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15 mars 2019

Handicap : la rapporteuse de l’Onu veut des services, pas des établissements

article publié dans Faire Face

Pour Catalina Devandas-Aguilar, la construction d'une société inclusive passe par la fermeture des établissements où vivent les personnes handicapées. Tout le monde doit vivre ensemble.

La rapporteuse spéciale de l’Onu sur les droits des personnes handicapées recommande au gouvernement de « fermer progressivement tous les établissements » les accueillant. Et de favoriser l’inclusion en développant, entre autres, des services de proximité.

La France vient de prendre une leçon de droits de l’homme. Dans le rôle de la professeure, Catalina Devandas-Aguilar. La rapporteuse spéciale de l’Onu sur les droits des personnes handicapées avait effectué une visite en France en octobre 2017. Pour évaluer les mesures prises afin de mettre en œuvre la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Dans son rapport, rendu public début mars, elle « encourage le gouvernement à faire en sorte que toutes les politiques (…) abordent le handicap selon une approche fondée sur les droits de l’homme. » Ce qui, aujourd’hui, est loin d’être le cas.

Programmes scolaires inadaptés

Sans surprise, l’ex-avocate costaricaine pointe le manque d’accessibilité des lieux publics et des transports. Le reste à charge trop important sur les aides techniques. Ou l’absence de formation des enseignants sur le handicap. Mais aussi l’inadaptation des programmes scolaires.

« Il n’existe pas de bon établissement d’accueil. »

Catalina Devandas-Aguilar : « Tous les établissements imposent un certain mode d’existence.« 

Surtout, Catalina Devandas-Aguilar recommande au gouvernement français de « fermer progressivement tous les établissements pour personnes handicapées ». Toujours au nom des droits de l’homme. « Il n’existe pas de bon établissement d’accueil puisqu’ils imposent tous un certain mode d’existence qui limite les possibilités d’avoir une vie agréable sur la base de l’égalité avec les autres », insiste la rapporteuse.

300 000 adultes et enfants en établissements

200 000 adultes en situation de handicap y vivent aujourd’hui. Et quelque 100 000 enfants. 

La « désinstitutionnalisation » de ces derniers doit devenir une priorité. Il faut « permettre à tous les enfants handicapés d’être scolarisés dans des établissements ordinaires ». « Et de bénéficier de l’aide appropriée », ajoute-t-elle.

« Remplacer ces solutions discriminatoires et paternalistes. »

La fermeture des ces institutions doit en effet aller de pair avec la mise en place d’alternatives. « Il importe de remplacer ces solutions discriminatoires et paternalistes par des mesures gouvernementales de protection sociale qui favorisent la citoyenneté, l’inclusion sociale et la participation communautaire. »

Au domicile mais accompagné.e selon ses besoins

En clair, les pouvoirs publics doivent rendre la société plus accessible. Mais aussi mettre en œuvre des services de proximité qui permettent à la personne de vivre à domicile tout en bénéficiant de l’accompagnement nécessaire. Des Sessad, Samsah, SAVS et autres services médico-sociaux  existent déjà en France mais en nombre insuffisant.

« Un mouvement déjà amorcé. »

Sophie Cluzel, sur Arte, en janvier 2018 : « Il faut arrêter de financer des murs qui coûtent très cher et financer des services d’accompagnement. »

Sophie Cluzel, la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées, a souvent déclaré qu’elle voulait encourager la désinstitutionnalisation.

« Ce mouvement est déjà amorcé par de nombreux gestionnaires, expliquait-elle, par exemple, dans un entretien au magazine Directions, fin 2017. Ils ont bien pris conscience que les personnes handicapées souhaitent mener une vie la plus ordinaire possible, au cœur de la Cité. » Le rapport de Catalina Devandas-Aguilar constitue un aiguillon supplémentaire pour aller plus loin, plus vite.

Un rapport facile à comprendre

Faites ce que je dis… et ce que je fais. Le haut commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a traduit le rapport de l’Onu en langage facile à lire et à comprendre. Pour y accéder, cliquez sur ce lien. 

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8 mars 2019

Handicap, un rapport de l’ONU appelle la France à fermer les établissements spécialisés

article publié sur Vivre FM

7 mars 2019 à 07:20

Accessibilité des lieux publics, scolarisation des élèves handicapés ou encore accès à la citoyenneté… la rapporteure des Nations unies sur les droits des personnes handicapées pointe les « lacunes » de la France. Le rapport publié fin février confirme les mises en garde de Catalina Devandas Agular qui avait effectué une visite de dix jours dans l’Hexagone en octobre 2017.

100 000 enfants et 200 000 adultes environ, c’est le nombre de personnes handicapées qui vivent dans des établissements spécialisés. Pour la rapporteure des Nations unies sur les droits des personnes handicapées, il faut purement et simplement fermer ces structures d’accueil. Catalina Devandas Agular propose de transformer les établissements en services de proximité et de créer des lieux de vie autonomes. Cette « désinstitutionnalisation » permettrait aux personnes handicapées de vivre de façon autonome et dans la société. Le rapport se base sur une visite de dix jours de la rapporteure de l’Onu en France. C’était en octobre 2017 et à l'époque la Costa ricaine rappelait déjà qu' « il n'existe pas de bons établissements ». Le texte est au programme de la 40e session du Conseil des droits de l'homme qui se déroule à Genève depuis le 25 février.

Accessibilité universelle, la loi remise en cause

Le rapport pointe le retard de la France en matière d’accessibilité universelle. Normalement tous les lieux publics devaient être mis aux normes en janvier 2015. Mais voilà les gouvernements de Manuel Valls et d’Edouard Philippe ont adopté des amendements et des lois pour retarder cela et créer des exceptions. En 2018 la loi ELAN a ainsi limité l’obligation en matière d’accessibilité des logements à 20 % des constructions. Autre secteur défaillant, la scolarisation des élèves handicapés : Le rapport dénombre 12 000 enfants sans solution et 40 000 jeunes autistes déscolarisés. La rapporteure de l’Onu critique même la loi handicap de 2005. Selon Catalina Devandas Agular, ce texte ne se fonde pas suffisamment sur les droits humains et l’élimination des obstacles pour y accéder. Le rapport rappelle que notre pays est signataire de la Convention des Nations unies sur les droits des personnes handicapées, en 2010 et il précise que ce texte prime sur le droit français.

Le rapport de la rapporteure spéciale des Nations unies sur les droits des personnes handicapées

Sur le même thème

La rapporteure de l'ONU sur le handicap : « Il n'existe pas de bons établissements »

Désinstitutionnaliser au nom de l'inclusion : réactions aux propositions de la rapporteure des Nations unies

Faut-il fermer les établissements en France ?

10 janvier 2019

Ploërmel. Ils veulent ouvrir leurs activités aux personnes à mobilité réduite

artiicle publié dans Ouest France

Véronique Mercier, Yannick Le Breton, Emmanuelle Hervé, Joël Renoux, le député Paul Molac et Chantal, adjointe de la ville de Ploërmel. Sur la joëlette, Anne Pointecouteau, présidente de l'association Toutangran.
Véronique Mercier, Yannick Le Breton, Emmanuelle Hervé, Joël Renoux, le député Paul Molac et Chantal, adjointe de la ville de Ploërmel. Sur la joëlette, Anne Pointecouteau, présidente de l'association Toutangran. | OUEST-FRANCE

Atout sports. L'association des R'handonneurs prête des joëlettes à des personnes mal ou non marchantes. Elle dispose de quatre joëlettes dont une nouvelle à assistance électrique.

L'association les R'handonneurs créé en 2005, est venue s'implanter à Ploërmel en 2009. Hier, elle présentait sa dernière acquisition, une joëlette à assistance électrique. « Un investissement de 6 200 € qui a été possible avec l'aide de financeurs publics et privés. Nous y avons travaillé pendant deux ans », partage Joël Renoux, le président.

La Région, le Département et Ploërmel Communauté ont suivi l'association. « Ce choix fait que nos joëlettes répondent à un intérêt général. Ce matériel permet à toutes les personnes mal marchantes ou non marchantes d'accéder à des activités de loisirs. L'espace de découverte et de connaissance doit être possible pour tous », complète Joël Renoux.

Avec cette nouvelle joëlette, l'association en compte désormais quatre. Elles sont pour les familles qui ont des enfants en situation de handicap moteur, les établissements scolaires et institutions, les gîtes, les professionnels du tourisme, les associations de solidarité, « mais aussi les adultes pour leurs besoins ou ceux de leur proche », ajoute Emmanuelle Hervé, trésorière.

Des prêts gratuits

« Aujourd'hui, nous courons après nos joëlettes et c'est tant mieux ! », enchaîne le président. Mais pour l'heure, cette joëlette électrique va être principalement en démonstration. Les R'handonneurs veulent montrer que ce matériel permet de se rendre sur les itinéraires de randonnée entre amis ou en famille. Il est important de signaler que le prêt est gratuit. « Lors du contrat, nous proposons une adhésion qui n'est pas obligatoire », assure Joël Renoux.

Ça Bouge avec Ethan, Rando-accueil, l'association des Hébergements de balade et randonnée en Bretagne, l'association Toutangrand « ont permis d'affirmer la pertinence de ce projet. » L'association Mille et un sourires utilise souvent les joëlettes pour des courses sur route. « Au-delà d'un défi sportif, l'utilisation d'une joëlette fédère autour d'une famille. C'est un rôle social important qui montre aux familles que d'autres sont là pour les soutenir », glisse Yannick Le Breton, le président.

Ne pas hésiter à demander

Un projet qui a séduit : « Il n'y a rien qui m'agace plus, sous prétexte de maladie ou autre, de voir des personnes laissées de côtés pour l'accession aux loisirs. Je trouve l'idée de cette association remarquable, partage Véronique Mercier. Mon mari est décédé, il ne voulait ni fleur, ni couronne. Des gens m'ont donné de l'argent. En toute logique, avec une moitié, j'ai acheté des jeux pour un centre hospitalier. L'autre moitié a été une évidence. J'ai donné pour l'achat de cette joëlette électrique. »

L'association des R'handonneurs prête également ses joëlettes lors de vacances pour des familles. « Bref, elles doivent sortir le plus possible. Il ne faut pas hésiter à les demander », conclut Joël Renoux.

