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psychanalyse
14 mars 2018

Le business des didactiques psychanalytiques

13 mars 2018
Par Blog : Le blog de Jacques Van Rillaer

1) La raison de la colère de psychanalystes belges — surtout lacaniens — suite à la loi sur l’exercice de la psychothérapie. 2) L’origine de l’idée de « didactique » en psychanalyse. 3) L’autoanalyse de Freud était-elle réellement l’équivalent d’une didactique ? 4) Les bénéfices substantiels, pour les didacticiens, de la règle des didactiques psychanalytiques. 5) Le sentiment d’avoir été arnaqué.

Freud opposait sa psychanalyse aux psychothérapies. Il concédait que, dans certains cas, « nous serons obligés de mêler à l'or pur de la psychanalyse une quantité considérable du plomb de la suggestion directe » [1]. Lacan était plus radical : « C’est certain, ce n’est pas la peine de thérapier [sic] le psychique. Freud aussi pensait ça. Il pensait qu’il ne fallait pas se presser de guérir. Il ne s’agit pas de suggérer, ni de convaincre » [2]. La plupart des lacaniens français s’accordent à dire, comme par exemple Philippe Julien : « Aujourd'hui la psychothérapie n'est rien d'autre qu'une “fausse” psychanalyse. […] “Psychothérapie” est le nom d'emprunt de la psychanalyse lorsqu'elle se met au service de la psychiatrie et devient la “femme de chambre” de la médecine. […] La fonction de la psychothérapie : aider l'homme de la modernité à être l'homo technicus que l'entourage familial et le patron professionnel attendent de lui, c'est-à-dire être un élément d'un ensemble technico-bureaucratique » [3].

Des psychanalystes belges en colère

Des lacaniens belges souhaitent le titre de « psychothérapeutes » car il comporte des avantages substantiels : remboursement de traitements par les mutuelles et emplois dans des institutions de santé mentale. Or, la loi belge du 10 juillet 2016 stipule que la psychothérapie est un traitement spécialisé exercé par les détenteurs d'un diplôme universitaire en psychologie clinique, en orthopédagogie ou en médecine après une formation spécifique. Des lacaniens qui n’ont pas un de des trois diplômes de base sont en colère.

On peut s’étonner que des psychanalystes, qui détiennent un des diplômes leur permettant de porter le titre de « psychothérapeute », affirment haut et fort que ce diplôme est insignifiant pour se former à la psychothérapie et pour la pratiquer. Ainsi Gil Caroz, vice président de l’École de la Cause freudienne, exprime dans un des principaux quotidiens belges son mépris pour son propre diplôme de psychologue : « Qu’est-ce qu’un diplôme de psychologue ? Pas grand chose. Je le dis parce que j’en ai un. Je l’ai obtenu de la même façon que je suis allé à la commune chercher ma carte d’identité, c’est-à-dire pour avoir un papier. Brandir le diplôme de psychologue pour revendiquer la légitimité de “recevoir” des gens et s’insérer dans leurs parcours est un charlatanisme de haut niveau ». Caroz cite deux exemples, et pas d’autres, de ce qu’il a appris dans son université : « Quand un sujet concentre son attention sur la couleur rouge d’un tableau de Rorschach, c’est le signe qu’il a une personnalité agressive. Ou encore, qu’à caresser une souris trois fois par jour, on apprend les effets de l’acte de tendresse chez les humains » [4]. Caroz n’a sans doute pas étudié dans la même université que moi. À l’université de Louvain, où j’ai été étudiant, assistant et professeur, je n’ai jamais entendu pareilles sornettes [5]. Caroz semble n’avoir rien appris d’intéressant dans la sienne. Probablement se contente-t-il désormais de la rhétorique lacanienne, dont voici un échantillon de son cru : « L’orientation de la psychanalyse en institution passe par un effort de bien dire, mieux dire, dire autrement. À la place de “il vole tout le temps”, on préfère “il décomplète l’autre”. À la place de “il est hyperactif”, on préfère “la jouissance lui fait retour dans le corps” » [6]. Il fonde sa pratique sur ce genre d’énoncés de son Maître Lacan, que seuls comprennent les esprits «supérieurs» : « L'interprétation doit être preste pour satisfaire à l'entreprêt. De ce qui perdure de perte pure à ce qui ne parie que du père au pire » [7].

Caroz ridiculise-t-il son diplôme de psychologue par honnêteté ou par solidarité avec les psys qui ne l’ont pas ? Caroz est de ceux qui voudraient que la loi permette à toute personne de porter le titre de psychothérapeute pour autant qu’elle ait suivi une formation privée non universitaire de psychanalyste. Cela permettrait aux psychanalystes-formateurs de continuer à tirer profit des formations qu’ils organisent, formations qui comportent obligatoirement la longue et très coûteuse « analyse didactique ». La nouvelle loi belge sur l’exercice de la psychothérapeute risque de dissuader des candidats qui savent qu’ils ne pourront pas porter le titre de psychothérapeute.

Ceux qui, comme moi, ont fait partie d’une École de psychanalyse, savent que la principale raison de défendre les psychanalystes non psychologues et non psychiatres, alors qu’on détient soi-même les diplômes requis, est essentiellement d’ordre mercantile. Ils savent que ces formations privées et surtout les analyses didactiques c’est du big business.

L’origine de l’idée de psychanalyse didactique

Au début des années 1910, les premiers confrères de Freud, qui se réunissaient régulièrement chez lui, ont constaté que leurs analyses « profondes » n’aboutissaient pas aux mêmes significations « fondamentales » que les analyses de Freud. Ces analystes sont alors entrés en conflit avec Freud, un conflit qui aboutira à la rupture des relations de Freud avec Adler en 1911 et avec Stekel l’année suivante.

Freud a estimé que les interprétations d’Adler et de Stekel étaient l’expression d’une résistance affective à reconnaître la primauté de la sexualité dans tous les troubles. Il a également interprété ces désaccords comme des symptômes de troubles mentaux. Il a psychiatrisé les contestataires, un mécanisme de défense qu’il appliquera à tous ses opposants [8]. Il écrit à Jung le 14 mars 1911 : « Stekel représente l'inconscient pervers, non corrigé ; Adler, le moi paranoïaque ».

Le même scénario s’est rejoué en 1912 avec Jung, que Freud avait considéré, dans un premier temps, comme son « cher fils et successeur » [9] et qui venait d’être élu premier président de l’Association Psychanalytique Internationale. Jung estimait que le refoulement de la sexualité n’expliquait pas tous les troubles. Freud attribuait à nouveau cette réserve à des « résistances » affectives. Jung imagina alors un moyen de résoudre les conflits d’interprétation et de préserver l’unité de la jeune confrérie des analystes : tous les psychanalystes devraient se faire psychanalyser par un confrère de manière à éliminer les résistances qui sont des symptômes de refoulements. Les analystes devraient dès lors interpréter plus objectivement les propos des patients et arriver, sans entraves affectives, aux ressorts ultimes des troubles. C’est cette idée qui a présidé à la naissance de l’idée d’« analyse didactique ». Jung et d’autres se sont alors faits psychanalyser par des confrères et des consœurs. Freud a soutenu le principe, à ceci près qu’il refusa de se soumettre lui-même à cette sorte de purification psychologique. Il déclara ne pas avoir besoin d’être analysé par quelqu’un d’autre car, affirmait-il, il avait déjà procédé à sa propre son analyse. Il ajouta que c’est son auto-analyse qui lui avait permis ses principales découvertes, passant sous silence ses très nombreuses lectures.

Jung refusa cet expédient. Quand Freud le traita de « névrosé », il répliqua dans une lettre, qui précipita la fin de leurs relations : « Je ne suis pas névrosé du tout — bien heureux ! Je me suis en effet fait analyser lege artis et tout humblement, ce qui m'a fort bien convenu. Vous savez bien jusqu'où peut aller le patient dans son auto-analyse, il ne sort pas de sa névrose — comme vous. […] Aimez-vous donc à ce point les névrosés que vous êtes toujours entièrement d'accord avec vous-même ? » [10]

Le conte de l’autoanalyse de Freud

Freud écrivait à Fliess, le 14 août 1897, au sujet de ses états de dépressivité : « Je connais maintenant une période maussade. Le principal patient qui m'occupe, c'est moi-même. Ma petite hystérie, fortement accentuée par le travail, a un peu avancé dans sa solution. D'autres choses restent encore cachées. C'est d'elles que dépend en premier lieu mon humeur. Cette analyse est plus difficile que n'importe quelle autre » [11].

Dans l’espoir de se soigner et de mieux travailler, Freud commença à s’analyser systématiquement en octobre, mais il cessa le mois suivant ! Il écrivit le 14 novembre : « Mon autoanalyse reste interrompue. J'ai compris pourquoi. Je ne peux m'analyser moi-même qu'avec des connaissances objectivement acquises (comme un étranger), l’autoanalyse proprement dite est impossible, sinon il n'y aurait pas de maladie [névrotique] » [12].

À lire sa correspondance, on constate que son autoanalyse a été très brève (à peine quelques semaines !), fort décevante et finalement reconnue impossible ! Cette mini autoanalyse deviendra néanmoins un dogme essentiel de l’histoire du freudisme. Son disciple Ernest Jones, dans sa biographie du Maître, écrira que ce fut là « le plus héroïque de ses exploits » et ajoutera : « Le caractère unique de cet exploit demeure. Ce qui a été fait une fois demeure à jamais. Car nul ne pourra désormais être le premier à explorer ces profondeurs » [13]. Nous renvoyons le lecteur intéressé par les diverses fonctions de la propagation de ce mythe à l’enquête de deux historiens, M. Boch-Jacobsen et S. Shamdasani [14].

Un job en or

Quand Jung a proposé que les analystes se soumettent à une analyse dans l’espoir de dépasser les conflits d’interprétations qui minaient l’unité de la jeune association psychanalytique, Freud avait été d’emblée conquis par l’idée et lui avait trouvé des justifications : convaincre de l’existence de l’inconscient, apprendre la technique et opérer la sélection des candidats [15]. En fait, Freud avait vite compris qu’il s’agissait d’une activité beaucoup plus facile, plus rentable et plus gratifiante que d’essayer, souvent en vain, de traiter des malades [16]. À la fin de sa vie, il écrira « avoir traité des patients dans les premiers temps », mais que les didactiques étaient devenues ensuite sa « principale occupation » [17]. À lire sa correspondance, on constate que c’était devenu l’occupation quasi exclusive. Ainsi, il écrivait déjà le 3 novembre 1921 à Pfister : « Tout mon temps est accaparé par des médecins anglais et américains. En sorte que je travaille maintenant pour le dollar et n’arrive à rien faire d’autre » [18].

Lacan a fait de même, mais en pire : comme l’Église catholique a fait le commerce des indulgences, lui a fait le commerce des didactiques, à raison de plusieurs dizaines de séances par jour [19]. Il a inauguré la technique des « séances à durées variables », invariablement courtes, ensuite très courtes et finalement minuscules. Les candidats au titre d’analyste avaient à peine le temps de s’allonger et de dire quelques mots. En fait, la seule chose qui comptait pour eux était d’être reconnu « psychanalyste formé par Lacan ». C’est très précisément cette pratique qui sera à l’origine de la création par Lacan de sa propre École de psychanalyse. En effet, à partir de 1953 les dirigeants de l’Association internationale de psychanalyse (IPA) ont, à plusieurs reprises, rappelé Lacan à l’ordre. Chaque fois, il y eut « promesses de Lacan, non tenues, bien sûr, puis colères, amabilités, injures, rapprochements, ruptures » [20]. En juillet 1963, l’IPA a décidé que les didactiques menées par Lacan ne seraient plus reconnues par l’Association. Lacan pouvait continuer à analyser des patients et même faire des cours pour de futurs analystes, mais il se proclama « excommunié » comme Spinoza l’avait été par la communauté juive [21]. Ensuite, ce sera le coup de théâtre du 21 juin 1964 : Lacan créa sa propre École, où il édictera ses propres règles.

La véritable raison de la création de l’École freudienne de Paris — qui pourrait s’appeler « l’École des intérêts de Lacan » — est toujours soigneusement passée sous silence par les lacaniens qui en sont informés. Beaucoup de lacaniens ignorent cette raison. Pendant les quatorze années de mon affiliation à l’École belge de psychanalyse (créée en 1965 et rattachée à l’École de Lacan), je n’ai jamais entendu parler de la véritable raison pour laquelle Lacan avait fondé l’EFP [22]. Je ne l’ai apprise qu’en 1985, en lisant Voyages extraordinaires en Translacanie de François Perrier [23].

Lacan a justifié l’innovation des séances « à durée variable » dans un texte de 1953. Il écrit qu’elle rejoint la technique zen, qu’elle « déconcerte la résistance du patient », qu’elle « brise le discours pour accoucher la parole ». Quand ce texte a été réédité en 1966 dans les Ecrits, Lacan a ajouté cette note en bas de page : « Pierre de rebut ou pierre d’angle, notre fort est de n’avoir pas cédé sur ce point (1966) » [24].

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La direction de didactiques est un job en or, au sens figuré comme au sens propre : facile, pas fatiguant, il rapporte gros : les élèves-analystes ont en principe peu de troubles importants, ils arrivent à l’heure, paient rubis sur l’ongle et adoptent une attitude de soumission comme Kardiner, qui écrivait dans le journal de sa didactique : « J'avais peur de Freud : je craignais qu'il découvre mon agressivité cachée. Je passai donc une alliance muette avec Freud : “Je continuerai d'être docile pourvu que vous m'accordiez votre protection”. S'il me repoussait, je perdais à jamais toute chance d'entrer dans le cercle magique de la profession » [25].

Hélas, il n’est pas démontré que cette pratique améliore la clairvoyance et la santé mentale de ceux qui s’y soumettent. Freud écrivait à René Laforgue le 5 janvier 1928 : « Cela me déroute parfois que les analystes eux-mêmes ne soient pas radicalement changés par leur commerce avec l'analyse » [26]. Dans un de ses derniers textes, il reconnaissait : « Il est incontestable que les analystes n’ont pas complètement atteint, dans leur propre personnalité, le degré de normalité psychique auquel ils veulent éduquer leurs patients. Des adversaires de l’analyse ont coutume de relever cet état de fait en ricanant et d’en tirer argument pour conclure à l’inutilité des efforts analytiques » [27].

Par ailleurs, un effet de cette initiation sacramentelle, qui est clairement démontré, est de conditionner le candidat à adopter les dogmes de son École, condition indispensable pour y être reconnu membre titulaire [28].

Le sentiment d’avoir été arnaqué

Les didactiques durent des années, à raison de plusieurs séances par semaine. Dans nombre d’Écoles — surtout des lacaniennes — le coût total s’élève au prix d’une maison ou plus. Beaucoup de « formés », qui ne sont pas diplômés psychiatre ou psychologue, ne peuvent récupérer la mise. Les plus heureux ont le sentiment de faire partie d’une congrégation élitiste. Les frustrés ont le sentiment d’avoir été arnaqués. Certains méditent amèrement sur ces aveux de Lacan au soir de sa vie : « Notre pratique est une escroquerie, bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c'est quand même ce qu'on appelle d'habitude du chiqué. […] Du point de vue éthique, c'est intenable, notre profession ; c'est bien d'ailleurs pour ça que j'en suis malade, parce que j'ai un surmoi comme tout le monde » [29].

 

lacan-moue

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[1] “Les voies de la thérapie psychanalytique”. Œuvres complètes, PUF, 2012, XV, p.141.

[2] “Ouverture de la section clinique”. Ornicar?, Bulletin périodique du champ freudien, 1977, 9 :5.

[3] Philippe Julien (2003) “L'approche freudienne de Lacan”. In : Mony Elkaïm (ed.) A quel psy se vouer ? Seuil, 2003, p.17-33.

