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"Au bonheur d'Elise"
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7 mars 2014

Autisme : Le retard français est phénoménal !

article publié dans hopital.fr

[Hopital.fr] - Huit mois après sa présentation, le 3e Plan autisme peine à être mis en œuvre, et le Conseil de l’Europe vient de nouveau de condamner la France pour discrimination à l’égard des enfants autistes. Danièle Langloys, présidente d’Autisme France, exprime l’exaspération des familles.

Hopital.fr : Comment expliquer cette énième condamnation de la France par le Conseil de l’Europe ?

D. Langloys : C’est la 5e condamnation de la France depuis 2004, toujours pour les mêmes motifs : discrimination des personnes autistes, défaut d’éducation, de scolarisation et de formation professionnelle. Ces manquements ont une raison principale : la vision archaïque de l’autisme qui a prévalu chez nous pendant 40 ans, celle d’une maladie psychiatrique due à un problème dans la relation à la mère, et donc abordé sous l’angle de la psychanalyse… Les pays anglo-saxons ont une approche bien plus pragmatique de l’autisme, et mettent en œuvre les mesures éducatives et d’accompagnement adaptées aux difficultés des enfants. Tandis qu’en France, on préfère encore bien souvent investir dans des âneries psychanalytiques plutôt que dans la création de services adaptés et de proximité pour l’intervention précoce et la scolarisation, par exemple les SESSAD (service d'éducation spécialisée et de soins à domicile). Mais ce serait encore mieux si l’Education Nationale se donnait les moyens de scolariser nos enfants avec le soutien nécessaire dans l’école.

Hopital.fr : Le 3e Plan autisme, annoncé en mai 2013 et qui prévoit notamment la création de 3 400 places d’accueil supplémentaires en maternelle d’ici 2017, est-il une réponse adaptée aux besoins ?

D. Langloys : La ministre déléguée aux Personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti, a eu le courage de s’élever contre la dictature de la psychanalyse, mais elle semble peu soutenue. Créer dans chaque rectorat, d’ici 2015, une unité d’enseignement spécialisée en école maternelle pour quelques enfants autistes, c’est une bonne chose. Mais dispose-t-on des équipes éducatives compétentes ?  Et qu’est-ce que 700 places au total quand 6 000 à 8 000 enfants autistes naissent chaque année ?

Développer l’intervention précoce auprès de ces enfants est indispensable, mais le retard accumulé dans ce domaine est phénoménal.

Hopital.fr : En quoi la situation des adultes autistes est-elle également très préoccupante ?

D. Langloys : Les chiffres donnés dans l’introduction du 3e Plan autisme sont éloquents : 68% des enfants et 90% des adultes n’ont pas d’accompagnement spécifique à leur handicap. Il s’agit là d’une vraie maltraitance par défaut. Or, les deux tiers des personnes autistes n’ont pas de retard mental associé, et seraient donc à même de mener une vie relativement autonome ! Seuls 6 SAMSAH (service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapées) existent en France. On ne laisse aucune chance aux adultes autistes.

Propos recueillis par Catherine Holué

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