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"Au bonheur d'Elise"
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texte de reference
26 novembre 2011

prise de position de Danièle Langlois, présidente d'autisme France à propos du Mur

Une intervention documentée, intelligente et empreinte de bon sens.

Cela vient éclairer le sens du Mur de Sophie Robert et montre toute l'importance de ce documentaire :

http://www.autisme-france.fr/offres/file_inline_src/577/577_A_12239_1.pdf

Essentiel pour comprendre et accompagner des personnes avec autisme !

Merci à Danièle Langlois

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25 novembre 2011

Autismes à l'UNAPEI : constats et perspectives

Actes du colloque du 16 septembre 2011

http://www.unapei.org/IMG/pdf/Unapei-ColloqueAutisme2011-Actes.pdf?mid=5344562

Très intéressant notamment par la qualité des intervenants, la richesse du contenu et les perspectives traçées.

Je note également le constat que les recommandations de la HAS et de l'ANESM tardent à être appliquées par les professionnels sur le terrain. Cela repose en effet sur une prise de conscience et une remise en question des habitudes ... Après l'état des connaissances publié par la HAS en janvier 2010, la phase de formation des formateurs va débuter visant à améliorer l'accompagnement de nos compatriotes autistes, expression qu'emploie Mme Marie-Anne Montchamp dans son discours de clôture. (Jean-Jacques Dupuis)

11 novembre 2011

article publié sur le site de l'AFIS (Association Française pour l'Information Scientifique)

C'est à mon sens un document essentiel pour qui veut comprendre (Jean-Jacques Dupuis)

Le « dressage pavlovien » des freudiens. Comprendre le conflit psychanalyse - psychologie scientifique

par Jacques Van Rillaer

Texte remanié de la conférence donnée à l’occasion de l’Assemblée générale de l’AFIS, le 15 mai 2004, à l’Institut d’astrophysique de Paris.

La France freudienne

Jusqu’en février 2004, les psychanalystes français étaient des hommes et des femmes heureux. C’étaient même les psychanalystes les plus heureux de la Terre. La France et l’Argentine sont actuellement les deux pays au monde où il y a le plus de psychanalystes par habitants. La psychanalyse y est omniprésente : les journalistes et les hommes politiques s’épanchent, en grand nombre, sur des divans freudiens ; les psychanalystes contrôlent très largement le secteur de la santé mentale et l’information psychologique diffusée dans les médias. En Argentine, la situation économique joue aujourd’hui en défaveur des longues cures freudiennes. En France, les héritiers de Freud ne peuvent imaginer un meilleur sort. Il n’y a pas longtemps, Élisabeth Roudinesco - historienne et psychanalyste, principale avocate du freudisme dans les médias - écrivait : « La France est le seul pays au monde où ont été réunies pendant un siècle les conditions nécessaires à une intégration réussie de la psychanalyse dans tous les secteurs de la vie culturelle, aussi bien par la voie psychiatrique que par la voie intellectuelle. Il existe donc dans ce domaine une exception française. » (1999, p. 130)

Il y a plus de vingt ans, une sociologue américaine, Sherry Turkle, avait déjà publié une étude fouillée sur « l’exception française ». La traduction française de son ouvrage s’intitule La France freudienne. Turkle a essayé de comprendre pourquoi, selon son expression, « toute la France est passée à la psychanalyse », après mai 68. Elle écrit : « Le mouvement psychanalytique français a peut-être été lent à démarrer, mais son développement a ensuite été explosif. Le vocabulaire psychanalytique a envahi la vie et le langage, transformant la manière dont les gens pensent en politique, discutent de littérature, parlent à leurs enfants. Les métaphores psychanalytiques ont infiltré la vie sociale française à un point qui est sans doute unique dans l’histoire du mouvement psychanalytique. Même aux États-Unis les choses ne sont jamais allées aussi loin. » (1982, trad., p. 25)

Cela fait un quart de siècle que, lorsque paraît en France un ouvrage qui remet fondamentalement en question la psychanalyse, la grande presse n’en parle pas ou confie sa présentation à un psychanalyste. Les impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont a été une remarquable exception. Notons toutefois que ce livre ne remet en question que les fantaisies pseudoscientifiques de Lacan et de ses imitateurs. Il ne s’attaque pas aux fondements de la doctrine freudienne.

À titre d’exemple de présentation dans la presse d’un ouvrage qui démontre les faiblesses de la psychanalyse comme telle, citons le compte rendu du livre d’Adolf Grünbaum, Les fondements de la psychanalyse, paru en français en 1996. Le journaliste du Monde a conclu son analyse par ces mots : « L’ironie mordante qui sourd à chaque page de ce livre érudit trahirait-elle le projet véritable de cette entreprise : l’éradication de la psychanalyse et du traitement mis au point par Freud, qui ne laisserait aux malades d’autre choix que les antidépresseurs ? » (27-12-1996 ; je souligne). À en croire ce journaliste et la majorité de ses confrères, les Français qui souffrent de troubles psychologiques n’ont qu’une alternative : la psychanalyse ou les médicaments. L’énorme développement de la psychologie scientifique et de ses applications, sous la forme de thérapies dites « comportementales » et « cognitives », se trouve ainsi ignoré ou passé sous silence.

On comprend mieux dès lors ce paradoxe apparent, que rapporte Roudinesco : « La France est aujourd’hui le pays d’Europe où la consommation des psychotropes (à l’exception des neuroleptiques) est la plus élevée et où, simultanément, la psychanalyse s’est le mieux implantée, aussi bien par la voie médicale et soignante (psychiatrie, psychothérapie) que par la voie culturelle (littérature, philosophie). [...] La consommation de tranquillisants et d’hypnotiques touche en France 7 % de la population, et celle des antidépresseurs, en augmentation constante, 22 %. » (1999, p. 32s)

Comment se fait-il que la « France freudienne » est le pays où l’on consomme le plus de psychotropes au monde ? En fait, peu de gens peuvent se payer une cure psychanalytique. D’autre part, bon nombre de médecins généralistes et de pédiatres constatent l’absurdité et l’inefficacité des interprétations freudiennes, mais ignorent l’existence des thérapies comportementales et cognitives (TCC) ou n’en connaissent que des caricatures. Quand bien même ils disposent d’une information correcte sur ces thérapies, ils ne peuvent trouver facilement un praticien disponible. Ils ne leur reste donc, comme outils thérapeutiques, qu’à donner quelques conseils et prescrire des médicaments.

Dans un pays comme la Hollande, qui compte le plus de thérapeutes comportementalistes par habitants, la consommation des psychotropes est une des plus faibles qui soit. Ce n’est pas un hasard.

L’étude de l’Inserm

La situation monopolistique de la psychanalyse en France a subi un coup terrible en février 2004 : la publication d’un rapport de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) sur l’efficacité des psychothérapies.

Il y a trois ans, la Direction générale de la Santé, l’Union nationale des amis et familles de malades psychiques (UNAFAM) et la Fédération nationale des associations d’ex-patients de psychiatrie (FNAP-Psy) ont demandé à l’Inserm de procéder à une étude de l’efficacité de trois types de psychothérapies : la psychanalyse (et les thérapies dites « dynamiques »), la thérapie familiale et les TCC.

Les experts de l’Inserm (psychiatres, psychologues, épidémiologistes et statisticiens) ont analysé plus de 1000 recherches publiées dans la littérature scientifique internationale. Bien entendu, il s’agit essentiellement recherches anglo-saxonnes. Difficile de faire autrement : dans la « France freudienne », il n’existe pratiquement aucune étude objective et méthodique sur les effets de la psychanalyse. Dans les pays latins, les freudiens se sont toujours contentés d’études de cas, de discours théoriques et d’affirmations péremptoires, basées sur les textes de Freud, de Lacan et quelques autres Autorités.

L’étude de l’Inserm a conclu à une efficacité nettement supérieure des TCC par rapport à la psychanalyse et aux thérapies familiales, pour presque tous les troubles envisagés. Des trois approches, la moins efficace est la psychanalyse. Ses résultats pour les troubles mentaux sérieux sont du niveau de celui du placebo. L’efficacité des thérapies familiales et systémiques se situe à un niveau intermédiaire, entre les TCC et la psychanalyse.

Les gains thérapeutiques des TCC sont importants, beaucoup se maintiennent pendant des mois et même des années après la thérapie. Les études scientifiques examinées démontrent l’absence de déplacement ou de substitution de symptômes, contrairement à ce qu’affirme une légende freudienne (Van Rillaer, 2004a ; 2004b).

Pour qui connaît la littérature scientifique internationale sur la psychothérapie, cette conclusion n’a rien d’étonnant. Aux yeux des mandarins de la psychanalyse, il est absolument intolérable que l’Inserm l’ait rendue publique.

Et la réaction de freudiens

La psychanalyse est un job en or : un job facile et qui rapporte gros. Tout le monde sait qu’il rapporte gros. N’insistons pas sur cette évidence. Arrêtons-nous un instant au fait qu’il s’agit d’un métier facile.

Freud lui-même, en présentant sa méthode, écrivait qu’« elle est beaucoup plus facile à appliquer qu’on ne l’imagine lors de sa description » (1905, p. 7). De son côté, Lacan déclarait : « Qu’est-ce que la clinique psychanalytique ? Ce n’est pas compliqué. Elle a une base - C’est ce qu’on dit dans une psychanalyse. En principe, on se propose de dire n’importe quoi, mais pas de n’importe où - de ce que j’appellerai pour ce soir le dire-vent analytique... On peut aussi se vanter, se vanter de la liberté d’association, ainsi nommée... Évidemment, je ne suis pas chaud-chaud pour dire que quand on fait de la psychanalyse, on sait où on va. La psychanalyse, comme toutes les autres activités humaines, participe incontestablement de l’abus. On fait comme si on savait quelque chose. » (1977, p. 7)

À noter toutefois que ce même Lacan a inauguré, à partir des années 60, un stratagème destiné à occulter la facilité de la pratique freudienne, à savoir : les « barbelés verbaux », le langage ésotérique. Ainsi Lacan pouvait dire, par exemple, en terminant une interview à la télévision : « L’interprétation doit être preste pour satisfaire à l’entreprêt. De ce qui perdure de perte pure à ce qui ne parie que du père au pire » (1973, in fine). À l’époque où j’étais encore membre de l’Ecole belge de psychanalyse, des collègues ont passé deux soirées à analyser ces deux phrases et ont fini par y trouver la castration, le Nom-du-Père et la problématique du Phallus. Lacan pouvait se permettre de dire n’importe quoi. Ses disciples trouvaient toujours un sens profond dans le dire-vent analytique. Lacan était un génie... de la mystification par les mots.

Revenons à la facilité de la pratique freudienne. Que fait, au juste, le psychanalyste ? Essentiellement trois choses : (a) écouter en état d’attention flottante, c’est-à-dire sans faire d’effort d’attention consciente, (b) émettre régulièrement des « mhms », pour assurer le client1 qu’il est écouté et qu’il a intérêt à continuer à associer « librement »... dans la direction conforme à la théorie, (c) donner de temps en temps des interprétations, tantôt compréhensibles, tantôt énigmatiques.

Le décodage psychanalytique est très simple : il consiste pour une large part en découpages de mots « signifiants » et en repérages d’analogies ou de significations symboliques. C’est à la portée de toute personne qui a terminé le lycée et qui a lu quelques livres de psychanalyse. Lorsque le client pose des questions embarrassantes, il suffit de les lui retourner : « Pourquoi posez-vous cette question ? », « Qu’est-ce que cela interpelle ? », etc. Les critiques et les oppositions du client sont interprétées comme des « résistances », des « dénégations » ou des manifestations d’un « transfert hostile ». Elles ne remettent jamais l’analyste en question.