[4] “Qui est charlatan ?” La Libre Belgique, 30-6-2016, p.53.

[5] A vrai dire, quand j’étais étudiant à Louvain on enseignait le test des taches d’encre créé par le psychanalyste Herman Rorschach. L’interprétation des réponses aux planches, qui m’a été enseignée, était tout de même plus complexe que « rouge => personnalité agressive ». Soulignons que ce test a généralement été dédaigné par les psychologues d’orientation scientifique. Les utilisateurs sont en majorité des psychanalystes ou des psys adhérant à la doctrine freudienne. Pour eux, le Rorschach permet de démasquer une partie de l’Inconscient au sens défini par Freud.

[6] Cité in Moret, A. (2018) Les troubles dys. En finir avec les idées recues. Dunod, p.115.

[7] Sic. Télévision. Paris : Seuil, 1973, p. 72. Pour l’explication de la 2e phrase, taper dans Google : « déconvertis de la psychanalyse »

[8] Pour une série d’exemples, voir Van Rillaer, J. (2005) “Les mécanismes de défense freudiens”. In Meyer, C. et al., Le livre noir de la psychanalyse. Les Arènes, p. 413-441.

[9] Freud écrit cette expression dans sa lettre du 10 août 1910 à Jung. In Freud, S. & Jung, C., Correspondance. Trad., Gallimard, vol. 2, p. 81.

[10] Lettre du 18-12-1912. Ibidem, p. 311 (italiques de Jung).

[11] Freud, S. (1887-1904) Lettres à Wilhelm Fliess. Éd. établie par J. M. Masson. PUF, p.331.

[12] Ibidem, p. 357.

[13] Jones, E. (1953) Sigmund Freud : Life and Work. Basic Books, vol. 1. Trad., La vie et l'œuvre de Sigmund Freud. PUF, 1970, p. 351s.

[14] Le dossier Freud. Enquête sur l’histoire de la psychanalyse. Paris: Les Empêcheurs de penser en rond, 2006, p. 63-84.

[15] “Die endliche und die unendliche Analyse” (1937) Gesammelte Werke, XVI : 94s.

[16] Dans “Les patients de Freud” (éd. Sciences humaines, 2011), l’historien M. Borch-Jacobson, qui a travaillé aux Archives Freud (à Washington) présente les 31 patients à présent bien connus de Freud. À peine trois patients ont bénéficié de sa “cure par la parole”. Les autres n'ont pas été améliorés ou se sont même détériorés. Plusieurs ont fini en institution psychiatrique ou se sont suicidés. Voir : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1969

[17] “L’analyse finie et l’analyse infinie” (1937) Trad. Œuvres complètes. PUF, XX 25.

[18] In Freud, S. & Pfister, O. (1963) Correspondance. 1909-1939. Trad., Gallimard.

[19] Cf. Van Rillaer, J. (2010) “Comment Lacan psychanalysait”. Science et pseudo-sciences, 293: 96-106. En ligne : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1553

[20] de Mijolla, A. (1982) “La psychanalyse en France”. In R. Jaccard (éd.) Histoire de la psychanalyse. Hachette, p. 84.

[21] Le Séminaire XI. Seuil, 1973, p. 9.

[22] Le lecteur qui douterait de mon ignorance peut lire d’un bout à l’autre les 420 pages de mon livre Les illusions de la psychanalyse, publié en 1981 (Éd. Mardaga). Pour des détails sur la création de l’EFP et la stratégie du silence, voir J. Van Rillaer (2010) “Mensonges lacaniens”. Science et pseudo-sciences, 293 : 57-63. En ligne : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1825

[23] Éd. Lieu Commun, 1985.

[24] “Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse” (1953), rééd. in Ecrits (Seuil, 1966), p. 315s.

[25] Kardiner, A. (1978) Mon analyse avec Freud. Trad., Belfond, p. 90.

[26] Nouvelle Revue Française de Psychanalyse, 1977, 15 : 235.

[27] “L’analyse finie et l’analyse infinie” (1937) Trad., Œuvres complètes. PUF, XX 49.

[28] Pour des témoignages d’analystes sur le conditionnement psychanalytique : J. Van Rillaer, Les illusions de la psychanalyse. Mardaga, 1981, p. 204 à 210. — Meyer, C. et al. (2005) Le Livre noir de la psychanalyse. Les Arènes, p. 390-399.

[29] Intervention de Jacques Lacan à Bruxelles, 26 février 1977. “Propos sur l’hystérie”. Quarto [Supplément belge à La lettre mensuelle de l’École de la cause freudienne], 1981, n° 2.

 

Deux sites pour d’autres publications de J. Van Rillaer sur la psychologie, la psychopathologie, l'épistémologie, les psychothérapies, les psychanalyses, etc.

1) Site de l'Association Française pour l'Information Scientifique: www.pseudo-sciences.org

2) Site de l'université de Louvain-la-Neuve: https://moodleucl.uclouvain.be/course/view.php?id=9996

et cliquer “Oui” à : "Règlement"

ou bien:  1° Taper dans Google : Moodle + Rillaer + EDPH

2° Cliquer sur : "EDPH – Apprentissage et modification du comportement"

3° A la page suivante, cliquer “Oui” à : "Règlement"

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27 février 2018

CERA. 10 mars 2018 – Paris – Autisme & Parentalité - Journée organisée par un organisme créé par l'Ecole de la Cause freudienne

A l'heure où l'on parle de réforme des organismes de formation !
Celle-ci est-elle conforme aux recommandations de la HAS & de l'ANESM ?!?!

Notons qu'elle est remboursée par l'employeur !
Jean-Jacques Dupuis

"Le Centre d’études et de recherches sur l’autisme (CERA) tient sa première journée d’étude à Paris samedi 10 mars sur le thème « Autisme & Parentalité ». Un moment rare et fort d’échanges et de témoignages par des sujets autistes, des parents, des psychanalystes et des écrivains. 

Créé fin 2017 par l’Ecole de la Cause freudienne, le CERA a pour vocation l’enseignement et la recherche sur l’accueil et  l’accompagnement des sujets autistes. Il vise à mettre en lumière les perspectives nouvelles qui, plutôt que d’imposer des conduites hypernormatives et homogénéisantes, font une place aux sujets autistes et accueillent leur singularité. Les psychanalystes y témoignent de l’enseignement unique issu de leurs rencontres avec des enfants ou des adultes autistes dont ils entendent contribuer utilement à l’accueil.
Chaque mois, le CERA propose un enseignement et un échange clinique sur un samedi matin, à l’ECF (le programme est ici). La première journée d’études du 10 mars marque un temps fort autour du thème crucial « Autisme & Parentalité »"

 

CERA. 10 mars - Paris - Autisme & Parentalité

Le Centre d'études et de recherches sur l'autisme (CERA) tient sa première journée d'étude à Paris samedi 10 mars sur le thème "Autisme & Parentalité". Un moment rare et fort d'échanges et de témoignages par des sujets autistes, des parents, des psychanalystes et des écrivains.

http://psychanalyse-map.org

formattion CERA

9 février 2018

Traduction de l'article paru dans The Guardian le 8 février 2018 : Autisme : Le "scandale d'Etat"

"LA FRANCE A 50 ANS DE RETARD": LE « SCANDALE D’ETAT » DU TRAITEMENT FRANÇAIS DE L’AUTISME.


A cause de la psychanalyse, les enfants autistes ne sont pas diagnostiqués, ils sont placés dans des unités psychiatriques et même parfois séparés de leurs parents.

article guardian

Comme des milliers d'enfants français dont les parents pensent qu'ils sont autistes, le fils de Rachel, âgé de six ans, a été placé par l'Etat dans une unité de jour de l'hôpital psychiatrique. L'équipe hospitalière, de l'école de psychanalyse post-freudienne, n'a pas donné de diagnostic précis.


Rachel, qui vivait dans un petit village à l'extérieur de la ville alpine de Grenoble, a dit qu'elle irait ailleurs pour faire évaluer ses trois enfants. Mais l'hôpital a appelé les services sociaux, qui ont menacé de lui enlever les enfants. Un psychiatre consultant a dit que Rachel fabriquait les symptômes de ses enfants pour attirer l'attention, qu'ils n'étaient pas autistes, et qu'elle voulait qu'ils aient des troubles du spectre autistique afin de se rendre plus intéressante.


Les enfants de Rachel lui ont été enlevé et placés. Les enfants ont ensuite été diagnostiqués atteints d'autisme, et d'autres problèmes, donnant raison à Rachel. Cependant, malgré une bataille judiciaire très médiatisée au cours de laquelle des groupes de parents ont dénoncé la «vision préhistorique de l'autisme en France», Rachel, qui souffre elle-même du syndrome d'Asperger, n'a toujours pas récupéré ses enfants deux ans plus tard. Ils restent pris en charge avec des droits de visite limités. Les autorités locales insistent sur le fait que la décision était correcte.


«Je suis condamnée à ne rien pouvoir faire pour la perte de ma famille», écrivait-elle après leur dernière visite à Noël, craignant que ses enfants aient régressé. "Je suis détruite, mes enfants sont détruits."
L '"affaire Rachel", entrant dans une autre bataille en appel cet été, est devenue un symbole de ce que les groupes de parents appellent le "scandale d'Etat" du traitement des enfants autistes en France. La crise est si aiguë que le président centriste français, Emmanuel Macron, l'a considéré comme un «défi de civilisation» urgent, promettant un nouveau plan d'action sur l'autisme annoncé dans quelques semaines.


Les Nations Unies ont déclaré dans leur dernier rapport que les enfants autistes en France «continuent d'être victimes de violations généralisées de leurs droits». L'Etat français a été contraint de payer des centaines de milliers d'euros de dommages et intérêts aux familles pour les soins inadéquats prodigués aux enfants autistes ces dernières années.


Les Nations Unies ont constaté que la majorité des enfants autistes n'ont pas accès à l'éducation ordinaire et que beaucoup «se voient encore proposer des thérapies psychanalytiques inefficaces, une surmédication et un placement dans des hôpitaux et des institutions psychiatriques». Les parents qui s'opposent à l'institutionnalisation de leurs enfants "sont intimidés et menacés et, dans certains cas, perdent la garde de leurs enfants".


Les associations autistes en France se plaignent que les adultes autistes sont enfermés dans les hôpitaux, les enfants confrontés à un manque de diagnostic et que persiste une approche psychanalytique post-freudienne qui ne se concentre pas sur l'éducation mais sur les sentiments inconscients de l'enfant autiste envers la mère.


Une loi de 2005 garantit à chaque enfant le droit à l'éducation dans une école ordinaire, mais le Conseil de l'Europe a condamné la France pour ne pas l'avoir respectée. Les groupes de pression estiment que seulement 20% des enfants autistes sont scolarisés, contre 70% en Angleterre.


« La France a 50 ans de retard sur l'autisme », a déclaré Sophie Janois, l'avocate de Rachel. Son livre, The Autists 'Cause, publié ce mois-ci, vise à alerter sur les abus des droits légaux des personnes autistes. "On dit aux parents:" Oubliez votre enfant, pleurez pour votre enfant et acceptez le fait qu'ils seront placés dans une institution ".
"Sous-jacent à cela, il y a un problème culturel en France", dit Janois. "La France est le dernier bastion de la psychanalyse. Dans les pays voisins, les méthodes d'éducation et les thérapies comportementales sont la norme et la psychanalyse a été abandonnée depuis longtemps. En France, la psychanalyse continue d'être appliquée aux enfants autistes et enseignée dans les universités. "
Elle a dit que les parents étaient forcés de mener une bataille administrative constante pour les droits de leurs enfants. "Il y a des suicides de parents d'enfants.


La bataille sur la psychanalyse post-freudienne et l'autisme en France a été amère. Il y a dix-huit mois, un groupe de députés a tenté de faire interdire l'utilisation de la psychanalyse dans le traitement des enfants autistes, affirmant que la vision de l'autisme comme étant le rejet inconscient d'une mère « froide », prétendument «réfrigérateur» était dépassée, et que cela entrainait le refus d’un soutien éducatif approprié pour les enfants.
Les psychanalystes, qui jouent un rôle de premier plan dans les soins de santé mentale en France, ont critiqué la campagne comme étant «préjudiciable» et diffamatoire.


En 2012, l'autorité sanitaire française a déclaré que la psychanalyse n'était pas recommandée comme méthode de traitement exclusive pour les personnes autistes en raison d'un manque de consensus sur son efficacité. Mais la plupart des hôpitaux publics utilisent encore ces méthodes.
En outre, les Nations Unies ont averti en 2016 qu'une technique appelée «packing» - dans laquelle un enfant autiste est enveloppé dans des draps froids et humides - constituait un «mauvais traitement», mais n'avait pas été légalement interdite et serait «encore pratiquée» sur certains enfants atteints d'autisme. Le ministre de la santé de l'époque a publié un mémo informant que la pratique devrait cesser.

Les parents insistent sur le fait que d'excellents professionnels sont présents en France, mais ils sont peu nombreux et très demandés, avec des services inégaux et variables selon les régions.


"Les autorités locales m'ont dit:" Pourquoi insistez-vous sur l'école? Mettez-le dans une institution », a déclaré une mère près de Tours à propos de sont enfant de sept ans, quia un bon niveau et qui se débrouille bien sur le plan scolaire. "En France, il y a un autisme des pauvres, et l'autisme des riches. Si je n'avais pas d'argent et la capacité de me battre, mon fils aurait fini dans un hôpital psychiatrique. "


Le fils de Catherine Chavy, Adrien, a 20 ans. quand il était petit enfant, il a été traité à temps partiel dans un hôpital psychiatrique d'État qui a utilisé une approche psychanalytique. Son autisme n'a pas été diagnostiqué pendant des années. Chavy s'est battu pour un diagnostic et l'entrée à l'école primaire, trouvant plus tard un centre qui a utilisé des méthodes éducatives et comportementales, où Adrien a progressé. Quand il a atteint 15 ans, il n'y avait aucun dispositif. Elle a organisé en privé un soutien permanent pour lui à la maison. "Il cuisine, fait du sport, va chez sa grand-mère pour le déjeuner. Il a une belle vie, sort tous les jours. Si je n'avais pas fait cela tout seul, je pense qu'il serait dans un hôpital psychiatrique pour adultes, ligoté, avec des médicaments », a-t-elle dit. "La situation en France est un scandale de santé et d'éducation"


Pascale Millo a créé une association pour les parents d'enfants autistes en Corse. Elle a un fils de 14 ans, appelé Adrien, avec autisme de haut niveau et une dyspraxie. L'état l'a mis dans une unité de jour d'hôpital psychiatrique pendant des années, mais Millo n'a pas obtenu un diagnostic jusqu'à ce qu'il ait neuf ans. Adrien est académiquement fort mais elle a dû se battre pour son droit, en tant que dyspraxique, de faire tout le travail scolaire sur ordinateur, de suivre la formation et de subvenir à ses besoins, de ne jamais savoir si, d'un mois à l'autre, le système d'éducation signifiera que ses études sont coupées court. "En théorie, la France a tout: les finances de l'Etat et les lois pour nous protéger", a-t-elle déclaré. "Mais ces lois ne sont pas respectées."
Vincent Dennery, qui dirige un collectif d'associations pour l'autisme, a déclaré qu'il espérait des mesures concrètes et pratiques dans le plan d'action sur l'autisme de Macron, et un passage d'une approche médicalisée vers l'éducation. «Il y a encore des milliers d'enfants autistes dans les unités de jour de l'hôpital psychiatrique qui n'ont aucune raison d'être là, mais leurs parents ne peuvent trouver aucune autre solution», a-t-il dit.


