Autistes sans frontières a réussi son buzz médiatique grâce à Depardieu
Mal connue, mal financée, l'association Autistes sans frontières a rebondi sur l'exil fiscal de Depardieu.
De bout en bout, c'est-à-dire du 16 décembre 2012, date de la publication par « Le Journal du dimanche » de la lettre de l'acteur annonçant son exil fiscal..., jusqu'au 3 janvier, jour de la révélation de sa toute fraîche citoyenneté russe, l'exil fiscal de Gérard Depardieu aura ressemblé à une drôle de comédie. Cela aurait pu prêter à sourire si l'association Autistes sans frontières n'avait alors saisi la balle au bond pour orchestrer une démarche de communication assez inhabituelle.
Epaulée par son agence LJ corporate, mais manquant de moyens financiers, cette fédération d'associations aidant à scolariser les enfants autistes a rebondi de manière cinglante sur l'exil fiscal de l'interprète d'Obélix. Via une page publiée dans « Le Monde » du 28 décembre, puis dans « Le Parisien » du 29 décembre, l'association interpelle l'artiste : « Gérard, tu veux défiscaliser ? Envoie-nous un chèque avant le 31 décembre, t'auras 66 % de déduction fiscale. »
Coût de l'opération ? « 0 euro, 0 centime », indique Florent Chapel, patron de LJ corporate et lui-même père d'un enfant autiste. Conçue en vingt-quatre heures, la campagne a obtenu les deux espaces gracieux dans « Le Monde » et « Le Parisien » grâce à son agence média Mediacom (GroupM). « Seul 'Libération' a refusé car le quotidien ne souhaitait pas participer à la polémique », dit-il.
Pathologie mal connue
LJ corporate et l'association se défendent alors d'avoir pris la décision de communiquer du seul fait du faible coût de l'espace publicitaire en cette période de l'année : « C'est lorsque l'on a vu la polémique autour de Gérard Depardieu que l'on s'est demandé comment surfer sur l'histoire, car communiquer sur l'autisme, ce n'est pas simple, explique Vincent Gerhards, président d'Autistes sans frontières. Contrairement au sida, au cancer ou à la myopathie, les gens ne savent pas ce que la pathologie recouvre, ni à quoi serviront les dons. Il fallait pouvoir faire de la pédagogie. Et donc avoir l'occasion de parler aux journalistes pour expliquer à quel point la scolarisation constitue un élément essentiel dans le processus d'amélioration de la pathologie. »
Trois autres facteurs ont joué en parallèle : la proximité du prochain plan sur l'autisme, prévu pour février 2013, l'arrêt de son statut de grande cause nationale à la fin de l'année 2012... et, de façon plus ironique, « le fait que la déduction fiscale de Gérard Depardieu ne soit possible que jusqu'au 31 décembre », ajoute Delphine Piloquet, déléguée générale de l'association. Il fallait donc faire vite.
Un budget de 3 millions
A l'arrivée, les responsables s'estiment satisfaits sur le plan médiatique. Ils ont bénéficié en effet de 70 retombées presse en France, en Belgique et en Suisse. France 3, France Info, BFM... en ont parlé. Sur un plan purement financier, en revanche, le bilan est plus maigre : « 3.000 euros accordés par une trentaine de donateurs », calcule Delphine Piloquet. « Mais l'objectif était moins une collecte de fonds qu'une prise de parole, intervient Florent Chapel. Il existe une corrélation directe entre la générosité des donateurs et la notoriété de la maladie et de l'association liée à cette maladie. » Le sida et la maladie d'Alzheimer rassemblent annuellement entre 40 et 50 millions d'euros, le Téléthon a réuni 85 millions en 2012. Alors que l'autisme, qui concerne 600.000 personnes - dont 100.000 enfants -ne bénéficie que de 3 millions d'euros. « Notre responsabilité est également en cause, reprend le patron de LJ Corporate. Les associations n'ont jamais réussi à communiquer depuis trente ans de façon consensuelle. Et la Haute Autorité de la santé n'a elle-même donné une définition officielle et non psychiatrique de l'autisme que le 10 janvier 2010. Mais, depuis trois ans, nous nous employons à ce que cela change : l'autisme, nommé 'grande cause' l'an dernier, est la nouvelle pathologie qui compte. »
VÉRONIQUE RICHEBOIS