Or voilà que ce maudit rapport de l’Inserm conclut qu’en ce qui concerne l’efficacité thérapeutique de la psychanalyse, le roi est nu. On comprend la fureur des freudiens.

Pour répondre à l’étude de l’Inserm, les analystes ne sont pas en mesure de se situer au niveau scientifique. La réaction a donc été la sempiternelle objection concernant l’impossibilité de mesurer le psychisme ou l’âme. Je dis bien « l’âme », car la psychanalyse ne s’intéresse guère aux comportements, mais seulement aux profondeurs de « l’âme ». Je rappelle, en passant, que Freud, jusqu’à la fin de sa vie, a défini la psychanalyse comme « ein Stück der Seelenkunde » [une partie de la science de l’âme] (1938, p. 142).

La colère des freudiens s’est portée d’une part vers les chercheurs de l’Inserm. Ainsi Pascal-Henri Keller (maître de conférences à l’université Victor-Segalen, Bordeaux-II) déclare, dans Libération, que les auteurs de l’INSERM sont « les nouveaux barbares » et il les compare aux nazis qui ont brûlé les livres de Freud (21 avril 04). Hallucinant !

La colère des freudiens s’est portée, d’autre part, vers les thérapeutes comportementalistes, que jusqu’alors ils ignoraient superbement.

Ainsi, Jacques-Alain Miller, philosophe-psychanalyste, gendre de Lacan et porte-parole des lacaniens de France, écrit dans L’orientation lacanienne III du 24 mars : « Les thérapies cognitivo-comportementales ne sont pas à proprement parler des psychothérapies, mais des pratiques de rééducation et de conditionnement. » Le même Miller déclare, dans L’Express du 23-02-2004 : « Les thérapies cognitivo-comportementales favorisent le court terme. Comme la Bourse, elles sacrifient l’avenir pour embellir la réalité. Pis, ce sont des méthodes cruelles qui passent par l’exposition du sujet au trauma lui-même - par exemple en mettant un patient phobique des cafards devant des cafards. La première fois, il hurle, la deuxième fois un peu moins et, au bout de quelque temps, on considérera qu’il est guéri ! C’est du maquillage : les effets, s’ils existent, sont transitoires ou superficiels, quand ils ne se révèlent pas nocifs. En cela, l’efficacité des TCC repose uniquement sur l’autorité de l’expérimentateur, qui se pose en expert, en chef de commando. [...] La psychanalyse est le refuge de l’unique, de l’approche sur mesure dans un monde qui ne rêve que de clonage. »

Qui ne rêve que de clonage ? Quelques biologistes, des gens qui élèvent des brebis, Raël et ses disciples... Le monde entier ? JAM - c’est ainsi que l’appellent ses amis - a de curieux fantasmes, qui en disent beaucoup plus sur sa personnalité que sur les TCC. Sa façon de présenter les TCC est une caricature honteuse, bien plus choquante que le film Un divan à New York, qui montre que n’importe qui, s’il présente bien et s’il n’est pas idiot, peut s’improviser psychanalyste.

Arrêtons-nous un instant à cette affirmation de JAM : « La psychanalyse est le refuge de l’unique, de l’approche sur mesure ». Quelle est la réalité des faits, au-delà du discours racoleur sur « la singularité du Sujet » ?

Voici ce qu’écrivait Abraham Kardiner, dans le journal qu’il a tenu à l’époque où il faisait sa psychanalyse didactique chez Freud : « En comparant mes notes avec celles d’autres étudiants, je me suis aperçu que l’homosexualité inconsciente, tout comme le complexe d’Œdipe, faisait partie de la routine d’une analyse. [...] Une fois que Freud avait repéré le complexe d’Œdipe et conduit le patient jusqu’à son homosexualité inconsciente, il ne restait pas grand-chose à faire. On débrouillait le cas du patient et on le laissait recoller les choses ensemble du mieux qu’il pouvait. Quand il n’y réussissait pas, Freud lui lançait une pointe par-ci par-là afin de l’encourager et de hâter les choses. » (1978, p. 92 ; 125)

À y regarder de près, on constate que la « profondeur » freudienne se réduit toujours à quelques mêmes pulsions et complexes, absolument universels : la libido réprimée, l’envie du pénis, l’homosexualité refoulée, les fixations orales et anales, le schéma familialiste, l’Œdipe et la castration. Un psychologue scientifique dirait que x % d’enfants, de tel âge, vivant dans telle culture, présentent des tendances œdipiennes. Le psychanalyste, lui, affirme que le complexe d’Œdipe est universel. Si le complexe n’est pas directement observable chez tel enfant, il est tout simplement « refoulé ». L’interprétateur freudien - via des analogies, des symboles, des jeux de mots et le recours à la sublimation et à la formation réactionnelle - n’a aucune difficulté à aboutir au schéma général, fixé une fois pour toutes.

Autre échantillon de la prose vengeresse des freudiens blessés par l’expertise de l’Inserm : Roland Gori (professeur de psychopathologie à l’université d’Aix-Marseille) déclare, dans Le Monde du 26 février : « Les TCC, c’est un dressage pavlovien [...] On est dans la soumission librement consentie. Politiquement c’est dangereux : il suffit de se reporter aux travaux d’Hannah Arendt ou de Michel Foucault [...] Le rapport de l’Inserm est une machine de guerre contre la psychanalyse. Avec, derrière, des arrière-pensées économiques : s’emparer du marché juteux de la santé mentale. Ce rapport n’est que l’annonciation de ce qu’Elizabeth Roudinesco appelle « l’homme comportemental ». »

C’est cette expression « dressage pavlovien » qui m’a donné l’idée et le titre de la présente conférence.

Tous les psychanalystes ne font pas preuve d’une pareille ignorance combinée à la mauvaise foi. Un Daniel Widlöcher par exemple écrivait, il n’y a pas longtemps :

« Ce qui constitue la force des thérapies comportementales n’est pas le simple fait que l’on dise au sujet ce qu’il doit faire ; c’est que les prescriptions qui lui sont faites se fondent sur une analyse minutieuse des symptômes. Le comportementaliste ne se contente pas de constater qu’il existe une phobie des transports, ni même que cette phobie s’applique à la conduite automobile ou au voyage en avion. Il note avec précision dans quelles conditions précises l’angoisse se développe : à la pensée de monter dans le véhicule, à l’évocation d’une immobilisation forcée ou durant le transport ? C’est cette analyse qui permet de déterminer les circonstances et le seuil exact de déclenchement de l’angoisse ; la prescription en tiendra compte. Elle ne consistera pas en un conseil général, mais indiquera dans quelles situations très précises le patient devra forcer son appréhension et accepter une certaine quantité d’angoisse. Pour lutter contre l’intoxication tabagique, on fera l’inventaire des circonstances et des moments qui conditionnent l’acte de fumer, et c’est en fonction de cet inventaire qu’une lutte fractionnée et progressive sera indiquée » (1996, p. 31). Hélas, des psychanalystes comme Widlöcher sont peu nombreux. Ils sont quasi inexistants dans les rangs des lacaniens purs et durs.

Pour remettre les pendules à l’heure, il me paraît utile de développer trois points : 1° préciser ce que l’on entend par « conditionnement » et « comportement » ; 2° expliquer ce qui fait réellement la spécificité des TCC ; 3° rappeler que la psychanalyse est une forme subtile, mais d’autant plus puissante, de conditionnement des esprits.

Le « conditionnement »

Le mot « conditionnement » est utilisé de façon péjorative et polémique par des psychanalystes dès qu’ils parlent des psychothérapies et, en particulier, des TCC. Dans leur bouche, ce mot désigne le dressage et la manipulation mentale. En fait, la signification la plus générale de ce mot - qui vient de « condition » - est : « ce qui conditionne une chose, c’est-à-dire sans quoi elle n’existerait pas », comme le précise par exemple le dictionnaire philosophique de Foulquié (1962, p. 117).

Dans la psychologie scientifique, ce mot a un sens neutre. Il désigne un type d’apprentissage, dans lequel les contingences environnementales jouent un rôle déterminant (en particulier l’apprentissage « pavlovien ») ou bien les conditions environnementales d’un comportement, qui favorisent son apparition, son maintien ou sa disparition.

Ainsi, pour l’instant, je vous « conditionne » à m’écouter. Autrement dit, j’adopte des comportements qui sont la « condition » de votre attention. Réciproquement, vous me conditionnez à continuer à parler. Si vous n’écoutiez plus ou si vous vous mettiez à siffler, je cesserais de parler. Tout comportement dépend d’une constellation de « conditions ». C’est en ce sens qu’il est « conditionné ».

A l’intention de ceux qui sont mal informés sur le conditionnement « pavlovien », je rappelle qu’il s’agit d’un type d’apprentissage au cours duquel un élément de l’environnement acquiert une nouvelle signification, suite à son association avec un autre élément. Lorsqu’un chien entend régulièrement le pas de celui qui lui apporte de la nourriture, l’audition de ce bruit finit par provoquer à peu près les mêmes réactions physiologiques que la vue de la nourriture. Si vous êtes victime d’une agression dans un parking, le parking prendra pour vous la signification d’un endroit dangereux. Le fait d’y retourner provoquera, au moins pendant un certain temps, une réaction d’anxiété. Chez Jacques-Alain Miller, le mot « Inserm » provoque, depuis février, une poussée d’adrénaline. Chez lui, certaines « conditions » ou « contingences » ont modifié, sans doute pour longtemps, la signification de cet acronyme. C’est cela le conditionnement « pavlovien ».

Vu la signification ambiguë du mot « conditionnement », certains psychologues, comme moi, ne l’utilisent quasi plus. Le processus analysé par Pavlov, il y a un siècle, s’explique parfaitement à l’aide des concepts d’apprentissage et de signification.

Le mot « comportement »

Autre notion ambiguë : le « comportement ». Les psychologues scientifiques ont choisi ce concept comme unité de base de leurs observations parce qu’ils veulent travailler de façon scientifique. L’âme, l’esprit, la volonté, l’inconscient et autres entités mentales ne sont pas des réalités que l’on peut étudier directement de façon objective. Les seuls faits sur lesquels les chercheurs peuvent s’accorder et qu’ils peuvent prendre comme point de départ de leurs constructions - pour éventuellement parler de volonté ou de processus inconscients -, ce sont des comportements observables, leurs conditionnements environnementaux et leurs corrélats physiologiques.

Les psychologues utilisent malheureusement le terme « comportement » de deux façons différentes. Au sens étroit, il désigne une action manifeste, directement observable, qui se distingue des phénomènes psychiques « internes » (les cognitions et les affects). Dans son acception large, il désigne toute activité signifiante, directement ou indirectement observable. Il présente alors trois dimensions : une composante cognitive (perception, souvenir, réflexion, etc.), affective (plaisir, souffrance, indifférence) et motrice (action, expression corporelle). Mis à part les réflexes élémentaires, tout comportement présente ces trois éléments. En définitive, toute analyse d’un comportement implique de prendre en compte six variables :

  • ses trois dimensions : cognitions, affects, actions
  • le ou les stimuli antécédents
  • la ou les conséquences anticipées
  • l’état de l’organisme.

La naissance du courant cognitivo-comportemental

Dans les années 1950, en différents endroits de la planète, des psychiatres et des psychologues ont développé des formes de psychothérapie basées sur la psychologie scientifique. Ils les ont appelées « thérapies comportementales » (T.C.).