Dennery a dit qu'il sentait que la société avait besoin de changer. "Culturellement, la société française a été un lieu d'exclusion. Un grand nombre de pays ont désinstitutionnalisé le handicap ou la différence et ont décidé d'inclure les personnes dans la vie ordinaire, mais pas la France. "

8 février 2018

Plus de 20 000 documents de Sigmund Freud et sur la psychanalyse numérisés

 

Plus de 20 000 documents de Sigmund Freud et sur la psychanalyse numérisés

Belle date que ce 1er février : la très prestigieuse Bibliothèque du Congrès aux...

https://www.actualitte.com

 

8 février 2018

'France is 50 years behind': the 'state scandal' of French autism treatment

 

'France is 50 years behind': the 'state scandal' of French autism treatment

A reliance on psychoanalysis sees autistic children going undiagnosed, being placed in psychiatric units and even being removed from their parents ike thousands of French children whose parents believe they have autism, Rachel's six-year-old son had been placed by the state in a psychiatric hospital day unit.

https://www.theguardian.com

 

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20 janvier 2018

Regard scientifique sur la psychanalyse (TenL#58)

Enregistré le mercredi 10 janvier 2018 à la Bibliothèque Stanislas de Nancy

Invité : Joel Swendsen

 

Editorial

Si comme moi, vous attachez une importance particulière à votre santé, et notamment à votre santé mentale, vous avez à cœur de ne la confier qu’à des gens compétents et vous vous méfiez des marabouts, des aigrefins, des affabulateurs et des gourous.

Les troubles mentaux peuvent être de natures très diverses, tous ont à voir avec la manière dont notre cerveau traite les informations et les pensées que nous avons de nous-même et de notre environnement. Il y a donc tout un champ disciplinaire destiné à comprendre le fonctionnement des boyaux de la tête et les causes de ses possibles dysfonctionnements. On appelle ça la psychologie.

L’histoire de cette discipline a été marquée par un personnage devenu célèbre à qui l’on attribue de grandes découvertes. Freud s’est lui-même comparé à Galilée et Darwin. Après la blessure narcissique de l’héliocentrisme qui expulse la Terre du centre de l’univers, puis la blessure de l’évolutionnisme qui fait de l’Homme un animal comme un autre, Freud réduisait notre contrôle de nous-même, notre conscience à un frêle esquif sur un inconscient tel un océan monstrueux. L’idée était-elle vraiment si nouvelle ? L’Inconscient freudien est au programme de Philo de nos Terminales.

Permettez qu’on doute de la légende de Sigmund Freud, protégée par la mise au secret d’une grande partie des archives par les héritiers de la maison Psychanalyse. Doutons, car la psychanalyse est d’abord créée comme une thérapie ; Freud se veut un scientifique et il s’appuie sur les cas traités par lui. Mais si l’on s’avise que Freud n’a jamais guéri personne, que les 6 cas historiques sont en réalité 6 échecs thérapeutiques, cela ne jette-t-il pas une ombre au tableau ?

Ne réduisons pas la psychanalyse à Freud, néanmoins. Il y a aussi Lacan, capable de dire à peu près tout et son contraire, de justifier le fait de s’endormir pendant les séances avec ses clients et d’affirmer parfois avec beaucoup d’autorité des choses privées du moindre sens : « L’interprétation doit être preste pour satisfaire à l’entreprêt. De ce qui perdure de perte pure à ce qui ne parie que du père au pire.» Une phrase qu’il n’a prononcée que pour le plaisir de l’oreille comme il l’admit lui-même.

Au-delà des cas particuliers de ces deux figures historiques, la psychanalyse, c’est un ensemble de concepts irréfutables qui immunisent commodément la théorie contre les critiques.

Prenons le refoulement. Il permet d’expliquer pourquoi les patients ne se souviennent pas de ce que la théorie dit leur être arrivés et lance les analysant à la recherche de souvenir enfouis comme s’ils étaient figés quelque part. Les faux souvenirs induits par des thérapeutes attachés aux théories psychanalytiques ont purement et simplement détruit des vies. La résistance est un autre concept pratique : si vous ne croyez pas la psychanalyse c’est parce que cela vous dérange inconsciemment, et cela est la preuve que la théorie a vu juste. Écrasant avantage : la lecture symbolique des événements psychiques permet de toujours arriver à la conclusion souhaitée.

Si votre santé mentale ou celle de vos proches vous importe, vous avez envie d’un peu plus de sérieux que cela. La science fait des progrès remarquables et nous soigne de mieux en mieux, y compris des maladies mentales. Le travail des psychologues et des chercheurs en sciences cognitives est d’appliquer la méthode scientifique aux questions qui concernent les mécanismes de l’addiction, de la dépression, des angoisses, et aussi le fonctionnement ordinaire et biaisé de notre jugement.

Ces méthodes permettent d’élaborer de nouvelles thérapies mais aussi d’évaluer l’efficacité de toutes les thérapies, et notamment celles des psychanalystes. Cette évaluation est peu connue du grand public, et nous recevons ce soir Joël Swendsen, professeur de psychologie et directeur de recherche CNRS à l’Institut de Neurosciences cognitives et intégratives d’Aquitaine pour qu’il nous éclaire sur l’état actuel de la science. Les connaissances d’aujourd’hui nous permettent-elles d’avoir un avis fiable sur la validité des théories psychanalytiques et sur l’efficacité des thérapies qui s’en inspirent ?

15 janvier 2018

Professeur Pierre Debray Ritzen -> La Scolastique freudienne paru en 1973

Vidéo figurant dans les archives de l'INA

Très intéressante (jjdupuis)

Pierre Debray Ritzen "La Scolastique freudienne"

Le Fond et la forme

video 22 janv. 1973 923 vues 12min 09s

Interview de Pierre DEBRAY-RITZEN pour la parution de son livre publié chez Fayard "la Scolastique freudienne" dénonçant l'obscurantisme de Freud et son utilisation systématique d'une symbolique extravagante. L'auteur explique les raisons pour lesquelles il accorde peu de crédit au vocabulaire freudien à travers les exemples du "ça", du "moi "et du "sur moi" et d'autres images freudiennes cherchant à définir la psyché humaine, allant jusqu'à qualifier Freud de "génie de l'esbroufe".

5 janvier 2018

Plans autisme en France sur Wikipédia

Historique intéressant ... Manque de mon point de vue la référence à un outil majeur pour la prise de décision Le Mur "la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme" réalisé par Sophie ROBERT (cliquez sur le lien pour voir ou revoir) permettant de se rendre compte de la futilité des théories qui soutiennent encore de nombreuses prises en charge dans l'hexagone (Jean-Jacques Dupuis)

Plans autisme en France - Wikipédia

Les plans autisme en France sont des programmes comportant un ensemble de mesures définies et financées par le gouvernement français pour améliorer l'accompagnement des personnes autistes et de leur famille. Depuis 2005, ces plans sont au nombre de quatre. Leur champ d'application est au niveau national.

https://fr.wikipedia.org

 

2 janvier 2018

Folles de rage ! « Psychoses » et travail social

2 janv. 2018
Par
Blog : Le blog de Jean Vinçot

Comment une conférence de l'ITES de Brest confirme la dé-formation des travailleurs sociaux.

Le militantisme est une forme de masochisme.

Jeudi 7 décembre 2017, je m'étais inscrit à une conférence sur « Psychoses et travail social » organisée par l'ITES de Brest.

Amphi de 220 places plein. L'ITES (Institut pour le Travail Éducatif et Social) a du refuser du monde. Étudiants, mais surtout professionnels exerçant dans le médico-social ou le sanitaire.

Au bout des deux heures de conférence, je n'étais pas déçu. Mais des collègues du médico-social étaient folles de rage.

Et pourtant, le conférencier, Joseph Rouzel, vieux routier des formations professionnelles dans les institutions médico-sociales et de travailleurs sociaux, scribouilleur infatigable, a une douce voix, sait raconter et a été poète à ses heures. Les appels à la tolérance envers les « psychotiques », soit. On n'est pas au discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy, bien heureusement.

Le cadre a été fixé :

  1. « Le psychotique est insondable. »

  2. Dans le DSM5 « vous êtes bons chacun pour une bonne cinquantaine de pathologies. Les labos sont derrière pour vendre leur produit. »

  3. Les psychotiques ne nous laissent pas tranquille. La normose, cela consiste à les ramener à la réalité : c'est une fascisation des relations.

  4. Le moment fécond, c'est quand le psychotique pète les plombs.

Moment significatif pour moi quand deux professionnelles lui posent la question du « si besoin ». M. Rouzel s'étonne, demande des explications et pose l'hypothèse que c'est une coutume locale, un bretonnisme quoi. Il n'a manifestement pas lu les recommandations de l'ANESM sur les problèmes somatiques.

  •  (p.39) "Éviter une réponse systématique par recours aux psychotropes/neuroleptique. En particulier, porter une attention particulière quant aux dérives possibles de l’administration de traitements psychotropes prescrits avec l’indication «si besoin», alors qu’aucune évaluation d’un professionnel soignant n’a été effectuée."

Le centre de documentation de l'ITES doit être sélectif.

Deux jours après, j'ai assisté au congrès d'Autisme France, au cours duquel les co-rédacteurs de cette recommandation de l'ANESM (Christiane Jean-Bart, la Dr Blachon et le Dr Saravane) ont expliqué leur travail. Des témoignages édifiants sur ce qui se passe dans les institutions : et ces recommandations de l'ANESM sont un vaccin obligatoire pour les établissements médico-sociaux.

Congrès AF © JV Congrès AF © JV

Par exemple quand la Dr Blachon, pédopsychiatre exerçant en établissement médicosocial, exige de faire déshabiller complètement un résident. Ses troubles du comportement sont attribués au désaccord entre ses parents au sujet d'une opération. En fait, il avait un clou dans sa chaussure.

Dans une autre situation, la Dr Blachon a imposé l'utilisation du jus de pruneau (pris en charge par la sécu à la place du Microlax !) pour éviter la constipation.

Est-ce qu'exposer les étudiants de l'ITES et les salariés du médico-social ou du sanitaire à ce virus psychanalytique est suffisant pour les prémunir contre l'abus de neuroleptiques, de laxatifs ou d'interprétations "psychodynamiques" ? Je crains que non, faute d'outils mis à disposition.

Des exemples cités lors de ces deux heures, il apparaît que souvent le psychotique, c'est l'autiste.

C'est pour cela que des personnes qui travaillent tous les jours avec des personnes autistes, enfants ou adultes, étaient folles de rage. Parce que tout ce qui était dit contredisait leur expérience de tous les jours, où elles s'appuient sur les recommandations de la HAS et de l'ANESM pour améliorer l'accompagnement des personnes autistes.

L'une me raconte que dans une de ses productions publiées, Joseph Rouzel critique la méthode TEACH [sic, au lieu de TEACCH], qu'il est contre la structuration de l'environnement. Cela me rappelle qu'un chef de service de l'ESAT Les Chapiteaux Turbulents avait aussi défendu la même thèse.

Tous les appels à la "tolérance" m'apparaissent ainsi dérisoires, car ils ne tiennent pas compte du fonctionnement des personnes autistes, ils ne cherchent pas à leur assurer un environnement non agressif du point de vue sensoriel et une prévisibilité dans les activités.

Moi, je n'étais pas déçu

Moi, je n'étais pas déçu. Cela confirmait l'audit sur les formations du travail social mené dans le cadre du 3ème plan autisme, où il apparaissait que seuls 14% des 280 et quelques organismes avaient un enseignement basé sur les RBPP et l'état des connaissances scientifiques du XXIème siècle.

Cela confirmait que la conception du pluralisme de l'encadrement de cet établissement consiste à ne plus donner la parole quand il a repéré des trublions.

Cela confirme que « La forteresse vide » de Bruno Bettelheim est le livre recommandé aux étudiants pour l'admission dans l’établissement. Cela confirme que l'encadrement de cet établissement n'hésite pas à imposer à ses étudiants un conférencier qui leur expliquera que toute mère d'enfant autiste a voulu tuer son enfant. Et un autre pour qui la cause environnementale de l'autisme est la dépression des mères, que nos associations de familles sont persécutrices des pédopsychiatres et qui trouve magnifique qu'un collégien autiste se cache aux toilettes pour faire du flapping (stéréotypies des mains) car c'est « le lieu où on expulse ... le lieu du caca ».

Chez beaucoup d'employeurs du médico-social en Bretagne, les CV des psychologues fraîchement issus de Rennes II (Jean-Claude Maleval antérieurement, Mireille Perrin aujourd'hui) bénéficient d'un classement vertical. En effet, ils sont non seulement non-formés à l'autisme, ils sont (considérés comme incurablement) déformés.

L'ITES de Brest n'en est peut-être pas à ce point-là … peut-être injustement:).

Les personnes autistes ont jusqu'à présent été trop souvent victimes des « libertés universitaires », de l’indépendance des Universités dans leurs enseignements et leurs recherches. Parce que c'est cette indépendance qui est une des bases de la maltraitance des personnes autistes dans la société, un des leviers utilisés pour éviter de rendre compte par rapport aux personnes concernées. La progression des connaissances et la pression sociale ouvrent cependant un chemin.

Les établissements de formation professionnelle comme l'ITES dépendent des Conseils Régionaux. C'est à eux de s'assurer que l'enseignement corresponde aux besoins des personnes concernées.

20 décembre 2017

La vénération du psychothérapeute : explications et conséquences

article publié dans SCIENCE ... & pseudo-sciences

par Jacques Van Rillaer - SPS n°321, juillet 2017

« Je vous aime d’une façon si indescriptible, comme jamais auparavant je n’ai aimé quelqu’un. »

Anna G. à Freud (transcrit dans le journal de son analyse) [1]

Le traitement psychologique de maladies physiques et mentales a un long passé. Les guérisseurs primitifs, les prêtres de l’Égypte ancienne et des temples d’Esculape provoquaient des guérisons spectaculaires. Des philosophes de l’Antiquité proposaient des « exercices spirituels » pour vivre plus heureux [2]. Le christianisme – avec ses confesseurs, ses directeurs spirituels, ses pèlerinages – a entravé la pratique de la psychothérapie comme telle. En Occident, des traitements « laïques » réapparurent au siècle des Lumières. En 1774, l’abbé Johann Gassner, qui s’était guéri de vertiges et de céphalées grâce à des formules d’exorcisme, obtenait des guérisons étonnantes par un rituel censé expulser les démons. En 1775, le médecin allemand Franz Mesmer fit à Munich la démonstration d’un nouveau traitement devant des membres de la Cour et de l’Académie des sciences : il fit disparaître divers symptômes (convulsions, crises d’épilepsie, etc.) en touchant les malades de ses doigts. Il expliqua qu’il transmettait un fluide physique, le « magnétisme animal », et que l’abbé Gassner guérissait, sans le savoir, par son puissant fluide magnétique. Il opéra ainsi un tournant décisif des traitements religieux à des thérapies prétendument scientifiques. On observa bientôt la vénération portée à Mesmer et à des disciples, ainsi que ses effets nuisibles : exploitation financière et sexuelle, traitements interminables, stagnation ou aggravation de maladies [3].

Mesmer avait bâti sa conception sur des analogies avec des phénomènes électriques. Il avait imaginé l’existence d’un fluide dont l’excès dans le corps provoque les maladies. Le traitement visait à le décharger en provoquant des crises comparables à celles des exorcismes. Mesmer utilisait des aimants et une imitation de la bouteille de Leyde. Il faisait des traitements collectifs à l’aide d’un baquet d’eau contenant des morceaux de fer, aimantés selon une formule secrète. Il croyait effectuer un traitement médical, mais inaugurait une forme de psychothérapie suggestive.

