article publié dans liberté.fr le 10 octobre 2012
Originaire de Saint-Lô, David Heurtevent, 33 ans, fait partie des dix membres fondateurs de l'ONG Autism Rights Wath. L'ONG souhaite faire évoluer les politiques sur l'autisme.
Pouvez-vous dire quelques mots sur l’ONG ?
Avec Autism Rights Watch, nous voulons montrer la situation de l’autisme en France mais aussi dans les pays en général. L’objectif est d’établir des constats et des expertises. Nous essayons de proposer des changements. Les membres des autres ONG dénoncent les choses telles qu’elles sont. Notre indépendance nous permet d’être libres dans notre ton et notre parole.
Quelle est la particularité d’Autism Rights Watch ?
Les membres fondateurs sont des personnes autistes. Le directeur de l’ONG est une personne autiste également, Alex Plank. L’intérêt est qu’il n’y ait pas de dérive hors de la cause. Des personnes nous considèrent comme fou. C’est la 1ere fois que cela se présente dans une ONG ou une association. Nous voulons envoyer un message aux jeunes autistes. Ces derniers doivent se prendre en main. Ils doivent être acteur, bien évidemment dans la limite de leur capacité à prendre une décision, avec le soutien de leurs parents.
Un grand nombre de parents en France sont dans l’assistanat. Ils ne cherchent pas à comprendre la situation. Je ne pense pas que cela soit le meilleur comportement à avoir.
Comment est née l’idée de créer cet organisme ?
L’ONG a été créée il y a un an suite à l’affaire de Sophie Robert et le documentaire qu’elle a réalisé sur l’autisme, Le mur. L’objectif est de faire un constat sur la situation d’inclusion scolaire et les droits qui ne sont pas respectés dans les faits pour les personnes autistes aussi bien aux États-Unis qu’en France. Depuis environ 10 ans, la France est très décriée au niveau international. Elle a un retard de près de 30 ans. Ce pays a d’ailleurs déjà été condamné par le Conseil européen. Depuis des plans autisme ont été mis en place mais ils sont vides. À peine 25% des objectifs ont été remplis. Il y a beaucoup d’annonces mais tellement peu d’action concrète. Il faut que cela change.
Comment intervenez-vous auprès du public ?
L’objectif est de sensibiliser l’opinion publique. Pour cela, nous menons des actions sur le terrain en essayant d’orienter les parents. Samedi 29 septembre, nous étions présents à Caen. Nous avons distribué des tracts pour dénoncer la non scolarisation de jeunes autistes.
Il ne s’agit pas de se substituer aux associations. Nous voulons être en rupture avec les gens et proposer des alternatives. Nous souhaitons que les autistes les plus capables puissent se prendre en main et fassent évoluer les choses. Nous agissons également auprès des professionnels. Nous ne dénonçons pas la psychiatrie. Elle a sa place et son utilité. Par contre, nous essayons de faire comprendre que la psychanalyse n’a pas sa place dans l’autisme.
Pourquoi l’ONG est-elle basée aux États-Unis ?
Le siège social de l’organisation est en Virginie. Cela pour différentes raisons. En France, il est très difficile d’être indépendant et de dénoncer le fonctionnement de l’État. Les lobbies verrouillent le système. Tout cela à cause des avantages financiers. Les associations reçoivent des subventions de l’État. Il est alors difficile de dénoncer le système dans ce cas-là. Nous avons également une vocation internationale. Nous voulons travailler avec un maximum de pays. Nous souhaitons travailler avec l’OMS basée à Washington. C’est également une question de fonds. Les actions philanthropiques sont beaucoup plus importantes aux États-Unis.
Propos recueillis par Nastasia Kalawski
