Une dizaine d’étudiants en 6e année à la faculté dentaire de Lille sont sur le fil. Conscients de vivre une aventure hors du commun, de participer à une nouvelle approche thérapeutique « unique en France ». Stressés et concentrés face à ces patients peu ordinaires, touchés par le polyhandicap, physique et/ou mental… « De simples personnes au final, que nous devons apprendre à soigner comme tout un chacun », glisse Alice Posak. « Trop de chirurgiens dentaires ont encore peur du handicap, c’est une charge devant laquelle ils peinent… », poursuit la jeune fille. Pour calmer leurs appréhensions, de nombreux professionnels optent pour l’anesthésie générale. Une réponse systématique et radicale battue en brèche par le Dr Ajmal Panchoo (lire ci-dessous). Lui se bat pour inverser le cours des choses. « Ce ne sont pas aux personnes polyhandicapées de s’adapter aux soins bucco-dentaires mais aux chirurgiens de leur assurer le suivi le mieux adapté. »
Double pari
Pour passer le cap, la faculté dentaire de Lille fait le double pari de la sensibilisation et de la formation. « Pas forcément facile », avoue Pierre-Olivier Pamelard qui, l’œil posé sur une radio, sait qu’un jour viendra où l’option prendra un caractère très concret. Pour le moment, l’étudiant s’active, répondant à un véritable défi humain et médical. « J’accompagne mon frère, ce service est vraiment génial », glisse en écho une petite dame reconnaissante. Tout est lié. « La santé bucco-dentaire de la personne polyhandicapée influe sur son état général », lâche le Dr Ajmal Panchoo, qui pousse à l’évolution des mentalités au sein de sa corporation. « Brosser les dents de quelqu’un d’autre n’est pas un acte qui s’improvise. » Tout serait à revoir à l’aune d’un principe simple : « Des soins de qualité afin de montrer le respect et la valeur que les professionnels portent aux résidants. » Le voilà qui s’échappe. « Nous avons 15 patients par jour, nous sommes au maximum de nos capacités. » Le bouche à oreille fonctionnant à merveille.
600
Le nombre de consultations depuis que le service a ouvert ses portes il y a deux ans. « Nous avons des files d’attente de trois ou quatre mois. Nous gérons environ 15 consultations par jour...», lâche le Dr Panchoo.
Les buts
Former et susciter de futures vocations. Mais aussi créer des outils adaptés aux soins. « Comme du matériel d’aspiration pour les personnes qui ne peuvent cracher. Ou des brosses à dents adaptées... » Et « éviter les anesthésies générales, travailler avec des personnes qui restent dans leur fauteuil... ».
Ajmal Panchoo, mordu par engagement
Voilà un homme au parcours étonnant, à l’intensité communicative. Venu de l’Île Maurice. Travaillant comme aide soignant pour payer ses études. Sensibilisé lors de ces nuits qui précédaient ses cours à la question des personnes handicapées, s’inquiétant de la considération qui leur était portée… Ajmal Panchoo, 32ans, est un obsessionnel. « Je n’ai pas de vie privée », avoue-t-il tout sourire. Ce qui le guide (au point d’en avoir fait sa thèse) est d’améliorer la prise en charge bucco-dentaire de l’adulte polyhandicapé. Son investissement bénévole suscite l’admiration. Lui s’en moque. Lancé dans l’aventure avec le soutien du Dr Élisabeth Delcourt, il tient à bout de bras, de dents, un service devenu une référence, même si la question de sa pérennité est toujours ouverte. « Les patients viennent de toute la région, de Charleroi, d’un peu partout… » « Je me déplace aussi dans les institutions. Je réalise des bilans, rédige des courriers pour chaque patient. Les étudiants qui m’accompagnent le font aussi sur la base du volontariat… » La transmission du savoir sur fond d’engagement.