Le rôle des Pairs et de la socialisation (série sur LearnEnjoy)
Et si nous parlions du rôle des frères et soeurs d'enfants avec autisme ?
Dans la série des Pairs, en voilà bien qui occupent une place particulière...
Le réflexe le plus commun est de penser à les préserver. Pourrait-on le nier ? Les frères et soeurs souffrent d'une situation qui est souvent perçue comme triplement injuste
- pour leur frère/soeur handicapé(e) : pourquoi est-ce arrivé ? quel avenir,... ?
- pour leurs parents : quelle fatigue, quelle angoisse, quels soucis financiers et d'organisation... ! Ce qu'ils perçoivent généralement de manière fine
- pour eux-mêmes, puisque l'attention et le temps qui leur sont accordés sont bien souvent réduits... du fait de la place de l'enfant avec handicap. Et s'ajoute à cela le regard de la société, la pédagogie qui est à faire à la moindre invitation de petit copain.
On dit souvent qu'être frère ou sœur d'un enfant avec handicap est nécessairement une source de souffrance. Mais en rester là serait inexact car réducteur.
Alors et si l'on regardait la situation autrement ? De manière active et constructive, ce qui n'empêche pas, d'ailleurs, les temps d'écoute, d'échange et l'empathie...
De manière active et constructive : quel rôle peut jouer le frère ou la soeur d'un enfant avec autisme dans le développement de celui-ci ?
A dire vrai, cette question nous passionne. Elle pose de manière pragmatique la possibilité d'une entraide, qui valorise chacune des personnes concernées.
Elle permet aussi de créer du lien : aider son frère ou sa soeur autiste à se développer, lui apprendre à mieux communiquer ou comprendre le monde c'est devenir plus proches. N'est-ce pas formidable de se motiver ainsi ?
Nous savons combien il est compliqué pour un adulte de s'engager sur des activités éducatives avec un enfant TED. Donnons donc quelques clés aux frères et soeurs pour que les interactions soient les plus nombreuses possibles et les plus bénéfiques à l'atmosphère familiale... tout en contribuant au progrès de l'enfant avec autisme.
Tout d'abord, nous proposons de dire aux enfants qu'il s'agit d'un challenge, une aventure avec 5 indices qui sont autant de clés magiques :
1. La première clé : le Pairing
Lla première étape c'est le jeu parallèle, c'est à dire que le frère ou la sœur de l'enfant autiste se mette à côté et joue au même jeu que l'enfant autiste. Même s'ils ne sont pas en interaction directe, cela participe au tissage des liens fraternels. Le frère / la soeur pourra se mettre à son niveau de jeu pour lui faire ressentir que c'est agréable de jouer ensemble, même si c'est uniquement pour se poursuivre et se chatouiller
Il ne faut surtout pas oublier ce processus de pairing... En général les frères et soeurs ne sont pas reliés à des expériences positives... Pour l'enfant autiste, ce sont en général des stimuli neutres, voire aversifs (mon frère = celui qui me pique mes voitures et détruit mes ordonnancements de légos).
L'enseignement des stratégies permet de faire du pairing, mais Il faut peut être aussi en amont travailler encore plus le pairing. Que le frère apporte les aliments de son frère autiste, qu'il lui apporte les jouets qu'il aime bien, qu'il fasse des chatouilles etc.
2. La deuxième clé : favoriser les activités concrètes et les expériences sensorielles
3. La troisième clé : créer l'opportunité de jouer, par exemple dans un mode "à chacun son tour"
Là aussi, les jeux doivent être médiatisés par des activités concrètes.C'est compliqué car il faut 1/ regarder les activités que l'enfant autiste peut et aime faire et 2/proposer à son frère ou sa soeur un de ces jeux pour que lui-même choisisse ce qu'il va pouvoir faire avec son frère/soeur. C'est bien si au début un des parents/éducs/psy est présent pour faire le lien.
Les séances doivent être très courtes pour commencer, afin de rester sur du positif : se donner une durée courte et surtout ne pas la dépasser, même si tout se passe bien ! S'arrêter alors que tout le monde est content pour augmenter la motivation de rejouer encore ensemble une prochaine fois.
>> Ces activités de "chacun son tour" et l'échange de regards associé constituent la fondation de la logique conversationnelle, qui permettra ensuite le développement du langage.
4. La quatrième clé : faire en sorte que les enfants ordinaires soient des "modèles" de comportement
- pour demander
- pour jouer
- pour s'habiller
-...
L idée générale - pour façonner le comportement de l'enfant avec autisme - est que l'on réalise sous ses yeux la scène entière et qu'elle se termine par la délivrance d'un renforçateur que l'enfant adore. Qu'il soit ainsi très incité à reproduire cette scène (après avoir regardé la scène) à la reproduire en devenant l'acteur principal
5. La cinquième clé : encourager chacun des enfants à jouer : l'enfant avec autisme mais aussi, de la même manière, ses frères et soeurs... avec une économie de jetons et une petite récompense sympa à la fin de chaque petite bande de jetons. Les récompenses peuvent être mineures : une tranche de pain avec de la confiture, 5 minutes d'un petit clip dessin animé qu'il affectionne,...
chacun a besoin d'un renforcement social ou tangible, d'un encouragement à continuer, surtout lorsque cela est difficile. Les enfants "ordinaires" n'échappent pas à cette règle qui régit le comportement humain : en face d'un effort j'ai une chance d'avoir une récompense.
Nous voilà bien loin de la complainte... Bien plus dans la vie, certes compliquée mais aussi remplie de joie du frère et de la soeur d'un enfant avec autisme.
Nous espérons que vous serez bientôt nombreux à relever le défi, et à parler avec vos enfants et petits patients de ces 5 clés magiques qui accroissent leur puissance quand elles sont partagées !
Bonne semaine et à bientôt !
L'équipe LearnEnjoy