« Le rapport magnétique »

Mesmer appelait « rapport magnétique » la mise en rapport des patients avec le magnétiseur ou avec le baquet magnétisé. Les effets suivants ont été constatés : la croyance que le thérapeute disposait de pouvoirs surnaturels, le désir croissant de contacts avec lui, le développement d’une véritable passion amoureuse et d’une subordination totale. La commission d’enquête scientifique nommée par le roi Louis XVI, qui reconnut l’existence de guérisons mais non l’existence du magnétisme animal, souligna ces observations et conclut que le magnétisme était un danger pour les mœurs [4]. Elle nota aussi que les traitements s’éternisaient : « Il n’y a point de guérisons réelles, les traitements sont fort longs et infructueux. Il y a tel malade qui va au traitement depuis dix-huit mois ou deux ans sans aucun soulagement » [5]. Les mesmériens se disaient préoccupés du problème. Pour eux, un malade était guéri quand le « rapport » entre lui et le magnétiseur ne se produisait plus. Or, cette terminaison s’avérait quasi toujours difficile. Notons encore que des magnétiseurs, à commencer par Mesmer, demandaient des « honoraires exorbitants » [6,7].

« L’influence somnambulique »

Un élève de Mesmer, le marquis de Puységur, qui avait horreur des crises magnétiques, a mis au point une procédure appelée « somnambulisme artificiel », ancêtre de l’« hypnotisme ». En état de détente, le patient était incité à se focaliser entièrement sur les suggestions du magnétiseur et à s’y conformer. Ce changement de technique n’a pas amoindri le risque de vénération et ses nuisances. En 1886, le médecin-hypnotiseur Albert Ruault notait que des patients croyaient tout ce que racontait l’hypnotiseur et qu’ils lui attribuaient des pouvoirs surnaturels [8]. Pierre Janet examina de près ces réactions. Son article « L’influence somnambulique et le besoin de direction » [9] les détaille. « Après l’appréhension du début, le sujet recherche maintenant les séances avec un désir passionné ; en outre, surtout à un certain moment, il parle beaucoup de son hypnotiseur et s’en préoccupe d’une façon excessive  » (p. 115). Ensuite, « ce que l’on observe le plus souvent c’est un sentiment d’affection qui peut très rapidement devenir extrêmement vif. Le sujet se sent heureux quand il voit son hypnotiseur et, quand il lui parle, il éprouve du plaisir à penser à lui et par conséquent ne tarde pas à l’aimer beaucoup. Celui qui s’occupe d’elles, disions-nous en particulier des hystériques, n’est plus à leurs yeux un homme ordinaire ; il prend une situation prépondérante auprès de laquelle rien ne peut entrer en balance. Pour lui, elles sont résolues à tout faire, car elles semblent avoir pris une fois pour toutes la résolution de lui obéir aveuglément  » (p. 125s).

Janet comparait la passion pour l’hypnotiseur à la passion amoureuse et à la morphinomanie. Il concluait que le thérapeute « doit réduire au minimum sa domination sur l’esprit du malade et lui apprendre à s’en passer » sous peine de « développer à un point dangereux les phénomènes de la passion somnambulique qui bientôt rendront le traitement impraticable » (p. 141).

« Le transfert de réactions infantiles »

Freud, au début de sa carrière, qui utilisait alors l’hypnose, a retrouvé les observations des magnétiseurs et de Janet : « Des patientes perdent leur autonomie à l’égard du médecin, pouvant même tomber dans une dépendance sexuelle à son égard  » [10]. Dans son autobiographie, il raconte qu’une patiente, au sortir de l’état hypnotique, lui avait sauté au cou : « Je fus assez de sang-froid pour ne pas mettre ce hasard au compte de mon irrésistibilité personnelle et estimai avoir maintenant saisi la nature de l’élément mystique qui était à l’œuvre derrière l’hypnose  » [11].

La même dévotion a été générée avec sa propre méthode. (Le patient dit tout ce qui lui passe par la tête. L’analyste écoute avec une « attention flottante » et fait des interprétations dont il communique une partie quand il le juge opportun.) Freud écrit en 1917 : « Le patient, qui est censé ne rien chercher d’autre qu’une issue aux conflits dont il souffre, développe un intérêt particulier pour la personne du médecin. Tout ce qui est en corrélation avec cette personne lui paraît plus significatif que ses propres affaires et semble le distraire de son état de maladie. […] À la maison, le patient ne se lasse pas de louer le médecin, vantant chez lui des qualités toujours nouvelles. “Il est enthousiasmé par vous, il vous fait une confiance aveugle ; tout ce que vous dites est pour lui une révélation”, racontent les proches. De temps en temps, l’un des membres de ce chœur voit plus clair et déclare : “Cela devient ennuyeux, il ne parle de rien d’autre que de vous et il n’a que votre nom à la bouche”. […] Le transfert revêt le médecin d’une autorité, se transposant en croyance accordée aux communications et conceptions du médecin  » [12]. En un mot, le patient adule l’analyste, il croit tout ce qu’il lui dit et fait bruyamment sa publicité. La cure devient une fin en soi. La disparition des troubles devient une question accessoire.

Freud dira dix ans plus tard que sa thérapie peut provoquer un attachement pathologique  : « La relation de sentiment que le malade adopte envers l’analyste est, pour dire les choses clairement, de la nature d’un état amoureux. […] Comme tout état amoureux, il éteint l’intérêt pour la cure et pour la guérison, bref, nous ne pouvons en douter, il s’est mis à la place de la névrose, et notre travail a eu pour résultat de chasser une forme de maladie par une autre. […] Il est au plus haut point remarquable que nous réussissions à transformer une névrose de n’importe quel contenu en un état amoureux morbide  » [13].

Son explication, dont nous donnons la dernière version : « Le patient voit dans l’analyste un retour – une réincarnation – d’une personne importante issue de son enfance, de son passé, et il transfère sur lui pour cette raison des sentiments et des réactions qui s’adressaient très certainement à ce modèle  » [14]. Rappelons que pour Freud, nos réactions affectives à l’âge adulte ne sont, pour l’essentiel, que répétition de réactions infantiles. Il écrit par exemple : « Dès les six premières années de l’enfance, le petit homme a établi le mode et la tonalité affective de ses relations aux personnes de l’un et l’autre sexe  » [15].

Il est remarquable que lors du premier usage connu de son concept de « transfert », Freud évoque la durée du traitement. Le 16 avril 1900, il écrit à Fliess que « E », après cinq années de thérapie, a décidé d’arrêter « bien qu’un reste de symptômes subsiste  » et il ajoute : « Je commence à comprendre que le caractère apparemment sans fin de la cure est quelque chose de régulier et qui dépend du transfert. […] L’achèvement asymptotique de la cure m’est en soi indifférent ; c’est quand même plus pour les personnes extérieures qu’il reste une déception  ».

À la même époque, il écrit : « J’ai entendu dire qu’un confrère plus âgé, dont le jugement passe pour inattaquable, se gaussait et s’étonnait de ce qu’un de mes patients poursuive pour la cinquième année déjà son travail psychanalytique chez moi  » [16]. (Précisons que « Freud recevait chacun de ses patients tous les jours, six jours sur sept  » [17].) Aujourd’hui, on ne se gausse plus d’analyses longues ou interminables. Certains s’en vantent, comme ces vedettes du show-business dont on trouve le témoignage en tapant dans Google « le nom + psychanalyse ». En 2013, Carla Bruni-Sarkozy se flattait, dans le magazine Psychologie, d’être en analyse depuis plus de dix ans, à raison de quatre séances par semaine pendant huit ans, puis deux séances par semaine. Quelques années plus tôt elle déclarait : « La psychanalyse est une partie essentielle de ma vie. Je suis une “absolue pratiquante” ». En 2008, Gérard Depardieu : « J’ai certainement beaucoup de défauts. J’essaie de faire ce que je peux avec, mais je ne me vautre pas dans mes défauts. Je suis en analyse depuis 28 ans, j’essaie de vivre ». Marc-Olivier Fogiel, l’animateur de Le Divan  : « La psychanalyse, c’est indispensable à ma vie. Depuis 12 ans. […] L’analyse me permet de remettre en place les pièces d’un puzzle. Ça finira un jour, c’est sûr, mais j’en ai encore besoin ». Dans l’émission Le Divan, Fabrice Luchini apparaît fier d’être en analyse depuis près de 40 ans. Dans une interview au Figaro, il révèle le résultat : « À 61 ans passés, après des décennies de psychanalyse, je me trouve dans cette envie de découverte de l’autre (relative, hein : il ne faut pas exagérer) ».

La dévotion au thérapeute apparaît dans différentes thérapies. Elle est particulièrement forte en psychanalyse. La sociologue Dominique Frischer, qui a interviewé en région parisienne une soixantaine de personnes analysées ou en analyse, constate : « Tout se passe comme si l’aliénation créée par l’analyse, l’état de dépendance permanent auquel sont assujettis certains patients, dépassaient et de loin l’aliénation imposée par l’obédience à toute autre doctrine, religieuse, philosophique ou politique, mais par divers aspects se situait sur le même plan que la subordination imposée par l’emploi régulier de stupéfiants ou d’alcool  » [18].

Quelques hypothèses explicatives

Plusieurs facteurs peuvent jouer et, le plus souvent, jouent de concert. Nous en évoquons quatre :

  1. L’être humain est génétiquement prédisposé à croire  : il croit les adultes quand il est enfant et croit des autorités tout au long de sa vie. Il croit surtout les individus censés le délivrer de souffrances. C’est une question de survie de l’espèce. Freud écrivait en connaissance de cause : « Une minorité d’hommes de la culture [19] est capable d’exister sans s’étayer sur d’autres ou même seulement de porter un jugement autonome. De la soif d’autorité et de l’inconsistance intérieure des hommes, vous ne pouvez vous faire une représentation trop sévère  » [20]. Là où une thérapie est jugée fiable, le patient a tendance à attribuer sa stagnation ou sa détérioration à la gravité de son cas plutôt qu’à l’inadéquation du traitement. Ainsi la foi dans la thérapie perdure.
  2. Une aspiration fondamentale de l’être humain est d’être écouté, estimé et aimé. Paul Valéry l’écrivait joliment : « La douceur est grande, de s’admirer, – de se convenir – de se répondre et satisfaire soi-même exactement... Et nous en demandons les moyens et la certitude aux autres. Nous les supplions qu’ils nous accordent les motifs et l’assurance de nous aimer nous-mêmes, par le détour de leur faveur  » [21]. Lacan disait que, quoi qu’il dise ou fasse, l’analyste est « le sujet supposé savoir  » et que « même au psychanalyste mis en question, il est fait crédit d’une certaine infaillibilité  » [22]. On peut ajouter qu’il est aussi le sujet supposé écouter, estimer et aimer. Il suffit de payer. La « douceur » accordée – pour parler comme Valéry – peut générer une addiction comportementale comparable au jeu pathologique ou à la cyberaddiction.
  3. Les comportements suivis de façon intermittente d’effets positifs se répètent en général plus longtemps que les comportements suivis dans un premier temps d’effets positifs systématiques et dans un deuxième temps de l’absence d’effets positifs. Les machines à sous en sont une parfaite illustration. Les thérapies au long cours aussi : la plupart des séances apportent des petits indices, des interprétations, des éclaircissements, qui entretiennent l’espoir de devenir un jour celui qu’on rêve d’être. En référence aux Contes des Mille et Une Nuits, des psychologues parlent d’« effet Shéhérazade » [23]. Rappelons que le roi de Perse épousait chaque jour une nouvelle femme et la faisait exécuter le lendemain. Shéhérazade, elle, a commencé chaque nuit un conte captivant en prenant soin de le laisser inachevé. Jour après jour, le roi l’a laissée en vie pour connaître la suite de l’histoire.
  4. Terminons par l’explication que donnait Lacan en s’inspirant de l’Évangile de Jean : « Figurez-vous que j’ai une certaine expérience de ce métier sordide qui s’appelle être analyste. Et là, j’en apprends un bout, et le “Au commencement était le Verbe” prend plus de poids pour moi. Je vais vous dire une chose : s’il n’y avait pas le Verbe, qui, il faut bien le dire, les fait jouir, tous ces gens qui viennent me voir, pourquoi est-ce qu’ils reviendraient chez moi, si ce n’était pas pour à chaque fois s’en payer une tranche, de Verbe ? Moi, c’est sous cet angle-là que je m’en aperçois. Ça leur fait plaisir, ils jubilent. Sans ça, pourquoi est-ce que j’aurais des clients, pourquoi est-ce qu’ils reviendraient aussi régulièrement, pendant des années ? Vous vous rendez compte ! » [24]. Je doute de la pertinence de l’explication de Lacan, mais nullement de son expérience quant au pouvoir de séduction et d’exploitation des « clients », « pendant des années » [25].

L’aide d’un psychothérapeute peut être précieuse, surtout si l’on souffre de troubles bien ancrés, comme une forte addiction ou d’intenses obsessions et compulsions. Dans ce cas, on ne peut attendre des résultats rapides et il faut faire confiance au praticien pendant un temps déterminé (quelques semaines ou quelques mois). Toutefois, il importe de ne pas se fier au discours sur les intentions thérapeutiques, mais d’observer si des changements dans les comportements qui font problème apparaissent progressivement. Trop de thérapeutes font comme d’habiles commerçants : au lieu de répondre de façon effective à la demande du client, ils l’orientent subtilement vers d’autres choses qui les arrangent : des analyses interminables de rêves, de fantasmes, de souvenirs d’enfance et de menus incidents de la vie quotidienne. Il importe, lorsque des résultats se font attendre, d’avoir le courage de changer de méthode de traitement ou, du moins, de thérapeute. Nous disons « avoir le courage », car cette opération est d’autant plus difficile qu’une relation affective intense s’est développée.

Le blog de Jacques Van Rillaer https://blogs.mediapart.fr/jacques-... ...
Références

Les citations de Freud sont extraites des Œuvres complètes, traduites aux PUF. Le 1er nombre indique le tome, le 2ème la page.