Les principaux artisans de ce nouveau paradigme furent un psychiatre sud-africain, Joseph Wolpe (qui avait été d’abord psychanalyste), un psychologue clinicien anglais, Hans Eysenck2, et un psychologue expérimentaliste américain, Fred Skinner.

Contrairement aux autres courants, les T.C. ne sont pas l’œuvre d’un Père-fondateur. La théorie de référence n’est pas consignée dans des textes sacrés, que les disciples lisent et commentent à l’infini. La théorie de référence est la psychologie scientifique, c’est-à-dire un ensemble de connaissances relativement bien vérifiées, mais qui évoluent à travers le temps. Dès lors, la manière de pratiquer des T.C. aujourd’hui n’est plus celle de 1960, l’année où l’expression « behaviour therapy » apparut pour la première fois dans le titre d’un ouvrage (un recueil d’articles édité par Eysenck à Londres).

On peut définir les thérapies comportementales comme l’utilisation de la psychologie scientifique pour résoudre des problèmes psychologiques ou encore des procédures, testées méthodiquement, qui traitent des troubles psychologiques grâce à l’apprentissage de nouveaux comportements : des modes de penser, d’éprouver et d’agir.

L’adjectif « comportemental » ne signifie pas une focalisation exclusive sur l’action, même si les comportementalistes attachent une grande importance à celle-ci. Il indique avant tout qu’il s’agit d’une thérapie fondée sur la psychologie définie comme « science du comportement ».

Le mot « thérapie » est souvent préféré à « psychothérapie », parce que le préfixe « psycho » évoque l’âme. Le comportementaliste ne travaille pas sur l’âme, mais sur des comportements, entendus au sens large du terme : des pensées, des émotions et des actions.

Dans les années 60, s’est développé un courant de « thérapie cognitive ». L’initiative en revient principalement à Albert Ellis et Aaron Beck, deux psychanalystes américains, insatisfaits du manque de scientificité du freudisme et de sa faible efficacité. Ils ont développé l’idée que, lorsque les problèmes psychologiques sont sérieux, il ne suffit pas que le patient parle, se souvienne et exprime des émotions, tandis que le thérapeute écoute, analyse et communique des interprétations « profondes ». Pour eux, il faut repérer des schémas de pensée et des croyances dysfonctionnelles en vue de les modifier de façon active et méthodique.

Durant les années 70, ces deux courants se sont intégrés dans ce que l’on a appelé la ou les « thérapies cognitivo-comportementales » (le singulier met l’accent sur les dénominateurs communs des procédures, le pluriel met en avant leur diversité). Cette expression s’est imposée en France (le pays occidental où le rejet du « behaviorisme » a été le plus fort), mais pas partout. Aux Pays-Bas par exemple, les praticiens qui se définissent simplement comme « comportementalistes » utilisent le mot au sens large et tiennent évidemment compte de « comportements cognitifs ». Bien plus, en principe tout « comportementaliste » sérieux travaille avec les six variables de l’équation comportementale que nous venons d’évoquer. L’expression « thérapie contextuello-bio-cognitivo-affectivo-praxique » serait plus juste, mais elle n’est guère utilisable, même sous la forme d’un acronyme (« TCBCAP »). Ici, pour faire bref, je parlerai de « thérapie comportementale » ou de « TCC ».

Du point de vue théorique, les meilleures expressions sont peut-être « psychologie scientifique appliquée » ou « psychothérapie d’orientation scientifique ». Malheureusement, le mot « science » est souvent mal compris dans le public : tantôt il fait croire naïvement que l’expert possède la « Vérité » ou une collection de certitudes, tantôt il suscite des résistances chez ceux qui s’imaginent que démarche scientifique et respect de la personne sont incompatibles. Tout particulièrement en France, le thérapeute qui utiliserait ces expressions se ferait facilement étiqueter « positiviste » ou « scientiste », du moins par ceux que Jacques Bouveresse (1999) appelle les « littéraristes » et qui ont aujourd’hui le vent en poupe dans les médias.

L’ancrage des TCC dans la psychologie scientifique fait qu’elles évoluent de façon continue, tant au niveau des procédures que des références théoriques. Les praticiens diffèrent en fonction notamment des problèmes qu’ils traitent, de leur expérience personnelle et de leur connaissance des recherches scientifiques. Cependant, au-delà de la multiplicité des variantes possibles, tous se caractérisent par un objectif (modifier de façon tangible des conduites), le choix d’un moyen (la démarche scientifique) et un style d’interaction avec le patient (que l’on peut qualifier de « pédagogie démocratique »). Explicitons ces trois points.

a. L’objectif est de modifier concrètement, de façon observable, des comportements que le patient souhaite changer.
Les objectifs de changement sont définis au terme d’un dialogue. Le thérapeute aide le patient à formuler des objectifs réalistes et concrets, qui tiennent compte de son bien-être, à plus ou moins long terme, et de la qualité de ses relations avec autrui.
Dans certains cas, le thérapeute limite son aide à une demande explicite et bien délimitée (p. ex. se débarrasser de la phobie invalidante de prendre le métro ou de parler en public). Dans d’autres, un traitement efficace implique d’élargir sensiblement le ou les objectifs. Ainsi la personne qui veut se libérer de la dépendance à l’alcool ne peut se contenter d’une technique de contrôle des impulsions à boire à contretemps : elle doit également développer son répertoire d’activités agréables « concurrentes », elle doit apprendre des stratégies pour mieux réguler les émotions pénibles et affronter des situations stressantes, etc.
En définitive, c’est toujours le patient qui décide les buts à atteindre et le degré d’engagement dans le processus d’apprentissage.

b. Le souci de scientificité :L’approche comportementale ne se définit pas d’abord par un ensemble de procédures, ni une théorie - pas même la théorie actuelle de l’apprentissage. Sa principale caractéristique est de fournir une aide psychologique en gardant le souci de scientificité, c’est-à-dire de vérification soigneuse des hypothèses de travail et des effets des pratiques. Comme en médecine, le souci de scientificité n’exclut nullement une attitude respectueuse et chaleureuse. Ce n’est pas seulement une question d’éthique, mais encore d’efficacité : de nombreuses recherches scientifiques ont montré l’importance de ces facteurs affectifs. Le comportementaliste respecte et écoute son patient, il lui témoigne de la sympathie, tout en évitant les dérapages affectifs et sexuels,... qui ne sont pas rares dans la pratique du divan.

c. Le style du thérapeute : collaboration, transparence, incitation à l’action
• Le comportementaliste n’est pas un gourou. Il agit comme un pédagogue respectueux de l’« apprenant », soucieux de le faire accéder rapidement à davantage d’autonomie. Il évite l’établissement d’une relation caractérisée par l’obéissance à l’autorité, l’affection ou l’amour. Il s’efforce d’instaurer une ambiance de travail, sereine et sympathique. • Le thérapeute explicite en toute clarté les principes, les objectifs, les méthodes, les contrats, les critères d’évaluation, les résultats. Il propose éventuellement des lectures, qui permettent au patient de bien comprendre les processus qui le perturbent et la logique du traitement. Il s’abstient d’utiliser un jargon incompréhensible visant à impressionner. • Le patient qui veut se libérer de réactions bien ancrées ne peut se contenter de parler et de recevoir des interprétations pendant une ou deux heures par semaine. Il doit effectuer, dans la vie quotidienne, des « tâches thérapeutiques », c’est-à-dire des observations méthodiques et des essais de nouveaux comportements.

Les procédures varient considérablement, raison pour laquelle mieux vaut utiliser le pluriel « thérapies (cognitivo)comportementales ».

Un exemple de traitement comportemental

Je m’en tiens ici à un type de traitement et un exemple : le traitement de la phobie des araignées, que je pratique moi-même. Je n’ai pas encore traité une phobie des cafards, sur laquelle fantasme Mr. Miller. Les principes sont les mêmes.

La personne qui souffre d’une peur très intense des araignées, même non dangereuses, peut essayer de se souvenir du point de départ de cette phobie. Le rappel ne manque pas d’intérêt. Toutefois, contrairement à une opinion largement répandue, le ressouvenir de l’expérience princeps n’est pas nécessaire et, d’autre part, elle n’est pas suffisante pour se libérer du problème. Beaucoup de personnes se souviennent parfaitement du traumatisme qui est au départ d’une phobie sans que cela modifie leur réaction émotionnelle !

Un psychanalyste peut croire que la peur des araignées tient au symbolisme de cet animal. Selon Freud, « l’araignée est, dans le rêve, un symbole de la mère, mais de la mère phallique, qu’on redoute, de sorte que la peur de l’araignée exprime la terreur de l’inceste avec la mère et l’effroi devant les organes génitaux féminins. » (1933, G.W., XV, p. 25 ; trad., 1984, p. 36)

Un psychanalyste lacanien insistera sur ce que Freud appelait « l’interprétation par mots-ponts » (« Wort-Brücke ») et que Lacan a rebaptisé « décomposition signifiante ». Il pourra penser que la peur de l’araignée signifie la négation d’un arrêt. En effet, dans « araignée », il entend : « arrêt nié ».

Que fait un comportementaliste ? Sûrement pas un « dressage » pavlovien ou autre.

En principe, il va d’abord inviter le patient à s’informer correctement sur les araignées, par exemple par la lecture d’un ouvrage scientifique (pas un film d’horreur, bien entendu). Le patient doit apprendre, de façon objective, quelles araignées sont dangereuses et lesquelles ne le sont pas. En Belgique, le problème est simple : il n’y a pas d’araignées réellement dangereuses. La situation est différente déjà dans le Sud de la France, pour ne pas parler des pays africains.

Deuxième étape : le patient est invité à apprendre comment se calmer lorsqu’il a peur. Trois apprentissages s’avèrent ici importants et parfois nécessaires :

1° Apprendre à contrôler la respiration, c’est-à-dire, dans la plupart des cas, freiner l’hyperventilation, essayer de respirer surtout par le ventre et expirer le plus lentement possible. Pour les personnes qui réagissent par des paniques, des exercices méthodiques sont généralement nécessaires.

2° Apprendre à diminuer rapidement le tonus musculaire. Ceci implique des exercices méthodiques de relaxation « comportementale » 3.

3° Apprendre à utiliser des auto-instructions. Il ne s’agit pas simplement de la méthode Coué, qui consiste à se répéter une même formule générale. Les auto-instructions sont des formules brèves et précises, qui permettent de lutter contre les idées dramatisantes induites par une situation phobogène.

Lorsque ces nouvelles compétences sont acquises, le thérapeute propose au patient de passer à l’action, de façon progressive, par étapes. Certes, il importe de parler et d’essayer de changer des idées, mais la procédure la plus efficace pour restructurer un schéma de pensée - en l’occurrence la dangerosité des araignées - est de recourir à l’action. Pas plus qu’on apprend à nager en se contentant de parler de natation, on ne peut éliminer une réaction émotionnelle intense et bien ancrée en se limitant à l’usage de mots.

Avec l’accord du patient, le thérapeute commencera par montrer une toute petite araignée enfermée dans un bocal. Le bocal sera mis à la distance souhaitée par le patient.

Les étapes suivantes seront :
- Des petites araignées, dans bocal fermé, à proximité
- Toucher et bouger le bocal
- Ouvrir le bocal. Mettre la main sur le bocal
- Laisser une petite araignée en liberté sur une table
- Toucher avec un crayon une petite araignée
- Toucher et bouger un bocal fermé contenant une grosse araignée
- Capturer une araignée sur une surface lisse à l’aide d’un bocal et d’un morceau de carton
- Toucher brièvement une petite araignée
- Faire descendre dans la main une araignée dans un bocal ouvert et retourné
- Laisser l’araignée circuler sur la main et le bras
- Capturer des araignées sans le thérapeute, à plusieurs reprises.