Association R'handonneurs, renseignements ou réservations en appelant le 0677080711 ou sur le site: r'handonneurs.jimbo.com

18 novembre 2018

Le Fonds national d'accessibilité aux oubliettes

article publié sur Handicap.fr

Résumé : A peine conçu, déjà supprimé. Le gouvernement a tué dans l'oeuf le Fonds national de l'accessibilité universelle qui devait être alimenté par les sanctions des ERP non accessibles. Les fonds générés reviendront à l'Etat.

Par , le 17-11-2018

Il ne verra finalement jamais le jour… Le 5 novembre 2018, le gouvernement a adopté un amendement (en lien ci-dessous) mettant fin au Fonds national de l'accessibilité universelle (Fnau), à l'occasion de l'examen à l'Assemblée nationale du projet de loi de finances (PLF) pour 2019. Une idée pourtant prometteuse qui devait « participer au financement d'actions de mise en accessibilité d'établissements recevant du public (ERP) » en faveur des personnes handicapées. Mais le décret qui devait permettre son application n'a jamais été publié.

Des débuts difficiles

Le Fnau avait été créé par l'ordonnance du 26 septembre 2014 relative à l'accessibilité du cadre bâti. Il devait être alimenté par les sanctions des ERP n'ayant réalisé ni travaux de mise en accessibilité ni déposé d'agenda d'accessibilité programmée (Ad'AP). Ces amendes peuvent aller de 1 500 à 5 000 euros, voire davantage selon la catégorie de l'établissement. Or des « difficultés juridiques et techniques ont empêché la mise en place effective » de ce fonds. Concrètement, sa gestion devait être répartie entre le conseil de gestion et la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) mais cette requête n'a pas abouti. Pour Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées, l'abrogation du Fnau relève du « pragmatisme », annonce-t-elle à l'Assemblée le 8 novembre 2018.

Les sanctions pécuniaires maintenues

La suppression du fonds ne remet pas les sanctions en cause, « elles sont nécessaires si l'on veut que les plus récalcitrants bougent », estime la Secrétaire d'Etat. Le Gouvernement doit publier une instruction pour engager rapidement des contrôles et des sanctions à l'encontre des gestionnaires défaillants. Mais où cet argent va-t-il désormais aller ? Dans le budget général de l'Etat pour, in fine, servir à la mise en place « d'actions en matière d'accessibilité », promet le gouvernement. Le rendement attendu est évalué à 0,5 million d'euros en 2019 et un million d'euros en 2020. Certains ont fait le calcul : cette somme correspond, au mieux, à 2 ou 7 ERP sanctionnés par an et par département, selon leur catégorie. Une bien piètre « recette » !

Un bilan attendu

La méthode révolte les associations et certains députés. Ils dénoncent la nouvelle option, jugée nébuleuse, redoutant qu'elle ne permette plus de financer « directement » des actions en faveur des personnes handicapées, comme cela aurait pu être le cas avec un fonds dédié. « Qu'est-ce qui permettra aux parlementaires de contrôler que ces sommes seront affectées à des opérations d'amélioration de l'accessibilité et non à d'autres actions de l'Etat ? », s'interroge Gilles Lurton, député d'Ille-et-Vilaine. Sophie Cluzel se veut rassurante, elle a missionné les inspections générales des affaires sociales, des finances et de la transition écologique et solidaire, en vue d'établir un « bilan totalement transparent de l'application de l'ordonnance » de 2014. Ce bilan alimentera également un rapport qui sera transmis au Parlement. Quand ? Pour l'heure, le mystère reste entier…

 

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Sur Handicap.fr

Sur le web

26 octobre 2018

Sophie Cluzel : «On ne devra plus prouver tous les 4 ans qu’on est handicapé !»

article publié dans Le Parisien

>Société|Propos recueillis par Elsa Mari| 25 octobre 2018, 10h15 | MAJ : 25 octobre 2018, 22h27 |15
Sophie Cluzel, secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée des Personnes handicapées. LP/Frédéric DUGITpicto exclusif

Droits à vie, accès à la culture… La secrétaire d’Etat Sophie Cluzel détaille les mesures annoncées ce jeudi matin par le Premier ministre lors du comité interministériel du handicap.

Dans une interview exclusive au « Parisien »- « Aujourd’hui en France », Sophie Cluzel révèle ce jeudi que les personnes handicapées auront le droit de voter et de se marier sans l’accord d’un juge. Elle détaille maintenant les autres mesures annoncées ce jeudi en comité interministériel du handicap.

Le Premier ministre a annoncé l’attribution de droits à vie. En quoi consiste-t-elle ?

 

Sophie Cluzel. Beaucoup l’ignorent mais aujourd’hui, lorsqu’on est handicapé en France, il faut le prouver ! Tous les quatre ans, on doit revenir chez son médecin, avec de nouveaux certificats médicaux, des bilans répétés. C’est une moulinette administrative insupportable alors que dans la plupart des cas, le handicap est avéré et, malheureusement, n’évoluera pas. Pour ces cas, on a donc décidé l’attribution de droits à vie. Le renouvellement de ce dossier permet de percevoir l’allocation adulte, qui concerne 1,1 million de Français ou d’obtenir la reconnaissance de qualité de travailleurs handicapés. On va alléger leur vie, leur accès à l’emploi. Les maisons départementales spécialisées (MDPH) qui s’occupent de les aider pourront se concentrer sur leur accompagnement. Ce décret sortira avant la fin de l’année.

Que ressentent les familles lorsqu’elles doivent prouver leur handicap ?

De l’incompréhension et de la colère ! On préférerait que l’on s’intéresse à des sujets plus importants pour nos enfants. Retourner chez le médecin, tous les quatre ans, est même humiliant. On a envie de dire, oui, je le sais que ma fille est trisomique, oui, je le sais que mon fils est autiste, aveugle. Pourquoi toujours nous le rappeler ? Aidez-nous plutôt à trouver une école, que ma boulangerie soit accessible en fauteuil. Ma fille (Ndlr : Sophie Cluzel est la maman de Julia, jeune fille trisomique de 22 ans) me dit souvent : Ils n’ont pas encore compris que j’étais trisomique ? Ça n’a pas changé, pourtant. Et il n’y a pas que Julia ! Chez certaines familles, cette pression administrative génère de la détresse. C’est violent et inutile.

Vous allez également rendre plus accessible la culture et le sport. Comment ?

C’est un chantier que nous avons commencé l’an dernier. On améliore la formation dans les conservatoires, on labellise des musées qui développent des audioguides, qui garantissent des conférences en langage des signes. On rend plus visibles les centres sportifs qui sont accessibles aux personnes handicapées.

Et concernant l’emploi ?

Les dix sites Internet les plus visités du service public, comme Pôle emploi, la CAF, sont accessibles à tous, aux déficients visuels et auditifs. On a aussi créé le « 114 », l’équivalent du « 15 » ou du « 17 », un numéro d’urgence dédié aux sourds. Les jeunes personnes handicapées seront encouragées à faire la journée de défense et citoyenneté (NDLR : journée d’appel) y compris s’ils vivent en établissements spécialisés. Une des nouvelles mesures, c’est aussi l’accès aux soins rendu difficile à cause d’un système de couverture sociale affreusement compliqué. On fusionne toutes les aides et les personnes handicapées auront un reste à charge bien inférieur. Nous allons également revoir l’intégralité de la liste de matériels à rembourser, comme les fauteuils roulants. On veut les mêmes droits pour tous !

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24 octobre 2018

Les droits des personnes handicapées au menu de CIH prévu le 25 octobre 2018

 

Résumé : Sophie Cluzel promet de "changer la donne" pour les familles touchées par le handicap. Des annonces sont prévues le 25 octobre 2018 lors du Comité interministériel du handicap, portant notamment sur la simplification des droits.

Par , le 23-10-2018

Le gouvernement tiendra le 25 octobre 2018 à Matignon le deuxième Comité interministériel du handicap (CIH) du quinquennat, devant aboutir à des annonces sur la "simplification" des droits pour les personnes handicapées. Initialement prévu le 9 octobre, ce rendez-vous annuel qui réunit tous les ministres pour aborder la politique en matière de handicap avait été annulé en raison du remaniement ministériel. Selon la secrétaire d'État en charge des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, "l'angle prioritaire" de cette réunion présidée par le Premier ministre Édouard Philippe sera "la simplification et l'amélioration de la vie des personnes" handicapées.

Changer la donne

En lançant le 22 octobre 2018 une concertation relative à "l'école inclusive" (article en lien ci-dessous), Mme Cluzel a précisé à quelques médias, dont l'AFP, que des actions pour "améliorer" les démarches en matière d'attribution d'un accompagnant scolaire (AESH) et pour "désengorger" les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), par lesquelles passent toutes les demandes d'aide ou de prestation, devraient par exemple être annoncées. Déjà début octobre, dans un discours prononcé devant la Fondation paralysie cérébrale, Mme Cluzel avait déclaré qu'il y aurait "au CIH, des mesures importantes pour changer la donne pour les familles". Disant avoir "entendu les témoignages sur la complexité administrative, sur la nécessité en permanence de devoir prouver son handicap pour avoir droit à une compensation", elle avait précisé que le gouvernement se dirigeait également vers "l'attribution de droits à vie pour des handicaps avérés".

Inspiré du rapport « Plus simple la vie »

Les mesures devraient être très largement inspirées d'un rapport du député LREM Adrien Taquet et du membre du Conseil économique, social et environnemental (Cese) Jean-François Serres, remis à Édouard Philippe en mai (article en lien ci-dessous). Ce rapport fleuve de 113 propositions, intitulé "Plus simple la vie", prônait notamment une "simplification du système d'aides" pour éviter aux personnes handicapées "des démarches répétitives et complexes et mieux accompagner pour éviter les ruptures de parcours et de droits". Il préconise notamment de conférer l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) et l'allocation adulte handicapé (AAH) "sans limitation de durée" aux personnes dont le handicap n'évoluera pas positivement. Pour les bénéficiaires de l'AAH "à vie", la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) et la Carte mobilité seraient également attribuées "automatiquement et sans limite de durée". Le Premier ministre avait à l'époque estimé que certaines mesures pourraient être "mises en oeuvre rapidement".

Fin août, le gouvernement a nommé une nouvelle secrétaire générale du comité interministériel du handicap, Céline Poulet, dont le rôle est de "coordonner l'ensemble des actions menées en faveur des personnes handicapées" (article en lien ci-dessous).


