LA PATAUGEOIRE DISQUALIFIEE
Mise en ligne le 7 octobre
Mise à jour le 15 octobre
La technique de pataugeoire est régulièrement l’objet, depuis quelques mois, d’attaques et de disqualification de la part d’un nombre, très restreint mais très actif, de professionnels. Ces propos tenus ou relayés sans argumentation, irritent, scandalisent mais aussi déstabilisent certains de nos collègues. Il s’agit pourtant d’une technique de jeu, à médiation eau, s’inscrivant dans une tradition et un savoir-faire depuis longtemps en usage auprès des enfants : les jeux d’eau.
Nous avons maintenant trente années de recul ; nombre d’enfants ont bénéficié ou bénéficient de cette approche. Cette formation à la technique de pataugeoire est dispensée depuis de très nombreuses années et la demande est toujours plus grande : depuis quelques années nous devons doubler le stage initial, augmenter les places et le nombre d’interventions auprès des équipes pour un travail d’analyse de pratique. Cette technique a su montré sa pertinence et il est difficile d’imaginer que seule son inscription dans un catalogue de formation justifie un tel intérêt.
Des jeux d’eau pour tous les enfants, pas seulement les autistes.
Cette technique de pataugeoire, élaborée par un médecin créatif, sensible et rigoureux, entouré d’une équipe pluridisciplinaire, a d’abord été réfléchie pour le traitement des enfants avec autisme et/ou TED. De nombreux professionnels et équipes utilisent maintenant cette approche avec des enfants non autistes, non TED mais présentant des troubles de la maturation, des déficiences intellectuelles, sensorielles et/ou motrices, des troubles neurologiques, des carences graves. C’est-à-dire que cette technique est utile et profitable que l’on travaille en CAMSP, en IME, en Unité d’Education Motrice, en HDJ, en CATTP et même, avec des aménagements, auprès d’adultes.
Psychomotricité et appropriation du corps.
En pataugeoire, ou autour d’un grand bac, d’un grand lavabo, dans un bassin peu profond, l’enfant peut en sécurité et dans des conditions très adaptées, découvrir le corps propre et développer ses capacités à communiquer. Les particularités de chaque enfant sont prises en compte. Les intégrations sensorielle, émotionnelle, psychomotrice et cognitive sont soutenues. Les activités répétitives sont limitées et transformées. La motricité (globale, fine) y est développée dans le sens d’une créativité, d’une organisation et d’une appropriation : les enfants apprennent en bougeant et en expérimentant.
Des jeux très adaptés.
La manipulation d’eau et d’objets simples quand elle est accompagnée très attentivement par le soignant (et non stéréotypée) permet à l’enfant de développer ses capacités de représentation, d’abord de façon très concrète, mais aussi dans le langage. Il apprend véritablement à jouer et à développer son imaginaire. Ce que font spontanément tous les enfants dans le bain, dans le sable, mais pas ceux qui sont handicapés par un autisme, un TED, un trouble neurologique important, un déficit. Il est nécessaire alors de relancer cette capacité à jouer (signe de bonne santé) avec des jeux très adaptés et très structurés. Cette forme d’activité de représentation s’apparente à ce que Piaget décrit comme le stade pré-opératoire, celui qui enracine le cognitif et ouvre aux opérations concrètes et à l’abstraction. L’utilisation du corps propre, des compétences sensori-motrices y est encouragée ; la communication est facilitée par le recours aux objets ; il est parfois intéressant d’y adjoindre des pictogrammes.
Une polémique inutile.
Dénoncer, disqualifier sans argument autre que celui d’une évaluation qui ne serait pas basée sur la preuve (elles sont pourtant nombreuses et très observables), ne peut que nuire à la dynamique du travail qui s’y fait pourtant de façon très constructive et bénéfique. Mais cela induit aussi de la défiance chez des parents qui ont plutôt besoin d’être soutenus dans l’éducation de leur enfant. S’efforcer de lire les travaux (et non les attaques et diffamations sans preuve) de ceux qui cherchent à nuire à cette approche (et à ceux qui la pratiquent) et se former à cette technique, se faire sa propre opinion et juger soi-même de la pertinence de telle ou telle clinique paraît actuellement (et toujours) l’attitude la plus responsable.
Anne-Marie Latour Octobre 2012
ET mon commentaire :