Un centre pour autistes tend les bras à Genève
article publié dans La Tribune de Genève
Un cadeau de Noël se profile-t-il pour les familles touchées par l’autisme? Peut-être. Alors que Genève est confronté à une grave pénurie de places en institution – une centaine de personnes souffrant de troubles psychiques sont logées à l’hôtel – un projet clés en main lui est proposé. Le Cube de Verre, institution privée située à Arzier et qui a fermé cet été, dispose d’une vingtaine de places. L’idée des propriétaires et d’un père de famille serait de le relancer par un partenariat public-privé à Genève. L’Etat se dit intéressé.
Fondé en 2001 par Anna Stutz-Berti, jeune mère qui devait subir une opération et ne savait pas à qui confier sa fille autiste, le Cube de Verre s’est occupé, au fil des ans, d’une centaine d’enfants lors de moments de loisirs, le mercredi, le week-end et pendant les vacances. En 2011, le centre a emménagé à Arzier dans une maison transformée et agrandie grâce à Joseph Stutz, le deuxième époux d’Anna, qui a investi une dizaine de millions dans l’aventure – et écrit un livre, Etre bien, pour la financer (www.livre-etre-bien.com). Le couple voulait créer un foyer pour jeunes adultes. Faute d’accord avec le Canton de Vaud, ce projet ne s’est pas réalisé et le Cube a fonctionné comme centre de loisirs.
L’enfant à son rythme
Dans ce domaine à 30 minutes de Genève, qui s’étend sur plus de 11 000 m2 et surplombe la mer de brouillard, on suivait la «voie du milieu»: une prise en charge individualisée combinant ce qu’il y a d’utile dans chaque thérapie et l’adaptant aux besoins de chacun, dans une perspective d’éveil, d’apprentissage et de loisirs. Placé au centre de l’attention, l’enfant se développe à son rythme: «Afin qu’il se sente à l’aise, on mise sur le plaisir et le jeu», résume Anna Stutz.
Salles de repos, de bricolage, de musique, de massage, de rythmique, mur de grimpe, trampoline et piscine ont fait le bonheur des enfants et de leurs parents. «Je n’ai vu cela nulle part ailleurs. Nos enfants étaient heureux, accueillis comme des individus à part entière, au-delà de leur handicap. Ils s’épanouissaient dans un lieu magique et structuré», témoigne Sophie Rida Ferchichi, mère de Noé, 9 ans. Pour elle comme pour d’autres parents, la fermeture du centre est «un choc et une déchirure».
Présidente de l’association Autisme-Genève, Marie-Jeanne Accietto ne tarit pas d’éloges sur le Cube de Verre: «Bien des professionnels se sont formés dans ce lieu, premier en Suisse romande à offrir une réponse spécifique aux enfants autistes. Anna Stutz a mis beaucoup d’énergie dans ce projet et l’a réalisé de manière extrêmement pertinente. Si on me demandait que faire pour l’autisme, je dirais: le Cube de Verre. Ce lieu a la taille idéale. Rien ne sert de construire d’immenses structures, ce centre est exactement ce qui conviendrait à de jeunes adultes.»
C’est ce que pensent aussi Filippo et Maria Passardi, parents de Rafael. Le centre de loisirs leur offrait «une véritable respiration, essentielle à l’équilibre de toute la famille». Ne se résignant pas à sa fermeture, Filippo imagine un partenariat public-privé: «Dès 18 ans, les jeunes pris en charge dans différents cantons sont renvoyés à Genève où ils sont remis, faute de place, à la garde de leur famille, hospitalisés en psychiatrie ou logés à l’hôtel. Comme foyer, le Cube pourrait accueillir 20 à 25 résidents.»
L’idée de ce père de trois enfants consiste à convaincre un mécène de racheter le centre (10 millions) en confiant l’exploitation à l’Etat (3 millions de coûts de fonctionnement par an). «De toute façon, l’Etat devra verser cette somme pour les autistes, plaide Filippo Passardi. Là, il bénéficie d’un lieu clés en main!»
Le président du Cube de Verre, Joseph Stutz, entrevoit une seconde option: si un mécène finançait le centre – et remboursait ses dettes – le Cube mettrait le foyer gratuitement à disposition de l’Etat de Genève, qui l’exploiterait selon ses critères. «Vaud a refusé de le reprendre parce que nous employions un éducateur pour un enfant; cela coûtait trop cher, mais l’encadrement peut être adapté en fonction des moyens.»
Mauro Poggia intéressé
Interrogé, le conseiller d’Etat Mauro Poggia est intéressé par le projet: «Il est indigne de notre part de ne pas trouver de places pour les personnes handicapées. Je ne comprends pas que l’on se soit à ce point déchargé sur les parents, comptant sur leur bonne volonté.» Le magistrat vient de trouver un financement pour placer quinze jeunes adultes à Genève. Mais les besoins sont grands. Quid du Cube? «Nous devons nous coordonner avec le Canton de Vaud. Ce projet est intéressant et il serait absurde de laisser ce centre vide. S’il y a une occasion, nous la saisirons.» (TDG)
(Créé: 17.12.2015, 19h37)