 

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Sur Handicap.fr

9 octobre 2018

Définition de l'autisme - Dictionnaire médical de l'Académie de Médecine - Version 2018

Extrait du dictionnaire médical de l'Académie de Médecine - Version 2018

autisme n.m.logo académie de médecine

 

autism

L'autisme et les troubles apparentés constituent un ensemble de syndromes actuellement regroupés dans les classifications internationales des maladies sous les termes «troubles envahissants du développement» (CIM 10) et plus récemment « troubles du spectre de l’autisme » (DSM 5), caractérisés par des fonctionnements particuliers qui altèrent dès les premières années de vie, avant 3 ans, la socialisation, la communication et l'adaptation.
Dans le domaine de la socialisation et de la communication, l'enfant semble seul dans son monde et pourrait faire penser qu'il est sourd. Il réagit avec les personnes comme si elles étaient des objets. Son contact oculaire est atypique. Sa mimique est pauvre. Le partage émotionnel lui est difficile. Il ne parle pas, ou, si son langage existe, il ne s'inscrit pas dans un échange, un dialogue avec autrui.

En ce qui concerne les facultés d’adaptation : le moindre changement dans son environnement peut provoquer chez lui angoisse et agressivité ; l'enfant est attaché à «l'immuabilité». Le répertoire de ses activités est réduit, répétitif. Il est parfois animé de mouvements stéréotypés, battements, rotations ou balancements d'une partie ou de l'ensemble du corps. Des réactions témoignant d’hyper ou hypo-réactivité sensorielle sont également très caractéristiques
Tous ces traits persistent à l'âge adulte. La variabilité de l'expression clinique résulte non seulement du degré d'autisme mais aussi de son association à d'autres troubles (retard mental, troubles moteurs, sensoriels et perceptifs, épilepsie...).
La prévalence de ce syndrome est l’objet de discussion ; le chiffre désormais admis est de 1 pour 150 avec classiquement 4 garçons pour une fille.
L'identification des signes précoces est un enjeu majeur de santé publique. Les symptômes peuvent être discrets ou méconnus. Vers trois ans, le tableau d'autisme peut être confirmé, défini par les altérations qualitatives du comportement qui constituent les critères de diagnostic des classifications internationales. La CIM10 doit être obligatoirement appliquée en France selon les recommandations de la Haute autorité de santé. Le diagnostic est clinique. Il n'existe aucun marqueur biologique validé à ce jour.
L’autisme touchant différents domaine du développement, il est essentiel de favoriser une prise en charge globale qui aura pour objectif l'acquisition de compétences sociales, du langage ou de moyens alternatifs de communication, d'autonomie…
Chaque individu avec autisme a son propre profil qui peut varier au cours de sa vie. Aucun protocole standard n'existe, toutefois plusieurs principes fondamentaux guident les stratégies éducatives, rééducatives, les pratiques de soins et d'intégration sociale :
- précocité de l'intervention,
- accessibilité des services éducatifs et de soins,
- diversité des méthodes et moyens mis en œuvre,
- évaluation des besoins tout au long de la vie,
- l'implication de la famille partenaire et continuité du suivi garanti par un dossier personnalisé régulièrement mis à jour.
Le Comité consultatif national d’éthique a souligné, en 2007, la nécessité d’appuyer les pratiques sur un socle de connaissances issues de la recherche.

L. Kanner, pédopsychiatre américain d’origine allemande (1943) ; H. Asperger, pédopsychiatre autrichien (1938 et 1944)

Étym. gr. autos : soi-même

Syn. troubles envahissants du développement, troubles du spectre de l’autisme

 

18 septembre 2018

Accessibilité des handicapés : les députés proposent un label pour les entreprises vertueuses

09h51, le 15 septembre 2018

Accessibilité des handicapés : les députés proposent un label pour les entreprises vertueuses
Les députés ont proposer de créer un label pour les entreprises qui ont une politique vertueuse envers les personnes handicapées@ SEBASTIEN BOZON / AFP

Les députés ont proposé vendredi la création d'un label, destiné aux entreprises, ayant pour base une norme AFNOR qui contient 62 recommandations pour améliorer l'accessibilité et l'inclusion des personnes handicapées.

Les députés ont proposé vendredi un label pour les entreprises ayant mis en place une politique d'accessibilité et d'inclusion des personnes handicapées, via un amendement au projet de loi Pacte.

Un label basé sur la norme AFNOR. Un amendement LREM, porté par le député des Hauts-de-Seine Adrien Taquet et adopté en commission spéciale, prévoit la mise en place d'un tel label, les modalités d'application de la disposition étant renvoyées à un décret. Les auteurs de l'amendement prônent la mise en place d'un label ayant pour base une norme AFNOR qui contient "62 recommandations qui balayent l'ensemble des problématiques liées au handicap comme le recrutement des personnes handicapées, l'aménagement du poste de travail, l'évolution de carrière ou encore l'accessibilité des locaux".

"Être handicapé en France "cela signifie avoir trois fois moins de chances d'être en emploi"

Plus de difficultés à trouver un emploi. Ils rappellent qu'être handicapé en France "cela signifie avoir trois fois moins de chances d'être en emploi, deux fois plus de chance d'être au chômage et de subir une durée de recherche d'emploi supérieur d'au moins un an".  Actuellement plus de 500.000 travailleurs handicapés sont en recherche d'emploi et le taux de chômage des personnes handicapées est de 19%. Le projet de loi Pacte sera examiné dans l'hémicycle à compter du 25 septembre.

16 septembre 2018

Sophie Cluzel : « Les personnes en situation de handicap ont un vrai besoin d'accès aux soins »

Jean Paillard, Coline Garré

13.09.2018

+ 6% d'enfants handicapés ont été scolarisés à la rentrée. «Priorité du quinquennat», la stratégie nationale de l'autisme est sur les rails : elle devrait se concrétiser bientôt par des maquettes de formation pour les médecins et des «plateformes d'intervention précoces». Près d'un an et demi après son entrée au gouvernement, Sophie Cluzel estime que les choses ont vraiment bougé sur le secteur dont elle a la charge. Elle expose aussi au «Quotidien» ses prochains chantiers : accès aux soins de ces patients et bilan de l'accessibilité des locaux.

  • ev Cluzel
Crédit Photo : SEBASTIEN TOUBON Zoom

LE QUOTIDIEN : La scolarisation des enfants handicapées est l’un des combats de votre vie. Or en cette rentrée des voix s'élèvent pour dénoncer la situation d’enfants qui n’ont pas d’accompagnement adapté pour cette rentrée des classes. Qu'en est-il ?

SOPHIE CLUZEL : Quelque 340 000 élèves en situation de handicap ont fait leur rentrée cette année, soit 20 000 (6 %) de plus que l'année dernière. Cela ne représente que 2,5 % des élèves scolarisés, de la maternelle au BTS. Certes le parcours du combattant administratif reste une réalité. Mais il y a un mouvement réel vers l'école inclusive. 

Une cellule d'aide, au 0 800 730 123, est à la disposition des parents confrontés à un dysfonctionnement. Le 5 septembre dernier, nous avions deux fois moins d'appels que l'année dernière. Cette rentrée scolaire s'est mieux déroulée, même si des ajustements restent nécessaires, comme pour les enfants valides.

L’école inclusive n’est ni une utopie ni un rêve : elle existe, comme j’ai pu le voir à Nantes, au lycée d’enseignement général des Bourdonnières : un plateau technique médico-social implanté au sein de l'établissement permet à une cinquantaine de lycéens handicapés moteurs ou sensoriels de faire leur rééducation pendant le temps de l’école, sans rupture de parcours.

La stratégie nationale pour l’autisme au sein des troubles du neuro-développement (TND) a été lancée en avril, pour remplacer le 3e plan autisme arrivé à échéance. Où en est-on ?

Cette stratégie est l’une des priorités du quinquennat. Emmanuel Macron a affiché sa volonté que la France rattrape son retard dans la prise en charge des personnes avec autisme, en accueillant à l'Élysée, en juillet 2017, le lancement de la concertation. Claire Compagnon, qui en a présidé le comité de pilotage, a réussi à rassembler tous les acteurs sur un sujet pourtant sensible. Cela a abouti à une stratégie nationale, et non plus un plan, qui implique tous les ministres (recherche, éducation, emploi, logement, santé, culture, sport...) et qui va nous permettre de changer la donne. Elle se met d’ores et déjà en œuvre ; une délégation interministérielle, pilotée par Claire Compagnon, est constituée. 

Concrètement, la stratégie doit améliorer l'intervention précoce chez les enfants, avant même qu'un diagnostic soit posé, pour prévenir le sur-handicap. Nous replaçons les médecins - qui peuvent repérer les éventuels écarts de développement d'un petit lors des visites du 9e et du 24e mois - et toute la sphère éducative comme lanceurs d'alerte de première ligne. 

Comment améliorer la formation des médecins ?

Nous travaillons en lien avec Agnès Buzyn et Frédérique Vidal sur la réforme des maquettes de formation initiale et sur les modules en ligne de formation continue. Car dans le champ de l'autisme, les connaissances évoluent très vite !

L'un des principaux messages de la HAS aux médecins de première ligne, pédiatres, généralistes, PMI, est de ne jamais minimiser l'alerte parentale. Plutôt que d'essayer de les rassurer, il faut être attentif aux inquiétudes des parents. 

Une fois l'étape du repérage passée, comment intervenir précocement auprès de l'enfant ?

Sur le plan financier, le PLFSS pour 2019 prévoit une enveloppe pour mettre en œuvre précocement des soins (psychomotriciens, bilan neuropsychologique, ergothérapies) qui n'étaient pas couverts. Parallèlement, nous œuvrons à l'architecture des plateformes d'intervention précoces, prévues dans la stratégie, pour qu'elles soient opérationnelles en 2019. Il s'agit de travailler en réseau sur un territoire, en s'appuyant sur les centres d'action médico-sociale précoce (CAMPS), les centres médico-psychologiques (CMP), les professionnels libéraux, les ressources locales. Les familles doivent savoir à qui s'adresser localement. C'est un travail colossal car il nous faut identifier les structures et professionnels qui interviennent dans le cadre des recommandations de la HAS, pour les labelliser, et ainsi s'assurer que les bonnes pratiques sont bien mises en œuvre.

