article paru dans Nice Matin du 14 février 2009
samedi 14 février 2009
Sophie Laurent, analyste du comportement, s'occupe de Lucas, 6 ans, plusieurs fois par semaine pour l'aider à dépasser son autisme. Alexandra, sa maman, a remarqué de très bons progrès. : Photo Phillipe Lambert
Lucas a 6 ans et pour son âge, il est plutôt élancé. Un visage fin, des cheveux blonds, coupés très courts. Des yeux curieux. Une bonne bouille de grand garçon. Il adore la musique et surtout chanter. Mais Lucas est autiste.
La première fois qu'on le rencontre, à Saint-Laurent-du-Var, au domicile de ses parents, on pense plutôt à un gamin timide, un peu excité et déstabilisé à la vue de deux étrangers venus faire un reportage sur sa séance de travail, avec Sophie Laurent, une analyste du comportement qui le suit depuis 1 an et l'aide à dépasser son autisme.
Assis à la table du salon, avec Sophie, il fait un puzzle, du coloriage ou nomme des animaux d'après des images. Il dit « lapin » quand on lui montre un lapin. Il y a quelques semaines, il n'y arrivait pas. Lucas est aussi un grand gourmand et il demande du « Coca » ou des gâteaux qu'il obtient un peu comme une récompense de son application.
Sur un mode ludique et valorisant, la jeune femme apprend à Lucas des comportements « socialement acceptables ». Formée aux USA, elle utilise la méthode ABA (pour analyse appliquée du comportement) qui n'est pas reconnue en France... C'est-à-dire pas remboursée. Heureusement le papa de Lucas est salarié monégasque. « Je travaille comme profession libérale » précise Mme Laurent.
Il y a un an, quand elle a rencontré Lucas, il a été impossible de lui parler. « Il n'arrêtait pas de lancer des cris stridents et se trouvait dans une situation de crise, pour avoir l'attention de sa maman ». C'était le 12 février 2008.
Depuis, la situation a beaucoup évolué et Sophie intervient plusieurs fois par semaine. « Avant, il arrivait à mon fils de faire des crises dans la rue. Maintenant il se tient à table avec nous. Il ne s'exprime plus par des cris et peut jouer avec son frère ». « Sophie Laurent a été ma bouffée d'oxygène » confie Alexandra.
Elle revient sur les années, avant cette rencontre. « A 3 ans mon garçon n'a pas pu être scolarisé. Il n'a pas terminé l'année, parce qu'il n'était pas propre. Il a été suivi par une pédopsychiatre de l'hôpital Lenval et 2 fois par semaine, je l'emmenais à la garderie pour le sociabiliser. Mais il n'allait pas vers les autres ».
Au jardin d'enfant, il s'amusait seul. A 4 ans, il a enfin été scolarisé, un bref moment, avec une assistante, puis seul, faute de personnel formé de disponible. « Il ne dérangeait pas la classe, mais progressait peu » se rappelle sa maman.
À cette époque elle comprend et pense à l'autisme : « Il avait des mouvements répétitifs, de nombreux cris stridents pour s'exprimer et se comportait en tyran avec moi ».
« Je ne voulais pas le placer en IME »
En janvier 2008, enfin, l'autisme de Lucas est diagnostiqué par un docteur du centre autistique de Lenval. « On m'a seulement proposé de le placer en IME » lâche la maman. Elle refuse et cherche une autre solution. C'est à cette époque qu'elle contacte Sophie, via l'association Autisme 06.
Aujourd'hui Lucas est scolarisé en grande section de maternelle. Trois jours d'école par semaine. Il va aussi passer une journée au centre pour autistes de Lenval. Mais c'est avec Sophie qu'il a le plus changé. « Et il a encore une marge de progression. Il a envie de bien faire » avance Sophie.
Frédéric Delmonte
Nice-Matin