À chacune de ces étapes, le thérapeute fait d’abord la démonstration. Avant que le patient ne touche l’araignée, le thérapeute doit l’avoir fait devant lui. Pour passer d’une étape à la suivante, le thérapeute demande toujours l’accord du patient.

Grâce à ces exercices de confrontation - que l’on appelle « exposition », « immersion » ou « désensibilisation » - le patient apprend deux choses. D’une part, il modifie sa perception des araignées. La signification qu’il attribuait à ces animaux se modifie « profondément », durablement, à moins que, par suite, il fasse une expérience réellement pénible. D’autre part, le patient apprend comment gérer une forte réaction émotionnelle, en l’occurrence la peur. Il expérimente l’efficacité de la régulation de la respiration et du tonus musculaire, ainsi que la possibilité de piloter le flux des idées et de neutraliser les idées de catastrophes par d’autres idées, consciemment et volontairement mises au point. On est aux antipodes de la thérapie « cruelle » imaginée par Mr Miller : le thérapeute n’est pas, pour reprendre son expression, « un chef de commando » ; le patient ne « hurle » pas, il n’est pas traumatisé.

La peur des araignées disparaît après quelques heures d’exercices. Cette peur n’est pas remplacée par un autre symptôme. Tout au contraire : on observe un effet boule-de-neige positif. Le patient qui a pu gérer et faire disparaître sa phobie des araignées constate une amélioration de l’estime de soi et, plus précisément, la disparition quasi automatique de la peur d’insectes qui lui faisaient moins peur, par exemple les cloportes et les cafards. Si d’autres animaux lui faisaient davantage peur, par exemple les serpents, il devra à nouveau s’entraîner, mais l’apprentissage sera grandement facilité par les habiletés déjà acquises.

Comme en médecine, certains troubles se traitent aujourd’hui bien et facilement, d’autres pas encore ou peut-être jamais. Par exemple, le traitement d’une phobie simple se fait généralement en quelques séances, sans qu’il y ait ensuite des rechutes, au contraire ; celui d’un trouble obsessionnel, en quelques mois et connaît souvent des rechutes ; celui d’une toxicomanie bien ancrée est long, difficile et s’accompagne quasi toujours de rechutes. Les personnalités antisociales et paranoïaques ne changent quasi pas.

Comme dans tout processus d’apprentissage, les résultats des thérapies comportementales dépendent de divers paramètres : l’état de la personne au départ, l’importance qu’elle attache au changement, l’existence de procédures efficientes, la compétence et la notoriété du thérapeute, la qualité de la relation avec lui, l’anticipation d’effets positifs, l’adhésion à la méthode, les efforts mis en œuvre, le degré de satisfaction éprouvé suite à des changements, les réactions de l’entourage, la capacité de relativiser des échecs momentanés, etc.

Mensonges freudiens sur l’efficacité

Les résultats thérapeutiques de la psychanalyse ont été, dès le début, médiocres. Freud a maquillé des échecs en soi-disant guérisons. À partir des années 1920, il a préféré passer son temps à faire des analyses didactiques, plutôt que d’encore essayer de traiter des personnes souffrant de troubles sérieux. Il a formé des élèves, qui ont été reconnus analystes par lui à condition d’adopter très précisément ses schémas d’interprétation. Des « clones » en quelque sorte. (Je parle de « clone », au sens où l’entend Mr. Miller).

Sur la question des mensonges freudiens, je renvoie aux ouvrages d’historiens de la psychanalyse. Je cite en premier lieu Henri Ellenberger, l’auteur d’une monumentale histoire de la psychiatrie, rééditée en 1994 chez Fayard, sous le titre Histoire de la découverte de l’inconscient. C’est lui qui a trouvé, à la fin des années 1960, les documents prouvant que la célèbre Anna O., considérée comme le cas princeps de la psychanalyse, soi-disant guérie de tous ses symptômes, s’était en réalité dégradée tout au long de la thérapie, jusqu’à devoir être placée dans un institut psychiatrique.

L’histoire du mensonge concernant le cas fondateur de la psychanalyse a été présentée en détail chez Aubier par Borch-Jacobsen, sous le titre : Souvenirs d’Anna O. Une mystification centenaire.

Sur les fraudes freudiennes, le lecteur anglais a l’embarras du choix. Particulièrement éclairante est une anthologie de 20 textes rassemblés par Frederick Crews (université Berkeley), Unauthorized Freud. Doubters Confront a Legend.

En français, le travail le mieux documenté est, à ce jour, celui de Jacques Bénesteau (univ. de Toulouse-Rangueil), Mensonges freudiens. Je me permets d’insister sur cet ouvrage tout à fait remarquable, bien entendu passé sous silence dans la grande presse française et belge francophone. A ma connaissance, seules quelques revues comme La Recherche et Science et pseudo-sciences l’ont présenté à leurs lecteurs.

Le conditionnement des psychanalysés

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur le manque d’honnêteté de bon nombre de psychanalystes, sur leur manque d’efficacité et de scientificité.

Je me contente ici d’évoquer la question de la suggestion, puisque c’est le point sur lequel beaucoup d’analystes ont insisté ces jours-ci pour distinguer leur pratique de celle des « psychothérapeutes » et en particulier des comportementalistes, accusés d’être des « conditionneurs » ou des « dresseurs ».

Freud a été interpellé, tout au long de sa carrière, sur la question de la suggestion. Dans ses premières publications (en 1895), il explique avoir découvert que toutes ses patientes, sans aucune exception, sont névrosées parce qu’elles ont refoulé le souvenir de sévices sexuels subis durant l’enfance. Freud prétend qu’il a suffi que les patientes se remémorent pour être guéries. C’est bien sûr un mensonge, comme en témoignent des lettres à son ami Wilhelm Fliess. Ses collègues ne le prennent pas au sérieux. Avec raison. Sans doute reconnaissent-ils l’importance de la sexualité et de sévices dans certains cas, mais la généralisation de Freud leur semble être le résultat de manœuvres de suggestion. Par la suite (à partir de septembre 1897), Freud dira que ces récits correspondent à des fantasmes. Mais là encore, on peut avancer sans beaucoup de risques de se tromper, que Freud a fait, dans la plupart des cas, de la suggestion (voir p. ex. Van Rillaer, 2003, p. 183-187).

Freud a fini par reconnaître que la psychanalyse opère par la suggestion. Simplement, il en parle dans le cadre de sa théorie du « transfert ». Voyons quelques textes de près. Freud écrit :

« Le patient, qui n’est censé chercher rien d’autre qu’une issue à ses conflits générateurs de souffrance, développe un intérêt particulier pour la personne du médecin. Tout ce qui se rapporte à cette personne lui paraît être plus important que ses propres affaires et le distrait de son être-malade. » (1917, XI, p. 456s, trad. 1999, p. 558)

« Pour autant que le transfert est précédé du signe positif, il revêt le médecin d’autorité, il transforme en croyances ses communications et ses interprétations. » (id., p. 463, tr., p. 565)

« Dans notre technique, nous avons abandonné l’hypnose que pour redécouvrir la suggestion sous les espèces du transfert. » (id., p. 464, tr. p. 566)

« Nous accordons que notre influence repose pour l’essentiel sur le transfert, donc sur la suggestion. » (id., p. 466, tr. p. 569)

« Dans chaque traitement analytique, s’instaure, sans aucune intervention du médecin, une relation affective intense du patient à la personne de l’analyste, relation qui ne peut s’expliquer par aucune des circonstances réelles. [...] Cette relation, qu’on appelle, pour faire bref, transfert, prend bientôt la place chez le patient du désir de guérir et devient, tant qu’elle est tendre et modérée, le support de l’influence médicale et le ressort véritable du travail analytique commun. » (1925, G.W., XIV, p. 67, tr. 1984, p. 70s)

« Il est tout à fait vrai que la psychanalyse travaille aussi par le moyen de la suggestion, comme d’autres méthodes psychothérapeutiques. » [Es ist ganz richtig, dass auch die Psychoanalyse mit dem Mittel der Suggestion arbeitet wie andere psychotherapeutische Methoden] (id., p. 68, tr., p. 71).

Lacan lui-même, dans son dernier séminaire, avouait : « Le psychanalyste est un rhéteur4. Pour continuer d’équivoquer, je dirai qu’il rhétifie, ce qui implique qu’il rectifie. Rectus, le mot latin, équivoque avec la rhétification. [...] Ce que j’ai appelé le rhéteur qu’il y a dans l’analyste n’opère que par suggestion. Il suggère, c’est le propre du rhéteur, il n’impose d’aucune façon quelque chose qui aurait consistance. C’est même pour cela que j’ai désigné de l’ex- ce qui se supporte, ce qui ne se supporte que d’ex-sister. Comment faut-il que l’analyste opère pour être un convenable rhéteur ? C’est là que nous arrivons à une ambiguïté. L’inconscient, dit-on, ne connaît pas la contradiction. C’est bien en quoi il faut que l’analyste opère par quelque chose qui ne se fonde pas sur la contradiction. Il n’est pas dit que ce dont il s’agit soit vrai ou faux. Ce qui fait le vrai et ce qui fait le faux, c’est ce qu’on appelle le pouvoir de l’analyste, et c’est en cela que je dis qu’il est rhéteur. » (1979, p. 6s)

Une source fréquente d’abus de pouvoir dans le domaine de la psychothérapie est la relation de fascination et de sujétion qui s’y développe facilement. Le phénomène avait déjà été bien décrit au début du XIXe siècle, sous le nom de « rapport magnétique », par les « magnétiseurs », disciples de Mesmer et précurseurs de l’hypnose. Ces ancêtres de la psychothérapie avaient constaté, chez de nombreux patients, la disposition à croire que le thérapeute dispose de pouvoirs surnaturels, le désir croissant de contacts avec le thérapeute, le développement d’une véritable passion amoureuse et d’une subordination totale (voir Ellenberger, 1974, p. 67-68, 131-34).

Ce thème a été l’objet de la conférence de Pierre Janet au congrès international de psychologie tenu à Munich en 1896. Janet décrit la passion qui se développe chez la plupart des patients pour leur psychothérapeute. Il dit : « Je ne puis mieux décrire ce besoin qu’en le comparant à une passion dont les symptômes sont bien connus, la morphinomanie » (1897, p. 118). Parlant des femmes « hystériques », il écrit : « Celui qui s’occupe d’elles n’est plus à leurs yeux un homme ordinaire ; il prend une situation prépondérante auprès de laquelle rien ne peut entrer en balance. Pour lui, elles sont résolues à tout faire, car elles semblent avoir pris une fois pour toutes la résolution de lui obéir aveuglément » (id., p. 125s). Janet terminait son exposé en disant que le médecin doit utiliser le « besoin de direction » pour « éduquer l’esprit » du patient, mais qu’il doit, dans un second temps, lui apprendre à se passer du médecin, plutôt que de « laisser se développer une dangereuse passion somnambulique ».