[1] Mon analyse avec le professeur Freud. Trad., Flammarion, 2010, p. 62. Pour une présentation de cette psychanalyse, voir : www.mediapart.fr – Rechercher : Anna_G.
[2] Hadot P. Exercices spirituels et philosophie antique, Albin Michel, 2002, 416 p.
[3] Ellenberger H. À la découverte de l’inconscient, Trad., Simep éd., 1974, chap. 2 — Rausky F. Mesmer ou la révolution thérapeutique, Payot, 1977, 262 p.
[4] Pour des détails : Rausky F. Op. cit., chap. 6.
[5] Cité in Rausky F. Op. cit., p. 235.
[6] Ellenberger H. Op. cit., p. 56.
[7] Pour en savoir plus sur Mesmer, voir SPS, 2012, n° 300. Sur le marché de la magnétothérapie, SPS, 2013, n° 304. www.afis.org
[8] « Le Mécanisme de la suggestion hypnotique », Revue Philosophique, 1886, XX, 676-697.
[9] Revue philosophique, 1897, XLIII, 113-143. (Texte remanié d’un exposé au Congrès international de psychologie de Munich de 1896)
[10] Études sur l’hystérie, 1895, II, 329.
[11] Autoprésentation, 1925, XVII, 75.
[12] Leçons d’introduction à la psychanalyse, 1917, XIV, 456-462.
[13] La question de l’analyse profane, 1926, XVIII, 50-52.
[14] Abrégé de psychanalyse, 1940, XVII, 267.
[15] Sur la psychologie du lycéen, 1914, XII, 335.
[16] L’interprétation du rêve, 1900, IV, 485. (On apprend par une lettre à Fliess que le confrère est Breuer, son ancien mentor).
[17] Roazen P. Comment Freud analysait, Trad., Navarin, 1989, p. 31.
[18] Les analysés parlent, Stock, 1977, p. 284.
[19] Freud opposait les Kulturmenschen aux « hommes primitifs ».
[20] Les chances d’avenir de la thérapie psychanalytique, 1910, X, 68.
[21] Suite, 1930. Rééd., Œuvres II, Pléiade, 1966, p. 781.
[22] Le Séminaire. Livre XI, Seuil, 1973, p. 212.
[23] Goldiamond I. “Self-control procedures in personal problems”, Psychological Reports, 1965, 17:851-68.
[24] Le triomphe de la religion, Seuil, 2005, p. 91.
[25] Voir J. Van Rillaer « Comment Lacan psychanalysait », SPS, 2010, n° 293. www.afis.org

3 décembre 2017

Une découverte de Maître Jacques Lacan : “Il n’y a pas de rapport sexuel”

1 déc. 2017
Par Blog : Le blog de Jacques Van Rillaer

« Il n’y a pas de rapport sexuel » est un dogme du lacanisme. C’est par ailleurs une illustration de ce que l’on peut appeler « l’effet Humpty-Dumpty ».
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Lewis Carroll, dans Alice au pays des merveilles, évoque l’usage des mots par les Maîtres: « “Je ne sais pas ce que vous voulez dire quand vous dites gloire”, dit Alice. - Humpty-Dumpty sourit dédaigneusement : “Bien sûr, vous ne le savez pas avant que je vous le dise. Je veux dire : Voilà un bel argument massue pour vous !”  - “Mais, objecta Alice, gloire ne veut pas dire un bel argument massue”.  - Humpty-Dumpty dit d'un ton méprisant : “Quand j'emploie un mot, il signifie exactement ce que je décide qu'il doit signifier, ni plus ni moins”.  - “La question est, dit Alice, de savoir si l'on peut faire signifier tant de choses différentes à des mots”.  - “La question est, dit Humpty-Dumpty, de savoir qui sera le Maître, c'est tout” » [1].

 

humpty-dumpty

Humpty Dumpty (source: El Mercurio, 1-12-2017)

Le dogme, souvent répété par les lacaniens, qu’“il n’y a pas de rapport sexuel” est une illustration de ce qu’on peut appeler « l’effet Humpty-Dumpty ». Lacan, génial faiseur d’une mode intellectuelle, n’a jamais défini de façon soigneuse et compréhensible ce qu’il entendait par cette formule. Ses disciples, plutôt que de reconnaître qu’il s’agit d’un énoncé loufoque, y sont allés chacun de sa propre interprétation.

1) Selon Jacques-Alain Miller, gendre et héritier spirituel de Lacan

« Avec sa formule “Il n'y a pas de rapport sexuel”, Lacan ne veut pas dire, bien sûr, que les relations sexuelles n'arrivent jamais ; mais le langage fait que chez l'être humain, à la différence des animaux, il n'existe pas d'appropriation nécessaire, de destination d'un sexe pour l'autre. Le garçon n’est pas voué à la fille. Chacun construit, choisit son mode de jouissance et son usage du sexe (solitaire, hétéro ou homosexuel).
La morale lacanienne est une morale de l'invention de soi, de la singularité. Trouvez votre singularité, la voie de votre désir et assumez-en les conséquences. Car tout ce qu'on dit et fait se paie. »  (Miller, J.-A. & Onfray, M. (2010) Débat « En finir avec Freud ? » Philosophie magazine, 2010, n° 36, p. 15).

Dans Lacanquotidien, question : « On ne peut comprendre l’Homme sans prendre en considération le concept de jouissance, tel que Lacan l’a défini ».  Réponse de Miller : « Le docteur Lacan choisit de partir des rapports entre les hommes et les femmes, pour aborder la condition de l’Homme. La jouissance isole les êtres parlants, d’où sa formule, “Y-a-d’l’Un”, au sens où il y a de l’Un tout seul, mais, il n’y a pas de rapport sexuel, soit, il n’y a pas de l’Un à deux. Cette formule est à comprendre au niveau logique, relevant d’un fait de discours. Le coït existe, mais au niveau d’une compréhension psychanalytique, l’homme et la femme, qui ne le sont que de s’inscrire dans un rapport avec l’ordre du signifiant, ne se rencontrent pas dans leurs jouissances respectives. Du côté des hommes (cf. les formules de la sexuation, le Séminaire, Livre XX), le sujet jouit non pas du corps de la femme, mais de l’organe, côté femme, le sujet jouit, dans un au-delà de la jouissance phallique, dans ce lieu qui touche au réel, sa jouissance ne s’inscrit pas toute dans le registre du signifiant, et donc est indicible car situé au-delà de l’Autre du langage, ce dont les sujets mystiques témoignent. Sur cette base de l’absence de rapport sexuel, le docteur Lacan établit deux possibilités de ratage dans la rencontre entre un homme et une femme. D’un côté, le rapport sexuel rate, côté Homme, en ceci que, “si l’Homme veut La femme, il ne l’atteint qu’à échouer dans le champ de la perversion”, [S٠(a)], en d’autres termes, il ne rejoint son partenaire qui est l’Autre, qu’en ceci qu’il l’appréhende par le petit bout de la cause de son désir, (a). De l’autre côté, “une femme ne rencontre l’Homme que dans la psychose. Posons cet axiome, non que L’homme n’existe pas, cas de La femme, mais qu’une femme se l’interdit, pas de ce que soit l’Autre, mais de ce qu’‘il n’y a pas d’Autre de l’Autre’ ”, ce qui signifie qu’une femme ne rencontre l’Homme — en tant qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre, que dans la situation où, par exemple, elle décompenserait sur un versant psychotique, et où elle aurait affaire à un Autre, qui ne relèverait pas de la structure de l’Autre divin indicible et ineffable des mystiques, mais d’un Autre de l’Autre consistant d’un délire. Une autre voie, côté femme, qui n’exclut pas la première : une femme peut se prêter à “la perversion que je tiens pour celle de L’homme (…) pour que le fantasme de L’homme en elle trouve son heure de vérité”, soit à venir s’inscrire dans le mathème du désir de l’Homme [ S ٠ (a)] en cherchant à se faire cause de son désir. »  (Lacanquotidien, périodique en ligne de Jacques-Alain Miller, 13 mai 1012) [2].

2) Selon le psychanalyste lacanien Gérard Haddad, analysé par Lacan

Dans le compte rendu de sa psychanalyse chez le gourou, Hahhad raconte qu’après quelques années de séances quotidiennes chez Lacan, il ne parvient plus à payer ses séances. Il écrit dans le journal de son analyse : « Notre réserve d'argent touchait à sa fin. Qu'allions-nous devenir ? A. [sa femme] me conseilla de ralentir provisoirement le rythme de mes séances, de revenir à la fréquence initiale trihebdomadaire, moins ruineuse que la rencontre quotidienne. Si bien que le jour suivant, au moment de le quitter et après avoir évoqué cette nouvelle crise de nos finances, je dis à Lacan : “Ma femme me conseille de réduire provisoirement mon nombre de séances, vu notre situation…” Il prit alors un visage très courroucé. “Votre femme n'a pas à se mêler de votre analyse.” Puis, après un silence de quelques secondes, il ajouta en martelant ses mots : “Votre femme est la cause de tout.” Dirigeant son pas traînant vers un autre patient, il répéta d'une voix où le doute ne pouvait s'inscrire : “De tout, de tout, de tout...” Ces deux mots, refusés sur l'instant, allaient, comme chaque fois, s'inscrire et user lentement la roche dure de ma cécité mentale. J'en prendrai acte, bien plus tard, en même temps que ce postulat qui fit tant ricaner les philistins : Il n'y a pas de rapport sexuel, il n'y a pas d'harmonie parfaite possible entre un homme et une femme, mais un discord où peut se loger l'aventure personnelle. Donc un deuil à faire de ce rêve. J'étais à mon tour convoqué à cette confrontation, plus difficile encore que celle de la mort. En habile pêcheur, Lacan me laissa longtemps me débattre, lâchant du fil à volonté parce que sachant que l'hameçon était solidement et douloureusement fiché au gosier. »  (Le jour où Lacan m’a adopté. Mon analyse avec Lacan. Grasset, 2002. Rééd., Le Livre de Poche, 2007, p. 178s).

3) Selon É. Roudinesco, ancienne membre de l’École de Lacan

« Lacan dira qu’il “n’y a pas de rapport sexuel”, pour montrer que le rapport sexuel n’est pas un rapport, ou que “la femme n’existe pas”, pour désigner l’absence d’une nature féminine. »  (Jacques Lacan. Fayard, 1993, p. 439).

4) Selon Claude Landman, professeur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en Psychopathologies (Paris)

« Lorsque Lacan avance qu’“il n'y a pas rapport sexuel”, il s'agit d'un dire qui fait référence à cette dimension de la vérité qui, dans la logique modale, s'appelle un fait, événement, comme par exemple : “Il n'a pas plu à Paris le 3 mai 1975.” Et, explicitement, Lacan rapporte ce dire au fait que le phallus, en tant qu'il constitue le partenaire tiers entre homme et femme, à la fois rend impossible le rapport sexuel et y supplée.
On saisit donc pourquoi il peut dire, par exemple, dans le séminaire Les non-dupes errent, en 1974, que le rapport sexuel pourrait se produire, fût-ce de façon contingente, et que c'est même là une visée possible de l'analyse. On mesure là encore que, grâce à cette mise en place de la jouissance phallique comme ex-sistence, il se pourrait, ce qui est impossible dans la conception freudienne, que même de manière contingente, rapport sexuel il y ait. »  (De Freud à Lacan, notes sur la fonction du phallus. In : Fondation Européenne pour la Psychanalyse. La direction de la cure depuis Lacan. Point Hors Ligne, 1994, (179-182), p. 182).

5) Avec la voix d’Esthela Solano-Suarez

https://www.youtube.com/watch?v=j0Ye5mX4vUs

à la 45e sec. justifie la formule par le fait que «l'être humain est assujetti au langage»

6) Selon Lacan lui-même

 

lacan-fumeur

 — « J'énonce que le discours analytique ne se soutient que de l'énoncé qu'il n'y a pas, qu'il est impossible de poser le rapport sexuel. C'est en cela que tient l'avancée du discours analytique, et c'est de par là qu'il détermine ce qu'il en est réellement du statut de tous les autres discours. Tel est, dénommé, le point qui couvre l'impossibilité du rapport sexuel comme tel. La jouissance, en tant que sexuelle, est phallique, c'est-à-dire qu'elle ne se rapporte pas à l'Autre comme tel. »  (Le Séminaire. Livre XX. Encore, 1972-1973. Texte établi par Jacques-Main Miller. Seuil, 1975, p. 14).

— « Nous avons besoin de l'équivoque — c'est la définition de l'analyse — parce que, comme le mot l'implique, l'équivoque est tout de suite versant vers le sexe. Le sexe, je vous l'ai dit, c'est un dire. Ça vaut ce que ça vaut. Le sexe ne définit pas un rapport. C'est ce que j'ai énoncé en formulant qu'il n'y a pas de rapport sexuel. Ça veut seulement dire que chez l'homme, et sans doute à cause de l'existence du signifiant, l'ensemble de ce qui pourrait être rapport sexuel est un ensemble — on est arrivé à cogiter ça, on ne sait d'ailleurs pas très bien comment ça s'est produit — un ensemble vide. La notion d'ensemble vide est ce qui convient au rapport sexuel. »  (“Une pratique de bavardage”, Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1979, n° 19, p. 6).

— « Le rapport sexuel, il n'y en a pas, mais cela ne va pas de soi. Il n'y en a pas, sauf incestueux. C'est très exactement ça qu'a avancé Freud — il n'y en a pas, sauf incestueux, ou meurtrier. Le mythe d'Œdipe désigne ceci, que la seule personne avec laquelle on ait envie de coucher, c'est sa mère, et que pour le père, on le tue. »  (“L'escroquerie psychanalytique”, Ornicar? Bulletin périodique du champ freudien, 1979, n° 17, p. 9s).

Commentaire (Jacques Van Rillaer)

En disant qu'« il n'y a pas de rapport sexuel » sauf incestueux, Lacan veut peut-être dire (mais avec lui rien n'est jamais sûr) qu'inconsciemment nos relations sexuelles sont toujours incestueuses. Freud affirmait quelque chose qui va dans le sens de cette interprétation : « L'acte de téter le sein maternel devient le point de départ de toute la vie sexuelle, le prototype jamais atteint de toute satisfaction sexuelle ultérieure. » (Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse, 1917, Gesammelte Werke, XI, p. 325. Trad., Leçons d'introduction à la psychanalyse, Œuvres complètes, PUF, XIV, p. 324).

——————

[1] Cité in Eysenck, Us et abus de la psychologie. Trad., Delachaux et Niestlé, 1956, p. 165.

[2] http://www.lacanquotidien.fr/blog/2012/05/%E2%96%AA-les-jeux-du-lacan-club-%E2%96%AA-par-kristell-jeannot/

Pour une vidéo présentant quatre déconvertis du freudo-lacanisme: http://www.dailymotion.com/video/x37mnmz

Deux sites pour d’autres publications de J. Van Rillaer sur la psychologie, la psychopathologie, l'épistémologie, les psychothérapies, les psychanalyses, etc.

1) Site de l'Association Française pour l'Information Scientifique: www.pseudo-sciences.org

2) Site de l'université de Louvain-la-Neuve

1° Taper dans Google : Moodle + Rillaer + EDPH

2° Cliquer sur : EDPH – Apprentissage et modification du comportement

3° A la page suivante, cliquer “Oui” à : "Règlement"

ou bien cliquer sur : https://moodleucl.uclouvain.be/course/view.php?id=9996

et cliquer “Oui” à : "Règlement"

29 novembre 2017

Autisme -> Le mythe du retour des dinosaures ... un grand cru de Bourgogne !

Pourquoi l'accompagnement des personnes avec autisme est toujours en retard en France ? Petit exemple ordinaire ... (Jean-Jacques Dupuis)

Toujours plus d'UN pour accompagner un autiste ! * Centre Ressources Autismes Bourgogne

Journée régionale CIPPA Samedi 31 mars 2018 - Cinéma Olympia - DIJON (21) Toujours plus d'UN pour accompagner un autiste ! Plaidoyer pour des interventions plurielles et complémentaires. Avec la participation de Bernard GOLSE, Marie-Dominique AMY, Marie-Christine LAZNIK, Fabien JOLY, Chantal LHEUREUX-DAVIDSE, Anne-Sophie PELLOUX, Thierry VIGNERON, Louise VILLETARD, L'équipe de L'Ombrelle C.G.I.

http://www.crabourgogne.org

 Merveilleux film en complément pour ceux qui veulent en savoir davantage sur le dessous des cartes

29 novembre 2017

Education : le principal syndicat du primaire inquiet de la prédominance des neurosciences

cf. "E pur si muove !" (Jean-Jacques Dupuis)

12h08, le 27 novembre 2017

Education : le principal syndicat du primaire inquiet de la prédominance des neurosciences

Jean-Michel Blanquer s’est prononcé à de nombreuses reprises prononcé en faveur des neurosciences.

Dans un appel signé par 56 chercheurs, le syndicat Snuipp-FSU s'inquiète de la place accordée aux neurosciences par le gouvernement pour orienter les méthodes d'enseignement ou les programmes.

Le principal syndicat du primaire, le Snuipp-FSU, rejoint par une cinquantaine de chercheurs, s'inquiète lundi de la prédominance des neurosciences dans l'éducation, après l'annonce de la création d'un Conseil scientifique de l'éducation nationale dirigé par le professeur de psychologie cognitive Stanislas Dehaene. "Dans le dialogue permanent que l'école doit entretenir avec la recherche, aucune discipline ne peut légitimement s'imposer aux autres et aucune ne doit être ignorée", écrit le syndicat dans un appel signé par 56 chercheurs. "Toutes les recherches et tous les mouvements pédagogiques, qui prennent l'école et les apprentissages pour objet, concourent à la constitution d'un corpus de connaissances en perpétuel développement."

