A Gonfreville-l'Orcher, un spectacle sur l'autisme par Laurent Savard, papa de Gabin et comédien
Comédien, Laurent Savard a un fils, Gabin, qui est autiste. Une différence assortie d’un rejet de la société qui l’ont inspiré pour son spectacle comique – si, si - « Le bal des pompiers » joué mardi prochain sur la scène de l’Espace culturel de la Pointe de Caux à Gonfreville-l’Orcher. Interview.
Quel est l’esprit de ce spectacle?
n « L’idée est que tout le monde se retrouve autour d’un sujet qui s’appelle la différence et qu’on puisse rire non pas de la différence de Gabin mais de ceux qui vont rejeter cette différence. Pour moi bien sûr, au quotidien, Gabin n’est pas autiste ou différent ; il est simplement mon fils. Je n’ai fait que créer un spectacle à partir de ma réalité. »
Parler d’autisme dans un spectacle d’humour, est-ce vraiment compatible?
n « Oui ! Tout ce que je raconte est inspiré de ce que j’ai vécu - et vis toujours - avec mon fils. C’est très simple : à deux ans vous commencez à voir que votre enfant ne grandit pas comme les autres, ne parle pas etc. C’est une période où on ne comprend pas encore ce qu’il se passe, où on s’interroge beaucoup, où on voit une différence mais sans pour autant l’expliquer... Suivent le diagnostic, l’hostilité de l’école, les rendez-vous avec le psychologue, les problèmes avec les potes, la famille, les gens dans la rue... Après tout devient global. Et à 6 ans, même si on n’a pas encore fait tout le tour du sujet, on a déjà un bon dossier pour faire un spectacle solide sur tout ce qui se passe avec un enfant comme Gabin [rires] ! »
Pourquoi ce titre?
n « Parce que Gabin est né un 13 juillet, jour du bal des pompiers. Il a eu 13 ans cette année. »
Un des personnages-clé du spectacle est la psychologue scolaire. Est-ce vraiment du vécu?
n « Oui et j’adore jouer la psy, c’est très jouissif ! Elle nous disait que Gabin se mettait au centre d’un cerceau pour mieux chercher l’utérus de sa maman ! C’est à ce genre de délire psychanalytique qu’on a été confrontés en tant que parents... Et les parents d’enfants dits normaux sont aussi concernés par ce genre de discours... Ce personnage est quand même révélateur d’une certaine connerie humaine, d’un rejet qui ne dit pas son nom. »
Et la directrice d’école?
n « Beaucoup de gens pensent que j’ai forcé le trait pour ce personnage parce qu’elle dit un paquet d’horreurs. Sauf que non, c’est presque du mot à mot de ce que j’ai pu entendre ! Quand la réalité peut dépasser la fiction, c’est quand même dingue ! »
Est-ce un spectacle pour dénoncer des dysfonctionnements dans la prise en charge des enfants comme Gabin?
n « Les gamins comme Gabin posent problème dans notre société : il y a un rejet. On n’en veut pas à l’école par exemple. Écrire un spectacle militant n’était pas mon objectif au départ. Mais je me rends compte qu’il est devenu un outil. En même temps s’il peut permettre de poser les questions sur la table pour aider tous les Gabin de France à être acceptés, c’est formidable. »
Comment se porte Gabin aujourd’hui?
n « Il est sorti totalement du système scolaire car il n’a sa place nulle part. On sait à présent que son autisme est vraiment sévère. C’est l’école à la maison avec des psychologues spécialisés qui viennent le faire travailler. Et il fait beaucoup de sport car Gabin a vraiment la patate. Il est super-fort en rollers : sur une journée on fait ainsi trois à quatre sorties en rollers au parc des Buttes-Chaumont et il a presque un niveau professionnel alors qu’en même temps il ne parle presque pas. Et puis il adore se marrer, faire des conneries. Normal donc que ce spectacle donne la patate ! »
LE BAL DES POMPIERS
Mardi 17novembre à 20h30 à l’Espace culturel de la Pointe de Caux, avenue Lenine à Gonfreville-l’Orcher. Tarifs: de 12 à 3€. Réservation au 0235131654.
Qu’est-ce que l’autisme? La réponse avec Laurent Savard: «Gabin n’est pas qu’autiste, il est hyperactif aussi. Il faudrait arrêter de parler de l’autisme et évoquer plutôt les autismes. Entre quelqu’un qui a le syndrome d’Asperger ou un autisme de haut niveau et un enfant atteint d’un autisme sévère, il y a plus de différences que de points communs. L’autisme est à la base un trouble neuro-développemental, un trouble de communication, de socialisation et de comportement. En France une personne sur 100 est autiste: certaines font des études supérieures pendant que d’autres ont comme enjeu de réussir à être propre. Il y a énormément de degrés de l’autisme. Le point commun, c’est la différence.»