Pour avoir pratiqué successivement la psychanalyse et les TCC, je peux dire que la relation de dépendance est beaucoup plus forte en psychanalyse que dans les TCC 5. C’est ce qui explique notamment que les patients en analyse abandonnent vite les raisons pour lesquelles ils ont entamé la cure (des troubles qui font souffrir et que la psychanalyse, bien souvent, n’est pas en mesure de faire disparaître) au profit des objectifs de l’analyste (analyser des rêves, se souvenir d’expériences sexuelles de l’enfance, etc.). Le sociologue Nathan Stern donne de nombreux exemples de ce glissement, dans La fiction psychanalytique, un ouvrage très instructif sur les « trucs » des freudiens pour subjuguer leurs patients.

Terminons par un exemple. Pas n’importe lequel : Pierre Rey. Pendant dix ans, le rédacteur en chef de Marie-Claire est venu chaque jour de la semaine en analyse chez Lacan. A ma connaissance, il est le seul qui ait écrit un livre sur son expérience de client de Lacan.

Rey a entamé sa cure pour se délivrer de phobies sociales. De cette souffrance, il est bien peu question dans son analyse. Les psychanalystes dédaignent les « symptômes ». Rey nous donne de jolies illustrations de sa dépendance à l’analyste. Voici deux échantillons :

« Lacan savait que je me levais tard. - À demain, six heures. - D’accord. - Six heures du matin. - Écoutez... Il me serrait la main. Le lendemain, je sortais de chez moi sans avoir fermé l’œil. Il répétait l’expérimentation jusqu’à ce qu’il fût sûr que j’aie pris le pli de son exigence. Il en aurait fallu davantage pour me faire renoncer : j’étais ferré. M’eût-il demandé de le rejoindre aux antipodes pour une entrevue de vingt secondes à dix millions, j’aurais trouvé l’argent et j’y serais allé. Quand ils ont cette force, les liens du transfert sont insécables. Je ne me posais pas le problème en ces termes, je n’avais pas le choix : question de vie ou de mort » (1989, p. 67s).

Au cours d’une soirée chez des amis, Rey entend deux jeunes hommes dire que Lacan est un dangereux charlatan. Il réagit : « Pendant cinq minutes, j’eus la force de ne pas intervenir. Ensuite, je sentis un voile blanc m’obscurcir le regard tandis qu’une fantastique poussée d’adrénaline me fit me dresser, blême soudain, muscles tendus, visage de pierre. Je pointai tour à tour sur eux un index meurtrier et m’entendis dire d’une voix blanche : Écoutez-moi, connards... Écoutez-moi bien... Bougez simplement un cil, ajoutez simplement un mot et je vous tue. Paralysés, blancs comme la craie, je crois qu’ils ne respiraient même plus. Par crainte de tenir ma promesse, je tournai les talons. Ils en profitèrent pour quitter les lieux sur la pointe des pieds » (id., p. 146s).

Cette idolâtrie de l’analyste a-t-elle aidé Rey à se délivrer de ses « symptômes » ? Au terme de dix années de « travail » analytique, très cher payées, il écrit : « L’avouer aujourd’hui me fait sourire : je suis toujours aussi phobique. Mais, entre-temps, j’ai négocié avec mes phobies. Ou je ne me mets plus en position d’avoir à les éprouver, ou, le dussé-je, les considérant comme l’accident d’un temps vide, je les subis avec la résignation ennuyée qu’appellent les fatalités extérieures. » (1989, p. 77. C’est Rey qui souligne)

Au cours des 25 dernières années, pendant lesquelles j’ai pu voir des patients traités par psychanalyse et des patients traités par TCC, j’ai souvent rencontré des patients en analyse tout aussi dépendants de leur analyste que Pierre Rey l’était de Lacan, son gourou, son « lacangourou ». Je n’ai que très rarement rencontré des patients de comportementalistes manifestant pareille dépendance infantile.

S’il se pratique « quelque part » un conditionnement des esprits, ce n’est pas chez les comportementalistes qu’il faut le chercher, mais bien chez Freud d’abord, chez ses zélés disciples ensuite, des disciples dont beaucoup sont davantage intéressés par le pouvoir et l’argent que par les effets observables de leurs très longues et coûteuses analyses.

Publications citées

Bénesteau, J. (2002) Mensonges freudiens. Histoire d’une désinformation séculaire. Belgique, Mardaga (diffusé en France par SOFEDIS), 400 p. Voir aussi le très intéressant site www.psychiatrie-und-ethik.de, qui fournit des textes en allemand, en français et en anglais.

Borch-Jacobsen, M. (1995) Souvenirs d’Anna O. Une mystification centenaire. Paris : Aubier, 120 p.

Bouveresse, J. (1999) Prodiges et vertiges de l’analogie. De l’abus des belles-lettres dans la pensée. Paris : Raisons d’agir, 158 p.

Crews, F. (1998) Unauthorized Freud. Doubters Confront a Legend. New York & London : Viking, 302 p.

Ellenberger, H. (1970) The Discovery of the Unconscious. N.Y. Basic Books. 932 p. Trad. : A la découverte de l’lnconscient. Histoire de la psychiatrie dynamique. Villeurbanne : Ed. Simep, 1974, 760 p. Rééd. : Histoire de la découverte de l’inconscient. Paris : Fayard, 1994.

Ellis, A. (1998) How to control your anxiety before it controls you. Trad. : Dominez votre anxiété avant qu’elle ne vous domine. Trad., Montréal, Éd. de l’Homme, 1999, 270 p.

Foulquié, P. (1962) Dictionnaire philosophique. Paris : PUF.

Freud, S. (1905) Ueber Psychotherapie. Gesammelte Werke. Frankfurt am Main : Fischer, vol. V, p. 13-26.

Freud, S. (1917) Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse. G.W., vol. XI. Trad. : Conférences d’introduction à la psychanalyse. Gallimard, 1999.

Freud, S. (1925) Selbstdarstellung. G.W., vol. XIV, p. 33-96.

Freud, S. (1933) Neue Folge der Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse, Gesammelte Werke, vol. XV. Trad. : Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Trad. Gallimard, 1984.

Freud, S. (1938) Some elementary lessons in Psycho-analysis. G.W., vol. XVII, p. 141-7.

Grünbaum, A. (1984) The foundations of psychoanalysis. Trad. : Les fondements de la psychanalyse. Une critique philosophique. Paris : P.U.F., 1996, 464 p.

INSERM (2004) Psychothérapie. Trois approches évaluées. Paris : éd. de l’Inserm [101 rue de Tolbiac, 75654 Paris], 568 p.)
Internet : www.inserm.fr/servcom/servcom.nsf/titre/expertise+collective+psychotherapie

Janet, P. (1897) L’influence somnambulique et le besoin de direction. Revue philosophique, XLIII, p. 113-43.

Kardiner, A. (1977) My Analysis With Freud. N.Y. : Norton. Trad. : Mon Analyse avec Freud. Paris : Belfond, 1978.

Lacan, J. (1973) Télévision. Paris : Seuil, 74 p.

Lacan, J. (1977) Ouverture de la section clinique, Ornicar ?, 9, p. 7-14.

Lacan, J. (1979) Une pratique de bavardage. Le séminaire. Ornicar ?, 19, p. 5-9. (Texte établi par J.-A. Miller).

Rey, P. (1989) Une saison chez Lacan. Paris : Laffont.

Roudinesco, E. (1999) Pourquoi la psychanalyse ? Paris : Fayard, 198 p.

Sokal, A. & Bricmont, J. (1997) Impostures intellectuelles. Paris : Odile Jacob, 276 p. Rééd. Le Livre de poche, n° 4276, 1999.

Stern, N. (1999) La fiction psychanalytique. Étude psychosociologique des conditions objectives de la cure. Mardaga, 201 p.

Turkle, S. (1978) Psychoanalytic politics. Freud’s French Revolution. Trad., La France freudienne. Paris : Grasset, 1982, 306 p.

Van Rillaer, J. (1981) Les illusions de la psychanalyse. Liège : éd. Mardaga (diffusé en France par SOFEDIS), 4e éd. : 1996, 420 p.

Van Rillaer, J. (2003) Psychologie de la vie quotidienne. Paris : Odile Jacob, 2003, 336 p.

Van Rillaer, J. (2004a) Une légende moderne : « Les comportementalistes ne traitent que des symptômes « , Journal de Thérapie comportementale et cognitive. Paris : Masson, 14 (1), p. 3-7.

Van Rillaer, J. (2004b) Traiter le Moi profond ou les symptômes ? In : Le Moi. Du normal au pathologique. Auxerre : Ed. Sciences Humaines (diffusion P.U.F.), p. 337-344.

Widlöcher, D. (1996) Les nouvelles cartes de la psychanalyse. Paris : Odile Jacob, 276 p.

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article373

3 novembre 2011

article publié sur le site d'Autisme Infantile le 3 novembre 2011

Réactions de professionnels et personnes autistes sur le documentaire « Le MUR » et sur le packing

Voici les réactions (traduites de l’anglais) de personnalités du monde de l’autisme suite au visionnage du documentaire Le MUR: La psychanalyse à l’épreuve de l’autisme.

Pr. Travis Thompson, PhD Licensed Psychologist, Dept. of Educational Psychology, University of Minnesota

Travis ThompsonJ’ai regardé les six sections du Mur avec un mélange de tristesse et d’indignation. Tristesse, parce que la France était le berceau de Jean Itard, qui a le premier décrit l’autisme et a introduit des méthodes de renforcement ainsi que la communication au moyen de pictogrammes (similaire au PECS) afin d’éduquer Victor, il y a plus de 200 ans; parce que la France était le berceau de Claude Bernard, le père de la physiologie moderne, qui a insisté sur la nécessité de pratiquer des méthodes scientifiques et d’exclure les causes hypothétiques des désordres et des maladies de l’Homme. Claude Bernard a été à l’origine du projet revirement de la recherche ABA reversal. La France est aussi le pays de Louis Pasteur, l’une des figures les plus importantes de l’histoire de la médecine, qui a découvert que les maladies infectieuses sont causées pour la plupart par des germes, la « théorie germinale des maladies ». Ses travaux sont devenus la base de la science appelée microbiologie. La France a une histoire médicale remarquable, ce qui rend la présente vidéo encore plus désolante.

Les notions théoriques exprimées par tous les psychanalystes interviewés n’ont aucun fondement empirique, et seraient simplement amusantes, ou au pire embarrassantes, si ce n’était le fait que, apparemment, de nombreuses personnes les prennent au sérieux en France. Elles sont particulièrement dérangeantes car elles perpétuent des idées, préjudiciables et sans fondement, initiées par Bruno Bettelheim, au sujet d’effets maternels nocifs qui seraient propices au développement de l’autisme chez les enfants. Or, ces idées ont été depuis totalement discréditées. Concernant l’autisme et le traitement de l’autisme, elles tiennent du conte populaire ou de mythologies: de même que les bergers désignaient les étoiles et les planète dans les ciels nocturnes, racontant des histoires haletantes pour expliquer le mouvement des constellations, on essaie d’expliquer les troubles du spectre autistique des enfants avec autisme.

Je suis indigné d’apprendre que des professionnels de la médecine et des psychologues apparemment éduqués empêchent les enfants avec autisme de bénéficier du traitement le plus approprié et de méthodes éducatives qui ont montré de manière récurrente lors de recherches contrôlées dans divers pays (Norvège, Royaume Uni, Etats-Unis) leur haute efficacité dans la diminution, la suppression et la prévention de l’émergence des symptômes autistiques. Il est évident que ni les associations professionnelles, ni les agences gouvernementales n’attendent des psychanalystes interviewés pour ce film qu’ils soient au courant de la littérature sur la recherche scientifique clinique ayant pour sujet le traitement de l’autisme. La première de ces études a été publiée en 1987, et la plus récente en 2010. L’un des psychanalystes de l’interview traite ces interventions comportementales de « lubies ». Il y a eu plus de vingt de ces études sur un quart de siècle, ce qui semble en faire autre chose qu’une lubie.