Une recherche "instrumentalisée". Les signataires de cet appel - parmi lesquels le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, l'historien de l'éducation Claude Lelièvre, le géographe et ancien président du Conseil supérieur des programmes Michel Lussault, le professeur en sciences de l'éducation Philippe Meirieu - redoutent une recherche "instrumentalisée". Dernier exemple en date : l'annonce la semaine dernière par Jean-Michel Blanquer de la création d'un Conseil scientifique de l'éducation nationale avec à sa tête le professeur de psychologie cognitive Stanislas Dehaene, ce qui marque, selon eux, "la prédominance des neurosciences dans l'approche gouvernementale de l'école".

Les orientations du ministre. Jean-Michel Blanquer s'est à de nombreuses reprises prononcé en faveur des neurosciences pour modifier les méthodes d'enseignement ou les programmes. Il les a par exemple mentionnées lorsqu'il a préconisé la méthode de lecture dite "syllabique", ou la maîtrise des quatre opérations au CP et au CE1. Le ministre a détaillé à l'hebdomadaire Le Point de la semaine dernière les objectifs du Conseil scientifique de l'éducation : "il s'agit de pouvoir consulter des scientifiques de différentes disciplines, notamment dans les sciences cognitives, afin d'avoir une vision fondée des politiques publiques". Il faut, selon lui, "que les débats soient davantage argumentés et appuyés sur ce qui est prouvé et ce qui marche à la lumière des sciences."

28 novembre 2017

FRANCE - Publication sur le site du Gouvernement -> Qu’est-ce que l’autisme ?

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Publication sur le site du Secrétariat d'Etat auprès du Premier Ministre chargé des personnes handicapées

Définition, fonctionnement & différentes formes de l’autisme

L’autisme, c’est quoi ?

L’autisme est un trouble neuro-développemental précoce qui dure toute la vie. Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de médicament spécifique pour l’autisme, mais une prise en charge adaptée permettant de mieux vivre avec l’autisme.
L’autisme peut être repéré avant l’âge de 2 ans, mais le diagnostic est possible tout au long de la vie.

Trois facteurs sont distingués dans l’autisme ; la génétique, le développement cérébral et le comportement. Ces trois facteurs sont en interaction constante, et ce toute la vie.

L’autisme se manifeste par des troubles de la communication, des intérêts ou activités obsessionnels, des comportements à caractère répétitif, ainsi qu’une forte résistance au changement. La personne présente aussi souvent des hyper ou hypo-sensibilités sensorielles (sons, lumière, couleurs, toucher…). Tous ces signes s’expriment avec des intensités variables.

L’autisme est souvent associé à d’autres troubles (épilepsie, hyperactivité, déficience intellectuelle, troubles du sommeil, troubles alimentaires…).

On estime que l’autisme toucherait 1 personne sur 100.

 

 

L’autisme, pourquoi ?

L’état des connaissances ne permet pas encore de comprendre précisément toutes les causes de l’autisme, mais il est essentiel de préciser d’emblée que, contrairement à une idée reçue, les scientifiques sont unanimes sur le fait que « les caractéristiques psychologiques des parents n’entrent pas en compte dans la survenue de l’autisme » (cf. article « État des connaissances, rapport de la HAS 2010 »)

L’état des connaissances progresse continuellement, notamment grâce à l’implication des personnes concernées (personnes autistes et familles).

Comment se manifeste l’autisme ?

Les signes communs

Les formes d’autisme sont nombreuses et s’expriment différemment. Deux grands types de signes communs sont toutefois identifiés :

- Une particularité ou déficit de la communication, par exemple ; peu ou pas du tout de langage, ou langage bizarre, répétition inadaptée des derniers mots entendus ou de morceaux de phrases (ce qu’on appelle des écholalies, communication non-verbale absente ou inadaptée, difficulté à exprimer ses émotions, non-compréhension de l’implicite et second degré…ainsi que des particularités des interactions sociales, par exemple ; non adaptation des regards, du respect des tours de paroles, incapacité à se mettre à la place de l’autre, à partager un intérêt, hyper-perception, sens du détail…

- La présence de comportements répétitifs, par exemple ; répétition involontaire et rythmique des mêmes mots, gestes ou rituels, actions répétitives (ce qu’on appelle des stéréotypies), intérêts ou activités restreints ou obsessionnels (ex : routine, focalisation sur un sujet (train, météo, animaux) et une perturbation à l’imprévu.

La grande diversité de signes

Les personnes autistes sont extrêmement hétérogènes dans leurs compétences et leurs fonctionnements. Certaines vont parler beaucoup quand d’autres vont présenter des difficultés d’expression, certaines vont avoir besoin de temps pour réaliser des apprentissages que d’autres vont parfaitement maîtriser ou encore complètement ignorer.

C’est pourquoi on parle de troubles du « spectre » de l’autisme, car le terme d’autisme recouvre une réalité très large, très variée, et très hétérogène. Chaque personne peut se situer à des degrés différents dans le spectre de l’autisme, selon la fréquence et l’intensité de ses particularités.
Des évaluations fonctionnelles réalisées par des équipes pluridisciplinaires permettent, tout au long de la vie, de décrire chaque personne sur la base de ses compétences et de ses difficultés. Cette description est amenée à être revue et adaptée au fur et à mesure de la vie.

Cette grande diversité de formes de l’autisme est notamment liée au fait que l’autisme est très souvent accompagné d’autres troubles ou pathologies (troubles du sommeil ou de l’alimentation, épilepsie, hyperactivité, déficits intellectuels, trisomie 21…)
Ces troubles ne sont pas des caractéristiques de l’autisme, mais des troubles qui s’y associent fréquemment, et qu’il faut identifier de manière distincte de l’autisme. Ce sont bien souvent ces pathologies associées qui amènent les premiers doutes ou qui conduisent les familles chez le médecin. On appelle ces troubles ou pathologies associées la comorbidité.

Pour résumer, la façon dont l’autisme se manifeste est très variée à cause de la multitude des symptômes, du degré d’autisme présenté, des pathologies et troubles éventuellement associés, de la présence ou non d’une déficience intellectuelle, etc.
De plus, si la nature et l’intensité des troubles varient selon les personnes, elle varie aussi au cours du temps chez une même personne, et peut également être différente selon les accompagnements proposés.

Note :
Aujourd’hui, les classifications internationales renoncent à classer les types d’autisme en grandes catégories (Kanner, Asperger, TED-NOS…), et ont abandonné la notion, longtemps utilisée, de « Troubles Envahissants du Développement » (TED), au profit de « Trouble du Spectre de l’Autisme » (TSA).
Mais cette révision des termes étant récente, et pas encore généralisée, vous entendrez certainement ces expressions, ces noms, ou ce vocabulaire au cours de vos démarches, il est donc important que vous les connaissiez.
(Cf. Tableau de la CIM-10)
27 octobre 2017

Retour sur des billevesées anti-HAS - Québec et Ontario

27 oct. 2017
Par Blog : Le blog de Jean Vinçot

L'année dernière, à l'occasion du Comité National Autisme, une campagne a été menée contre l'intervention intensive précoce en prétendant s'appuyer sur l'expérience de pays étrangers, notamment le Québec. Retour sur cette polémique, avec le nouveau plan autisme du Québec et l'étude sur le rapport coût/investissement dans l'Ontario.

Extraits de ces prises de position de début 2016, appuyées lors du Conseil National Autisme par la représentante du CNU (conseil national des universités) :

« Mais je voudrais donner l'alerte sur le risque pris par ceux, pouvoirs publics et réseaux, qui entendent les généraliser: c'est le choix qu'a fait le Québec il y a une douzaine d'années en adoptant sans partage la technique ABA, politique qui l'a conduit à l'échec. Aujourd'hui, la Belle Province se retrouve dans une situation encore plus difficile que celle de la France en ce qui concerne la prise en charge des personnes autistes. » (RHAAP)

« ces derniers, les ayant expérimentées dès 1975, changent de cap et s’ouvrent aux autres méthodes dont les développementales, se questionnant sur le nombre de personnes adultes dépendantes aussi élevé qu’en France malgré le choix de ces méthodes comportementales. » (AEVE)

« si ces pays «modèles» ont mis en œuvre une prise en charge efficace depuis 40 ans, ils doivent avoir nettement moins de personnes autistes adultes dépendantes que celles que nous pouvons dénombrer en France. En fait, les études sociologiques montrent qu'il n'en est rien. » (RHAAP)

Je ne suis pas spécialiste, et je ne vais donc pas entrer dans ce débat spécieux où les méthodes "développementales" sont opposées aux méthodes "comportementales" pour défendre en fait la psychanalyse, dont j'ignorais que c'était une méthode développementale. Le faux nez de la psychanalyse étant les méthodes dites "intégratives". Ces méthodes intégratives sont pratiquées par plus de 80% des structures médico-sociales en Bretagne, alors que seules 17% connaissent un programme recommandé par la HAS (TEACCH, PECS, ESDM ..) et 8% seulement l'ABA [rapport CEKOIA 2014].

Le débat au Québec

En février 2016, une conférence gouvernementale a conduit à des prises de position sur l'intervention comportementale intensive (ICI, inspirée de l'ABA). Cela a été présenté chez nous comme une remise en cause de l'ICI, qui est la politique officielle de la province depuis les années 2000. Voir par exemple les propos de Laurent Mottron aux Aspies Days, où il affirme que 5 ou 6 adultes autistes ont dit qu'ils étaient d'accord.

La difficulté de l'ICI au Québec m'apparaissait comme résultant de :

  • files d'attente (absence de moyens) conduisant à une absence de prise en charge pour une partie des enfants de moins de 6 ans - sans relai après 6 ans;
  • inflation des diagnostics (signalée par L. Mottron) résultant de la prise en charge légale en cas de diagnsoitc de TED;
  • variabilité du contenu de l'ICI suivant le secteur.

Le nouveau plan gouvernemental québécois, issu de ces débats, situe clairement - pour moi - les choses :

  • augmentation de 20% du financement de l'ICI, pour éviter les files d'attente et l'absence de prise en charge;
  • en cas d'échec de l'ICI au bout d'un an, recherche d'autres programmes.

"Il convient de préciser que l’ICI fait partie intégrante d’une offre de service diversifiée. La recherche a régulièrement démontré que les réactions des enfants à l’ICI varient grandement : certains enfants en retirent des bienfaits, tandis que d’autres n’en retirent aucun. Un comité d’experts cliniciens de l’Ontario en matière de TSA recommande que des services d’ICI précoces soient fournis pendant 12 mois, à chaque enfant admissible, et qu’ils se poursuivent au-delà de 12 mois en cas de progrès continus.

Le MSSS réitère donc l’importance de l’ICI pour les jeunes enfants de 0 à 5 ans. À cet égard, l’intensité recommandée  est de 20 heures par semaine. Par ailleurs, des lignes directrices ministérielles doivent être adoptées afin de baliser le programme ICI. Ces précisions sur l’ICI devront permettre une plus grande rigueur dans l’offre de service, dans le but principal d’améliorer l’accès à une intervention spécialisée précoce et de qualité" (pp.11-12 du document Plan d'action)

Dans ce cadre, qu'un programme inspiré par les travaux de L. Mottron puisse être financé dans un deuxième temps ne me choque pas : au contraire, je suis intéressé par les résultats.

Pour une analyse plus complète (et non inspirée par cette polémique), vous pouvez vous plonger dans le dernier bulletin scientifique de l'ARAPI, avec l'article de Ghislain Magerotte.

Lors de l'Université d’Automne de l'ARAPI, une présentation a été faite par Annie Paquet : il y aura un compte-rendu dans un prochain bulletin de l'ARAPI.

BS ARAPI n°39 BS ARAPI n°39

Rapport coût/investissement - Ontario.

En me penchant dans la politique québécoise de l'autisme, j'ai donc appris (voir plus haut) qu'elle s'était appuyée sur le consensus scientifique établi en Ontario - qui est une province canadienne comme le Québec, comme ne le savent peut-être pas ceux qui n'ont pas comme intérêts spécifiques la géographie ou les cartes.

Il y a peu de chances que ce consensus se soit basé sur les écrits du père Lacan ou de la mère Dolto. Les contrepèteries n'ont sans doute pas été admises dans les preuves. 

Pire, ces oiseaux ontariens se sont permis récemment de calculer le coût économique, le rapport coût/investissement, de l'intervention comportementale intensive ! Preuve d'ultra-libéralisme ?

Ils établissent que l'élimination du temps d'attente avant mise en œuvre d'une intervention intensive (actuellement de 32 mois) a donné lieu à plus d'indépendance et à des économies substantielles pour le gouvernement (35.200 € par personne atteinte de TSA) et pour la société (177.500 €).

Le Centre expert autisme du Limousin serait-il aussi rentable ?

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Rentabilité de la réduction des temps d'attente pour les services d'intervention comportementale intensive en Ontario, au Canada

Caroline Piccininni, BSc1; Lise Bisnaire, PhD2; Melanie Penner, M.Sc., MD, FRCPC1,3
JAMA Pediatr. 2017; 171 (1): 23-30. doi: 10.1001 / jamapediatrics.2016.2695


Points clés

Question Quels sont les coûts et les effets sur l'autonomie de la réduction du temps d'attente pour une intervention comportementale intensive (ICI) pour le trouble du spectre autistique (TSA) en Ontario, au Canada?

Constatations Une analyse coût-efficacité a mesuré les coûts de la vie et de l'autonomie par personne ayant un TSA en fonction du temps d'attente actuel de 32 mois, d'un temps d'attente réduit de moitié et d'absence d'attente. L'élimination du temps d'attente a donné lieu à plus d'indépendance et à des économies substantielles pour le gouvernement (53 000 $ CAN par personne atteinte de TSA [35.200 €]) et pour la société (267 000 $ CAN par personne atteinte de TSA [177.500 €]).

Signification L'amélioration de l'accès aux ICI pour les TSA entraîne des économies substantielles à long terme pour les gouvernements et la société.


Résumé

Importance L'accès précoce à une intervention comportementale intensive (ICI) est associé à de meilleurs résultats pour les enfants atteints de troubles du spectre autistique (TSA) sévères;cependant, il y a de longs temps d'attente pour ce programme. Aucune analyse n'a été effectuée pour modéliser la rentabilité de la réduction des temps d'attente pour l'ICI.

Objectifs Modéliser l'âge de début d'ICI avec un temps d'attente réduit et réduire le temps d'attente et effectuer une analyse coût-efficacité comparant RWT [reduced wait time] et EWT [eliminated wait time] avec le temps d'attente actuel (CWT current wait time) du point de vue gouvernemental et sociétal .

Conception, établissement et participants Les temps d'attente publiés ont servi à modéliser l'âge moyen de départ des ICI pour le CWT, le RWT et le EWT chez les enfants atteints de TSA sévère traités avec le Programme d'intervention en autisme de l'Ontario. Les entrées ont été chargées dans un modèle analytique de décision, avec l'application d'un taux d'actualisation annuel de 3%. Les ratios coût-efficacité incrémentaux (ICER Incremental cost-effectiveness ratios ) ont été déterminés. Des analyses de sensibilité unidirectionnelles et probabilistes ont été réalisées pour évaluer l'effet de l'incertitude du modèle. Nous avons utilisé les données de l'année 2012 (du 1er janvier au 31 décembre) fournies par le centre ICI de l'Hôpital pour enfants de l'est de l'Ontario pour les âges de départ. L'analyse des données a été effectuée de mai à juillet 2015.

