article publié sur le site handicap.fr - 2 février 2011
Personne handicapée intellectuelle : le droit à la parole !
Publié le : 02/02/2011
Auteur(s) : Cédric Mametz, président de 'Nous aussi'
Résumé : '
Nous aussi ' est la première association de personnes handicapées
intellectuelles dirigée par les personnes concernées. Des citoyens du
silence qui osent prendre la parole et défendre leurs intérêts.
Conversation avec Cédric Mametz, son président.
Handicap.fr : Depuis quand « Nous aussi » existe-t-elle, et qu'est ce qui a motivé sa création ?
Cédric Mametz :
L'association est née en 2001, et j'en suis président depuis 2006.
C'est l'Association française des personnes handicapées intellectuelles.
Nous sommes leur porte-parole, quel que soit leur degré de difficulté,
pour qu'elles ne soient pas exclues des décisions qui les concernent et
reconnues comme citoyens à part entière. Et si nous représentons d'abord
les personnes handicapées intellectuelles telles que les
polyhandicapés, autistes ou encore trisomiques, nous sommes évidemment
solidaires de toutes les autres formes de handicap. Nous comptons 250
adhérents et, pour le moment, 15 délégations locales. D'autres vont
bientôt voir le jour.
H : C'est la première
fois, en France, qu'une association dirigée par des membres en situation
de handicap intellectuel voit le jour ?
CM : Oui, c'est la seule en France.
H : Comment les associations de parents et amis de personnes handicapées mentales ont-elles accueilli sa création ?
CM :
En toute franchise, au début, ça n'a pas été facile. Les associations
parentales avaient le sentiment de tout faire pour défendre nos droits
et ne comprenaient pas notre désir d'autoreprésentation. Je ne suis
évidemment pas là pour leur taper dessus. Nous avons besoin de leur
soutien et de leur accompagnement. Elles ne seront jamais concurrentes.
Ce sont nos partenaires. C'est grâce à la détermination, l'ambition et
l'engagement qu'elles nous ont transmis que nous sommes aujourd'hui
capables de prendre la parole et de dire ce que nous attendons de la
société.
H : La France est encore un peu frileuse dans ce domaine, alors que de telles associations existent dans d'autres pays...
CM :
Oui, en effet. C'est d'ailleurs à l'occasion du projet européen «
Strong together », auquel nous avons participé en 1999, que l'idée de
notre association a germé. Pendant deux ans, nous sommes allés à la
rencontre de nos confrères des pays du Nord (Ecosse, Finlande, Danemark,
Grande-Bretagne...) qui sont bien mieux reconnus par la société et
leurs gouvernements. A l'occasion des Journées internationales du
Croisic, en 2001, nous avons tous ensemble évoqué le droit aux loisirs,
au travail, à la vie affective et à la sexualité. Deux jours plus tard, «
Nous aussi » voyait le jour !
H : Vous militez, notamment, pour la généralisation du S3A, de quoi s'agit-il ?
CM :
S3A signifie : « Accueil, accessibilité, accompagnement ». C'est un
symbole créé en 1998 par l'Unapei, au même titre que le pictogramme avec
un fauteuil roulant pour les personnes à mobilité réduite. Nous
demandons qu'il soit apposé dans tous les sites qui font des efforts en
matière d'accueil des personnes handicapées intellectuelles.
H : L'accessibilité
pour une personne en fauteuil, on visualise assez bien, mais qu'est-ce
que cela implique pour une personne déficiente intellectuelle ?
CM :
Avoir des points de repères, des pictogrammes, un langage simplifié...
Nous sommes associés au projet européen « Pathways » (méthode du facile à
lire et à comprendre), défendu par huit pays, qui prévoit des messages
simplifiés, notamment dans tous les documents administratifs : phrases
courtes, mots simples, vidéos ou bandes sonores... Mais l'accessibilité,
c'est surtout le facteur humain : avoir des gens qui sont là pour nous
expliquer, avec patience et simplicité.
H : La prise en compte de vos besoins est encore timide. Cela vous met-il en colère ?
CM :
Il y a évidemment beaucoup à faire, en dépit de réelles améliorations.
Mais le frein majeur, c'est certainement la méconnaissance du handicap
intellectuel. Ce qui m'agace, voire qui me révolte, c'est que nous ne
sommes pas perçus comme des personnes à part entière. Nous faisons
l'objet de discriminations, de moqueries, d'impatience.
H : Et
dans le domaine de l'emploi, malgré les quotas imposés aux entreprises,
l'espoir, pour les travailleurs handicapés mentaux, d'accéder au milieu
ordinaire, semble très limité et circonscrit aux seuls ateliers
protégés ou ESAT ?
CM : Les employeurs se
montrent encore très prudents. Mais, si je me suis présenté à la
présidence de « Nous aussi », c'est pour les convaincre que nous avons
une place dans tous les domaines de la vie, y compris dans le travail.
Alors évidemment, dans certaines entreprises, motivées par la
productivité, il y a des rythmes que certains ne peuvent pas tenir. Nous
sommes pourtant en mesure de bien travailler mais cela suppose quelques
adaptations : un cadre aménagé, un peu d'accompagnement et un
environnement rassurant.
H : Quel emploi occupez-vous ?
CM :
Je travaille dans la métallurgie, en ESAT. J'ai un CAP d'horticulture
mais, après avoir intégré un atelier protégé en secteur espace vert,
j'ai du me réorienter à cause de problèmes de dos.
H : Peut-être auriez-vous aimé faire un autre métier ?
CM :
Oui, je voulais être pompier. Mais je crois que ce n'est pas pour nous.
J'aime être au contact des gens, rendre service. Par dessus tout,
j'aimerais sauver des vies !
CM : Je peux ajouter
quelque chose ? Nous cherchons des fonds, des adhérents et des soutiens
pour continuer à faire vivre « Nous aussi », et notamment mettre à jour
notre site Internet, pour le moment en construction ! Mail : nous-aussi@unapei.org
Propos recueillis par Emmanuelle Dal'Secco
http://informations.handicap.fr/art-editorial-handicap-1.2.0.0-3715.php

Les
voilà, les lunettes tant attendues. Notre Théophile s'est quand même
targué d'un "Ah bah, c'est pas trop tôt!" devant l'opthalmo. Situation
un peu embarrassante mais après tout, c'est un TED... Et le monsieur ne
l'a pas mal pris!!