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"Au bonheur d'Elise"

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17 décembre 2011

article publié dans ouest-france.fr le 17 décembre 2011

Apprendre aux enfants autistes à s'intégrer

samedi 17 décembre 2011

Faciliter l'intégration sociale des enfants autistes, c'est l'objectif du groupe d'habileté sociale inauguré vendredi par l'association Handicap intégration en Cotentin à la maison Olympe de Gouges.

Il a fallu deux ans à Pascal Latrouitte, président de Handicap intégration en Cotentin, pour mettre en place le « groupe d'habileté sociale »pour les enfants autistes souffrant du syndrome d'Asperger. À l'heure de l'accomplissement du projet, il a remercié les mairies, la ville de Cherbourg et les entreprises qui ont soutenu son association.

Lieu d'accueil

C'est la Maison Olympe de Gouges à Cherbourg qui a mis à disposition des locaux pour le travail de l'association. « La Maison Olympe de Gouges se veut un lieu d'accueil pour tous les habitants du quartier » a déclaré la responsable Clotilde Paon.

Aux côtés de deux psychologues spécialisées, Marion Hervieu et Sarah Lemoine, les 5 enfants du groupe, âgés de 13 à 15 ans, se réunissent depuis le mois d'octobre. Les 15 séances prévues, à raison d'une heure et demi par séance, devraient mener le projet jusqu'au mois de février 2012.

« Ces enfants ont des difficultés à développer leurs compétences sociales. Le challenge c'est de les rendre socialement autonomes » explique Marion Hervieu, l'une des deux psychologues qui travaillent avec les enfants.

Le groupe de travail permet aux enfants d'acquérir « toutes ces compétences qui nous permettent d'interagir en société : les postures, les attitudes, la communication verbale..., qu'ils ne possèdent pas » explique la psychologue. « Un apprentissage sur le long terme est nécessaire. »

« Mon fils va à l'école ordinaire, car les autistes d'Asperger ne sont pas déficients mentaux. Ils souffrent d'un dysfonctionnement neurologique. Il faut leur apprendre tous les codes sociaux. » raconte Nadine Leprince, trésorière de l'association et parente d'une jeune fille de 15 ans atteinte du syndrome d'Asperger.

Mais le projet de l'association n'est pas réservé aux enfants. « Ce qui m'a beaucoup apporté, c'est d'être avec d'autres parents » déclare Sylvie, mère de Michael, 13 ans et atteinte du syndrome d'Asperger.

Progrès

Le groupe a fait progresser les enfants. Sylvie explique que son fils parvient maintenant à décoder ses attitudes et ses gestes. Et quand il doute, il demande « Maman, t'as fait cette tête, ça veut dire quoi ? ».

Des professionnels évalueront les progrès réalisés car l'objectif est de « faire connaître l'idée pour qu'elle soit reprise. Et peut-être même qu'il y aura au final une prise en charge par les pouvoirs publics ».

http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Apprendre-aux-enfants-autistes-a-s-integrer-_-2023451------50129-aud_actu.Htm

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17 décembre 2011

article publié sur le site Mise en Abyme - Tribune de Genève - le 22 mars 2009

Comprendre les troubles du comportement chez la personne autiste

Les personnes autistes se distinguent par l'importance de leurs troubles de la communication et de l'intéraction sociale, par leurs comportements stéréotypés et leur angoisse démesurée face à tout changement. Cette résistance aux changements se manifeste aussi par un refus de l'apprentissage.

Ce rejet de la pédagogie découle de leur incapacité à appliquer les processus d'apprentissage et d'adaptation aux exigences de la vie sociale, non parce qu'ils ne savent pas, mais parce qu'ils ne comprennent pas ce qu'on attend d'eux. Leur seule issue est une défense qui peut aller du simple refus à une violence contre eux-mêmes (auto-mutilation), ou parfois à des stéréotypies.

Cette impossibilité à saisir la pensée de l'autre donne à l'observateur l'impression que l'enfant autiste "ne veut pas". Comme l'enfant ne peut utiliser le langage pour communiquer, il se sert des outils à sa disposition, l'insuffisance de son système de communication est un des facteurs clés des troubles du comportement de l'enfant autiste.

L'enfant autiste a une perception des choses très différente de la nôtre, et comme il ne parvient pas à dire la cause de ses angoisses, cela engendre un processus très pénible pour les parents et pour lui-même. Souvent, un fait mineur (changement de rideaux, objets déplacés...) va provoquer ses cris.

1- Le refus de changement

autism_everyday_02.jpgIl existe chez les enfants autistes un désir de routine, tout ce qui est nouveau les effraie. Ils doivent toujours redécouvrir, restructurer ce qui est nouveau car le langage ne les aide pas à comprendre, ils n'ont pas à leur disposition les compétences permettant d'appréhender ce qui change, sans anxiété. Il faut donc les amener progressivement à évoluer, mais en changeant une petite chose après l'autre.

2- Le repli autistique

Certains enfants autistes vivent très repliés sur eux-mêmes, n'explorent pas le monde qui les entoure. Ils ignorent leur famille, ne regardent pas les choses, ne tournent pas la tête quand on leur parle, rien ne semble éveiller leur attention. Il faut donc beaucoup de patience et de compréhension pour les amener "dans notre monde".

3- Le regard latéral évitant

Beaucoup de jeunes enfants autistes semblent ne pas voir les gens, les objets ni percevoir les situations. Ils balayent rapidement du regard ce qui les entoure, ils utilisent une vision latérale. Il faut donc leur apprendre à utiliser le regard pour communiquer dans le limites de leur possibilité.

4- Les stéréotypies

C'est un symptôme majeur de l'autisme. ce sont des actes que l'enfant répète indéfiniment. Elles peuvent être verbales, gestuelles, posturales, ... Les stéréotypies vocales sont fréquentes, l'enfant émet toujours le même son, avec la même intensité. C'est pour l'enfant un moyen de résister au changement. L'enfant a souvent recours aux stéréotypies pour se défendre face à un apprentissage, à une nouvelle tâche, c'est pour lui une situation de confort. Elles permettent à l'enfant d'exprimer son émotion, son ennui, et fonctionnent à défaut du langage.

5- L'angoisse

L'enfant autiste peut manifester une angoisse énorme dans des situations qui semblent normales, il comprend le monde d'une façon différente de la nôtre, d'où l'intérêt de bien préparer l'enfant en "verbalisant" - écrivant/dessinant (représentant) ce qui va se passer.article-1090822-006CAC4300000258-603_468x286.jpg

6- Les colères, les hurlements

Pourquoi l'enfant pleure-t-il ? La plupart du temps pour des faits qui paraissent minimes, c'est une fois de plus, la disproportion souvent constatée entre notre façon de réagir et celle des enfants autistes. Les choses n'ont pas pour eux les mêmes valeurs.

7- L'enfant autiste et les sensations

Ce sont des problèmes fréquents surtout pendant les premières années de la vie. L'enfant peut refuser tout contact, tout vêtement, ou vouloir porter toujours les mêmes (difficulté d'adaptation à des sensations nouvelles, hypersensibilité).

L'enfant autiste ne semble souffrir ni du chaud ni du froid, il peut être, à des moments différents, très attentifs aux sons, ou au contraire totalement indifférent. Il peut être attiré par la lumière, les effets lumineux, passer de longs moments à filtrer la lumière à travers ses doigts.

