archive/2011/11/30/jean-francois-chossy-veut-que-son-rapport-commande-par-le-pr.html

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