Ces plateformes viennent en complément des pôles de compétences et de prestations externalisées (PCPE) - qui financent des intervenants hors du cadre de l'assurance-maladie une fois le diagnostic posé, N.D.L.R. -, destinées à tous les âges et tous les handicaps, pour éviter les ruptures de parcours. 

Comment éviter les départs d'adultes avec TSA en Belgique ?

Cette stratégie est la première à prendre en compte les 600 000 adultes avec autisme mal ou pas diagnostiqués, résidant dans des structures inadaptées. 

Aujourd'hui, il n’y a plus de départs forcés en Belgique. Des enveloppes ont été débloquées, puis doublées, pour trouver des solutions de proximité, dans le cadre de la démarche « une réponse accompagnée pour tous »

Après, il faut pouvoir proposer des retours pour ceux qui le souhaitent. Quelque 1 500 enfants et 3 500 adultes résident en Belgique. Beaucoup d'adultes ont grandi là-bas et n'ont presque plus de famille en France. C'est un souci majeur. 

Plus largement, quels sont les enjeux sanitaires urgents dans le domaine du handicap ?

Adultes ou enfants, les personnes en situation de handicap ont un vrai besoin d'accès aux soins. Leur santé se dégrade, les inégalités sont flagrantes, les examens bucco-dentaires pour les enfants, gynécologiques pour les femmes en établissement médico-social, ne sont pas toujours réalisés, les bilans de santé annuels ne sont pas systématiques. Nous travaillons avec Agnès Buzyn à l'amélioration de l'accès aux soins des personnes handicapées, et à leur accueil par des professionnels qui doivent être formés. Des opportunités en matière de télémédecine existent... Nous avons mandaté Philippe de Normandie pour élaborer un rapport sur l'accès aux soins des personnes handicapées, qui sera présenté au Parlement.

L'accessibilité des établissements recevant du public a-t-elle progressé ? Les médecins ont-ils joué le jeu ?

Cabinets de santé, radiologues... Beaucoup de choses sont faites mais les personnes ne sont pas toujours au courant. Nous rendons donc visibles sur Ameli les locaux déjà accessibles, pour valoriser les professionnels qui ont fait des efforts.

En outre, nous allons bientôt dresser un bilan des Agendas d'accessibilité programmée (Ad'AP) car 2018 représente une première étape, celle des trois ans. Nous ouvrons la boîte des Ad'Ap déposés pour regarder ce qu'il y a dedans. Un rapport sera présenté au Parlement cet automne. 

Il y a six mois, vous avez mis en place une commission de bientraitance pour les personnes vulnérables. Pouvez-vous tirer un premier bilan ?  

Les travaux sont encore en cours, sous l'égide de Denis Piveteau, en lien avec le Haut conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge (HCFEA) et de Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH). Une synthèse est attendue d'ici la fin de l'année. Denis Piveteau s'est d'abord attaché à définir ce qu'on entend par bientraitance. Il peut y avoir de la maltraitance individuelle, qu'il faut sanctionner, mais aussi organisationnelle. Elles requièrent des réponses différentes. Nous disposons déjà d'outils - outils de communication alternative, charte Pascal Jacob - qu'il faut généraliser pour permettre aux personnes de communiquer leur projet de vie, leur douleur, leurs choix, et bientôt leur vote, puisqu’Emmanuel Macron entend restaurer en 2019 ce droit aux personnes sous tutelle.  

Qu’attendez-vous de la révision des lois de bioéthique ?

C'est un immense chantier, qui devrait permettre une meilleure prise en compte de l'expression du choix de la famille et nous obliger à améliorer la formation des professionnels. Je pense par exemple à l'annonce d'un diagnostic pendant la grossesse : les échographes, radiologues, généralistes, gynécologues sont souvent mal à l'aise. Il faut aussi travailler sur l'accompagnement de la parentalité et l'information des familles. 

Estimez-vous souhaitable un élargissement des dépistages génétiques ?

Nous sommes dans une société où les désirs et attentes vont plus vite que la connaissance et que les impacts de la connaissance sur la personne. L'intérêt de la concertation, très bien menée, a été de discuter de ces graves problématiques. 

Vous venez de l’univers associatif. Avez-vous l’impression qu’on est plus utile en étant militant ou décideur ?

Mon ADN est d'être militante, je n'en changerai pas : cela me permet de gagner du temps et d'être à l'aise dans l'écoute des familles et la connaissance des problématiques. Désormais, j'ai la lourde responsabilité de l'exécution, dont la difficulté tient notamment à ce que notre politique est partagée entre l'État, les départements et les régions. Notre ambition à long terme est que la société inclusive devienne une réalité. Mais je comprends l'impatience des familles qui veulent qu'on aille plus vite. Il faut que les personnes en situation de handicap voient rapidement des évolutions, pour que nous soyons crédibles dans notre capacité à changer la donne.

13 septembre 2018

Vers une crise de logements programmée pour les personnes âgées et handicapées

article publié sur La Gazette des communes

Publié le 10/09/2018 • Par Auteur associé • dans : France, Opinions

Handicap credits : vege

L’article 18 du projet de loi sur l'évolution du logement et l'aménagement numérique (Elan) met fin à l'obligation de 100% de logements neufs accessibles, signe le retour aux quotas et promeut le concept de « logements évolutifs ». L'architecte-urbaniste, spécialiste des questions d'accessibilité, Soraya Kompany tire la sonnette d'alarme.

Soraya Kompany

Soraya Kompany

Architecte-urbaniste, consultante accessibilité

Depuis plusieurs mois nous sommes face à un débat d’une autre époque pour savoir quel est le taux de logements neufs auxquels les personnes en situation de handicap ou de dépendance auront droit d’accéder. De 5% proposé par le Gouvernement, il est passé à 10% à l’Assemblée nationale pour être fixé à 30% par le Sénat. Au fond, peu importe le taux retenu in fine, c’est ce retour en arrière vers le principe de quotas qui m’interpelle. Comment le législateur peut-il imposer une telle mesure de discrimination, alors qu’il a promulgué trois lois depuis 1975 pour reconnaitre à ces personnes les droits pleins et entiers d’accéder à tous les services de la Cite et transposé en droit français la convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées ?

Cette mesure n’a d’autre conséquence que la promotion de la ségrégation par le logement dans une société en pleine évolution démographique avec le vieillissement de sa population et les attentes en matière de confort et de qualité de vie qui en découlent. Le principe de quotas de logement réservés aux personnes handicapées date de 1966 et supprimé par la loi de 1975 qui a rendu obligatoire l’accessibilité de tous les bâtiments d’habitation neufs.

Avec la loi Elan, les personnes âgées ou handicapées n’auront plus la possibilité de choisir leur logement, ni à l’achat, ni en location. Aucun promoteur, aucun bailleur public ou privé, ne bloquera son quota de logements accessibles en attendant l’arrivée d’un acquéreur ou d’un locataire concerné. Soit elles devront arriver parmi les premières pour obtenir un logement accessible, soit elles devront chercher longtemps pour en trouver un et lorsqu’elles en trouveront, il risquera d’être situé dans les parties les moins nobles du bâtiment et souvent au rez-de-chaussée : c’est bien de ségrégation qu’il s’agit.

Il en va de même dans le parc social, où le quota imposé répondra à peine aux besoins des locataires déjà en place, de plus en plus vieillissants et en quête de logements accessibles.

Le logement « évolutif » une source de conflits

Au principe de quotas, la loi ajoute un autre concept celui du logement évolutif qui risque en réalité d’aggraver l’accès au logement des personnes handicapées ou âgées et d’être source de conflits entre les locataires et les propriétaires. En effet, dans le secteur privé, vu la tension qui existe sur le marché du logement, la question se posera : quel propriétaire acceptera que l’on modifie son logement pour le mettre aux « normes handicap » souvent considérées comme « dégradante » ? On le constate déjà, les propriétaires sont réticents à accepter des locataires âgés ou handicapés, à qui ils ne peuvent pas facilement donner congé. Alors, avec cette mesure, quelle raison auraient-ils de louer leur logement à des personnes qui seraient susceptibles de déplacer des cloisons et de changer la configuration de leur bien ? De même, Ils n’auront aucune raison non plus d’autoriser leurs locataires en place de mener des travaux de redistribution de volume pour rendre le logement accessible, quand bien même ces travaux seraient financés par le locateur. Les propriétaires pourront facilement utiliser le délai de deux mois que la loi leur a accordé pour refuser la demande du locataire, lequel se verra obligé soit de quitter le logement soit de vivre dans un logement non adapté à ses déficiences.

Quant au parc social, les bailleurs auront l’obligation de garantir la mise en accessibilité des logements et d’assurer les travaux de réversibilité uniquement pour les locataires administrativement reconnus invalides. Or, toutes les situations de handicap ne bénéficient pas d’une telle reconnaissance et c’est encore plus compliqué pour les personnes âgées. Les délais d’attribution de logements sociaux, déjà très longs, vont s’alourdir avec la loi Elan. Dans des grandes agglomérations, les exemples de trois à quatre ans d’attente pour des personnes handicapées, et donc pourtant prioritaires, ne manquent pas.

Ainsi, la loi Elan et le principe de logement évolutif vont-ils sans doute conduire à une dégradation certaine des conditions d’accès au logement des personnes en situation de handicap et de dépendance. Elles n’ont pas toutes la possibilité de devenir propriétaires, elles se verront donc obligées de se retourner vers les établissements. C’est, peut-être l’objectif visé par la loi Elan…


 

Focus

Logement évolutif plus cher qu’un logement accessible

La prise en compte de l’accessibilité dès la conception d’un immeuble a un impact négligeable sur le coût de la construction. Il a été estimé à environ 4% , chiffre que l’administration a d’ailleurs retenu  dans un rapport remis au gouvernement en septembre 2012. En revanche, le coût est beaucoup plus élevé pour faire évoluer un logement puisqu’il faut intervenir dans un bâtiment déjà construit et en site occupé. C’est un élément que le législateur a manifestement ignoré, car il s’est appuyé sur l’avis de quelques architectes de l’ancienne école qui n’ont pas encore adhéré aux nouvelles techniques de conception universelle, pourtant largement utilisées dans les autres pays européens.

31 juillet 2018

Jean Claude Ameisen : « Permettre à chacun d’accéder à la liberté »

article publié dans Le Monde

Bon courage ! 3|6. Il n’est pas ici question d’héroïsme, mais de cette vertu qui fait tenir au quotidien. Cette semaine, le médecin Jean Claude Ameisen convoque le courage collectif de la société face au handicap.