8- L'enfant autiste et la douleur

L'enfant autiste ne semble pas souffrir lorsqu'il se blesse, lorsqu'il se mutile. Ne sait-il pas manifester ? Ne perçoit-il pas la douleur? N'en a-t-il pas l'expérience? Ses perceptions, ses sensations sont différentes des nôtres, il faut lui apprendre à comprendre son corps et à percevoir les dangers d'une blessure.

L'enfant peut être agressif, soit vers lui-même, soi vers autrui. cette agressivité très développée peut être un appel, l'enfant étant en difficulté pour demander autrement. Les difficultés de communication rendent plus difficile la canalisation, le contrôle social de cette agressivité, elle est souvent disproportionnée et peut effrayer l'entourage.

L'agressivité se manifeste le plus souvent avec les personnes que l'enfant aime, il faut alors interrompre cette situation. Permettre à l'enfant de frapper les autres quand il a quelque chose à demander, c'est très vite le condamner à être exclu de la société.

Les mutilations sont pénibles et traumatisantes pour l'enfant et sa famille, elles sont plus fréquentes chez l'enfant mutique. La mutilation a toujours une signification (enfant inoccupé, mécontent, inquiet, qui a besoin de quelque chose, qui souffre, qui veut attirer l'attention...), elle est souvent le seul langage de l'enfant.

9- L'inconscience du danger

Souvent l'enfant autiste ne perçoit pas les dangers qui l'entourent, car sa connaissance n'est pas fondée sur l'expérience. S'il s'est brûlé une fois, il peut recommencer sans appréhension. L'enfant autiste ne vit pas la douleur comme les autres enfants, il peut se faire mal et recommencer un acte dangereux peu de temps après.

10- Alimentation, sommeil, propreté

L'enfant autiste peut, dès son plus jeune âge, refuser certains aliments, manger de façon irrégulière, marquer sa préférence pour une alimentation mixée. Certains ont des difficultés à mastiquer, à avaler, il peut alors exister un problème de motricité, de coordination, d'incompréhension de l'acte d'avaler.

Les insomnies sont fréquentes, surtout dans la petite enfance. L'enfant ne semble pas avoir besoin de sommeil. Quelques fois il peut vouloir dormir par terre, dans un couloir, dans un fauteuil.

L'absence de propreté est également un problème très fréquent chez l'enfant autiste. Certains ont acquis la propreté diurne, d'autres aiment jouer avec leurs excréments, sont amusés par la saleté. La propreté et la saleté n'ont qu'une valeur sociale et ne signifient donc rien pour l'enfant autiste. De plus, il supporte mal la contrainte, l'apprentissage est long et pénible, pour la famille et l'enfant.

Il est donc important de noter que le manque de communication chez l'enfant autiste est facteur d'un certain nombre de dysfonctionnements, de troubles et surtout d'adaptation sociale.

 

Etre le parent d'un enfant autiste signifie comprendre tout cela et bien plus encore, il faut aussi comprendre et accepter qu'il est difficile pour les autres de comprendre. L'enfant autiste ne présente aucune anomalie physique, son handicap est de vivre différemment parce qu'il perçoit différemment.

Ainsi, accepter la personne autiste, la comprendre et la respecter revient à se remettre soi-même en question et se dire qu'il y a une autre manière de percevoir et donc d'être dans ce bas monde... et croyez-moi pour un grand nombre d'entre nous c'est cela qui est le plus difficile... nous sommes -au fond- aussi très routiniers et renfermés, ne le pensez-vous pas?

http://miseenabyme.blog.tdg.ch/archive/2009/03/22/comprendre-les-troubles-du-comportement-chez-la-personne-aut.html

17 décembre 2011

Soutien à Sophie Robert de Vinca Riviere pour le film "le mur"

Soutien officiel de Vinca Riviere Maitre de Conférences à l’Université de Lille


 

Vinca RIVIERE, Maître de conférence à Lille III  PhD, BCBA-D, HDR

 

Je suis chercheur en Psychologie du développement depuis 1992 et j’ai développé en France des formations et services permettant à des enfants avec autisme de suivre des traitements comportementaux.

J’ai reçu en consultation plus de 200 familles d’enfants présentant de l’autisme. Sur les 204 familles ayant participé à une enquête en cours, 27 enfants ont reçu un diagnostic clair et selon la réglementation internationale, 57 avaient reçu un diagnostic flou (« trait à tendance autistique », etc.), 78 avaient reçu le diagnostic de psychose infantile, 42 n’avaient eu aucun diagnostic.

Pour 104 des enfants, le diagnostic donné à l’oral n’a pas été donné par écrit. Ces enfants ont tous été vus par des psychiatres d’obédience psychanalytique et le rapport que m’ont fait les parents correspond tout à fait à ce que nous pouvons voir dans les témoignages de professionnels exposés dans le film « Le Mur ». Certains des enfants ont été diagnostiqués par des professionnels témoignant dans ce reportage.

L’ensemble des rapports réalisés sur le sujet met à mal les hypothèses proposées par ces professionnels et c’est pourquoi nous ne sommes pas surpris de l’ampleur que peut prendre la diffusion de ces témoignages.

L’importance du sujet relève du caractère irréversible des troubles si ceux-ci ne bénéficient pas d’une prise en charge adaptée. Tous les travaux scientifiques peuvent en témoigner (voir les différents rapports cités en annexe).

Que le reportage comporte des coupes, nous sommes tous au courant, et ayant participé à plusieurs reportages, notamment pour France 2 (« envoyé spécial »), et après avoir tourné avec l’équipe plus de 30 heures de film, je ne suis passée à l’écran que quelques minutes.

On peut alors critiquer ces techniques mais cela fait partie du travail de documentaliste de synthétiser des éléments. Je n’ai jamais pu voir aucun reportage avant la diffusion quelle que soit l’équipe de production, ce sont les règles et en signant les documents nous nous y conformons ou nous ne signons pas.

Bien sûr, permettre à des parents de connaitre les avancées en matière de recherche et de traitements est essentiel et le film proposé par Sophie Robert est un exemple qui à l’intérêt de faire réagir sur tous les plans l’ensemble de la communauté s’intéressant à l’autisme.

La question de la formation revient en force, formation de tout professionnel comme exigé dans le rapport Chossy en 2003 !

Alors demander l’interdiction de diffusion ne peut qu’envenimer les choses car l’absence de débat, surtout dans notre pays, serait une première.

Nous pouvons critiquer la façon dont le reportage est construit, le contenu, etc. mais l’interdire fait référence à d’autres temps qui nous l’espérons sont dépassés.

Je laisse en annexe quelques éléments bibliographiques concernant les rapports gouvernementaux mettant en avant le retard en France des traitements pour personnes avec autisme mais aussi les ouvrages écrits par les professionnels témoignant dans ce reportage et qui pourtant se trouvent bafoués dans leur discours sousprétexte qu’il serait déformé.

Je délivre la présente attestation à Sophie ROBERT et je suis informée du fait que celle-ci peut la produire en justice dans le procès qui a été engagé contre elle par Mme Solano, Mr Laurent et Mr Stevens. J’ai parfaitement connaissance de ce que toute déclaration mensongère de ma part m’engagerait à des sanctions pénales.

 

ANNEXE

  • ARTICLES D’OBEDIENCE PSYCHANALYTIQUE

Delion, P. (2001) Nathanaël, sa psychose et ses institutions. Revue de psychothérapie psychanalytique du groupe, n°36, pp. 7‐17.

Ferrari, P. (1999). L’autisme Infantile. Que sais‐je ? Presses Universitaires.

Pierrehumbert, . (2003). Le premier lien. Théorie de l’attachement. Coll. Odile Jacob.