Il est de plus en plus évident que l’autisme est un trouble neurologique qui implique une défaillance du développement des composants des connections du cerveau ou synapses. Il y a une évidence convaincante qu’une synaptogénèse induite par l’expérience peut surmonter certains de ces problèmes. Je propose que les psychanalystes interviewés dans cette vidéo lisent, de Murrow et al. (2008): Identifier les loci et les gènes de l’autisme par traçage de l’ascendance partagée récente, Science volume 321 pp. 2018-223. Les auteurs concluent ainsi: « La relation entre l’activité neurologique dépendant de l’expérience et l’expression des gènes dans la période postnatale constitue la base de l’apprentissage et de la mémoire, et l’autisme apparaît typiquement durant ces phases tardives du développement. Notre conclusion est que les délétions de gènes régulées par l’activité neuronale, ou par des régions potentiellement impliquées dans la régulation de l’expression des gènes dans l’autisme, suggère que des défauts dans l’expression de gènes dépendants de l’activité peut être une cause des déficits cognitifs chez des patients avec autisme. Par conséquent, la perturbation du développement synaptique régulé par l’activité pourrait être un mécanisme commun au moins à un sous-groupe de mutations apparemment hétérogènes associées à l’autisme ». L’implication logique de ces conclusions est qu’une expérience compensatrice sous forme d’intervention comportementale intensive et précoce est à même de surmonter certaines des conséquences de ces déficiences des gènes en favorisant la synaptogénèse, ce que j’ai déjà signalé dans un article en 2005 (Thomson T. 2005, Paul E. Meehl et B.F. Skinner: Autitaxie, Autitypie et Autisme. Comportementalisme et Philosophie, 33, 101) dans lequel je faisais une comparaison avec entre l’analyse de l’étiologie de la schizophrénie de Paul Meehls avec l’autisme.

Je suis vraiment désolé de voir que continuent à s’imposer de telle idées dans un pays aussi développé et scientifiquement sophistiqué que la France.

Donna Williams, autiste Australienne, auteur entre autre du livre Si on me touche, je n’existe plus

Donna WilliamsLe fait est que les enfants, handicapés par des troubles de perception sensorielles ont besoin d’une famille qui soit présente, qui soit capable de mettre de côté ses névroses, drames et égo personnels, et, sans s’engloutir dans la co-dépendance, qui soit capable de prendre à bras le corps cette aventure qu’est de travailler avec ces problématiques de façon à ce que l’enfant qui en est victime ne s’enferme pas dans sa bulle, en réaction contre un monde qui le submerge d’un point de vue cognitif… mais les psychanalystes doivent retourner à l’école.

Pr. Tony Attwood, Masters degree in Clinical Psychology from the University of Surrey, Honours degree in Psychology from the University of Hull, PhD from the University of London

Tony AttwoodMerci beaucoup pour votre e-mail ainsi que le lien vers les extraits sur YouTube du documentaire concernant l’approche psychanalytique de l’autisme et du syndrome d’Asperger en France. Je parcours lentement les films, car je crois qu’ils sont très importants, et ma propre opinion clinique est que la psychanalyse est en fait dangereuse pour les enfants autistes, mais aussi pour leurs parents, tout particulièrement la mère de l’enfant. Je reviens en France tous les deux ans, et je serai de retour à Paris en Juin prochain. Lorsque je présente des informations au sujet d’approches alternatives, je sais que les parents sont parfois étonnés qu’il y en ait, et les professionnels ont beaucoup du mal à comprendre qu’il y a une alternative et, je dirais même, une approche plus efficace.

Temple Grandin, autiste Américaine, a inventé la « squeeze machine » qui permet de ressentir de la pression contre son corps

Temple GrandinL’autisme n’est pas causé par des mauvais parents. C’est complètement fou que la psychanalyse soit le traitement principal pour l’autisme en France. Il est choquant que la France ait tant de retard.

Je détesterais le packing. L’enfant devrait etre capable de contrôler la pression lui-même. La squeeze machine marche sur ce principe. Le packing est inutile et très stressant pour l’enfant

Judy Barron, maman Américaine de Sean Barron, autiste, tous deux co-auteurs du livre Moi l’enfant autiste

Judy BarronJe viens juste de voir le film avec l’horrible bande des psychologues/psychiatres partageant leur ignorance sur le sujet de l’autisme. Ils parlent comme si ils étaient dans les années 50. Ils n’ont rien appris depuis toutes ces années? Comme cela doit être profondément choquant pour les parents et enseignants qui voyent ce film!

Merci de transmettre aux cabinets d’avocats qui préparent un réquisitoire: je souhaiterais leur proposer mon aide car je pense que ceci est si important pour les familles françaises et surtout pour leurs enfants.

http://autismeinfantile.com/observation/reflexion-sur-lautisme/reactions-de-professionnels-et-personnes-autistes-sur-le-documentaire-le-mur-et-sur-le-packing/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=reactions-de-professionnels-et-personnes-autistes-sur-le-documentaire-le-mur-et-sur-le-packing&mid=51

8 octobre 2011

Recommandation de bonne pratique publiée sur le site de la HAS (Haute Autorité de Santé)

Autisme et autres TED diagnostic et évaluation chez l’adulte

Méthode

Recommandation pour la pratique clinique

Promoteur

Haute Autorité de Santé

Objectifs

Cette recommandation de bonne pratique a pour objectif d'améliorer le repérage des troubles et le diagnostic des TED chez l'adulte, quelle que soit sa situation : personne vivant à domicile accompagnée ou non par un service, personne accueillie ou hébergée dans un établissement médico-social, personne accueillie et/ou hébergée dans un service ou un établissement sanitaire. Le repérage passe par l’amélioration des connaissances des professionnels, quelle que soit leur qualification et leur lieu de pratique (sanitaire, médico-social ou social). Le but est d'offrir, sur la base d'un diagnostic fiable et d’une évaluation personnalisée, des aides et des services spécifiques à toutes les personnes adultes concernées par l’autisme et autres TED.

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documentaire

De janvier 2000 à mai 2010

Version

Document initial

Date de
validation
juillet 2011
Publicité
6 octobre 2011

Etre né autiste en France - petite vidéo et textes de références

La France a 40 années de retard en matière de prise en charge de l"autisme.

De nombreux rapports ont été rédigés sur le sujet, diverses alertes ont été levées depuis bien longtemps.
Hélas la situation des familles confrontées à l'autisme est plus que jamais dramatique.
Face au lobby psychanalytique tout puissant en France et à l'indifférence la plus totale des politiques, les familles ne peuvent compter que sur leurs propres capacités à exercer un contrôle sur la situation pour essayer de s'en sortir.
Cette vidéo (un peu rapide) reprend différents éléments clés des rapports suscités, les textes et propos sont retranscrits tels quels.

Les sources sont consultables en intégralité via les liens ci-dessous :

- Avis n° 47 du CCNE du 10 janvier 1996 et n° 102 du 9 décembre 2007 sur la prise en charge des personnes autistes en France.
http://www.ccne-ethique.fr/docs/fr/avis047.pdf

- Loi n° 96-1076 du 11 décembre 1996 modifiant la loi no 75-535 du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et médico-sociales et tendant à assurer une prise en charge adaptée de l'autisme.
http://www.inshea.fr/ressources/documents/07l_96-1076.pdf

- Rapport parlementaire de Jean-François Chossy d'octobre 2003 sur La situation de l'autisme en France.
http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/034000590/0000.pdf

- Circulaire du 8 mars 2005, les recommandations de l'Anaes (aujourd'hui remplacée par la Haute Autorité de Santé) en 2005 et 2006 pour la pratique du dépistage de l'autisme.
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/recommandations_a...

- Loi 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006051257&am...

- Colloque international de l'INS HEA (vendredi 28 et samedi 29 mai 2010) par Jean-Claude Ameisen du CCNE.
http://www.dailymotion.com/swf/video/xf641w

- Code de l'action sociale et des familles (Version en vigueur au 3 mars 2011).
http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?cidTexte=LEGITEXT000006074069&amp...

- Rapport : Le plan autisme, un an après 28 mai 2009 (Ministère du Travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité)
http://www.travail-emploi-sante.gouv.fr/IMG/pdf/DP_plan_autisme_un_an_apres.pdf

- Circulaire interministerielle N° DGAS /DGS/DHOS/3C/2005/124 du 8 mars 2005 relative à la politique de prise en charge des personnes atteintes d'autisme et de troubles envahissants du développement (TED)
http://www.education.gouv.fr/bo/2005/15/SANA0530104C.htm

- Haute Autorité de la Santé : Etat des connaissances Autisme et autres troubles envahissants du développement.
http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_935617/autisme-et-autres-troubles-enva...

- L'évaluation des psychothérapies par l'INSERM (rapport de 2003).
http://www.inserm.fr/content/download/7356/56523/version/1/file/psychotherapi...

- DGAS, Direction Générale de l'Action Sociale, Ministère du travail, des relations sociales, de la famille et de la solidarité : Rapport sur les Interventions éducatives et thérapeutiques proposées dans l'autisme (juin 2007).
http://www.techniques-psychotherapiques.org/Reseau/PoleAutisme/Interventions/...

23 septembre 2011

article publié dans Agora Vox le 17 septembre 2011

Autisme : les psychanalystes dans « Le Mur »

Le 7 septembre dernier, l’association « Autistes Sans Frontières » organisait une projection publique d’un documentaire intitulé « Le Mur : la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme ». Ce film est aujourd’hui visionnable sur le site web de l’association (lien ici).

Que découvre-t’on dans ce film ? Il s’agit en fait d’une succession d’interviews de pédopsychiatres de renom ou de psychologues, tous actuellement en activité dans divers centres hospitaliers ou cabinets de psychiatre. On y retrouve quelques noms prestigieux comme le Pr Bernard Golse, chef du service de pédopsychiatrie de l’hopital Necker à Paris, ou le Pr Pierre Delion, responsable du Centre Ressource Autisme du Nord-pas-de-Calais. Ces professionnels, qui sont amenés tous les jours à diagnostiquer et mettre en place des thérapies pour les enfants autistes que les familles leur amènent, nous expliquent en détail leurs conceptions théoriques de l’autisme à travers la vision psychanalytique qui est la leur. Dans le dernier tiers du documentaire, ils nous disent aussi ce que, selon eux, la psychanalyse peut apporter concrètement à un enfant autiste.

En contrepoint, quelques scènes de vie quotidienne de plusieurs familles touchées par l’autisme d’un enfant nous sont montrées. Dans ces scènes, les parents racontent leurs parcours et nous expliquent comment et pourquoi ils ont, eux, choisi pour leurs enfants des prises en charge éducatives, non psychanalytiques, et les enfants eux-mêmes nous montrent l’étendue de leurs progrès.

Il s’agit donc a première vue d’une nouvelle résurgence de la querelle entre psychanalystes et cognitivistes sur la question de l’autisme, ses causes et sa prise en charge. Sauf qu’ici, ces professionnels d’orientation psychanalytique, tous en activité, nous livrent le fond de leur pensée, sans détour. Et c’est là où l’on apprend déjà que selon ces professionnels, l’autisme est toujours une « psychose » c'est-à-dire une maladie mentale résultant d’un effondrement du psychisme, alors même que les recommandations françaises et internationales ont depuis des années énoncé qu’il n’en est rien et qu’il faut cesser d’entretenir la confusion entre ces deux types de troubles. Cette confusion autisme/psychose est en effet responsable en partie de l’utilisation de thérapies inadaptées toujours en application en France.