Le Monde | 28.07.2018 à 10h00 • Mis à jour le 28.07.2018 à 11h09 | Propos recueillis par

 

Jean Claude Ameisen.

Médecin, chercheur, directeur du Centre d’études du vivant (Institut des humanités, sciences et société - université Paris-Diderot), Jean Claude Ameisen a été président du Comité consultatif national d’éthique de 2012 à 2016.

Avoir du courage face au handicap, qu’est-ce que cela signifie ?

C’est faire face, jour après jour, aux difficultés, à la souffrance, à la détresse et à l’angoisse liées à la situation de handicap. Il faut du courage pour affronter l’isolement, l’indifférence, l’exclusion. Pour vivre dans une société qui ne tient pas compte de votre singularité et de vos besoins particuliers. Il faut du courage aux proches, qui font face à la solitude et à l’épuisement pour apporter, chaque jour, l’amour, l’affection et le soutien indispensables, et pallier le manque cruel d’aide humaine, matérielle et professionnelle, notamment pour les soins infirmiers et l’accompagnement au jour le jour.

Il faut du courage aux associations, aux familles et aux bénévoles pour combattre sans cesse, et si souvent en vain, afin qu’enfants et adultes puissent accéder à leurs droits fon­damentaux : le droit à une scolarisation, à un logement adapté, le droit d’aller et venir dans les lieux et transports publics, le droit à une formation, à un emploi, aux soins, à la culture, à une vie affective et sexuelle. Le droit de vivre avec les autres, parmi les autres, et de ne pas être relégué aux marges de la société.

On estime qu’il y a, en France, 12 millions de personnes en situation de handicap, et 8 millions de proches aidants. Plus que du courage, c’est un héroïsme quotidien – et méconnu – qui leur permet de tenter de ne pas sombrer, de ne pas s’effondrer.

Ce courage au quotidien concerne-t-il aussi les aidants professionnels ?

Il les concerne d’autant plus que les soignants sont en nombre insuffisant, débordés, épuisés et en burn-out. C’est aussi le cas des aides de vie à domicile et des auxiliaires de vie scolaire qui, le plus souvent, n’ont même pas été formés et vivent dans des conditions de grande précarité. Comme si la société avait décidé de déléguer à ses membres vulnérables son devoir de solidarité à l’égard des plus vulnérables.

Sur quelles valeurs morales s’appuie cette forme de courage ?

Sur le refus du repli sur soi. Sur le refus de tracer des frontières entre « nous » et les « autres » – entre ceux qui disent « nous » et ceux qu’on abandonne, qu’on oublie et qu’on retranche de la collectivité. Sur l’ouverture à l’autre, la rencontre avec l’autre. Sur la reconnaissance, dans chaque personne, par-delà toutes les différences, de ce qu’elle a d’unique et d’universel et qui fonde notre commune humanité. Sur la volonté de permettre à chacun d’accéder à la liberté. « On entre véritablement en éthique, dit Paul Ricœur, quand, à l’affirmation par soi de sa liberté, on ajoute l’affirmation de la volonté que la liberté de l’autre soit. Je veux que ta liberté soit. » Ce n’est pas la vision habituelle de la liberté – une liberté de l’un qui s’arrêterait là où commence celle de l’autre. C’est une vision plus riche, plus complexe, plus ouverte.

Ce que propose Ricœur, c’est que l’on doit penser la liberté comme inséparable de la solidarité.

Ma liberté a besoin de la tienne, et ta liberté a besoin de la mienne pour se construire. Elles se construisent ensemble, dans et par la relation, l’écoute, le partage, l’accompagnement. Tous, nous avons besoin de l’aide des autres pour exercer pleinement notre liberté et accéder à l’autonomie. Et pour celles et ceux d’entre nous qui sont en situation de handicap, cette aide indispensable doit être spécifique, particulière, adaptée.

Cela suppose aussi un courage collectif de la société. En quoi consiste-t-il ?

En premier lieu à rendre enfin effectifs les droits inscrits dans la loi du 5 février 2005 sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ; et dans la Convention de l’ONU du 13 décembre 2006 relative aux droits des personnes handicapées, qui a force de loi dans notre pays.

Dans le préambule de la Convention, les pays qui l’ont ratifiée, dont la France, reconnaissent que le handicap résulte essentiellement des « barrières » sociétales qui empêchent la personne de participer à la société sur la base de « l’égalité avec les autres ». La Convention reconnaît le droit de tous les enfants handicapés à « l’insertion scolaire au sein du système d’enseignement général avec l’accompagnement nécessaire » – mais l’immense majorité de ces enfants, en France, est privée de ce droit. Elle reconnaît le droit des personnes handicapées « à un niveau de vie adéquat » – mais le montant de l’allocation aux adultes handicapés est sous le seuil de pauvreté. Elle leur reconnaît le droit « de choisir, sur la base de l’égalité avec les autres, leur lieu de résidence » – mais c’est sur ce droit que revient le projet de loi ELAN, que l’Assemblée nationale vient de voter, et qui, en restreignant à 10 %, par immeuble à bâtir, le nombre de logements accessibles à tous, nie de fait la notion « égalité » que porte la Convention. Les 90 % des logements restants seront « évolutifs » – c’est-à-dire que les personnes confrontées à une situation de handicap devront se charger elles-mêmes de les rendre accessibles.

Cette régression manifeste un manque inquiétant de courage, d’empathie et de solidarité : plutôt que de se donner les moyens d’appliquer la loi, on élabore une nouvelle loi qui en limite, voire en nie la portée. La Convention reconnaît également aux personnes en situation de handicap le droit « de ne pas être obligées de vivre dans un milieu de vie particulier » – mais en raison du défaut de logement accessible et d’accompagnement à domicile, un très grand nombre de personnes se voient contraintes de vivre en institution ou en Ephad. Sans compter celles que notre pays envoie en « exil à vie » dans des institutions en Belgique, comme c’est le cas de nombreuses personnes avec autisme…

Qu’en est-il dans d’autres pays ?

Contrairement à nous, des pays aux cultures aussi différentes que la Suède et l’Italie ont réussi, en mettant en œuvre des approches distinctes, à scolariser tous les enfants en situation de handicap dans leur système scolaire général. En Suède, chaque enfant est accompagné en permanence par un assistant de vie scolaire formé à ses besoins spécifiques. En Italie, ­l’effectif d’une classe qui accueille un enfant handicapé est divisé par deux, et la classe ­dispose d’un deuxième enseignant, formé.

En Suède, le fait d’isoler une personne de la société en l’obligeant à vivre dans une institution est considéré comme une privation de ses droits civiques – dont le droit de vivre avec les autres, parmi les autres. Toutes les institutions pour personnes handicapées, y compris celles qui correspondraient à nos Ehpad, où seraient regroupées les personnes âgées handicapées, ont été interdites et supprimées. Chaque personne, quels que soient la nature de son handicap et son âge, est accompagnée près des siens, soit chez elle, soit dans un appartement ou une maison qu’elle partage avec, au maximum, sept personnes en situation de handicap.

Comment faire pour aller dans ce sens ?

Il faut accepter d’apprendre des pays qui ont réussi là où nous avons échoué. Et avoir le courage d’opérer un profond changement culturel, un profond changement de société. Tisser des liens, pour inclure chaque personne, en lui donnant les moyens d’exercer librement ses choix. Faire en sorte que les principes que nous proclamons – « Liberté, Egalité, Fraternité » – soient mis en application. En 2007, le Comité consultatif national d’éthique concluait son avis n° 102, « Sur la situation en France des personnes, enfants et adultes, atteintes d’autisme », par ces mots : « Une société incapable de reconnaître la dignité et la souffrance de la personne, enfant, adolescent ou adulte, la plus vulnérable et la plus démunie, et qui la retranche de la collectivité en raison même de son extrême vulnérabilité, est une société qui perd son humanité. » Il nous faut trouver le courage d’être humain.

30 juillet 2018

Sophie Cluzel nous parle de notre politique handicap !

29 mai 2018

Simplification en cas de handicap: des droits acquis à vie?

article publié sur Handicap.fr

Résumé : Le député Adrien Taquet devait plancher sur la simplification des démarches des personnes handicapées. Il remet son rapport "Plus simple la vie" avec 113 propositions : fusion de l'AAH et de l'ASI, droits acquis à vie...

Par , le 28-05-2018

Le système de prestations sociales en faveur des personnes handicapées est "illisible" et il y a "urgence à le simplifier", affirme le député Adrien Taquet dans un rapport (287 pages ! en lien ci-dessous) réalisé avec Jean-François Serres, membre du Conseil économique, social et environnemental (Cese), remis le 28 mai 2018 au Premier ministre Edouard Philippe. 113 propositions au total pour "restaurer les conditions de la confiance". "Parce que plus de 10 millions de personnes sont aujourd'hui concernées par le handicap et subissent quotidiennement la complexité et la lenteur des démarches administratives", explique le Premier ministre dans un communiqué, il a demandé aux rapporteurs de proposer des solutions concrètes de simplification des démarches administratives et de fluidification des parcours des personnes en situation de handicap. Ils sont ainsi plus de 10 000 Français à avoir témoigné dans le cadre d'une consultation en ligne. 

Les prestations de compensation

Le député (LREM) veut notamment "refondre le système de compensation à destination des enfants". Jusqu'à 20 ans, il existe deux prestations -la prestation de compensation du handicap (PCH) et l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH)- dont "le rôle et le statut sont flous et se confondent", explique-t-il.

Fusion de l'AAH et de l'ASI

Le rapport plaide aussi pour la fusion des minima sociaux pour les adultes handicapés (AAH) et en invalidité (ASI), dans le cadre d'un "rapprochement" entre les deux régimes.

Sans limitation de durée

D'autres mesures visent à conférer des prestations "sans limitation de durée" aux personnes les plus lourdement handicapées : au-delà d'un taux d'incapacité de 80%, les allocations (AEEH puis AAH) seraient ainsi accordées "à vie".

Simplifier l'attribution de la PCH

Adrien Taquet propose par ailleurs de "simplifier le mode d'attribution de la PCH". Cette aide, qui peut financer un emploi à domicile ou des travaux, serait ainsi versée sur facture et non plus sur devis.