Ribas, D. (1992) L’énigme des enfants autistes, Coll. Pluriel. Hachette.

  • ARTICLES GENERAUX et préconisation

Gervais, Belin, Boddaert, Leboyer, Coez, Sfaello, Barthelémy, Brunelle, Samson & Zilbovicius (2004) Nature Neuroscience, vol 7, n°8, P801‐802.

Fombonne : Diagnosis and Classification of Autism : Current issues and controversies, 1994, 13‐17

Zibovicius, M. (2004). Imagerie Cérébrale et Autisme Infantile. Revue Cerveau et Psychologie.

  • RAPPORTS FRANÇAIS ET ETRANGERS

“Children with disabilities, ages 3 through 21, are entitled to a free, appropriate, public education in the least restrictive environment, pursuant to an individualized education program”. A guide to disability right Laws, 2005, Department of Justice. http://www.ada.gov/cguide.htm

Baghdadli, Noyer & Aussiloux (2007). Interventions éducatives, pédagogiques et thérapeutiques proposées dans l’autisme. CREAI. Languedoc Roussillon.

Chossy, J.F., (2003). La situation des personnes autistes en France : besoins et perspectives, Rapport Parlementaire, Septembre 2003.

http://aba.nordblogs.com/list/rapports_gouvernementaux/rapportontario2007_pdf.html

http://autisteenfrance.over-blog.com/pages/soutien-officiel-de-vinca-riviere-maitre-de-conferences-a-l-universite-de-lille-6142895.html

17 décembre 2011

article publié dans le monde.fr le 16 octobre 2011

Des pistes multiples pour des troubles complexes

Etudes génétiques, modèles animaux et cellulaires, techniques modernes d'imagerie cérébrale, suivi de cohortes... De multiples outils sont mis à contribution pour résoudre les mystères de l'autisme. Un défi d'autant plus ardu que les troubles du spectre autistique (TSA) correspondent à un ensemble aussi vaste qu'hétérogène de tableaux cliniques associant des troubles de la communication, des relations sociales et du comportement - avec ou sans retard mental.

L'un des grands points d'interrogation et de débats concerne l'explosion du nombre de cas. Entre 1975 et 2009, la proportion des troubles autistiques dans la population est passée d'un individu sur 5 000 à un sur 110, selon des statistiques parues dans Nature le 3 novembre. Soit, en apparence, une multiplication par cinquante en trente-cinq ans ! Pour certains, cette évolution, constatée dans de nombreux pays, est surtout due à l'élargissement des critères de diagnostic (beaucoup de patients avec un retard mental sont aujourd'hui reconnus autistes et plus seulement "attardés mentaux") et à une plus grande sensibilisation du corps médical et des parents.

Pour d'autres, comme le sociologue américain Peter Bearman, cité par Nature, ces deux paramètres n'expliquent respectivement que 25 % et 15 % de l'augmentation des cas, et l'élévation de l'âge parental, 10 %. Près de 50 % des cas de l'"épidémie" d'autisme seraient donc inexpliqués, ce qui donne lieu à de multiples hypothèses faisant intervenir des facteurs d'environnement combinés à des traits génétiques.

Le caractère familial de l'autisme est connu de longue date : la concordance des troubles est de 60 % à 90 % chez les jumeaux monozygotes, et en présence d'un cas le risque pour la fratrie est multiplié par 20. Mais l'analyse du génome de patients et de leur famille met aujourd'hui en évidence des centaines d'anomalies différentes... que les spécialistes ne savent pas toujours interpréter. "Les facteurs génétiques sont bien plus importants dans l'autisme que dans des maladies comme le diabète ou l'hypertension, estime le docteur Richard Delorme, pédopsychiatre à l'hôpital Robert-Debré, à Paris. Mais c'est un sujet complexe. Deux patients avec des signes cliniques similaires peuvent être très différents sur le plan génétique." Et vice versa.

Plusieurs gènes impliqués

Le démantèlement des facteurs génétiques de l'autisme est loin d'être achevé, confirme le professeur Thomas Bourgeron (université Paris-Diderot, Institut Pasteur), qui, depuis 2003, a contribué à la découverte de plusieurs gènes impliqués dans ces affections, dont ceux codant pour les neuroligines (protéines intervenant dans la formation et le fonctionnement des synapses, les contacts entre les neurones) et les gènes Shank 2 et 3, qui interagissent avec les neuroligines.

Dans ce domaine, les connaissances progressent parallèlement aux progrès technologiques. Les spécialistes ont d'abord identifié les 5 % à 10 % de cas d'autisme associés à des maladies génétiques ou à un remaniement chromosomique (comme le "syndrome de l'X fragile"). "Dans les années 2000, les puces à ADN ont permis de découvrir d'autres anomalies, de type perte ou duplication de gènes, chez 10 % à 15 % des enfants autistes", ajoute Thomas Bourgeron. L'arrivée de méthodes permettant de séquencer le génome (pour moins de 3 000 euros en moins de deux mois) va accélérer les découvertes, selon le généticien. "On devrait arriver à décrire rapidement des anomalies diverses, héritées ou non, dans au moins 35 % des cas", estime-t-il.

Ces travaux ont déjà permis la mise au point de modèles animaux et même cellulaires des troubles autistiques, ouvrant de nouvelles pistes pour tester des médicaments. "La génétique est une voie majeure pour améliorer la compréhension et le diagnostic de l'autisme", synthétise le professeur Marion Leboyer (hôpital Chenevier, Créteil). Mais pour cette psychiatre, directrice de la fondation Fondamental (www.fondation-fondamental.org), qui soutient de nombreux programmes de recherche dans ce domaine, la priorité est d'abord de repérer plus tôt les autistes, et notamment ceux de haut niveau, pour leur proposer une prise en charge personnalisée.

C'est le principal objectif des cinq centres experts dédiés au syndrome d'Asperger récemment ouverts en France. "Dans les centres pour adultes, nous voyons souvent arriver des patients de plus de 50 ans chez qui aucun médecin n'avait jamais évoqué le diagnostic d'autisme de haut niveau", souligne Marion Leboyer. "Les approches centrées sur la génétique sont limitatives et ne permettront ni diagnostic ni traitement de l'autisme, assure le chercheur Yehezkel Ben-Ari (Inserm, Marseille). Cette affection commence in utero, et il n'y a quasiment aucun travail expérimental sur le développement du cerveau foetal, comment il réagit aux maladies maternelles, aux médicaments." Récemment, des chercheurs ont mis en évidence un excès de neurones (+ 67 %) dans la zone préfrontale chez des autistes, ce qui conforte l'hypothèse d'un début prénatal des troubles.

Sandrine Cabut

http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/12/16/des-pistes-multiples-pour-des-troubles-complexes_1619382_3244.html

17 décembre 2011

Interview : les Leconte contre l'autisme

Accès privé
À voir le 17/12/2011 à 17h30 surCe programme TV de M6
Florentine et Henri Leconte ont mené une lutte sans merci pour sauver leur fils, autiste Asperger. Hier prisonnier de son univers, Jules était indifférent à ce qui l'entourait. Aujourd'hui sur la voie de la guérison, il donne de l'espoir aux enfants malades.

Lorsque vous avez détecté la maladie de votre fils, alors âgé de 4 ans, avez-vous consulté de nombreux médecins ?
Florentine Leconte. - Nous avons fait le tour des meilleurs neuropsychologues de Paris, mais la psychiatrie en matière d'autisme a un besoin urgent de se remettre en question !
Henri Leconte. - Vous rêvez d'avoir un enfant et, malheureusement, vous avez une galère. Il faut le vivre... Les médecins s'en fichent parce que ça ne les touche pas. Jusqu'au jour ou ça les touche et là ils comprennent !