Mais pire, on apprend que toujours selon ces professionnels, la mère est reste la principale responsable de l’autisme de l’enfant (la « mère crocodile », « les dents de la mère ») de par ses pulsions psychiques incestueuses, et que c’est le « phallus du père » qui permet de l’en empêcher. Ou encore, que « mieux vaut un inceste paternel qu’un inceste maternel, parce qu’un père incestueux, ça donne une fille juste un peu débile, alors qu’une mère incestueuse ça fait un garçon psychotique »… On est à des années lumières des discours publics habituels des mêmes professionnels, qui repètent à qui veut les entendre que cela fait bien longtemps qu’on a abandonné l’idée de la culpabilité maternelle chère à Bettelheim et Mannoni.

L’intérêt de tout cela est que ces personnages nous confirment ainsi ce dont les familles d’enfants autistes témoignent régulièrement : les diagnostics inadaptés, les discours culpabilisants envers la mère, tout cela est subi aujourd’hui par beaucoup de familles désemparées en quète d’aide compétente pour leur enfant, et qui se tournent vers les professionnels de la pédopsychiatrie. Cette situation est dénoncée par les associations de parents depuis des années (voir par exemple le Livre Blanc de Autisme France).

Par ailleurs, ces notions de « psychose infantile » et de culpabilité maternelle sont aujourd’hui abandonnées par la communauté scientifique internationale, depuis des décennies. On sait que l’autisme est un trouble neurodéveloppemental d’origine principalement génétique avec l’influence de facteurs environnementaux physiologiques, on a démontré depuis 15 ans grâce à des études épidémiologiques que les parents n’étaient absolument pas en cause dans l’apparition de l’autisme de leurs enfants, on sait aussi que ces enfants ont avant tout besoin d’une prise en charge éducative cognitivo-comportementale. Ces résultats sont détaillés dans un Etat des Connaissances publié en 2010 par la Haute Autorité de Santé (lien ici) et par plusieurs guides de bonnes pratiques étrangers (un guide français est en cours d’élaboration par la HAS).

Mais le pire est montré dans le dernier tiers du film, où l’on demande à ces professionnels : « que peut attendre concrètement un autiste de la psychanalyse ». La meilleure réponse est sans conteste « le plaisir de regarder voler une bulle de savon ». Chacun se fera son idée en visionnant les réponses des divers protagonistes interrogés.

Finalement, deux « bonus » permettent de faire un état des lieux (présenté par le Dr Zilbovicius) sur les dernières avancées des neurosciences dans le domaine de l’autisme. On a là une explication claire de ce que l’on a découvert récemment sur les véritables causes de l’autisme, ses racines neurophysiologiques, et leurs conséquences sur la perception du monde par les autistes, expliquant une bonne partie de leurs difficultés. Le contraste avec les propos tenus par les professionnels d’orientation psychanalytique du documentaire est saisissant.

En conclusion l’auteur de cet article ne peut que recommander à tout un chacun de visionner ce documentaire, car c’est la première fois qu’on peut découvrir ce que les pédopsychiatres et psychologues d’orientation psychanalytique pensent vraiment des parents – que leurs enfants soient autistes ou non.

http://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/autisme-les-psychanalystes-dans-le-100754

21 juin 2011

consultation publique de la HAS et de l'ANESM du 16 juin 2011

Visant à élaborer les interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l'adulte et l'adolescent (Mesure 9 du plan autisme 2008-2010)

https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=explorer&chrome=true&srcid=0B8BvJkQgAnsFMjhkOWQ4MDAtNzFlOS00Z

N'hésitez à participer et à faire circuler l'information.

20 juin 2011

Rapport mondial sur le handicap (Résumé) - 2011 -

Je vous invite à prendre connaissance de ce document de référence dont voici un extrait :

"Dans le monde, plus d’un milliard de personnes vivent avec un handicap sous une forme ou une autre et près de 200 millions d’entre elles ont de très grandes difficultés fonctionnelles. Dans les prochaines années, le handicap deviendra une préoccupation encore plus grande à cause de l’augmentation de sa prévalence, qui s’explique par le vieillissement des populations et le risque plus élevé de handicap chez les personnes âgées, mais aussi par l’accroissement mondial des problèmes de santé chroniques comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, le cancer et les troubles de la santé mentale."

Prendre connaissance du résumé :

http://www.who.int/disabilities/world_report/2011/summary_fr.pdf

19 mai 2011

circulaire interministérielle en date du 15 avril 2011

CIRCULAIRE INTERMINISTERIELLE N°DGS/MC4/DGCS/DGOS/CNSA/2011/146 du 15 avril 2011 relative à la diffusion régionale du corpus commun de connaissances sur l’autisme et les troubles envahissants du développement (TED) par la mise en oeuvre de la formation de formateurs prévue à la mesure 5 du plan autisme 2008-2010.
Date d'application : immédiate
NOR : ETSP1110767C
Classement thématique : Handicapés

http://circulaires.gouv.fr/pdf/2011/04/cir_32984.pdf

Cette circulaire décrit le processus de formation de formateurs confié à l'Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) en vue de permettre aux professionnels d'acquérir ou d'actualiser les connaissances indispensables pour accompagner les personnes atteintes d'autisme ou de troubles envahissants du développement (TED).

Mis en place au titre de la mesure 5 du Plan Autisme 2008-2010, ce dispositif s'inscrit dans la continuité des orientations politiques définies dès 2005 en matière de prise en charge des personnes atteintes d'autisme et de TED.

L'objectif poursuivi est d'atteindre la formation de 250 formateurs fin 2012 :

  • L'annexe 1 détermine le calendrier des opérations de formation dans chaque région.
  • L'annexe 2 décrit le programme de formation, d'une durée de trois jours.
14 mai 2011

Étude des modalités d'accompagnement des personnes avec TED dans trois régions françaises - synthèse mars 2011

Je vous livre directement la conclusion avec le lien pour prendre connaissance de la totalité de la synthèse très intéressante. (jjdupuis)

CONCLUSION


Les résultats de cette enquête indiquent que les pratiques d'accompagnement restent encore peu spécifiques au regard des problématiques effectives des personnes avec TED, même si une évolution peut être notée dans ce sens avec des interventions visant par exemple de façon ciblée le développement de la communication mais qui ne sont pas encore proposées de façon systématique. Ce constat est particulièrement vrai dans les structures accueillant des adultes, créant des discontinuités dans l'accompagnement qui peuvent être préjudiciables aux personnes. Les réponses aux questionnaires et aux entretiens montrent par ailleurs que des efforts importants existent au niveau de la formation dans les établissements et services, et qu'il existe dans un grand nombre de structures une réflexion pour améliorer l'accompagnement des personnes avec TED, notamment en associant plus étroitement la famille et la personne elle-même à sa prise en charge. Concernant la scolarisation des élèves avec TED, on remarque d'abord que celle-ci a lieu principalement en classe de maternelle, ciblant par conséquent davantage les apprentissages sociaux que scolaires. Les enseignants notent que les élèves font des progrès dans la plupart des cas, mais expriment des besoins importants en termes de formation et de partenariat, et souhaitent que le dispositif des AVS puisse être amélioré. Enfin, le recueil du point de vue des familles au travers des questionnaires et des groupes de discussion est très riche et permet de mettre l'accent sur les points d'insatisfaction mais aussi les éléments déterminants dans la qualité de la prise en charge, à savoir la collaboration entre les professionnels et la famille, l'association des parents à l'élaboration du projet individualisé, la réactualisation régulière de ce projet et l'utilisation d'outils ou techniques spécifiques aux TED, passant par la formation des professionnels.

Ces résultats montrent que notre société reste insuffisamment inclusive et des efforts devront être faits pour autoriser une véritable application de la loi de février 2005. Les jeunes gens que nous avons interrogés nous montrent le chemin à prendre par leurs propositions : mieux informer le grand public pour que la différence ne soit pas source de sur-handicap social, actualiser et diversifier la formation des professionnels, développer des services qui prennent en compte le désir d’autonomie et d’inclusion d’une partie des personnes avec TED, augmenter le nombre de structures pour éviter les discontinuités si nuisibles mais pourtant si nombreuses dans les parcours, ne pas oublier ceux qui ne peuvent prendre la parole pour défendre leurs besoins et notamment les plus jeunes enfants, les adultes les plus gravement atteints et ceux en situation de vieillissement. Soulignons également les changements qui s’opèrent dans les représentations des professionnels sur les conceptions et l’abord d’un handicap tel que l’autisme. L’intérêt qu’ils ont manifesté pour notre recherche en est probablement un indicateur.

Prendre connaissance de l'étude :

http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/Synthese_Etude_des_modalites_d_accompagnement_des_avec_troubles_envahissants_du_
developpement_TED_dans_trois_regions_francaises_mars_2011.pdf

22 avril 2011

communiqué de presse sur le site de la HALDE - 20 avril 2011

haldeScolarisation des élèves handicapés : la HALDE identifie les facteurs de succès

Le Collège de la HALDE a adopté ce lundi 18 avril 2011 des recommandations sur la scolarisation des élèves handicapés.

Deux enquêtes réalisées par la HALDE et un séminaire sur la scolarisation des élèves handicapés montrent que la loi du 11 février 2005, qui garantit les principes de scolarisation des élèves handicapés, a produit des effets positifs sur le nombre d’élèves handicapés scolarisés en milieu ordinaire, même si ce nombre tend à diminuer fortement au fur et à mesure de l’avancée dans le parcours scolaire puis universitaire.

Le Collège de la HALDE considère qu’il convient de mettre en place une réponse globale afin de garantir une véritable égalité des chances en matière d’insertion sociale et professionnelle des élèves handicapés, grâce à l’acquisition de savoirs et de compétences dans le cadre d’une scolarité adaptée, et l’apprentissage de la citoyenneté pour tous les élèves.

Pour cela, le Collège recommande quatre axes d’actions prioritaires :

    * la mise en accessibilité rapide de l’ensemble des établissements scolaires et d’enseignement publics et privés sous contrat ;

    * la mise en place effective de moyens financiers, humains et pédagogiques nécessaires pour répondre aux différentes formes de handicap : personnels éducatifs adaptés en plus des auxiliaires de vie scolaire (interprètes en LSF, codeur en LPC,…), adaptation des programmes et des outils pédagogiques, formation des équipes éducatives, sensibilisation des élèves au handicap et développement de dispositifs techniques adaptés ;

    * le renforcement de la coordination des différents acteurs éducatifs ;

    * pour les enfants ne pouvant pas être scolarisés en milieu ordinaire, la mise en œuvre de moyens adaptés pour rendre effectif le droit à l’éducation des enfants handicapés accueillis en établissements et services médico-sociaux et en établissements de santé (nombre de places, unités d’enseignement, enseignants spécialisés…) ;

Le Collège recommande également de développer des outils et statistiques pour dresser plus facilement un état de lieux de la scolarisation des enfants handicapés en France.

Ces recommandations ont été remises le 20 avril 2011 à Marie-Anne Montchamp, Secrétaire d’Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale.

