article publié sur le site d'Autisme Infantile le 27 octobre 2009
Il existe une technique radicale, puissante, extrêmement efficace pour stopper les comportements problématiques: l’extinction. Cette technique est massivement efficace, mais elle suppose d’avoir:
- Des nerfs solides
- Un casque antibruit, des équipements anti morsures, un stock de vaisselle incassable, des meubles et portes blindées
- De la subtilité et de la constance
- Du temps devant soi et de l’énergie en réserve
- La conviction chevillée au corps et au coeur, que le mur que l’on va dresser devant notre enfant et sa toute-puissance va l’aider à se construire, pour longtemps, et solidement.
- Enfin et surtout, l’extinction est une technique qui doit être supervisée par un professionnel, car mal appliquée elle peut être tout à fait désastreuse.
Si vous avez lu mon billet précédent, vous vous rappellerez qu’un comportement est gouverné par ses conséquences. Cela vaut pour les comportements adaptés (par exemple, pour avoir les félicitations de la maîtresse, je vais faire cet exercice avec application), mais cela vaut aussi pour les comportement inadaptés (je sais que si je crie très fort et si je jette à terre mon verre de lait, maman n’osera plus me forcer à le boire, et je pourrai tranquillement éviter, sans risque, de boire du lait).
L’extinction consiste à supprimer totalement la conséquence habituelle d’un comportement
Dans la chaine suivante:
- Maman me donne un verre de lait
- Je hurle, trépigne, jette mon verre de lait et le brise à terre
- Maman ramasse les morceaux, éventuellement me laisse passer la serpillère avec le super balai que j’adore
- Maman ne m’obligera plus jamais à boire du lait
- Je suis peinard, j’ai le contrôle sur Maman, ça veut dire que je peux tenter avec autre chose.
Dans cette chaîne donc, en extinction, tout s’arrête après la deuxième phase. Soudainement, maman ne va pas réagir au verre brisé, maman va revenir avec un autre verre rempli de lait, et elle va réitérer la demande. Mince! Ce n’était pas prévu au programme…
Alors Stan va se mettre à hurler, taper du pied, mordre, griffer, cracher, pendant trente minutes ou plus s’il le faut: c’est ce qu’on appelle le burst, ou le pic comportemental.
Puis Stan va user de toutes les stratégies à son répertoire, pour voir s’il ne pourrait pas « rentrer par la fenêtre », puisque je lui ai « fermé la porte »:
- Il va essayer de jeter tout ce qu’il y a sur la table
- Il va tenter d’attirer mon attention en me frappant les jambes
- Il va vouloir aller marcher dans le verre
- Il va vouloir échapper de la pièce dans laquelle se déroule l’action
- Il va avoir une soudaine envie de faire pipi, pour s’échapper dans les toilettes et avoir mon attention
Dans tous les cas, je dois rester de marbre: il peut faire pipi par terre, ça ne me gêne pas. Je fais juste attention à ce qu’il ne se mette pas en danger, ne se coupe pas par exemple, mais je ne lui accorde pas la moindre attention, je suis un roc, je ne lui adresse pas un regard.
Vous n’y croirez peut-être pas, mais une demie-heure après, Stan a bu son premier mini verre de lait – le premier depuis deux mois que j’avais décidé de stopper les biberons.
C’était il y a cinq jours. Hier et ce matin, Stan a retenté d’échapper au lait, et de reprendre le contrôle: il a jeté son verre (je vais me faire sponsoriser par Ikea moi), mais voyant que cela ne me touchait pas, eh bien, il boit son lait, après avoir vérifié que je n’avais pas changé d’avis.
Cela, nous l’avons aussi vécu avec la mise sur les toilettes, avec l’arrêt des couches diurnes, avec le lait donc, avec les petites exigences du quotidien. Je sais, c’est épuisant, déchirant, il n’y a pas d’autre mot. Mais quel bonheur de voir Stan discriminer petit à petit le comportement à adopter dans diverses situations, quel bonheur de voir quels progrès sa compliance grandissante lui permet d’accomplir! Et c’est aussi à ce prix-là que la scolaristaion de Stan et son intégration dans notre monde se fera.
Lorsque rien ne bouge, tout bouge
Très sincèrement , je n’y croyais pas avant d’avoir essayé, et aujourd’hui, je me sens plus forte face aux comportements d’opposition de Stan.
Il n’y a rien de plus irritant, de plus fatiguant, de plus épuisant pour les nerfs de parents que l’opposition systématique d’un enfant autiste et de tous les comportement problématiques qui y sont liés. Cris, pleurs, crachats, morsures, coups, jets d’objet, Stan nous aura tout fait pour ne pas monter sur les toilettes. Nous n’avons pas cédé, et nous avons gagné par abandon de l’adversaire.