Que faut-il comprendre ?
F.L. - Que la psychiatrie pour traiter l'autisme est un leurre total ! Quand le diagnostic est posé, il faut mettre en place des thérapies comme l'ABA, une méthode comportementaliste venue des États-Unis qui a été une véritable révélation pour nous.

Comment avez-vous découvert cette méthode ?
F. L. - Grâce à une rencontre providentielle avec notre ami l'acteur Francis Perrin à Roland-Garros. Il nous en a parlé, car elle a eu des résultats exceptionnels sur son propre fils, également autiste.

Mais elle coûte cher...
F. L. - C'est ce je trouve insensé : si l'on n'a pas la détermination ni les appuis financiers nécessaires, on ne peut pas guérir son enfant alors qu'il existe des solutions !

Vous n'avez jamais baissé les bras ?
F.L. - Je pense que le bonheur se paie cash. Ce n'est pas gratuit, il y a toujours une ardoise à régler.
F. L. - Il faut se battre, tous les jours, avec les moyens qu'on a !

Pourquoi en avoir fait un livre [Le sortir de son monde, chez Michel Lafon] ?
F. L. -  C'est ma manière à moi de dénoncer ce qui se passe, mais aussi de donner de l'espoir parce que notre histoire se termine bien. J'ai envie de dire à toutes ces familles dans la souffrance qu'elles ne sont pas seules, même si elles ont l'impression de se retrouver face à un mur.

Quel est votre message essentiel ?
F. L. -  Il faut faire bouger les choses et changer les mentalités !
F. L. - Battons-nous pour les autres : quand on pense que, sur 150 enfants, un est autiste, ça fait réfléchir !

Propos recueillis par Christelle Crosnier

À savoir
L'autisme, ou, plus généralement, les troubles du spectre autistique (TSA), touche environ 640 000 personnes dont 180 000 enfants. 20 % des enfants autistes souffrent du syndrome d'Asperger. 80 % des enfants autistes en âge d'être scolarisés n'auraient pas accès à l'école.

http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/article/magazine/66536/interview-les-leconte-contre-l-autisme.html

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16 décembre 2011

article publié sur le site de la CIPPA (autisme et psychanalyse aujourd'hui)

Réponse aux mises en cause répétées des abords psychanalytiques des troubles autistiques

RECTIFICATIONS. Non, ce n'est vraiment pas la référence à B. Bettelheim, telle qu’elle apparaît fréquemment dans les médias, qui inspire de nombreux psychanalystes s’occupant d’autisme, mais ce sont surtout les psychanalystes anglais F. Tustin[1] et D. Meltzer[2] largement traduits, diffusés, enseignés, commentés et prolongés depuis trois décennies, en France par exemple. Il importe de remarquer que la conception de B. Bettelheim n’est aucunement d’origine psychanalytique, mais provient de son observation que certains déportés en camp de concentration étaient en retrait autistique. L’application qu’il en fit à la famille des enfants avec autisme, regrettablement culpabilisante en effet, fut évidemment une erreur, mais pourquoi faudrait-il que, commise il y a un demi-siècle, et répétitivement mise en avant dans les médias, elle nuise encore en occultant totalement tous les travaux psychanalytiques, complètement différents, effectués depuis ? Nous ne connaissons pas non plus de collègues qui pensent « que ces enfants doivent être éloignés le plus possible de leurs parents » : les traitements se font en ambulatoire, hormis les cas où un internat est indiqué selon une décision commune parents/professionnels.

MISE AU POINT SUR CE QUE FONT DE NOMBREUX PSYCHANALYSTES DE PLUSIEURS COURANTS[3]. Ils pratiquent l’observation la plus fine possible à la recherche d’un repérage et d’une compréhension de ce que ressentent, essaient de penser, et de communiquer les enfants, les adolescents et encore les adultes, malgré leur handicap autistique. Invités à l’expression spontanée et à l’association libre, fondements de la méthode psychanalytique, avec une participation du thérapeute plus active qu’auprès d’autres patients, ils nous ont entraînés à décrypter leur langage gestuel qui peut paraître d’abord dénué de sens, par ex. déambulations et explorations tactiles des éléments du décor de la pièce et de son mobilier comme à la recherche de représentants d’une contenance corporelle et émotionnelle dont le défaut constitue la grande défaillance du trouble autistique ; ou bien concentration sur les qualités purement sensorielles des objets et mouvements stéréotypés comme agrippements incessants pour surmonter des angoisses de chute anéantissante ou de liquéfaction de leur corps qu'ils parviennent à théâtraliser de diverses manières. C’est une première symbolisation en-deçà de la possibilité d’utiliser des jouets figurés. Ils essaient aussi de communiquer les causes de leur évitement du regard : peurs d’un débordement émotionnel, ou d’une pénétration physiquement blessante. Mais ce langage tente aussi de communiquer leur conscience de la reprise, au cours des traitements, du développement normal - sur lequel ces enfants nous ont beaucoup appris - de la construction de leur image du corps et de l'espace sans laquelle les activités spontanées d’explorations et de jeux sont très difficiles, même si l’enfant a le désir d’apprendre. Il y a donc entre notre abord thérapeutique et les propositions éducatives une complémentarité très souhaitable dans un dialogue créatif au sein des institutions (J. Hochmann)[4] et dans les instances de formation (D . Amy)[5], d’information et de réflexion comme les Centres ressource autisme, complémentarité qui devrait être beaucoup plus développée encore.   

Signalons également que plusieurs équipes animées par des psychanalystes ont déjà mis en place des conditions utiles au diagnostic précoce, et à la prise en charge pluridisciplinaire intensive des cas à risques autistiques, telles que l'équipe du P. Delion, Dépist’ autisme[6], et la recherche Préaut de M.C. Laznik et G. Crespin[7] avec une large sensibilisation des pédiatres aux signes d’alerte.

RENCONTRES AVEC D’AUTRES COURANTS DE RECHERCHES. Nombre de recherches des sciences cognitives et des neurosciences viennent rejoindre les observations faites par les psychanalystes. Ainsi, à propos des difficultés de la rencontre du regard, nous pensons depuis longtemps en suivant les démonstrations des patients que quelque chose est ressenti comme dur, ou explosant, ou éblouissant dans la rencontre du regard d'autrui. Une adulte avec autisme, D. Williams, le décrit très bien : cette rencontre était engloutissante et lui faisait perdre pour un temps « des pans entiers de signification »[8]. On peut donc discuter de ce qui gêne le plus le décryptage des émotions sur le visage : ce n’est peut-être pas un trouble primaire lié à une non activation de la zone cérébrale de reconnaissance des visages comme le soutiennent certains chercheurs ; en effet, cette non activation ne serait-elle pas plutôt  une conséquence de la rareté du contact direct avec le visage de l'autre, rareté précisément due à cette gêne du regard ? En ce sens, nous avons l’information récente, par la remarquable bibliographie faite dans la revue Sésame-Autisme, organe de l’Association des parents du même nom (n° 155, juillet 2005), que la neurophysiologie confirme l’enregistrement d’une réponse fortement émotionnelle associée à la fixation du regard chez les autistes et que d’autres recherches nous apprennent que le contact oculaire déclenche une sensation de menace inconfortable chez les enfants autistes «ce qui fait suggérer que le détournement du regard présente un rôle fonctionnel ». Nous avons fait une discussion analogue pour la non réception de la voix à propos de l’expérience de M. Zilbovicius (2004)[9]. Des psychanalystes ont ainsi fait depuis une vingtaine d’années des jonctions passionnantes avec des chercheurs non psychanalystes, comme J. Nadel sur l’imitation précoce, C. Trevarthen (Edimbourg) sur le dialogue émotionnel dans les échanges sonores très précoces, et A. Bullinger (Genève) sur les sensorialités et les « plate-formes sensori-toniques et tonico-émotionnelles ». Il est donc faux de déclarer que les psychanalystes s’intéressant à l’autisme seraient enfermés dans une «théorie» loin des réalités dites scientifiques : sans abandonner leur propre scientificité, ils sont en pleine interaction avec la communauté scientifique internationale dans plusieurs champs d’investigation. Beaucoup sont très attentifs aux recherches génétiques en cours pouvant approcher des racines de ce qu’ils ressentent depuis longtemps en termes de vulnérabilité ou de prédispositions particulières. Nous souhaitons que ces dialogues tels qu’ils sont déjà instaurés dans plusieurs équipes, notamment autour du diagnostic précoce, se développent pour le plus grand bénéfice des patients de plusieurs pathologies, sans restriction d'ailleurs à la seule problématique de l’autisme. Certaines thérapies cognitivo-comportementales, comme les « thérapies d’échange » (C. Barthélémy, Tours) sont très intéressantes.