- Délibération n°2011-119 du 18 avril 2011 en PJ.
Contact presse : Mickaël Bardet - 01 55 31 61 54

Mis à jour le 20 avril 2011
Télécharger Délibération n°2011-119 du 18 avril 2011 Word ( 144.5 ko )

http://www.halde.fr/IMG/doc/Deliberation_no2011-119_du_18_avril_2011.doc

Lien vers le site de la HALDE :

http://www.halde.fr/Scolarisation-des-eleves.html

13 février 2011

échelle C.A.R.S. (Childhood Autism Rating Scale)

Un document exceptionnel pour comprendre cet outil de diagnostic de l'autisme :

ECHELLE D'EVALUATION DE L'AUTISME INFANTILE

EEAI

(Childhood Autism Rating Scale : C.A.R.S.)

Eric SCHOPLER Ph.D., Robert J. REICHLER M.D., Barbara ROCHEN- RENNER Ph.D.

Traduction et adaptation française: Bernadette Rogé
Psychologue Clinicienne, Docteur en Psychologie, Service Médico-Psychologique,
CHU RANGUEIL -31054 TOULOUSE CEDEX.

L'édition 1988 du CARS est l'aboutissement d'un processus d'utilisation, d'évaluation et de modification de l'échelle initiale qui a été entamé il y a environ 15 ans sur plus de 1500 cas.

http://lespremieresclasses.fr/doc/Test-CARS.pdf

L'échelle a d'abord été construite comme un outil de recherche pour répondre au problème de la limitation des instruments de classification alors disponibles. Cette échelle initiale, développée dans le cadre d'un projet de recherche sur l'enfant (Child Research Project), de l'Université de Caroline du Nord à CHAPEL HILL, reposait d'abord sur les critères de diagnostic de l'autisme tels qu'ils étaient décrits par le groupe de travail britannique (British Working Party) (CREAK, 1964). Elle a reçu l'appellation d'Échelle d'évaluation des psychoses infantiles (Childhood Psychosis Rating Scale C.P.R.S.) (REICHLER et SCHOPLER, 1971) pour éviter la confusion avec la définition classique mais plus étroite de l'autisme par KANNER (1943). Actuellement. la définition de l'autisme ayant été élargie et n'étant plus restreinte à l'utilisation qu'en faisait KANNER, notre instrument a été appelé "Échelle d'évaluation de l'autisme infantile" (Childhood Autism Rating Scale -C.A.R.S.).


28 janvier 2011

Une synthèse intéressante

Première partie : Modules transdisciplinaires
Module 3 – Maturation et vulnérabilite
Objectif 32 – AUTISME
Rédaction : Dominique SAUVAGE
Relecture : Charles AUSSILLOUX

Objectifs :
 Connaître la prévalence et le sex ratio
 Connaître les symptômes caractéristiques du syndrome autistique
constitué du jeune enfant (à partir de 3-4 ans) et les formes
cliniques
 Connaître les principaux signes précoces en faveur de l’autisme
 Connaître quelques orientations ou hypothèses étiologiques
 Connaître les principaux repères d’un diagnostic différentiel
 Connaître les pathologies organiques associées les plus
fréquentes
 Connaître les caractéristiques de l’évolution
 Connaître les principes de prise en charge

http://www.univ-rouen.fr/servlet/com.univ.utils.LectureFichierJoint?CODE=1096555188321&LANGUE=0

19 décembre 2010

Circulaire interministérielle DGCS/DGOS/DGS/CNSA no 2010-292 du 27 juillet 2010

relative à la mise en oeuvre régionale du plan autisme 2008-2010

Extraits :

«2. Missions et rôle des centres de ressources pour l’autisme (CRA) Les missions des CRA sont décrites dans la circulaire du 8 mars 2005. L’état des lieux annuel du fonctionnement et des ressources des CRA est réalisé, depuis 2009, sur la base d’un rapport d’activité standardisé et transmis à la CNSA pour analyse comparative des résultats.
Les résultats obtenus montrent que, globalement, les CRA mettent en oeuvre l’ensemble des missions qui leur sont confiées. Toutefois, des progrès doivent encore être réalisés.
Ainsi, les CRA et équipes hospitalières associées devront notamment : – veiller à ce que soient identifiés, au sein de chaque territoire de santé, des professionnels de santé intervenant dans le champ somatique, formés aux spécificités de l’autisme et susceptibles de délivrer des soins dans les conditions spécifiques requises (mesure 14) ; – renforcer le travail conjoint avec les MDPH pour améliorer l’évaluation des besoins individuels, afin de définir les plans personnalisés de compensation des personnes.
Les équipes hospitalières des CRA devront notamment s’impliquer dans la formation des équipes pluridisciplinaires des MDPH et être un recours pour les situations et les diagnostics complexes.
Par endroits, des coopérations sont d’ores et déjà instituées entre CRA et MDPH (information mutuelle, concertations à intervalle régulier, études de cas...), formalisées ou non par des conventions.
Il importe de développer ces coopérations, qui enrichissent les pratiques au profit des usagers et des professionnels. Les actes des premières rencontres nationales entre MDPH et CRA, organisées en décembre 2009, illustrent des expériences variées de coopération en région.
(Ils sont consultables sur le site du ministère du travail, de la solidarité et de la fonction publique et sur le site de la CNSA) ; – poursuivre et renforcer la mission d’animation du réseau des acteurs, en matière de diagnostic et d’évaluation des troubles et pour la diffusion des connaissances et l’évolution des pratiques permettant d’accroître la qualité des interventions et des réponses apportées ; – organiser l’information et la formation des professionnels, favoriser les formations interdisciplinaires.»

[...]

«4. Le suivi-évaluation de la mise en oeuvre L’évaluation de la mise en oeuvre de ces instructions prendra en compte la diversité et la multiplicité des acteurs concernés.
Elle se fera notamment par :
– les rapports d’activité des CRA ;
– les rapports d’activité des MDPH ;
– les rapports d’activité des établissements autorisés en psychiatrie (RA-psy) ;
– les rapports d’activité des CAMSP ;
– les informations portées à la connaissance des CRA concernant la démultiplication régionale de
la formation de formateurs – organisée par la HESP – relative au corpus commun de connaissance
sur l’autisme et les TED publié par la HAS.
Vous voudrez bien faire part aux directions concernées, des difficultés éventuelles que vous
pourriez rencontrer dans la mise en oeuvre des recommandations de cette circulaire. Les services de
la DGCS, de la DGOS, de la DGS et de la CNSA sont, en outre, à votre disposition pour toute information
qui pourrait vous être utile.
»...

Pour lire le texte en totalité :

http://www.sante-sports.gouv.fr/fichiers/bo/2010/10-11/ste_20100011_0100_0110.pdf

Categories: TED,Veille Réglementaire,Tendances

5 novembre 2010

sur le site du CRAIF (centre de ressources autisme Ile de France"

20/10/2010

La nouvelle procédure d’autorisation administrative pour la création, la transformation ou l’extension des établissements et services sociaux et médico-sociaux par appel à projet est entrée en vigueur à partir du 1er août 2010.

http://www.craif.org/

Rubrique "Actualités Autisme"

extrait :

"Permettre l’innovation et l’expérimentation
La loi prévoit que les appels à projets puissent être l’expression de modes innovants ou expérimentaux d’accompagnement social ou médico-social et des vecteurs d’adaptation et de transformation de l’offre. Encourager l’innovation et l’expérimentation permet ainsi de répondre aux évolutions des besoins des personnes.
Pour la mise en œuvre des projets expérimentaux ou innovants, la loi prévoit un cahier des charges allégé."

Ce me semble être une bonne nouvelle ...

5 novembre 2010

Le questionnement éthique dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux

Publiée le 2/11/2010 sur le site de l'ANESM (Agence Nationale de l'Evaluation et de la qualité des Etablissements et Services sociaux et Médico-sociaux)

Cette recommandation est consultable en cliquant ICI

12 octobre 2010

lettre d'information - APACA - octobre 2010

Deux documents assez exceptionnels :

  • Qu'est-ce l'empathie ? Et qu'en est-il pour l'autisme ?
    Cet article du Professeur Jean Decety de l'Université de Washington et Directeur du laboratoire Social Cognitive Neuroscience deSeattle, WA-Etats-Unis répond à ses questions.

    Le titre : Une anatomie de l'Empathie
  • Mémoire de septembre 2010. L'auteur n'est autre que Madame Chantal Roberti orthophoniste Membre d'Honneur de l'association qui détaille le travail de l'orthophoniste avec l'enfant autiste et nous offre une vision des différentes méthodes employées. Précisons qu'elle a suivi de multiples formations sur l'autisme depuis des années.

J'ai noté aussi la mise en place de Correspondants Locaux PACA pour une meilleure proximité auprès des familles.

Bien d'autres informations vous seront accessibles en cliquant sur le lien :

http://autismepaca.wifeo.com/documents/lettre-information-APACA-octobre-2010.pdf

10 octobre 2010

Note de synthèse « LE CONGRES DE L’AUTISME » ‐ 2 OCTOBRE 2010

Ce congrès international de haut niveau s'est tenu à l'auditorium de l'hôtel de ville de Paris à l'initiative de l'association VAINCRE L’AUTISME Mouvement Léa pour Samy.

En préambule du document riche tant par les informations qu'il contient que par la qualité des intervenants, je voudrais mettre un extrait (page 17) qui m'a interpellé :

"Une Maman qui travaille dans un hôpital « Je sors d’une formation dans l’hôpital où je travaille. Nous n’avons pas  accès à toutes ces informations. Les théories qui nous sont présentées datent de plus de 40 ans : packing, holding… Quand j’ai parlé des neurones miroirs, il m’a été répondu que c’était de la masturbation intellectuelle de scientifiques, que eux faisaient ce qu’ils voulaient sur le terrain. Ces psychiatres, ces médecins ne veulent pas évoluer et ne veulent pas changer, que pouvons nous faire?»

Les différents intervenants présents ont confirmé la difficulté de faire passer l’information, certains faisant allusion à des scientifiques « racontant n’importe quoi » et décrédibilisant ceux qui annoncent des faits prouvés. Ils étaient également unanimes sur le fonctionnement problématique du système médical et médico‐social français, insistant sur le fait que les chercheurs ne peuvent pas régler tous les problèmes. « Aux USA, la qualité de la science est prise en compte pour ce qu’elle est».

Le Dr VERNIER constate de par sa double compétence médecin/chercheur un problème général de formation. « Lutter contre la mauvaise foi est très difficile »

NOTE_DE_SYNTHESE_LE_CONGRES_DE_L_AUTISME_2010_1

6 octobre 2010

Discriminations à l'école - rapport remis au ministre - 22 septembre 2010

Discriminations à l’école. Rapport relatif aux auditions sur les discriminations en milieu scolaire remis à Luc Chatel, ministre de l’Education nationale, Porte-parole du Gouvernement, le 22 septembre 2010   

http://i.ville.gouv.fr/reference/6394/discriminations-a-l-ecole-rapport-relatif-aux-auditions-sur-les-discriminations-en-milieu

La partie spécifique traitant du handicap est traitée à partir de la page 12 - Extrait :

"Selon l’Association des paralysés de France (APF), le handicap est « une discrimination insidieuse,cachée, larvée, qui ne dit pas son nom », sujet considéré comme tabou, que l’on craint d’aborder et qui génère encore des peurs. Cette discrimination est présente dans tous les secteurs de la société. L’École a un rôle premier à jouer à double titre : en éduquant tous les élèves à accepter la différence dans l’esprit du vivre ensemble, en préparant les jeunes atteints d’un handicap à exercer pleinement leur citoyenneté. Cela passe par un accueil et des pratiques pédagogiques qui respectent les particularités des élèves concernés et mettent en oeuvre des mesures de compensation liées au handicap pour viser l’égalité des chances."

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