Supprimer la barrière d'âge

Il demande en outre de "supprimer la barrière d'âge" qui empêche les personnes âgées de 75 ans et plus de bénéficier de la PCH. Proposition qui a d'ailleurs déjà été adoptée par l'Assemblée nationale le 17 mai 2018 (article en lien ci-dessous).

Et maintenant ?

"Les mesures proposées, parce qu'elles ont été construites directement avec et pour les usagers, visent à améliorer le quotidien des personnes en situation de handicap et de leur famille", assure le gouvernement. Il affirme que "certaines ont vocation à être mises en œuvre rapidement", par exemple lorsqu'elles "mettent fin aux démarches administratives obligeant les personnes à apporter en permanence les preuves de leur handicap, même lorsque cela est inutile". D'autres nécessiteront des travaux plus approfondis et une concertation des acteurs concernés. Ces travaux s'inscriront, d'une part dans le projet d'Action publique 2022 qui vise à simplifier et améliorer les services publics, d'autre part dans le grand chantier de construction d'une société inclusive, que le gouvernement qualifie de "fil rouge" de son action depuis plus d'un an.


 

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23 mai 2018

"Se débarrasser du mot handicap et valoriser la différence"

article publié sur Handicap.fr

Résumé : Marc Levy, l'auteur français contemporain le plus vendu, avec 40 millions de livres dans 49 langues, a fait de Chloé, jeune femme amputée, l'héroïne de son dernier roman "Une fille comme elle". Un culte de la différence en librairie le 22 mai 2018.

Par , le 21-05-2018

Handicap.fr : Pourquoi avoir choisi comme héroïne de votre dernier roman, Une fille comme elle, une jeune femme amputée des deux jambes ?
Marc Levy : Je peux vous faire une réponse très sincère ? J'ai écrit 17 romans dans lesquels mon héroïne n'avait pas de handicap et on ne m'a jamais demandé pourquoi elle n'avait pas de handicap. L'expliquer serait en fait tout le contraire de la philosophie de ce livre.  Chloé est en fauteuil roulant mais elle est une femme à part entière et c'est la seule chose qui compte.

H.fr : Je vous ai posé cette question car on ne peut pas nier qu'il y a une gêne face au handicap et, à part pour le carton d'Intouchables, ce n'est pas un sujet très « vendeur »…
ML : La question n'est pas là, j'écris sans calcul, par désir et par envie de raconter une histoire qui me touche. Alors si le fait que mon héroïne est en fauteuil gène certains lecteurs, je veux croire qu'à la fin du roman, ils aimeront Chloé autant que je l'aime, ils auront compris que la définir par son handicap serait bien mal la connaître. Le handicap est une réalité, un combat de tous les jours pour un grand nombre de personnes mais ce n'est pas ce qui définit un être humain. Je l'ai compris en intégrant la Croix-Rouge. J'avais 18 ans, j'ai découvert que ce mot « handicap » était bien handicapé pour définir ceux que je côtoyais, des hommes, des femmes, des enfants, des êtres riches de brillance, d'intelligence, de résilience… Alors, finalement, je vais vous dire pourquoi j'ai fait de mon héroïne une jeune femme qui a perdu ses jambes : parce qu'à la fin du roman, tout le monde aura oublié qu'elle se déplace en fauteuil. Le lecteur aura dépassé de loin l'apriori qu'il avait sur son handicap et aura pu la connaître pour qui elle est.

H.fr : Y avait-il d'autres personnages en situation de handicap dans vos précédents romans ?
ML : Tous mes personnages ont un handicap, c'est par les failles que la lumière entre et sort.

H.fr : Comment vous est venue cette idée ?
ML : Il est assez difficile de répondre sincèrement à cette question parce que les idées sont, par définition, assez spontanées. Quand j'ai commencé à la Croix-Rouge, je travaillais dans une unité de désincarcération urbaine, c'est-à-dire de secours aux accidentés de la route. Nous sommes en 1977, le Samu n'en est qu'à ses balbutiements et accepte de former une centaine de secouristes de la Croix-Rouge à l'urgence urbaine. Le jour de mes 18 ans, je pars en intervention sur un accident qui va coûter la vie à un jeune homme de mon âge. En une fraction de seconde, j'ai pris conscience de la fragilité de la vie. Elle est au cœur de ce roman. Celle de Chloé bascule en un instant mais, ce que le roman raconte, c'est la façon dont elle se reconstruit.

H.fr : Vous mentionnez des détails assez techniques sur le handicap, la rééducation. Où avez-vous puisé ces infos ?
ML : En étant bénévole, je me suis beaucoup occupé de personnes handicapées et, encore aujourd'hui, j'accompagne plusieurs associations. Mais inversons la question ; si Chloé avait ses deux jambes personne ne me demanderait comment j'ai fait pour décrire sa vie. La vie et les contraintes d'une personne handicapée font partie de mes centres d'intérêt et de mes préoccupations depuis toujours. Je n'ai jamais eu peur d'aller à la rencontre, de poser des questions, de m'interroger.

H.fr : C'est une panne d'ascenseur qui nourrit l'intrigue de votre roman, laissant Chloé prisonnière de son appartement….
ML : À New-York, ville dans laquelle se passe l'intrigue, il existe encore 63 immeubles où l'ascenseur est entièrement manuel et nécessite un liftier. Il devient une sorte de confessionnal et le liftier un incroyable passeur qui sait tout de la vie des occupants. L'idée même du livre est née d'une rencontre dans l'un de ces immeubles avec un vrai liftier, et d'ailleurs monsieur Rivera, l'un de mes protagonistes, existe bel et bien.

H.fr : Vous écrivez que New York est une ville qui accepte toutes les différences ; les comportements à l'égard des personnes handicapées sont-ils plus tolérants qu'en France ?
ML : New York est une ville qui accepte tellement toutes les différences qu'elle en devient indifférente aux différences. Pourtant la situation de handicap nécessite une prise de conscience en matière d'urbanisme. La mairie de New York a fait beaucoup d'effort en ce sens, tardivement, mais la situation progresse. Les feux de signalisation sont tous sonores, les marquages au sol réalisés, les trottoirs surbaissés. Il y a encore un travail colossal à faire au niveau du métro. Mais ce que je raconte dans le livre est vrai ; pourquoi l'héroïne rechigne à prendre le bus ? Parce que les gens ne veulent pas attendre qu'on déploie la rampe, parce que son fauteuil gène le passage…

H.fr : On trouve donc à New York les mêmes problématiques d'accessibilité qu'en France. Vous avez testé le métro ?
H.fr : Je le prends tous les jours. Sur 341 stations, seules 102 sont accessibles. Et, les ascenseurs sont souvent en panne. La scène où Chloé panique dans le métro est authentique.

H.fr : On présente pourtant toujours les États-Unis comme un exemple dans ce domaine…
ML : Il est vrai que tous les commerces sont accessibles ; ils n'ont pas forcément une rampe mais disposent d'une sonnette pour que le commerçant puisse venir vous aider. Dans ce roman, j'en parle comme j'ai toujours parlé du reste, pas pour donner des leçons de morale, pas pour faire des reproches mais pour partager car j'ai cette conviction d'écrivain qui est que la meilleure façon de faire aimer les choses c'est de les partager. Si, à la fin du roman, vous aimez Chloé autant que je l'aime, eh bien ses problématiques vont vous toucher. Il y a peut-être des gens qui regarderont une personne en fauteuil dans un bus en se souvenant d'elle et diront : « Je peux vous aider ? ». Si j'ai réussi ça, même avec une ou deux personnes, je n'aurais pas écrit ce livre en vain.

H.fr : Vous abordez également la sexualité et le rapport au corps mutilé…
ML : C'est en effet important mais le plus important c'est que le lecteur transcende son handicap lorsque Chloé fait l'amour. Elle n'est pas « handicapée », elle est « femme » et, entre guillemets car je suis un homme marié et amoureux de sa femme, j'éprouve du désir pour elle.

H.fr : Une fille comme elle suggère une « fille d'exception » mais on se rend compte dans le récit qu'il est utilisé de façon péjorative par un des protagonistes. « Comme elle » signifie en réalité « handicapée ».
ML : C'est le cas pour un personnage mais ce n'est pas le cas pour plein d'autres. Bouteille à moitié pleine ou vide ? Certains verront Chloé parce qu'elle est rayonnante, d'autres verront d'abord son fauteuil. Mon travail de romancier consiste à mettre en lumière ou plutôt à mettre de la lumière sur nos différences et à les faire aimer.

H.fr : Vous éditez la plupart de vos livres en audio ?
ML : Tous, depuis le premier et aussi en gros caractères. C'est très important pour moi que les personnes malvoyantes ou non-voyantes puissent « lire ».

H.fr : Votre lectorat « audio » est au rendez-vous ?
ML : Le livre audio est accessible à tous. En Allemagne comme aux États-Unis, de nombreux lecteurs écoutent des livres dans les transports, voire même en travaillant pour ceux qui ont des activités manuelles.

H.fr : Le fait que Chloé soit lectrice pour des livres audio n'est donc pas un hasard…
ML : Justement, je suis en train de lui demander si elle ne voudrait pas enregistrer ce roman (Rires).

Une fille comme elle, Marc Levy, éditions Robert Laffont, parution le 22 mai 2018.

© Antoine Verglas Studio

 

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16 mai 2018

Urgence handicap : dépôt de plainte contre l'Etat français

article publié sur Handicap.fr

Résumé : Des associations déposent une réclamation collective devant le Conseil de l'Europe pour faire condamner l'Etat français pour violation des droits fondamentaux des personnes handicapées.

Par , le 15-05-2018

 

Exil en Belgique, loin de sa famille pour Ryad, 21 ans. Difficulté pour André à se soigner par manque d'accessibilité aux cabinets médicaux. Impossibilité de trouver un appartement adapté pour Olivia, 28 ans, paraplégique. 5 000 euros de reste à charge pour le fauteuil de Ricardo. Eliane et Jean-Luc, démunis face au handicap psychique de Manon, 28 ans, qui a fait plusieurs tentatives de suicide. Des familles à bout ? Des droits bafoués ? Face à cette situation critique pour de nombreux Français touchés par le handicap, le Forum européen des personnes handicapées et Inclusion Europe, soutenus par un collectif de cinq associations françaises (APF France Handicap, CLAPEAHA, FNATH, Unafam et Unapei), tous handicaps confondus, déposent, en mai 2018, une réclamation devant le Conseil de l'Europe pour faire condamner l'Etat français pour « violation des droits fondamentaux des personnes handicapées ».