Les signataires affirment qu’ils ne soutiennent pas l’idée d’une psychogenèse purement environnementale de l’autisme, ni non plus l'attitude qui consisterait à  « attendre la demande »,  attitude peut-être appropriée pour d’autres pathologies, alors qu’il faut au contraire aller chercher les sujets avec autisme de manière très vivante (A. Alvarez[10] et autres), et la mieux ajustée possible, ce qui nécessite une coopération étroite avec les parents avec un véritable accompagnement de leurs difficultés.

QUE LES PROFESSIONNELS DE DIVERSES ORIENTATIONS, ACTUELLEMENT EN RECHERCHES INTENSES, SE RASSEMBLENT DAVANTAGE POUR ENTRECROISER LEURS POINTS DE VUE EN RENONÇANT À DES EXCLUSIVES QUI RETARDENT L’AMÉLIORATION, QUALITATIVE ET QUANTITATIVE, DES SOINS, DE L’ÉDUCATION ET DE L’INSTRUCTION, TROIS DOMAINES DEVANT ÊTRE CONJUGUÉS, COMME NOTRE EXPÉRIENCE ET NOS SUPERVISIONS NOUS LE MONTRENT, POUR DONNER LEUR MEILLEURE CHANCE AUX ENFANTS, ADOLESCENTS ET ADULTES SOUFFRANT D’AUTISME.

Pr M. Amar (Nantes), Dr V. Damato (Naples), D. Amy, Dr D. Arnoux, Pr A. Aubert-Godart, P. Barrows (Londres), Pr P. Bizouard (Besançon), Dr E. Castex, M.-Ch. Choppy, Dr G. Crespin, Pr P. Delion (Lille), Dr A. Eiguer, Dr A. Feugère-Engel, Dr V. Flavigny, Dr J. Fortineau, Drs S. et Ch. Frisch (Luxembourg), Pr B. Golse, J.L. et A. Goyena, Dr G. Haag, Pr ém. J. Hochmann (Lyon), Pr D. Houzel (Caen), D. Huon, Dr F. Jardin, Dr M.-Ch. Laznik, Dr B. Lechevalier (Caen), Dr E. Lefort (Corrèze), Dr B. Lehalle, Dr  A.-Y. Lenfant (Lille), Dr S. Lepastier, Dr A. Lévy, Dr S. Maiello (Rome), Pr O. Maratou (Athènes), Dr C. Masson, D. Mellier (Lyon), S. Messeca (Naples), Dr E. Moussaoui (Caen), Dr N. Nakov (Metz), A. Namer, Dr L. Ouss, P. Poyet (Blois), R. Prat, Pr J.-Ph. Raynaud (Toulouse), Dr D. Ribas, Pr M. Rhode (Londres), J. Rochette, Dr D. Rosenfeld (Buenos-Aires), Dr R. Sandri (Bruxelles),  C. Sternis, H. Suarez-Labat, Dr C. Tabet (Lens), Pr S. Tordjman (Rennes),  Dr B. Touati, J. Tricaud, S. Urwand, Dr A.-M. Vaillant (Corrèze) (l’absence d’indication de localité signifie Île de France).

[1] Tustin F. (1981), trad. 1986, Les Etats autistiques chez l’enfant, et 3 autres livres, Paris, Le Seuil

[2] Meltzer D. (1975), trad. 1980, Explorations dans le monde de l’autisme, Paris, Payot.

[3] Haag G. (2000), Le moi corporel in L’enfant, ses parents, et le psychanalyste, C. Geissmann et D. Houzel eds, Paris, Bayard.

(2005), Comment les psychanalystes peuvent aider les enfants avec autisme et leurs familles, in Médecine et Enfance (n° de mai) et in Autisme : état des lieux et horizons, 31520 Ramonville, Erès

[4] Hochmann J., 2004, Au risque de la psychiatrie communautaire : une expérience de suivi au long cours d’enfants, puis d’adolescents autistes, Revue Sesame autisme, n° 152.

[5] Amy D. (2004), Comment aider l’enfant autiste ?, Paris, Dunod

[6] Delion P. et coll., 1998, Les bébés à risque autistique, Erès.

[7] Crespin G., 2004, Aspects cliniques et pratiques de la prévention de l’autisme, Cahiers de Préaut, Paris, L’Harmattan.

[8] Williams D. (1992) trad. Si on me touche, je n’existe plus, Paris, R. Laffon

[9] Haag G., avec le soutien de 160 collègues et de quelques chercheurs non psychanalystes : Réflexions de  psychothérapeutes de formation psychanalytique s’occupant de sujets avec autisme, Carnet PSY mars 2005, cf. Le Monde, 18/05/05, par C. Vincent.

[10] Alvarez A. (1992), trad. 1997, Une présence bien vivante, 56260 Larmor-Plage, Le Hublot.

http://old.psynem.org/Cippa/Presentation/Non/index.htm

14 décembre 2011

information sur le site de Vaincre l'Autisme

Dans le cadre de son action contre le Packing, VAINCRE L’AUTISME a saisi la Haute Autorité de Santé afin qu’elle procède à :

- L’évaluation médico-économique des traitements (packing, holding, pataugeoire ainsi que la psychothérapie psychanalytique) reçus par les autistes dans les structures sanitaires, médico-sociales et médico-éducatives (hôpitaux de jour, IME…) sur le territoire national ;

- L’évaluation du coût économique de ces traitements pour le contribuable ;

- L’évaluation de l’efficience/efficacité de ces traitements sur la santé publique ;

- Une étude sur la littérature scientifique internationale sur le Packing et ses effets ;

- L’intégration dans ses recommandations de bonne pratique sur les interventions  éducatives  et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent avec autisme ou autres troubles envahissants du développement (TED), de l’article « Against le Packing : A Consensus Statement ». 

 

 Saisine HAS étude litteraire (PDF)

 Saisine HAS étude médico-économique (PDF)

http://vaincrelautisme.org/content/packing-saisines-de-la-haute-autorite-de-sante

14 décembre 2011

article publié dans le blog de médiapart le 13 décembre 2011

Analyse des affirmations de Mme Eliacheff sur "Le Mur : la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme " par Jacques van Rillaer

 
Gérard Mercuriali
Inscrit(e) depuis Aug. 2011

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Analyse des affirmations de Mme Eliacheff

sur le Film « Le Mur : la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme »

Emission  Les Matins de France-Culture  du  7 décembre 2011

http://www.franceculture.fr/emission-les-idees-claires-de-caroline-eliacheff-les-idees-claires-de-caroline-eliacheff-2011-12-07

« Des personnes bien intentionnées, c'est bien pire que celles qui le sont mal »

Jacques Lacan, Séminaire XX, Seuil, 1973, p. 64.