Principaux résultats et mesures Le résultat a été l'indépendance mesurée en années de vie sans dépendance (DFLY dependency-free life-years) à 65 ans. Pour dériver cela, le QI attendu a été modélisé en fonction de la probabilité d'accès précoce à l'ICI (âge <4 ans) ou tardif (âge ≥ 4 ans). Les probabilités d'avoir un QI dans la gamme normale (≥ 70) ou la déficience intellectuelle (<70) ont été calculées. Les strates de QI ont été assignées aux probabilités d'obtenir un résultat indépendant (60 DFLY), semi-dépendant (30 DFLY), ou dépendant (0 DFLY). Les coûts ont été calculés pour le gouvernement provincial et les perspectives sociétales en dollars canadiens (1 $ CAN = 0,78 $ US).

Résultats Les âges de départ moyens pour ICI étaient de 5,24 ans pour CWT, 3,89 ans pour RWT et 2,71 ans pour EWT. Du point de vue du gouvernement provincial, l'EWT était la stratégie dominante, générant le plus de DFLYs pour un montant de 53 000 $ CAN de moins par individu à 65 ans que CWT. Du point de vue sociétal, EWT a généré des économies de 267 000 $ CAN par individu par rapport à CWT. Les ICER étaient les plus sensibles à l'incertitude de l'âge de départ pour les ICI et à l'obtention d'un QI normal en fonction de l'âge de départ.

Conclusions et pertinence Cette étude prédit l'effet à long terme de la disparité actuelle entre les besoins en services d'ICI et le nombre d'ICI livrés dans la province de l'Ontario. Les résultats suggèrent que l'accès en temps opportun optimise les résultats de l'ICI, améliore l'indépendance future et réduit les coûts selon les perspectives provinciales et sociétales.

A suivre : Traduction  Editorial JAMA Pediatrics

24 octobre 2017

Comment le Dr Constant a obtenu son permis de conduire

Blog : Le blog de Jean Vinçot

Le Dr Jacques Constant a publié "Le permis de conduire en pays autiste". Comment y est-il arrivé malgré sa formation psychanalytique ? Sources internes et externes.

J'ai assisté à des conférences du Dr Jacques Constant, je l'ai entendu parler du permis de conduire en pays autiste.

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Il expliquait notamment que la compréhension de l'autisme provenait des expressions des personnes autistes dites de "haut niveau de fonctionnement", de l'utilisation sur le terrain (donc avec des enfants autistes en hôpitaux de jour) des informations apportées par elles et du constat que çà fonctionne.

Les hasards du rangement font retrouver une autre source, celle des infirmières psychiatriques qui sont allées aux USA. Même dans le milieu de la "psychiatrie institutionnelle", les chefs de service pourraient avoir du mal à reconnaitre cet apport ?

(pdf, 1.4 MB)

Extraits de la conclusion  :

Dans mon expérience, lorsque j'entends les éducatrices, il me semble qu'elles apportent un matériel que l'on peut interpréter selon des modèles cognitivistes (comme Bruner le propose dans l'ontogenèse du langage), ou selon des modèles psychodynamiques (comme Bion l'évoque dans sa conception de la naissance de la personne).

Mais, peut-être m'apportent-elles ce matériel parce qu'elles me sentent inquiet sur ma passerelle, entre deux théories, et qu'elles ont besoin de se sentir reliées à leurs collègues et de cesser d'être traitées en pestiférées conditionneuses !

Pour conclure, je leur laisserai la parole (notes prises au cours de réunions) : «Claude, je ne l'ai pas assez dans la tête... Colas, l'autre jour, franchement, il m'a pris le chou... Yann, il est toujours chiatique, mais il a un côté plus vivant dans son chiatique... J'ai senti quelque chose à lui... Damien, c'est comme ils disent dans les stages, le T.I. ça l'aide à gérer sa frustration... Yann, c'est pas pareil, ça l'aide à dépasser les situations angoissantes et Claude, lui, ça lui permet de développer le langage... Quand Yann me demande : «qui commande le soleil ? » ou qu'il médit : «c'est long, une vie...» et «c'est drôle, les cercueils...», ma formation Teacch ne me sert plus à rien...».

Plus de 15 ans après cet article, le Dr Constant ne pouvait s'empêcher de conclure une description d'un objectif réussi - en utilisant typiquement l'ABA - par un recours à l'inconscient. On ne pouvait savoir si c'était une blague (le comportement du jeune adulte autiste étant tout à fait rationnellement explicable).

La deuxième source étant des personnes autistes généralement appelées Asperger, vous pouvez y avoir accès en ligne avec la discussion déjà ancienne avec Stéf Bonnot-Briey : On ne peut pas parler de nous sans nous... (L'information psychiatrique - 2009)

Celle-ci est actuellement salariée d'AFG Autisme, association qui gère des établissements et services.

Les CRA (centres de ressources autisme) emploient actuellement des personnes autistes, dans une proportion sans doute supérieure à ce qu'ils représentent dans la population. Et ce n'était pas évident il y a 10 ans (je m'autocensure).

Dans son rapport sur l'emploi, Josef Schovanec propose, dans la liste des 10 métiers à développer pour les personnes autistes, celui des rapports avec les personnes autistes.

Monica Zilbovicius s'est aussi appuyée sur des personnes Asperger dans ses travaux. Certaines recherches sont plus faciles chez des personnes autistes adultes de "haut" niveau de fonctionnement : voir aussi les recherches de Nouchine Hadjikhani sur le bumétanide. Dans le cadre de la préparation du 4ème plan autisme, les "auto-représentants" contribuent, et apportent une expertise importante, utile au-delà de leurs caractéristiques personnelles.

Même avec une formation psychanalytique, il se trouve des professionnels qui sauront tirer des conclusions de l'expérience et des témoignages.

Ils signeront malheureusement parfois des pétitions avec d'autres dans leur milieu, qui sont dans une logique d'autodéfense corporatiste (pédopsychiatrie) en agressant les associations de personnes concernées ("trio" Cohen, Golse, Delion, Hochmann). Mais nul n'est parfait.

14 octobre 2017

Boris Cyrulnik, “demi-analyste”, publie la “Psychothérapie de Dieu”

12 oct. 2017
Par Blog : Le blog de Jacques Van Rillaer

Analyse de l’ouvrage “Psychothérapie de Dieu” (Odile Jacob 2017), de Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et « demi-analyste ».
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Le mot « psychanalyse » désigne des théories et des pratiques fort différentes. On peut parler à ce sujet d’un “capharnaüm” [1]. Toutefois, beaucoup de personnes qui se disent (psych)analystes se réfèrent essentiellement à Freud. Celui-ci déclarait: “Je me trouve autorisé à soutenir que personne mieux que moi ne peut savoir ce qu'est la psychanalyse, par quoi elle se différencie d'autres manières d'explorer la vie d'âme et ce qui doit être couvert de son nom ou ce qu'il vaut mieux nommer autrement” [2]. Il qualifiait Adler, Jung et d’autres dissidents de « demi-analystes » et parfois de “non-analystes” [3].

Boris Cyrulnik, qui se présentait autrefois comme “psychiatre-psychanalyste” [4], se qualifie “neuropsychiatre” dans ce dernier ouvrage. En fait il adhère encore à certaines conceptions freudiennes. Il apparaît, au sens freudien, comme un “demi-analyste”.

Il commence et termine son ouvrage “Psychothérapie de Dieu” (Odile Jacob, 2017) par l’affirmation que Dieu souffre. Il cite Élie Wiesel qui, au retour d’Auschwitz, “a compris que Dieu était souffrant puisque le mal existe” (p. 8). Il conclut à sa dernière page : “Dieu souffre quand le mal existe”. Toutefois, son ouvrage ne traite guère de la façon d’atténuer la souffrance de Dieu ou de faire sa psychothérapie, mais du fait que la croyance religieuse peut avoir des effets thérapeutiques.

La principale thèse centrale de Cyrulnik

Conformément à la tradition freudienne, la plupart de ses explications renvoient au passé, à ceci près qu’il use et abuse du concept mis à la mode par John Bowlby : l’attachement. Ainsi “Dieu est une figure d’attachement” (p.96). Notre attachement à Dieu dépend du type d’attachement dont nous avons bénéficié dans l’enfance. Il y a, dit Cyrulnik, “transfert d’attachement”. Ceux qui ont bénéficié d’un bon attachement sont ouverts à d’autres croyances que celles de leur milieu d’origine. Ceux qui ont eu un développement difficile ont besoin de certitudes et sont fermés à toute autre croyance. La radicalisation des islamistes est due à un mode d’attachement particulier. Le rapport à la femme est une question d’attachement : « La vue du corps d’une femme déclenche chez l’homme qui a acquis un attachement sécure : ”La simple présence d’une femme est un moment de bonheur”. Mais s’il a acquis un attachement insécure, il risque de juger : “Cette femme déclenche en moi un désir qui m’angoisse. Si, par malheur, je me laisse aller à l’immanence sexuelle, cette femme me mènera à la souffrance éternelle” » (p.164). L’autisme : idem. “Il n'y a pas d'autisme initial, comme le soutenaient les psychanalystes, mais au contraire il y a une perception privilégiée de signaux émis par sa figure d'attachement dans une relation intersubjective” (p.233). Le plaisir de retrouver un objet utile ? Une affaire d’“attachement” : “Il suffit de constater le bonheur qu’on éprouve en retrouvant les clés de sa voiture qu’on cherchait depuis une demi-heure. Quel plaisir donne ce rebond d’attachement” (p.203).

D’autre part, Cyrulnik répète à longueur d’ouvrage les bénéfices psychologiques de la religion : donner un sens à la vie, sécuriser, clarifier l’identité, favoriser l’estime de soi, donner une explication cohérente des événements, indiquer la direction du bonheur, donner le sentiment de pouvoir influencer Dieu et donc des événements par des prières et des sacrifices, faire croire qu’il suffit de bien obéir pour aller au Paradis. Pour détailler ces effets, Cyrulnik s’est largement inspiré de l’excellent ouvrage Psychologie de la religion. De la théorie au laboratoire de Vassilis Saroglou et 25 collaborateurs [5], qu’il a l’honnêteté de citer abondamment.

Erreurs factuelles concernant la religion

Parmi les erreurs, celle concernant l’Inquisition est peut-être la plus étonnante. Cyrulnik écrit : “L’Inquisition a été déclenchée en 1066 pour récupérer le Tombeau du Christ volé par les Arabes” (p.198). En réalité, l’Inquisition est un organisme judiciaire ecclésiastique créé pour lutter contre les hérésies. Son règlement a été formulé par le Pape Grégoire IX en 1229, quoique des persécutions et des mises à mort d’hérétiques avaient eu lieu bien avant [6]. Le Dictionnaire historique de la langue française signale que le mot (du latin inquisitio, enquête) apparaît en français vers 1175 et que le sens d’“enquête concernant la foi” date du XIIIe siècle [7]. L’expédition militaire destinée à permettre l’accès à la Palestine, lieu de pèlerinage rendu difficile par les Turcs, est la croisade. La première a été décidée par le Pape Urbain II en 1094 et s’est déroulée de 1069 à 1099 [8].

Cyrulnik n’est pas à une contradiction près. Une cinquantaine de pages plus loin, il écrit : “L’Inquisition a fait cesser les guerres intestines (1231-1233) et a rassemblé la chrétienté” (p.250). En fait, les « guerres intestines » de la chrétienté, loin d’avoir cessé grâce à l’Inquisition après trois ans (!), ont duré des siècles.

Cyrulnik cite (p.262) l’Évangile selon St-Matthieu comme suit: « Quiconque regarde une femme […] a déjà commis l'adultère avec elle » et donne cette référence: « cité in Rauch, p. 25 ». Il met des crochets signalant l’absence de mots. Les connaît-il (il cite l’Évangile de seconde main) ou les a-t-il volontairement éliminés ? Six mots manquent par rapport à la phrase de l’Évangile : « Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis, dans son cœur, l'adultère avec elle » (Mt 5 :28). Ainsi, ce qui est évoqué dans l’Évangile, ce n’est pas un péché qui résulterait d’un simple regard, mais le péché par intention ou en imagination.

Affirmations sans références

Cyrulnik donne régulièrement des références : c’est le plus souvent pour des idées banales. Par contre, quand il affirme des choses étonnantes, les références manquent souvent. On se demande alors s’il s’agit de ses propres observations. Exemples :

- « La musique est un outil étonnamment efficace. Le rythme des tambours est une hypnose qui mène les soldats à une mort sans angoisse. Il suffit de marcher au pas cadencé, de ne pas réfléchir, de se laisser emporter » (p.220). « Quand les soldats marchent côte à côte en chantant face à la mort, la peur s'estompe ou se transforme en extase » (p.222). « Sans angoisse… en état d’extase » : les témoignages sont-ils nombreux ? À lire Cyrulnik ce semble serait la règle.

- A propos des « récit collectifs qui mettent de l’ombre à des faits » : « Dans les années d’après-guerre, il n’y avait pas de Juifs à Auschwitz. La religion préoccupait si peu les récits de l'époque qu'il n'y avait, dans ce camp d'extermination, que des Roumains, des Hongrois, des Allemands ou des Français, mais pas plus de Juifs que de Bouddhistes. Le faible souci du sacré dans les années 1945-1960 ne mettait pas en lumière la mémoire religieuse. En revanche, la glorification des héros russes et des résistants remplissait les films, les romans et les
conflits politiques » (p.239s).

De la poudre aux yeux pro-psychanalyse

Cyrulnik écrit : « Un groupe de vingt-quatre dépressions majeures a passé une résonance magnétique avant de se rendre à une série de séances de psychothérapie : l'atrophie du cortex préfrontal était nette et l'amande rhinencéphalique hypertrophiée s'allumait à la moindre émotion. Après quelques mois de travail en psychothérapie, ces dysfonctionnements ont disparu. Mieux même, le gyrus denté, une zone médiane du circuit limbique, était hypertrophié sous l'effet du travail de la réflexion et des émotions associées. Un autre groupe de dépressifs majeurs avait refusé la psychothérapie. Quand, quelques mois plus tard, ils ont accepté de passer un scanner de contrôle, l'atrophie préfrontale et les vives réactions de l'amygdale étaient inchangées. C'est bien le travail psychique qui avait modifié le fonctionnement et la structure de ces zones cérébrales. La vulnérabilité neuro-émotionnelle acquise lors d'un malheur de l'existence avait été remaniée par le travail de la parole. L'exercice qui consistait à, intentionnellement, aller chercher dans son passé des images et des mots pour en faire un récit adressé à un psychothérapeute avait modifié le circuitage [sic] des neurones de ces zones cérébrales » (p. 152s).

Cyrulnik suggère clairement qu’il s’agit ici d’un traitement psychanalytique (« travail de la parole », « rechercher dans le passé … »). Or il n’en est rien. Cyrulnik donne cette référence en bas de page : « Beauregard, M. “Functional neuroimaging studies of the effects of psychotherapy”. Dialogues in Clinical Neuroscience, 2014, 16: 75-81 ». Quand on examine cette référence (ce qui est très facile avec Google Scholar), on constate que la recherche n’est pas de Mario Beauregard, qui n’a fait que la résumer. La recherche a été réalisée par Arthur Brody et al. à l’université de Californie (Los Angeles). Beauregard donne évidemment la référence : « Regional brain metabolic changes in patients with major depression treated with either paroxetine or interpersonal therapy : preliminary findings. Archives of General Psychiatry, 2001, 58: 631–640 ». Le titre de l’article indique clairement qu’il s’agit de « psychothérapie interpersonnelle », ce que d’ailleurs Beauregard a pris soin de souligner dans son résumé. Or ce type de thérapie ne se contente pas de récits du patient au thérapeute et évite précisément les ruminations que constitue « la recherche de mots et d’images dans le passé » [9]. La « thérapie interpersonnelle » est une thérapie courte (dans cette étude-ci, le traitement a duré 12 semaines), qui se caractérise par la centration sur le fonctionnement des relations des patients. Ceux-ci apprennent comment résoudre des conflits interpersonnels, comment développer de nouvelles relations et activités. La démarche s’apparente à celle des TCC [10].

