article publié dans la Nouvelle République.fr le 15 mai 2012
Les parents de Camille militent, en vain, depuis deux ans pour que leur fille âgée de 14 ans intègre une Unité localisée d’inclusion scolaire. Son père a entamé une grève de la faim depuis hier.
Ils ont épuisé tous les recours. Ils sont épuisés tout court. Philippe Cantet et sa compagne Frédérique Meunier, domiciliés dans une commune du Châtelleraudais, mènent depuis deux ans un combat de titans contre une administration parfois condescendante à l'égard de leur situation et de celle de leur fille de 14 ans, Camille, atteinte d'une maladie génétique rare (*) et déscolarisée depuis 2010. A la suite d'une énième réunion à la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), vendredi dernier, qui n'a pas débouché sur une solution pérenne, Philippe Cantet a décidé de s'installer devant le conseil général à Poitiers pour y effectuer une grève de la faim.
Arrivé à 8 h 30, hier matin, Philippe Cantet a pris soin d'installer son camion sur une place de stationnement payant « pour ne gêner personne ». Un drap vole au vent floqué du simple slogan : « Indignez-vous ! » Une petite pancarte présente la photo de Camille et quelques mots sur sa situation avec une première « rupture » début 2010. A la suite d'un changement de direction, ses parents apprennent qu'à la rentrée 2011, Camille ne pourra plus intégrer la Seesha (Section éducation pour enfants sourds avec handicaps associés), structure adossée à l'IRJS (Institut régional pour les jeunes sourds) après y avoir été scolarisée pendant cinq ans. C'est le début d'innombrables courriers et démarches.
" Nous avons besoin d'un nouveau départ "
Un parcours semé d'embûches administratives avec tout de même quelques beaux succès personnels. Notamment, l'intégration de Camille dans un centre de loisirs ordinaire et la participation chaque samedi à un atelier musical adapté. Ses parents veillent à consolider les apprentissages scolaires mais tout cela ne répond pas aux besoins de sociabilisation de Camille. Des besoins qui, en fonction de son handicap, seraient comblés si elle était scolarisée en Unité localisée d'inclusion scolaire (Ulis). Preuves à l'appui avec des courriers d'imminents spécialistes. Depuis deux ans, leur dossier est retoqué par la MDPH qui leur propose en revanche une place dans un Institut médico-éducatif, refusée par les parents.
Et enfin, un essai de trois semaines dans l'Ulis de France-Bloch Sérazin à Poitiers. Philippe Cantet s'insurge : « Après deux années déscolarisées, ce serait la " casser ". Il faut anticiper et la préparer. C'est pour cela que nous aimerions avoir l'été pour cela afin qu'elle soit prête à la rentrée prochaine. Nous avons besoin d'un nouveau départ même à mi-temps. » D'autant plus qu'il n'y a aucune certitude que l'essai débouche sur une place en Ulis. Ce serait alors un double échec lourd de conséquences.
(*)Le syndrome de la délétion 22q13. Elle souffre de troubles sévères du langage. Et même si elle entend, elle s'exprime grâce à la langue des signes.
elle a dit
" C'est une mesure exceptionnelle "
Valérie Champion, vice-présidente du conseil général et représentante auprès de la Maison départementale des personnes handicapées de la Vienne (MDPH86) connaît bien le dossier. « Il est vrai que le fossé s'est creusé avec cette famille. Le dossier est difficile. Après des efforts de médiations infructueux, et un protocole d'accord refusé par les parents en 2011, nous avons établi une nouvelle évaluation en avril 2012. Une équipe pluridisciplinaire s'est réunie et a fait une nouvelle proposition de plan d'aide. Elle a fixé un rendez-vous qui a été refusé par les parents qui avaient fait une demande d'Ulis. En accord avec l'Éducation nationale, une mesure exceptionnelle a été proposée d'intégrer Camille Cantet pendant un stage d'un mois puis ensuite de faire un bilan pour savoir si ça fonctionne. Cette solution avancée, c'est du " cousu main ". »