 

1. Une trentaine de psychanalystes

« se sont fait rouler dans la farine »

Mme Eliacheff reproche à Sophie Robert de s’être présentée comme journaliste travaillant pour Arte, raison pour laquelle ces analystes ont accepté d’accorder de longs interviews. Mme Eliacheff souligne que tous ces analystes ont « une renommée nationale voire internationale ». Autrement dit, ce sont des experts des profondeurs de l’âme[1].

Celui qui connaît bien les mœurs freudiennes et lacaniennes ne s’étonne guère de la naïveté de ces personnages de grande renommée. Freud lui-même, brillant théoricien et écrivain, manquait totalement de clairvoyance quand il s’agissait d’évaluer des personnes. Les deux disciples auxquels il a accordé les plus hautes responsabilités (Adler s'est vu nommé en 1908 Président de la Société viennoise de Psychanalyse et Jung, en 1910, Président de l'Association internationale de Psychanalyse) sont devenus des « dissidents » très peu de temps après leur nomination. Rank et Ferenczi, qui furent longtemps les disciples préférés après la rupture avec Jung, se sépareront également de Freud. Ils diront que « Freud n'avait pas plus d'intuition qu'un petit garçon » (cités par Jones[2]). Par contre, Freud s’est toujours méfié de Jones et d’Abraham, des disciples qui lui resteront fidèles jusqu'à la mort.

Moi-même j’ai été le premier assistant du professeur Jacques Schotte, à l’époque Président de l’Ecole belge de psychanalyse (l’équivalent belge de l’Ecole freudienne de Paris). En 1972, j’ai défendu ma thèse de doctorat sur Freud, devant un jury composé de quatre psychanalystes et un psychosociologue (c’était l’époque où, à l’université de Louvain, le feudo-lacanisme régnait souverainement). Le jury a trouvé que c’était tellement « brillant » (en fait, tellement conforme aux dogmes freudo-lacaniens) que deux ans plus tard j’étais nommé chargé de cours à temps plein à la Faculté de médecine de l’université de Louvain. Les professeurs qui m’avaient fait nommer étaient bien sûr des psychanalystes ou des gens favorables à ce courant (c’est le système de cooptation, assurant « la reproduction »[3]). Comment n’ont-ils pas vu que j’allais changer d’avis en 1979 et devenir ensuite très critique à l’égard des élucubrations et des mœurs freudiennes ?

L’autre assistant de J. Schotte, Michel Legrand, s’est avéré être d’abord, comme moi, un freudien convaincu, puis un critique acerbe de l’idéologie réactionnaire sous-tendant le freudisme et le lacanisme[4]. Là encore, le Président de l’Ecole belge de psychanalyse n’avait pas du tout compris qu’il avait affaire à un futur renégat.

Pour revenir à Sophie Robert :

ou bien elle n’a pas tendu un piège (elle en est arrivée au fil du temps, en toute bonne foi, à trouver le discours freudo-lacanien de plus en plus aberrant et inefficace),

ou bien elle a manipulé. Mais, si cette seconde hypothèse est la bonne, il faut reconnaître que tous ces analystes de « renommée nationale voire internationale » n’ont, pour reprendre l’expression de Férenczi et Rank, « pas plus d'intuition qu'un petit garçon ».

Quand un(e) journaliste prend contact avec moi, qui ne suis qu’un petit Belge sans renommée internationale, je prends toujours la peine de voir via Internet de qui il s’agit (cela ne prend que quelques minutes). Si son nom n’apparaît pas ou quasi pas dans le moteur de recherche, je lui réponds que je suis malheureusement trop occupé (j’ai en effet autre chose à faire que donner des interviews sans lendemain). Actuellement, plus de la moitié de mes patients ont tapé mon nom dans un moteur de recherche avant de me consulter. Ils me parlent, en passant, de documents qu’ils y ont lus à mon sujet. Aujourd’hui, la majorité des intellectuels ont le « réflexe Google » pour ne pas perdre leur précieux temps. Comment ces analystes, champions de la pensée soupçonneuse, voire paranoïde, ne se sont-ils pas méfiés ? En vérité, ils sont tellement convaincus de leur valeur, leur Moi est tellement gonflé, qu’ils se voyaient déjà glorifiés via Arte. On les comprend : avec France-Culture et Le Monde, Arte est le média par excellence de la diffusion de la doctrine psychanalytique pour les happy few.

D’autre part, Sophie Robert aurait-elle présenté un document orienté, qui aurait le droit de lui jeter la première pierre ? Ceux qui ont vu des émissions d’Arte sur Freud ou sur d’autres chaînes françaises ont pu constater que les réalisateurs orientent systématiquement les documentaires dans le sens des légendes freudiennes[5]. Pire : ils mentent sans vergogne. J’ai montré des années durant à mes étudiants un film d’Arte sur Freud où l’on voit Mme Roudinesco et Peter Gay présenter le cas d’Anna O. comme une réussite spectaculaire de la psychanalyse, alors que tous les historiens du freudisme savent parfaitement que « la cure par la parole » avait exacerbé ses troubles au point de devoir l’envoyer dans un institut psychiatrique.

Pour des détails sur Anna O, voir l’ouvrage tout récemment paru de Mikkel Borch-Jacobsen, le meilleur historien actuel du freudisme :

Les Patients de Freud. Ed. Sciences humaines, 2011, 224 p., 14 €

Pour un aperçu,

Taper dans un moteur de recherche : EDPH2277

puis cliquer sur « documents » et enfin choisir : Patiens_de_Freud.doc

Dès qu’il s’agit de venir en aide à un public dupé, exploité, ignorant ou naïf, victime des puissances d’argent et de pouvoir, on a le droit, si pas le devoir, de faire des documents qui aient une certaine force démasquante et même d’employer des méthodes comme la caméra cachée. Il en va ainsi pour la scientologie, l’astrologie et d’autres pseudosciences, parmi lesquelles le freudisme, le lacanisme et le kleinisme.

Il y a quelques jours, la première chaîne de télévision flamande a diffusé un long documentaire sur le sucre. On y voyait : d’abord une famille ayant décidé de ne plus consommer des desserts et des sodas pendant un mois, ensuite les différents méfaits du sucre, une apologie d’une petite plante (stévia) qui donne la saveur du sucre sans aucun des inconvénients du sucre de betterave, un professeur de l’université de Louvain, très convaincant, ayant fait des recherches sur cette plante, la dénonciation du lobby des producteurs de sucre de betterave qui avait entravé durant des années l’autorisation d’employer la stévia dans des biscuits et autres aliments. L’émission se clôturait sur des déclarations de la famille qui avait éliminé une grande quantité de sucre : le père avait perdu plusieurs kilos, l’aîné des garçons disait mieux dormir et les parents ajoutaient qu’il était moins nerveux. Aucun producteur de betteraves n’est apparu à l’écran. On peut trouver cela scandaleux, car que vont devenir ces braves cultivateurs de betterave si on remplace de plus en plus leur production par celle de la stévia ?

