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"Au bonheur d'Elise"
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20 novembre 2013

Autisme France : Il faut tout reconstruire

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Quelques mois après le lancement du 3e plan autisme qui entend en finir avec une approche psychanalytique jugée inadaptée, où en est-on ? En présence de la ministre en charge du handicap, Autisme France a organisé une journée nationale le 16 novembre pour faire le point. Sa présidente Danièle Langloys plaide pour une transformation en profondeur des pratiques en autisme.
tsa : « Le changement des pratiques en autisme, c'est maintenant ? » : tel est l'intitulé de la journée qu'Autisme France a organisée. Que voulez-vous dire ?

Danièle Langloys : C'est bien sûr un clin d'œil en direction du Président de la République. Pour en revenir à votre question, l'enjeu pour notre fédération est simple : quand allons-nous être débarrassés en France de la « dictature freudo-lacanienne » sur les interventions en autisme ?

Vous n'y allez pas un peu fort ?

Non, pas du tout. La France était jusqu'à peu le seul pays au monde, avec l'Argentine, à considérer que l'autisme pouvait être soigné par la psychanalyse. On a alors expliqué que toutes les pathologies provenaient de la famille et qu'elles avaient à voir avec le refoulement de la sexualité. Cette approche qui a été popularisée par Françoise Dolto a abouti à un double désastre. Les enfants et adultes autistes ont passé une bonne partie de leur vie enfermés dans des hôpitaux psychiatriques sans avoir d'accompagnement adapté. Les parents ont été largement culpabilisés. Comme le dit la Haute autorité de santé dans ses préconisations de début 2012, la psychanalyse n'a absolument pas prouvé l'efficacité de ses théories.

La ministre entend tourner la page et privilégier les approches comportementalistes. Les choses commencent-elles à bouger ?

Nous sommes dans la situation suivante : "Autisme, année zéro !" Tout est à faire, il faut tout reconstruire et je veux saluer le courage de Marie-Arlette Carlotti qui a affronté durement le lobby psychanalytique, très puissant dans notre pays.

Pourquoi dites-vous « tout reconstruire » ?

Savez-vous combien d'heures de formation à l'autisme sont dispensées aux médecins pendant leurs sept années de formation ? Trois heures, et encore s'agit-il souvent d'âneries ! Pour les éducateurs spécialisés, seul l'IRTS de Champagne-Ardennes propose un module de 300 heures de formation à l'autisme. Et aucune campagne de sensibilisation de grande ampleur n'a été engagée. Oui, tout est à reconstruire.

Justement, Marie-Arlette Carlotti a annoncé au printemps dernier le lancement du 3e plan autisme. Premier axe : le diagnostic et l'intervention précoce pour les troubles autistiques. Où en est-on ?

C'est un grand souci car rares sont les lieux, comme à Paris (hôpital Robert Debré) et à Lyon (St Jean de Dieu), à proposer une unité diagnostique et d'intervention précoces, selon nous, de qualité, malgré des moyens limités. L'enjeu est fondamental car jusqu'à 5 ans, pendant toute cette période de grande plasticité du cerveau, les marges de progression de l'enfant sont importantes. Le Canada qui a fermé les hôpitaux psychiatriques pour autistes et mis en place un diagnostic et une intervention précoces a ainsi réduit, de façon spectaculaire, le nombre d'adultes lourdement handicapés par l'autisme. Concernant l'intervention précoce, donc, nous avons demandé un cahier des charges national ; il y aura un groupe de travail mais le lobby lacano-freudien très implanté dans les PMI et les Centres d'action médico-sociale précoce (Camsp) fait de la résistance.

Le nouveau plan autisme entend également donner un coup d'accélérateur à la formation aussi bien des aidants familiaux que des professionnels.

De ce point de vue, les choses progressent. Concernant les aidants familiaux, un cahier des charges a été envoyé à tous les centres de ressources autisme et des expérimentations doivent démarrer en début d'année prochaine dans 7 régions : Rhône-Alpes, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Guyane, Nord-Pas-de-Calais, Alsace et Paca. Pour la formation des professionnels, une convention a été signée entre la CNSA et Unifaf, prévoyant la formation de 5 000 professionnels. Sur le terrain, les organismes de formation habilités ont constaté un engouement des établissements pour ce type de formation. Pour autant, avec des formations de deux ou trois jours, nous sommes loin du compte. Une circulaire de 1998 indiquait qu'il fallait au moins 300 heures de formation pour entrer dans la complexité de l'autisme.

Autre point fort : la scolarisation dans des unités d'enseignement à la maternelle. Comment cela se présente-t-il ?

Autisme France aurait souhaité que l'on s'inspire des exemples belge et canadien, notamment, où les enfants autistes sont à l'école avec les moyens éducatifs nécessaires. En France, du fait de la force de la culture médico-sociale, cela n'a pas été possible (1). Nous sommes satisfaits cependant que ces unités soient dans les écoles maternelles. Reste la question des moyens. A la prochaine rentrée, doit ouvrir une classe (de 7 enfants) par académie et une par département à la rentrée 2015. C'est très limité ! Autre problème : le manque de services d'accompagnement (Sessad) qui sont pourtant indispensables pour la scolarisation de ces enfants. Actuellement, très peu de services sont agréés pour la tranche d'âge 0 à 6 ans. Il faut vraiment articuler les unités d'enseignement avec les Sessad pour que la scolarisation précoce des enfants autistes progresse de façon sensible et surtout efficace.


(1) Lire notre reportage sur une expérience de classe en milieu ordinaire.
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