« La Politique du Mâle » l'avait propulsée de thésarde à l'université de Columbia en théoricienne centrale de la deuxième vague féministe. Kate Millett est décédée ce mercredi 6 septembre d'une crise cardiaque, à Paris, à l'âge de 82 ans. Elle y fêtait son anniversaire avec son épouse, la photographe Sophie Keir.
Née à Saint-Paul dans le Minnesota en 1934, une ville «où il est plus agréable de revenir que de grandir», confiera-t-elle à «L’Obs», elle est la cadette de trois filles. Elle assiste aux cours de l'université du Minnesota, avant qu'une riche tante lui paye des études à Oxford. Elle y deviendra la première femme américaine à recevoir un diplôme d'études supérieures avec mention très bien. De retour aux Etats-Unis, elle entame une carrière universitaire à l'université de Caroline du Nord, qu'elle abandonne rapidement pour faire de la sculpture et d’autres petits jobs. Sur un coup de tête, elle s'envole pour le Japon. Elle revient deux ans plus tard avec le sculpteur Fumio Yoshimura, qu'elle épouse en 1965.
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« La Politique du Mâle », tiré de sa thèse à Columbia, est publié en 1970 aux Etats-Unis. Son idée principale est que la relation entre les sexes est politique. L'essayiste et théoricienne du féminisme radical Andrea Dworkin en dira: «Je ne vois personne qui a accompli ce que Kate Millett a fait, avec ce seul livre. Il reste l'alpha et l'oméga du mouvement féminin.» «Time Magazine» l'appellera la «Mao Zedong de la Libération des Femmes».
« L'Obs » l'avait rencontrée à l'occasion de la sortie française de son livre en 1971. Elle résume alors la situation:
Avant d'expliquer comment son ouvrage lui est venu tout naturellement:
Dans «La Politique du Mâle», elle met en pièces Henry Miller («il réduit la femme à ses organes génitaux»), D.H. Lawrence («un prisonnier du culte phallique») et Norman Mailer («obsédé par une homosexualité latente»). A ses yeux, seul Genet a compris «l'aspect réactionnaire des rapports de force entre les sexes». Millett livre aussi une charge féroce contre Freud. Ce sont les bonnes feuilles sur ce thème que «L’Obs» publie alors – dans le numéro contenant aussi le «Manifeste des 343 salopes».
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Selon elle, en affirmant que le destin psychologique de la femme est irrémédiablement lié à son «envie de pénis», Freud n'a fait que «rationaliser l'odieuse relation entre les sexes, ratifier la répartition des rôles et valider les différences de son tempérament». Et de trancher:
Plus loin, elle critique l'idée selon laquelle l'enfantement trouve également sa base dans le désir de pénis.
Ainsi, «donnerait-elle naissance à tout un orphelinat, que ce serait encore autant de petits godemichés.»
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75 ans après sa mort : désacraliser Freud?
Après «La Politique du mâle», Kate Millett s’est consacrée à des essais autobiographiques sur la sexualité et la maladie mentale. En 1974, elle publie «Flying», qui traite des retombées de la célébrité littéraire pour elle qui a toujours été mal à l’aise dans la lumière. Dans «Sita» (1977), elle retrace son coming-out. Dans «En Iran» (1981) , elle raconte son voyage en Iran pour la première célébration de la Journée internationale de la Femme et le groupe de soutien qu’elle a monté pour les femmes fuyant le régime de Khomeini. Dans «The Loony-Bin Trip» (1990), elle se confie sur son trouble bipolaire.
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Son succès lui a permis d’acheter une grande ferme à LaGrange, dans l'Etat de New York. Elle y a fondé le Millett Center for the Arts, une résidence d'artistes féminines, financée en cultivant et en vendant des sapins de Noël. En 2012, Millett a reçu le prix Yoko Ono Lennon Courage for the arts et, en 2013, elle a été intronisée au US National Women’s Hall of Fame.
Preuve de son endurance jusqu'à la quatrième génération de féministes, la productrice, actrice et scénariste Lena Dunham lui a rendu hommage sur Twitter : «Elle a été la pionnière de la pensée féministe, a déstigmatisé la maladie mentale, portait des lunettes gigantesques à la mode».