Une situation dégradée

L'Etat français, signataire de textes internationaux qui l'engagent, est en effet responsable de l'accès pour chaque citoyen handicapé aux droits les plus fondamentaux. Or, ce collectif constate que, contrairement aux principes énoncés par ces conventions, un « retard considérable a été pris depuis des années » et juge que « en 2018, les personnes handicapées voient leur situation sociale profondément impactée et se dégrader ». Plusieurs carences majeures sont identifiées. « Le défaut de propositions de l'Etat français » laisse les personnes handicapées privées de leurs droits d'accès à des services spécialisés, à des aides personnelles mais également au logement et aux soins. Elles sont davantage exposées à la pauvreté et, in fine, exclues de la société. Les familles, qui doivent assumer l'accompagnement de leur proche handicapé, sont, quant à elles, fragilisées socialement ; leurs droits à une protection sociale ne sont pas respectés, selon ce collectif. « Je suis sollicité en permanence pour m'occuper de son hygiène, de ses repas, de son ménage, de son linge, explique Olivier, frère de Sébastien, en situation de handicap psychique. Bref, j'ai dû réduire mon temps de travail et mon salaire. »

Vraie priorité du quinquennat ?

Dans ce contexte, ce collectif réclame « une politique coordonnée, transversale et d'évaluation des besoins des personnes handicapées ». Il poursuit : « Un plan d'urgence doit être développé par l'Etat français pour leur assurer un accès égal et effectif aux services sociaux, aux soins, au logement, ainsi qu'à des aides à l'autonomie. » Un an tout juste après son élection, il rappelle que le gouvernement actuel avait promis de faire du handicap une priorité. « Les associations représentant les personnes handicapées et leurs familles attendent de lui un plan d'action à la mesure de la situation d'isolement et de détresse des personnes handicapées en France », affirme son communiqué.

Procédure de réclamation collective, c'est quoi ?

Cette procédure vise à améliorer la mise en œuvre effective des droits garantis par la Charte sociale européenne dédiés à tous les citoyens européens et impose des obligations juridiques européennes à la France. Le Comité européen des droits sociaux a confirmé avoir reçu cette réclamation. Selon son secrétariat, il va désormais "notifier le gouvernement de ses questions" avant de statuer sur la recevabilité de la réclamation, une procédure qui prend en moyenne six mois. Si elle est jugée recevable, la décision de violation ou non de la Charte sera rendue dans les 18 mois, soit courant 2020. En cas de constat de violation et si la France n'affiche pas une volonté de mettre la situation en conformité, le Comité des ministres du Conseil de l'Europe adoptera une recommandation à son attention. Un suivi sera assuré ; la France devra donner des informations sur les mesures qu'elle a prises. Dans le champ du handicap, le Comité européen des droits sociaux a déjà condamné notre pays sur les droits des personnes autistes ; des décisions qui ont directement débouché sur les différents plans autisme mis en œuvre en France depuis 2005.


 

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3 mai 2018

Métro : la ligne 1 labélisée pour les voyageurs handicapés

article publié sur Handicap.fr

Résumé : La ligne 1 du métro parisien vient de recevoir, en présence de 2 ministres, le label "Cap'Handéo services de mobilité", qui offre une aide personnalisée en cas de handicap mental, psychique ou sensoriel. Une 1ère dans les transports en commun.

Par , le 30-04-2018

C'est une première en France pour un opérateur de transport public, selon la RATP : la labélisation « Cap'Handéo services de mobilité » d'une ligne de métro. Ça se passe le 30 avril 2018 à Paris, sur la 1, station Franklin Roosevelt !

300 agents formés

Cette certification est délivrée par Cap'Handéo, créé à l'initiative des grandes fédérations de personnes handicapées. Sur trois ans, renouvelable, elle définit un référentiel de services dédiés à l'accueil des personnes en situation de handicap mental, psychique, auditif et visuel. Un logo affiché sur le guichet signale à la fois l'engagement des 300 agents de la ligne à apporter leur aide et des équipements adaptés. Le personnel offre ainsi un meilleur accueil de ce public à chaque étape du voyage, de la prise d'information en amont (site internet accessible, service clientèle formé) à la réalisation du trajet. Sa formation s'est faite avec l'aide de l'Unapei (association de personnes avec un handicap mental) et le comité régional de tourisme d'Ile de France. Cet accueil personnalisé leur permet de prendre en charge tout passager ayant des difficultés de compréhension, d'orientation ou en situation de stress. Cette démarche peut donc, potentiellement, bénéficier à tous. Ce matin-là, un passager non-voyant témoigne qu'il a en effet été accompagné jusqu'au quai par un agent.

Des équipements bien pensés

Côté équipements, la RATP a lancé, il y a quelques années, son programme Equisens pour faciliter le cheminement et l'orientation des personnes avec un handicap sensoriel ou cognitif. Ce programme, qui vise à améliorer l'éclairage, l'acoustique, la signalétique et l'information dans les espaces, doit être prochainement déployé dans les 368 stations et gare du réseau. C'est dans ce cadre que les équipements de la ligne 1 ont été pensés. Des boucles magnétiques sur les automates de vente de titres ont été installées. Des mains courantes ont été rallongées. Des bandes d'appel à la vigilance ont été apposées en haut des escaliers. Toutes les stations sont munies de barrières vitrées pour accéder aux wagons, évitant ainsi de chuter sur les rails. En matière de signalétique, des « hypersignes » (panneaux plus grands et donc plus lisibles) ont été conçus pour les personnes déficientes visuelles. D'autres aménagements sont en cours d'expérimentation, comme des balises sonores, en test sur deux stations, qui seront déployées à l'automne 2018 sur toute la ligne. La RATP expérimente également un système d'audioguidage, qui permet de guider le voyageur, étape par étape, dans la station.

Bientôt sur d'autres lignes

« Cap'Handéo est notre première certification de ligne totale, mais on a aussi un programme baptisé S3A (accueil, accompagnement, accessibilité) visant à aider les personnes handicapées mentales à s'orienter (article en lien ci-dessous), qui est déjà sur plusieurs lignes de métro et RER (1,10, 11 et 14 et lignes A et B du RER), a souligné la PDG de la RATP, Catherine Guillouard. Nous allons évidemment continuer nos efforts. ». L'ensemble du réseau devrait être labélisé S3A en 2020. Quant au label Cap Handéo, la régie a promis de le déployer sur d'autres lignes, notamment les 2, 10, 14 du métro et la ligne A du RER. La ligne 1 n'est en revanche pas accessible aux personnes avec un handicap moteur, contrairement à la ligne 14, la plus récente du métro parisien.

Deux ministres et une présidente

Pas moins de deux ministres, mesdames Cluzel (handicap) et Borne (transports), et une présidente de région (Valérie Pécresse, Ile-de-France) étaient présentes le 30 avril 2018, pour officialiser l'évènement. La date n'a pas été choisie au hasard puisque c'est la Journée mondiale des mobilités et de l'accessibilité. « On sait qu'il y a un dernier problème qui est celui de l'accessibilité des stations de métro (aux personnes à mobilité réduite) dans Paris, qui sont malheureusement très anciennes et profondes, a souligné Valérie Pécresse. Je sais que Sophie Cluzel travaille à essayer d'alléger peut-être les normes », a-t-elle ajouté, expliquant que les normes en matière de sécurité incendie sont plus contraignantes que dans d'autres pays européens.

Du mieux avec Paris 2024 ?

Mme Cluzel a informé qu'elle se rendrait le 4 mai à Londres « voir quelles sont les normes qui ont pu faciliter cette accessibilité, notamment lors des Jeux olympiques de 2012 ». « C'est un sujet plus difficile sur lequel nous travaillons », a ajouté Elisabeth Borne. L'accessibilité aux personnes à mobilité réduite, « au moins à certaines stations du réseau parisien, est un vrai objectif dans la perspective des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 » (article en lien ci-dessous). Julien Paynot, directeur d'Handéo (lien ci-dessous) salue quant à lui une « volonté de favoriser l'autonomie des personnes handicapées et âgées ».
 

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3 avril 2018

Logement et handicap : "Une régression anachronique"

 

Logement et handicap : "Une régression anachronique"

La loi ELAN sera présentée en conseil des ministres le 4 avril. Les associations de défense des personnes handicapées sont alarmées par le texte, qui prévoit de réduire drastiquement la part de nouveaux logements accessibles aux personnes à mobilité réduite. A tel point que le projet pourrait être contraire aux conventions de l'ONU...

https://www.marianne.net

 

14 mars 2018

Des vélos made in Saint-Maur pour balader handicapés et personnes âgées

article publié dans Le Parisien

|Laure Parny| 13 mars 2018, 16h53 |0

Le vélo fauteuil fabriqué à Saint-Maur devrait bientôt permettre de faire des balades pour tous sur les bords de Marne. DR

Il a été fabriqué à Saint-Maur et va permettre aux handicapés ou aux personnes âgées de découvrir les bords de Marne autrement.

Vous êtes prêts à pédaler tout en partageant votre expérience du deux-roues en bord de Marne ? Vous avez des difficultés de déplacement mais aimeriez découvrir les bords de Marne au rythme du vélo, grâce à un copilote ? Alors le projet présenté à Saint-Maur ce mercredi est fait pour vous. Henri Deguettes, bénévole à l’APF (Association des paralysés de France) et à la Coccinelle (qui propose loisirs et sports partagés) a pu fabriquer un vélo d’un tout nouveau type. Grâce à l’aide de l’atelier Le cyclo recyclé, il a adapté un fauteuil roulant à l’avant d’un cadre de vélo. « J’avais vu un modèle, et nous l’avons reproduit pour que quelqu’un pédale tout en poussant celui qui est à l’avant dans son fauteuil, se réjouit l’actif retraité. Nous voulons organiser des balades en bords de Marne pour tous. »

Grâce à sa présence régulière à l’atelier du Cyclo Recyclé, l’ingénieux bénévole a déjà recruté quelques amateurs de deux roues prêts à faire jouer leurs muscles au profit des autres. Mais pour que toutes les personnes intéressées, que ce soit au sein d’associations de personnes handicapées ou de foyers pour séniors puissent en bénéficier, il faut des bénévoles nombreux. Le premier vélo fauteuil fabriqué sera donc visible en action ce mercredi. « Nous espérons susciter des vocations de pédaleurs et d’utilisateurs, souffle Henri Deguettes. Certes il faut une bonne condition physique mais nous resterons sur des pistes plutôt plates pour que la balade soit un plaisir pour tous. »

 

Ce mercredi, de 18 heures à 20 heures, à la Maison des associations, 2, avenue du Maréchal-Lyautey à Saint-Maur. Entrée libre.
26 février 2018

Handicap et inclusion : la France peut s'inspirer de l'Espagne

Par Camille Guil | Publié le 25/02/2018 à 19:24 | Mis à jour le 26/02/2018 à 10:09
Photo : © Camille GUIL lepetitjournal.com
sophie cluzel

Premier déplacement, la semaine dernière à Madrid, pour la Secrétaire d’Etat auprès du Premier Ministre chargée des Personnes handicapées, qui devrait être suivie d’une succession de visites en Europe pour discuter de la question de l’inclusion scolaire et l’accessibilité des enfants handicapés, mais aussi de la formation et l’emploi des personnes en situation de handicap.