À lire Cyrulnik, on croit que tous les patients sont sortis de leur état dépressif. Brody et al. précisent qu’après 12 semaines il y a eu 38% d’amélioration (évaluée par l’échelle de dépression de Halmilton), c’est-à-dire moins de la moitié ! La façon dont Cyrulnik rapporte la guérison par une thérapie de type freudienne rappelle les contes de Freud sur les résultats de ses traitements. Cyrulnik écrit très joliment, c’est un merveilleux conteur. Sa rigueur hélas est toute « freudienne » [11].

Autre exemple. Cyrulnik écrit : « Le Soi des religieux est facilement “océanique” puisqu’il accède à un au-delà éternel ». Il donne pour référence : « Freud, S. “Le malaise dans la culture” (1927) ». En fait, dans cet ouvrage publié en allemand en 1930 (et non 1927, date de “L’avenir d’une illusion”), Freud relate que Romain Rolland lui a écrit que « la source véritable de la religiosité est un sentiment qu’il appellerait volontiers la sensation de l’“éternité”, sentiment comme de quelque chose de sans frontière, sans borne, pour ainsi dire “océanique” » [12]. Freud ajoute qu’il ne reconnaît pas ce sentiment en lui, mais ne conteste pas qu’il puisse se trouver chez d’autres. Relisons. Freud n’a pas écrit que « le Soi des religieux est facilement “océanique” ». Il disait seulement que, selon Rolland, la source de la religiosité est un sentiment pour ainsi dire océanique. À plusieurs reprises on a l’impression que Cyrulnik a lu Freud en diagonale. Quant à Lacan, on peut se réjouir qu’il semble l’ignorer. Il n’en cite qu’une phrase (sans référence), pour dire une banalité : « Pour un pervers, seule compte la jouissance ».

Thèses freudiennes modifiées ou refusées

« Freud avait dit que Dieu était une figure paternelle. Les psychologues de la religion parlent plutôt aujourd'hui de figures d'attachement qui prennent des formes variables selon la religion, mais qui toutes ont pour fonction de sécuriser et de dynamiser » (p.103).

Freud écrivait : « Ce n'est pas sans de bonnes raisons que la tétée du sein de la mère par l'enfant est devenue le prototype de toute relation amoureuse. La trouvaille de l'objet est, à proprement parler, une retrouvaille [Wiederfindung]. […] l'enfant apprend à aimer d'autres personnes qui lui apportent de l'aide dans son désaide [Hilflosigkeit] et satisfont ses besoins, et cela tout à fait sur le modèle et dans la continuation de son
rapport de nourrisson à sa nourrice » [13]. Cyrulnik pense que « le mot “aimer” nous oriente vers des buts à chaque fois différents : on n'aime pas notre mère comme on aime notre femme, nos enfants, la cuisine ou Dieu. Cette orientation affective universelle organise vers chaque objet une structure différente » (p.55).

On lit avec plaisir la prise de distance à l’égard des Maître-penseurs : “Entre celui qui croit en Dieu et celui qui n’y croit pas, nous pouvons situer celui qui croit aux super-penseurs, comme Marx, Staline, Freud et bien d’autres. Ces hommes jouiraient d’une intelligence surhumaine qui nous permettrait de comprendre la condition humaine, à condition de bien apprendre leurs idées” (p.171).

Par contre, on lit avec stupeur que Cyrulnik prend encore au sérieux ce que Freud a raconté dans Totem et Tabou pour expliquer la genèse de la civilisation et de la religion. Il écrit : « La mémoire du meurtre initial qui a lancé le processus de civilisation persiste à travers les générations » (p.169). Rappelons que Freud avait imaginé que les premiers hommes avaient tué le père primitif, l'avaient dévoré, puis avaient éprouvé de la culpabilité et s’étaient mis à lui obéir. L’effet de ces événements se serait transmis jusqu’à nous. Lacan, en l’occurrence, était moins naïf que Cyrulnik. Il écrivait : « Totem et Tabou, il faut étudier sa composition, qui est une des choses les plus tordues qu'on puisse imaginer. Ce n'est tout de même pas parce que je prêche le retour à Freud, que je ne peux pas dire que Totem et Tabou, c'est tordu » [14].

Généralisations & dichotomisations

Cyrulnik écrit joliment, mais il a le défaut de généraliser et d’absolutiser. C’est notamment le cas quand il caractérise, en les opposant, les croyants et les incroyants. Exemples:

- « Les religieux sont avides de certitudes et de traditions. Pour eux, tout changement est une agression, alors que pour un incroyant, c’est une aventure stressante et amusante, qui donne la sensation d’exister » (p.179).

- « Les incroyants font l'effet d'agresseurs puisque leur simple existence expose au doute qui empêche d'aimer ce Dieu thérapeute dont les désespérés ont le plus grand besoin » (p.67).

- « Les non-religieux n’ont pas de limites à leur empathie, alors que les religieux éprouvent un élan vers leurs frères en religion et un mépris craintif pour ceux qui vivent sans dieu » (p.193).

- « Les sans-dieu acceptent volontiers l'incertitude, ils sont plus autonomes, moins conformistes, aiment la réflexion incitée par le doute, n'emploient jamais le mot “tolérance” puisqu'ils n'ont pas à tolérer la présence d'un autre qui vit simplement avec eux » (p.297).

- « La joie religieuse est dépourvue d'humour. Celui qui éprouve “l’euphorie d'être” s'oriente en souriant vers l'autre, il ouvre ses bras, dit des mots gentils mais ne rigole pas » (p.300).

- « René Girard, le grand anthropologue a théorisé le concept de “désir mimétique”, où tout désir est une imitation du désir de l’autre » (p.236). Soulignons « tout » désir. C’est la thèse de Girard, mais Cyrulnik la reprend naïvement à son compte [15]. Il y a évidemment des désirs par imitation, mais il y en a bien d’autres. Un enfant peut désirer une glace parce qu’il voit un autre enfant en lécher une, mais il peut aussi désirer une glace en voyant un glacier…

 Références

[1] http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1538

[2] Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique. Œuvres complètes. PUF, XII, p. 249.

[3] Lettre de Freud à J.J. Putnam au sujet du conflit avec l’École de Zurich. Cité par M. Borch-Jacobsen & S. Shamdasani (2006) Le dossier Freud. Les Empêcheurs de penser en rond/Seuil, p. 131).

[4] Voir p.ex. son débat avec Onfray sur Le Livre noir de la psychanalyse https://www.youtube.com/watch?v=CrGcl1-CjlM

[5] Préface de Laurent Bègue. Éd. De Boek, 2015, 350 p.

[6] Voir p.ex. Testes, G. et J. (1990) L’Inquisition. Que sais-je ?, 128 p.

[7] Rey, Alain (1992). Dictionnaires Le Robert, vol. 1, p. 1030.

[8] Le Petit Robert 2. Dictionnaire universel des noms propres, 1987, p. 471.

[9] La centration sur le passé, qui caractérise la cure freudienne, favorise de longs trains de ruminations pénibles et dès lors un état dépressif. Voir : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2723

[10] Pour des détails, voir : Cottraux, J. (2011) Choisir une psychothérapie efficace. Odile Jacob, chap. 5. —  http://www.psycom.org/Soins-accompagnements-et-entraide/Therapies/Therapie-interpersonnelle-TIP

[11] Cf. J. Van Rillaer : “Le freudisme : un conte scientifique” (2014) : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2347

[12] Le malaise dans la culture. Œuvres complètes, PUF, XVIII p. 249.

[13] Trois essais sur la théorie sexuelle (1905). Œuvres complètes, PUF, VI, p. 161.

[14] Le Séminaire. Livre XVII. L’envers de la psychanalyse. Seuil, 1991, p. 128.

[15] Sur Girard, voir : Pommier, R. (2010) René Girard. Un allumé qui se prend pour un phare. Kimé, 134p. http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1629

Deux sites pour d’autres publications de J. Van Rillaer sur la psychologie, la psychopathologie, l'épistémologie, les psychothérapies, les psychanalyses, etc.

1) Site de l'Association Française pour l'Information Scientifique:  www.pseudo-sciences.org

2) Site de l'université de Louvain-la-Neuve

1° Taper dans Google : Moodle + Rillaer + EDPH

2° Cliquer sur : EDPH – Apprentissage et modification du comportement

3° A la page suivante, cliquer “Oui” à : "Règlement"

ou bien cliquer sur : https://moodleucl.uclouvain.be/course/view.php?id=9996

et cliquer “Oui” à : "Règlement"

9 octobre 2017

Autisme à l'âge adulte - Le scandale des garderies. Texte de Marcel HERAULT

article publié sur le site de SA3R -Sésame Autisme

 

Malgré toutes les recommandations de l’ANESM, on ne peut que faire ce constat : de nombreux foyers et de nombreuses MAS sont ou deviennent des garderies, c’est-à-dire des lieux de confinement où l’on « garde » des personnes sans leur proposer des activités suffisantes ou consistantes, peu variées, en prétextant qu’elles n’en sont pas capables ou qu’elles préfèrent rester dans leur chambre pour se reposer.

Un cercle vicieux se met en place : les personnes très rapidement régressent, aussi bien sur le plan cognitif que comportemental et, effectivement, il devient de plus en plus difficile de trouver des activités adaptées à cette évolution défavorable, avec des conséquences catastrophiques :

Les familles font le constat que leur adulte ne va pas bien, qu’il est triste, déprimé, voire qu’il se défend contre la montée de l’angoisse par des réactions violentes.

L’établissement semble ne rien voir ou est dans le déni, essayant parfois de culpabiliser la famille au travers de leur enfant. Quel retour en arrière !

On arrive parfois à des extrémités, lorsque tout dialogue devient impossible avec l’établissement qui ne supporte aucune critique et nous voyons des familles désespérées qui pensent bien faire en retirant leur enfant, ne supportant plus le spectacle de la régression de leur adulte, jeune ou moins jeune. Parfois, également, c’est le résident qui ne veut plus retourner au foyer ou à la MAS.

C’est insupportable de constater que les efforts financiers de la collectivité aboutissent à une telle situation, qui n’est pas toujours bien appréhendée par les évaluations internes et externes.

Il est probable que ces familles regretteront leur décision, car même si celles-ci sont capables d’un dévouement qui va jusqu’à l’héroïsme, dans la durée elles ne pourront supporter la mise en place à la maison d’un cadre suffisamment contenant d’accompagnement correspondant aux besoins d’un adulte, même si au début les progrès sont parfois encourageants avec la fin du stress développé en institution.

Car c’est cette absence de cadre qui a fait défaut dans les structures dont nous parlons.

Le B.A.ba, c’est de mettre en place une organisation qui structure la vie de tous les jours. Ce ne sont pas les jeunes adultes qui auraient besoin d’être « encadrés » (on aimerait ne plus entendre ce discours caricatural emprunté au secteur de la « délinquance »), mais il faut que le fonctionnement soit prévisible, lisible, bien structuré et surtout fiable (qu’on n’annonce pas des activités qui sont régulièrement supprimées ou modifiées).

On regrette d’avoir à rappeler de telles évidences, mais c’est un fait : les résidants de ces foyers ou de ces MAS trainent, souvent inoccupés, passent de leur chambre à la TV et finissent par faire des bêtises, qu’on leur reprochera par la suite…

Il faut oser le dire : de tels dysfonctionnements sont directement responsables de l’augmentation du nombre de cas lourds (qu’on appelle les situations complexes d’autisme). Bien sûr, certains adultes ont des capacités de résilience qui leur permettent de supporter un peu plus longtemps ces mauvais traitements liés à cette absence d’accompagnement. Mais pour combien de temps ?

On beaucoup dénoncé il y a 40 ans la prise en charge en hôpital de jour que l’on résumait par l’expression « on attend l’émergence du désir ». C’était sans doute caricatural. Mais à l’âge adulte, dans les établissements dont nous parlons, ce n’est pas au nom d’une théorie que l’on ne propose pas d’activités construites, mais par ignorance, incompétence ou paresse ; c’est sûr, la rigueur qui serait nécessaire suppose de la volonté, de la motivation et celles-ci devront être démultipliées, quand il devient nécessaire de redresser la situation. C’est bien le drame : il est moins difficile de penser un bon fonctionnement à l’ouverture de la structure, que de devoir dérouler à l’envers le cercle vicieux.

Cela ne peut se faire sans une véritable politique de formation et un accompagnement de supervision par la suite car les premiers résultats ne sont pas immédiats…

Pour une personne avec autisme (plus que pour une autre sans doute, mais n’est-ce pas valable de manière plus générale) le cadre est rassurant. C’était l’intention des promoteurs du programme Teacch il y a plus de 40 ans. Il n’est même pas nécessaire d’aller aussi loin dans le détail du fonctionnement du quotidien… mais la moindre des choses devrait être de mettre en place des emplois du temps détaillés (qui doivent être respectés par la suite !), d’expliquer les activités que l’on fait (objectifs, moyens, évaluation), de permettre à la personne de faire elle-même les choses, etc. On a presque honte de redire ces évidences.

En passant, réjouissons-nous du succès de la méthode Montessori que l’on redécouvre, qui partage tant de points communs avec le « Teacch programm » : l’individu est au centre, on lui propose des activités en lui donnant tout ce qu’il a besoin pour réussir, etc. Et ça marche. Mais évidemment il y a en amont un important travail de préparation fait par les instituteurs.

Donnent de bons résultats également les activités proposées par des intervenants extérieurs lorsque les établissements ont la bonne idée de faire appel à eux. Cela démontre que lorsqu’on sait où on va, qu’on y croit, qu’on prépare l’activité, ça peut marcher. Il faudrait en tirer les conclusions dans les programmes de formation des métiers du médico-social.

J’ai le sentiment qu’on rabâche toujours les mêmes choses et que rien ne change. J’ai même l’impression qu’en essaie de cacher les réalités. C’est un certain obscurantisme, un manque de transparence dont certaines associations font même une véritable politique de management. Est-ce le retour de la « loi du silence » dénoncée par le Sénat en 2003 ?

C’est très exactement là qu’on attend le nouveau pouvoir politique. Saura-t-il faire sauter les verrous qui aujourd’hui bloquent le système ? Nous le verrons et de notre côté nous continuerons à jouer notre rôle de pointer ce qui ne va pas et qu’on peut résumer ainsi l’accompagnement des adultes n’est pas satisfaisant et les « bons » établissements ne sont pas légion.

Marcel HERAULT

9 octobre 2017

4 octobre 2017

Les autistes & le Moi-Peau ...

Il est important de ne plus accorder d'importance aux théories délirantes et de se concentrer uniquement sur ce qui est scientifiquement validé.

Lien vers l'article de Wikipédia

1 octobre 2017

Reportage France 24 : Diagnostiquer, accompagner, soigner : les défis de l'autisme

Vidéo publiée sur le site de France 24

 

à 17h45.

Dernière modification : 29/09/2017

© France 24
L'autisme est un trouble du développement du cerveau qui touche entre 300 et 600 000 Français. Il se manifeste entre autres par un retard de langage, une faible attention à l'entourage ou encore des gestes répétitifs. Cette semaine, nous sommes à Neurospin, près de Paris, l'un des plus grands centres de recherche sur le cerveau, pour essayer de comprendre ce qu'est l'autisme, comment aider les patients qui en souffrent et comment le traiter.
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