Une maman dénonce les conditions de vie de son fils autiste en foyer en Belgique
Keltoum Oukas vient de partir en vacances mais « pas de gaieté de cœur ». Le week-end dernier, elle a déposé son fils, Ryad, 21 ans, au foyer d’accueil médicalisé du Petit Bonheur, à Loncin, près de Liège, en Belgique. Depuis un an, la mère de famille hémoise voit les conditions de vie de son fils, autiste sévère, se dégrader au sein de cette structure.
« On essaie de le rapatrier », lâche-t-elle. En cause, la distance – 200 km et deux heures de trajet –, mais surtout la sécurité et la qualité de vie quotidienne de Ryad.
« J’ai découvert où il dormait : une petite chambre, avec des trous dans le mur et un lit brancard pour dormir. »
Pas de chaussures pendant plusieurs mois, manque d’hygiène, sous-effectif… Alertée notamment par des crevasses sur les pieds de son fils, la maman a interpellé la direction. Philippe Bozard, directeur du site de Loncin, lui a répondu dans un mail qu’il s’agissait « d’un choix de travailler en respectant [les] refus [de son fils] » qui conduisait « à ce que l’hygiène et les soins prodigués soient plus aléatoires ».
En juillet dernier, c’est l’incident de trop : « Après un week-end, je raccompagnais mon fils. Il y avait un éducateur pour dix patients. Mon fils a commencé à se déshabiller dans l’entrée et à plier ses vêtements. Pour un autiste sévère, c’est un signe. Il voulait aller dans sa chambre, je l’ai suivi. C’est alors que j’ai découvert où il dormait : une petite chambre, avec des trous dans le mur et un lit brancard pour dormir. » Pour la maman, c’est une pièce « indigne » et le manque de personnel encadrant est « dangereux ». Dans une « grosse colère », elle lance une pétition sur les réseaux sociaux pour alerter sur les conditions de vie des handicapés exilés en Belgique. Elle réunit aujourd’hui 1 279 soutiens.
La direction du centre ne tarde pas à réagir et promet du changement : une armoire dans la chambre ou encore des travaux d’aménagements. « Je veux voir pour croire », tempère Keltoum Oukas.
Contactée par téléphone, la direction du Petit Bonheur n’a pas souhaité s’exprimer afin de ne pas « entretenir le côté médiatique pour garder une certaine intimité ». Elle précise néanmoins qu’il s’agit de « l’avis d’une seule maman » et que « le problème a été solutionné ».
Aujourd’hui, la maman de Ryad fait tout pour trouver une place en France, près d’elle, pour son fils. Un centre pour adultes autistes va ouvrir à Wattrelos, mais elle reste sans réponse de sa part. En attendant, Keltoum veut surtout « sensibiliser à ce qu’il se passe, la France se délaisse de ce qui n’est pas gérable ».
C’était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron : l’autisme doit être l’une des priorités du quinquennat. Le 6 juillet, le président a annoncé un quatrième plan autisme. Le contenu et le budget du plan seront connus d’ici la fin de l’année. Il prendra le relais du troisième plan 2013-2017 qui était doté d’un budget de 205 millions d’euros, jugé insuffisant par les associations. Selon Autisme France, 6 836 autistes français se trouvaient dans des centres d’accueil spécialisés en Belgique à la fin de l’année 2015, faute de places disponibles en France.