Si Sophie Robert est condamnée pour avoir fait un documentaire orienté, il faudra également condamner le réalisateur de ce documentaire sur le sucre, mais surtout quasi tous les journalistes qui interviewent des hommes politiques. On imagine facilement les politiciens, de gauche comme de droite, venir encombrer les tribunaux avec des histoires de « Castration » ou de leur propos.

 

2. Le soi-disant traficotage des interviews

Mme Eliacheff déclare :

« L’une de ses techniques [de Sophie Robert] a consisté à refaire hors champ une question concernant l’autisme en donnant comme réponse des phrases tronquées extraites d’un autre contexte. L’effet de ridicule est assuré mais plus grave, le message est inversé » (je souligne)

Sur quels faits précis Mme Eliacheff se fonde-t-elle pour affirmer que Sophie Rober a utilisé cette technique d’« inversion » ? Est-elle extralucide ? Elle ne donne PAS UN SEUL EXEMPLE. Il faut la croire sur parole.

Actuellement, très peu de personnes peuvent en juger. Pas même la juge au moment de présider l’audience du 8 décembre (elle n’avait pas encore visionné les rushes), pas moi et pas davantage Mme Eliacheff. En l’absence de l’examen approfondi des rushes, nous ne pouvons absolument pas en juger. Il me revient que, lors du procès, les plaignants n’ont PAS donné UN SEUL EXEMPLE CONCRET du procédé d’« inversion » qu’aurait utilisé Sophie Robert à leur encontre.

Mais pour Mme Eliacheff il s’agit d’une évidence. La mise en question de la doctrine et de la corporation ne peut être que l’expression d’une honteuse malhonnêteté.

 

3. Le trépied de Mme Eliacheff

Mme Eliacheff déclare :

selon S. Robert, les psychanalystes « sont les uniques responsables du retard pris par la France dans la mise en place de méthodes éducatives qui, elles seules, je dis bien seules, seraient efficaces. En réalité, ces spécialistes de l’autisme non seulement défendent, mais mettent en pratique un trépied comportant, comme l’un d’eux le résume, une approche éducative toujours, une approche pédagogique si possible et une approche thérapeutique si nécessaire ».

1° La France, en matière de traitement de l’autisme, a pris un retard considérable par rapport à la majorité des pays occidentaux. Son retard concerne également la psychothérapie et d’autres domaines médicaux. Le professeur Alexandre Minkowski, qui avait réellement une réputation internationale pour des recherches médicales de haut niveau, a décrit ce décalage de la France par rapport à d’autres pays, notamment les Etats-Unis. Pour prendre mieux la mesure des dégâts provoqués par dogmatisme des mandarins, j’invite le lecteur à taper dans un moteur de recherche : EDPH2277

puis cliquer sur « documents » et enfin choisir : Universites.US.versus.France.doc

2° Quant à recommander un « trépied comportant, comme l’un d’eux le résume, une approche éducative toujours, une approche pédagogique si possible et une approche thérapeutique si nécessaire », c’est peut-être le cas de « l’un d’eux » comme le dit Mme Eliacheff, mais ce n’est pas du tout le cas des autres. Pour confirmation, je renvoie aux parents d’enfants avec un trouble autistique et aux différents sites que des parents désespérés ont constitués pour s’épauler.

Ce n’est que sous la  pression des événements ACTUELS que les membres de la CIPPA se sont empressés de faire le mois dernier des déclarations en totale contradiction avec ce qu’ils pratiquent réellement depuis des années et dont témoigne le film de Sophie Robert. Par exemple, Alexandre Stevens, l’un des trois accusateurs, est parfaitement explicite quant au refus de l’approche éducative des TCC :

« Dans le monde francophone, l’envahissement par les techniques cognitivo-comportementales est un envahissement nouveau, récent, mais très présent actuellement. La psychanalyse se bat contre cet envahissement, n’est-ce pas. Certain nombre de collègues, spécialement Jacques-Alain Miller, ont pris la tête de cette lutte, de ce combat, d’autres aussi dans d’autres mouvements, n’est-ce pas. C’est un combat très important pour maintenir vivant la dimension au fond de la subjectivité par... c’est-à-dire des singularités de chaque sujet par rapport au fond à cette idée comportementale du réglage par cases »

Le traitement de l’autisme illustre cette conclusion du célèbre épistémologue anglais, Frank Cioffi, qui a été un des premiers à mettre le doigt sur les mensonges de Freud (fausses guérisons, cas inventés, etc.) : « le mouvement psychanalytique dans son ensemble est l'un des mouvements intellectuels les plus corrompus de l'Histoire[6] ».

 

4. Mais pour qui roule Mme Eliacheff ?

Mme Eliacheff déclare dans son émission :

« Mais pour qui roule Sophie Robert ? Pour une association de parents d’enfants autistes, “Vaincre l’autisme” qui mène depuis des années une véritable croisade d’intoxication contre les psychanalystes. »

En fait, le film se trouve sur le site d’« Autistes sans frontières ».

Mme Eliacheff ignore peut-être qu’il existe plusieurs associations, mais c’est très peu important.

Ce qui l’est infiniment plus, c’est de savoir pour qui roule Mme Eliacheff.

 

1ère hypothèse

Mme Eliacheff roule pour le lobby lacanien, puissant, riche (pensons seulement à l’immense fortune amassée par Lacan[7] et héritée par J.-A. Miller, qui a fourni son avocat aux trois plaignants), un lobby omniprésent sur France-Culture, Le Monde et quantité d’autres pourvoyeurs de l’idéologie freudo-lacanienne.

Pour des illustrations de ce lobby, on lira avec profit l’article d’Esteve Freixa i Baqué

« Le pouvoir (pas le moins du monde occulte) des psychanalystes »

paru dans la revue Science et pseudo-sciences (n° 293).  Disponible en ligne :

http://freixa.over-blog.com/article-le-pouvoir-pas-lemoins-du-mondeocculte-68132844.html

 

Ou encore, de Patrice Van den Reysen

« Lettre à la chaîne de télévision franco-allemande : ARTE » :

http://vdrpatrice.pagesperso-orange.fr/Arte.html

 

2e hypothèse, dans le style freudien : la fidélité à la mémoire de la mère

Mme Eliacheff est la fille de Françoise Giroud, qui a eu l’immense privilège d’être psychanalysée par Lacan lui-même, pendant 400 séances, à un prix d’ami. Il y a là de quoi vouer une reconnaissance éternelle au Gourou parisien.

Dans Leçons particulières, la co-fondatrice, avec J.-J. Servan-Schreiber, de L’Express, consacre huit pages à son analyse chez Lacan. En 1963, elle a entrepris ce traitement suite à une rupture sentimentale, très mal vécue parce que « l’homme qu’elle aimait avait préféré une autre femme ». A l’époque, elle était déjà amie de Lacan. Elle écrit : « Il n’est pas d’usage qu’un analyste traite quelqu’un de proche, mais il se moquait des usages. Je fus bientôt parmi ses patients » (éd. Le livre de Poche, 1990, p. 106).

Soulignons au passage que les dirigeants politiques et les journalistes — détenteurs du quatrième pouvoir — bénéficient toujours, chez les psychanalystes soucieux de la propagation de leur doctrine, d’un statut tout à fait particulier.

La journaliste de L’Express a manifestement bénéficié de grands privilèges. Elle écrit :

« Le prix, c'était à la tête du client. Il [Lacan] ne m'a jamais matraquée, peut-être par amitié. Certains ont rapporté qu'il expédiait ses patients en dix minutes[8]. Je ne suis jamais restée chez lui moins d'une demi-heure, toujours écoutée avec attention comme deux mots percutants, lâchés ici ou là, le montraient. Peut-être, dans ses dernières années, a-t-il été
moins scrupuleux, ou disons plus cynique, désenchanté » (p. 111).