 
En fin de semaine dernière, Sophie Cluzel a rencontré la ministre espagnole de la Santé, des Services Sociaux et de l’Egalité, Dolors Montserrat à Madrid pour discuter de l’école inclusive et de l’insertion des personnes handicapées dans le monde du travail et dans la vie quotidienne. Au cours de son déplacement, plusieurs visites étaient prévues dans des établissements de référence en la matière (CEAPAT, CERMI, établissement scolaire) ainsi que des échanges avec les représentants des gouvernements régionaux de la Communauté de Madrid et du Pays Basque autour des thèmes de l’école inclusive, l’autisme ou encore la dépendance. La Secrétaire d’Etat a terminé son voyage en Espagne avec une visite de la ONCE (Organizacion Nacional de Ciegos Espagnoles), l'institution d’aide aux personnes aveugles qui constitue un véritable référent pour son travail inclusif en Espagne. Cette visite s’inscrit dans un tour d’Europe pour recueillir des témoignages et des expériences en vue d’un projet de loi en France sur l’insertion sociale, professionnelle et politique des personnes handicapées.

"La ONCE, l'institution d’aide aux personnes aveugles qui constitue un véritable référent pour son travail inclusif en Espagne"

Pour Sophie Cluzel, qui s'est exprimée à la Résidence de France en conférence de presse, les axes prioritaires pour l’insertion des personnes en situation de handicap sont constituées par le parcours vers l'emploi -éducation, apprentissage et débouchés dans le monde de l'entreprise- mais aussi par des questions plus pratiques liées à la vie quotidienne, comme l'accessibilité. La Secrétaire d'Etat a souligné que l’Espagne a une culture de l’école inclusive bien ancrée et plus avancée, à la différence de la France, où persiste un problème de qualifications, beaucoup de ruptures de parcours et où sont finalement recensés seulement 0,8% d’étudiants handicapés. Il faut instaurer une relation de confiance entre les parents et le corps médicosocial, estime-t-elle. L’apprentissage des jeunes handicapés est également essentiel : seulement 1% des jeunes handicapés sont apprentis, une expérience qui dans 70% des cas débouche sur une embauche.

"Ni la France ni l’Espagne ne sont au niveau concernant l'accès à l'emploi"

Ni la France ni l’Espagne ne sont au niveau concernant l'accès à l'emploi, juge Sophie Cluzel. Les deux pays fonctionnent à peu près de la même manière, via les quotas : en France, la loi exige qu’il y ait 6% de personnes handicapées dans une entreprise de plus de 20 salariés. Un système de pénalisation avec des amendes est prévu, si les quotas ne sont pas atteints. En Espagne, le quota est de 2% dans les entreprises privées et de 7% dans la fonction publique (dont 2% destinés au handicap mental). Un système d’incitation fiscale est en place pour que les entreprises recrutent plus de personnes handicapées mais les pénalisations qui ont cours en France n'existent pas dans le pays. Une nouvelle loi a cependant été mise en place, permettant de s'assurer que les entreprises qui répondent aux appels d’offres sont à jour de leurs quotas. En France, le projet de loi sur lequel travaille la Secrétaire d’Etat veut simplifier l’embauche des personnes handicapées qui s'avère aujourd’hui trop long et nécessite trop de procédures administratives.

Il y a plus d’ascenseur dans le métro de Madrid que dans les métros de New-York, Paris et Londres réunis

Enfin, pour Sophie Cluzel il faut travailler sur l’insertion des personnes en situation de handicap dans la vie quotidienne. Toujours en avance sur la France en la matière, l'Espagne à l'inistiative de Dolors Montserrat, la ministre de la Santé, est en train d'établir un rapport sur la violence faite aux femmes handicapées, un problème bien présent dont on commence seulement à prendre conscience. En ce qui concerne l’accessibilité pour les handicapés dans les transports, c’est encore Madrid qui est en tête avec 80% de son réseau métro qui est accessible : il y a plus d’ascenseur dans le métro de Madrid que dans les métros de New-York, Paris et Londres réunis ! Un exemple dont compte bien s’inspirer Sophie Cluzel. La Secrétaire d’Etat doit continuer sa visite en Europe dans les prochains jours pour mettre à bien son projet de loi et compte organiser un séminaire européen sur l’école inclusive.

8 février 2018

Musée du Louvre : une semaine dédiée au handicap

article publié sur Handicap.fr

Résumé : Du 7 au 14 février 2018, se tient pour la troisième fois la Semaine de l'accessibilité au Louvre. L'occasion d'informer le public sur les services mis en place par le musée pour rendre l'établissement et ses évènements plus accessibles.

Par , le 05-02-2018

Malgré un bâtiment séculaire et peu adapté aux personnes handicapées au premier abord, le Louvre souhaite rendre la culture accessible à ce public, que leur handicap soit physique, sensoriel ou mental. Du 7 au 14 février 2018, les professionnels de la culture, les personnes handicapées et les relais du handicap sont conviés à une semaine rythmée par des ateliers, des conférences, des expositions et des formations, au sein du Louvre mais également au musée Eugène Delacroix à Paris 1er (programme détaillé en lien ci-dessous).

Un réseau dédié

Le musée du Louvre fait partie du « Réseau des établissements culturels pour l'accessibilité ». Cette mission, portée par le ministère de la Culture, vise à promouvoir des initiatives permettant à tous les Français, sans exception, d'avoir accès aux différents établissements culturels. C'est dans ce cadre que le Louvre met en place sa Semaine de l'accessibilité. Le but est de répondre aux attentes et aux besoins de chaque visiteur, en termes de confort, d'accueil et de services. Les activités proposées tout le long de cette semaine sont gratuites et accessibles sur inscription (adresse mail ci-dessous).

Quel programme ?

Côté programme, certaines activités sont dédiées spécifiquement aux personnes en situation de handicap, comme celle du musée sous-titré le 7 février 2018. Cette animation propose une découverte du lieu aux personnes sourdes ou malentendantes. Le personnel du musée est également convié à participer. En tant qu'acteur de premier plan dans le fonctionnement de l'établissement, des ateliers lui sont réservés, notamment un quiz handicap (le 8 février). Enfin, le grand public est également convié à cette manifestation, par exemple à l'occasion d'une visite en langue des signes théâtralisée.

Nouveautés 2018

Quelques nouveautés sont prévues pour cette édition… Tout d'abord la visite de la Petite galerie qui propose aux personnes malvoyantes de profiter de l'exposition « Théâtre du pouvoir » en compagnie d'étudiants en arts ou de professionnels de la culture chargés de leur souffler les détails qui leur sont invisibles. Pour la première fois, une journée (le 12 février) est également consacrée à la maladie d'Alzheimer ; professionnels de la culture et de la santé sont conviés à réfléchir à l'accompagnement des personnes atteintes de cette maladie mais également de leurs aidants. Elle est en lien avec le projet « Le Louvre en tête », créé en 2016, qui vise à associer la maladie d'Alzheimer à la culture. D'autres rendez-vous comme l'expérimentation de nouvelles technologies autour de l'audition, la présentation de mini-chevaux guides d'aveugles, un atelier de croquis en famille pour les jeunes autistes, un bar du silence. Une vingtaine d'initiatives inédites ! De son côté, le musée Delacroix propose une visite en compagnie de sa directrice. Pour rendre l'expérience encore plus immersive, tous les sens sont sollicités. Des effets sonores plongent ainsi le public dans le Paris du 19e siècle, sans oublier l'odeur de marmelade à l'orange, pêché mignon du peintre français. La visite de la Petite galerie connaît elle aussi un petit changement pour cette année. Afin de permettre aux personnes malvoyantes de profiter de l'exposition « Théâtre du pouvoir », des étudiants en arts ou des professionnels de la culture sont chargés de leur souffler les détails qui leur sont invisibles. Pour la première fois, une journée professionnelle est consacrée à la maladie d'Alzheimer. Les professionnels de la culture et de la santé sont conviés journée afin de réfléchir à l'accompagnement des personnes atteintes de cette maladie, mais également leurs aidants. Cette journée sera mise en lien avec le projet « Le Louvre en tête », créé en 2016 et visant à associer facilement la maladie d'Alzheimer à la culture.

L'accessibilité du musée

Depuis plusieurs années, le Louvre travaille à une meilleure accessibilité de son établissement. Plusieurs initiatives allant dans ce sens ont été mises en place, à l'image de la Petite galerie. Créée en 1995, cet espace dédié à l'éducation culturelle et artistique permet au public, enfants, adultes ou personnes handicapées, d'apprivoiser l'art par des outils de médiation accessibles, dans un environnement adapté. Ensuite, le Pavillon de l'horloge, véritable colonne vertébrale du musée, retrace l'histoire de l'établissement, d'abord palais des rois puis haut lieu de culture. Pour que tous puissent apprécier ce voyage, il est jalonné de tablettes tactiles qui rendent l'exposition accessible à un public aveugle ou malvoyant grâce à des volumes en 3D ou du texte en braille.
En 2017, 7 125 personnes en situation de handicap ont pu bénéficier d'un accompagnement personnalisé. Près de 140 visites et ateliers pour les publics handicapés ont été organisés par vingt conférenciers spécialisés : lecture labiale, langue des signes française (LSF), tactile…

Inscription obligatoire :  semaineaccessibilite@louvre.fr

©  2012 musée du Louvre / Olivier Ouadah et 2012 musée du Louvre / Florence Brochoire

 

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