Autisme : la Suisse à la traîne suite -> l'interview de Nadia Chabane

Au Centre cantonal de l’autisme à Lausanne, sa directrice Nadia Chabane travaille avec des techniques éducatives reconnues, mais pourtant peu accessibles aux familles.
Quels sont les objectifs du nouveau centre?Il y a trois axes essentiels. Assurer les bilans diagnostiques et organiser l’accompagnement des enfants et des adultes autistes. Dispenser des formations aux professionnels (médecins, éducateurs spécialisés, etc.) ainsi qu’aux familles et proches aidants, et enfin dynamiser la recherche clinique afin d’améliorer la prise en charge, notamment dans des programmes d’intervention très précoces, soit à partir de 12-18 mois. Imaginez un petit cerveau en formation présentant des anomalies dans ses connexions neuronales ou dans la transmission de l’information, plus on travaille tôt sur celles-ci, plus on a de chances de les corriger. C’est dans une fenêtre temporelle jusqu’à 4-5 ans que cette intervention est la plus efficace.
Vous défendez les techniques éducatives et comportementalistes incluant Teacch, ABA, Denver et Koegel, par exemple. En quoi consistent ces méthodes?Elles sont reconnues au niveau international. Quand on reprend l’ensemble de la littérature scientifique pour savoir quelles sont les stratégies les plus utiles pour accompagner les personnes autistes, l’ABA apparaît en première ligne. Cette stratégie, issue du courant de recherche en sciences comportementales, permet de modifier les comportements inadaptés et de favoriser la socialisation et les compétences globales des personnes avec TSA, enfants ou adultes. Ce travail s’envisage dans une relation de confiance et dans un climat de plaisir relationnel partagé et on est loin du schéma d’apprentissage forcé.
Ces méthodes ne sont pas remboursées par les assurances en Suisse, alors que leurs bénéfices sont manifestes. Pourquoi?Il s’agit de l’un de nos objectifs: former les professionnels dans le secteur public pour que les parents n’aient pas à débourser des sommes astronomiques afin de bénéficier de ces techniques recommandées comme pratiques de référence dans les communautés scientifique et médicale internationales. Il y a une antinomie, un paradoxe qui est assez insupportable lorsque l’on confronte ces recommandations au manque d’accès pour les familles à ces méthodes.