A lire F. Giroud, on constate que le bénéfice de ses 400 séances se résume à deux choses : ne plus « crouler sous le poids des mots refoulés, des cris avalés, des conduites obligées, de la face à sauver, toujours cette sacrée face » (p. 105) ; « reconstruire avec un homme une relation harmonieuse et solide sur un nouveau diapason » (p. 109). Quelques années plus tard, elle répétera : « Quand la représentation que l'on se fait de soi devient insupportable, le remède est là. [...] Ne plus rougir de soi, c'est la liberté réalisée. C'est ce qu'une psychanalyse bien conduite enseigne à ceux qui lui demandent secours »[9].

N’étant plus analyste freudien, je m’en tiendrai à ces hypothèses, sachant parfaitement qu’on peut en imaginer encore bien d’autres. Je m’abstiendrai d’affirmer la véritable motivation qui fait rouler Mme Eliacheff.

Jacques van Rillaer

Professeur de psychologie émérite à l’Université de Louvain-la-Neuve

& aux Facultés universitaires St-Louis (Bruxelles)

 

 


[1] Tout à la fin de sa vie, Freud, une fois de plus, écrit : « La psychanalyse est une partie de la science de l’âme (ein Stück der Seelenkunde). On l’appelle aussi “psychologie des profondeurs” («Some elementary lessons in Psycho-analysis» (1938), rééd. dans Gesammelte Werk, Fischer, XVII, p. 14). Freud s’est défini comme un investigateur de l’âme et non comme un observateur du comportement. Pour lui, les comportements ne constituent pas un objet d’étude en soi : ils ne sont qu’un reflet mensonger et inintéressant des profondeurs de l’âme. De là, la négligence de la simple observation de comportements et l’élaboration d’interprétations délirantes, sous prétexte d’être le Champollion de l’Inconscient.

[2] La vie et l'œuvre de Sigmund Freud, P.U.F., 1969, tome III, p. 198.

[3] Aujourd’hui, à l’université de Louvain, le système a radicalement changé. Les commissions de nominations tiennent fortement compte de la valeur des recherches effectuées et des publications dans des revues de haut niveau. C’est ce qui explique que les nominations de psychanalystes deviennent de plus en plus rares.

[4] Voir p.ex., M. Legrand, Psychanalyse, science, société. Maradaga, 1983, 280 p.

[5] Pour une revue des principales légendes freudiennes, voir

http://www.mythesfreudiens.com/fiches.html

[6] In C. Meyer et al.,  Le Livre noir de la psychanalyse. Ed. Les Arènes, 2005, p. 45.

[7] Pour des témoignages sur l’assuétude de Lacan à l’argent et sur la pratique extraordinairement rentable des didactiques : taper dans un moteur de recherche : EDPH2277 - puis cliquer sur « documents »

et choisir les texte suivants : Argent.Lacan.doc — Argent.Miller.doc

[8] L’analyse de Fr. Giroud s’est déroulée de 1963 à 1967, époque où Lacan pratiquait déjà les séances courtes, mais pas encore ultra courtes, ni les « séances zéro », où les futurs analystes lacaniens venaient simplement payer, quotidiennement, le privilège d’être membre reconnu par l’Ecole freudienne de Paris.

[9] F. Giroud, Le nouvel Observateur, n° 1610, 14-20 septembre 1995. « Ne plus rougir de soi », s'estimer davantage : c’est un apprentissage que favorisent, avec raison, beaucoup de psychothérapies. Les thérapies comportementales et cognitives s'en sont fait une spécialité. Voir p.ex. F. Fanget : Affirmez-vous ! Odile Jacob, 2000, 222 p. — Osez. Thérapie de la confiance en soi. Odile Jacob, 2003, 288 p.

http://blogs.mediapart.fr/blog/gerard-mercuriali/131211/analyse-des-affirmations-de-mme-eliacheff-sur-le-mur-la-psychanal

13 décembre 2011

article publié dans corsematin.com le 12 décembre 2011

Toute la prise en charge de l'autisme est désormais bien organisée

 
Toute la prise en charge de l'autisme est dés - 15290946.jpg Réunis autour d'une même table, les différents intervenants, les praticiens et l'Agence régionale de santé ont montré une belle unanimité dans ce projet. Louis Vignaroli
Au 1er mars 2012, le centre de ressources autisme fonctionnera dans les locaux du CMPP pour assurer le diagnostic mais aussi l'orientation vers les établissements de soins. Une révolution pour l'autisme
 

C'est un pas de géant qu'a fait la santé publique en 2011 en Corse car depuis des décennies, l'île attendait une prise en charge complète et précise de l'autisme. Dominique Blais, directeur général de l'agence régionale de santé, vient en effet d'annoncer à Bastia la création d'un Centre de ressources autisme (CRA). Un outil de diagnostic, de formation et d'information.

« Le CRA sera matérialisé au CMPP et il ouvrira vraisemblablement le 1er mars, précise Dominique Blais. En fait, il y aura deux pôles. Ici, à Bastia, outre pédiatres et pédopsychiatres, l'évaluation se fera avec un éducateur spécialisé, une psychologue, une psychomotricienne et une orthophoniste. À Ajaccio, il y aura un neuropédiatre, un neuropsychologue, des généticiens. Mais ce qui est important, c'est que l'évaluation se fera sur cinq demi-journées avec des outils communs, validés tant en France qu'en Europe. »

Environ 400 enfants concernés en Corse

Une naissance sur 150 est concernée par l'autisme et on estime à 400 le nombre d'enfants autistes dans l'île. Qui, souvent, doivent partir sur le continent pour se faire soigner et, déjà, diagnostiquer. Le but du projet est de rester en Corse et ainsi de ne pas ajouter un stress à des enfants déjà suffisamment perturbés. Le docteur Élisabeth Giamarchi, pédopsychiatre, a coordonné le travail de construction du réseau : « Il fallait aussi rassurer les parents qui doivent affronter la nouvelle d'un enfant ainsi malade. Maintenant, ils savent qu'en Corse, la prise en charge pourra être complète. Car il y a en plus un Sessad, un établissement d'accueil de 20 lits qui vient tout juste d'ouvrir ses portes à Bastia. »

Comme le rappelle justement Nonce Giacomoni, président d'Espoir Autisme Corse, il n'y a pas un médicament, pas une recette pour guérir de l'autisme. Mais des multitudes. « Il faut être capable de sélectionner la ou les bonnes méthodes selon le diagnostic, annonce-t-il. Il y a trois ans, il n'y avait pas grand-chose dans l'île; aujourd'hui, nous sommes sur une voie plutôt réconfortante. Il restera toujours des choses à améliorer mais le constat est clair : le chemin est tracé. »

Aujourd'hui, c'est donc le CMPP qui accueille le CRA. Mais les Pupilles de l'Éducation Publique, dont dépend le centre, ont acheté récemment un terrain de 3 600 m2 pour un nouveau bâtiment où prendra alors place le CRA. Marcel Torracinta, directeur du CMPP, poursuit : « Nous continuons à travailler avec tous les spécialistes comme auparavant mais le CRA met du liant entre tous; il fait circuler l'information, il gère l'enfant dans son diagnostic et son traitement. »

Pas de batailles de méthodes

Réunis autour d'une même table, les intervenants, les praticiens, l'agence régionale de santé ont montré une belle unanimité dans le projet. Ce qui n'est pas si fréquent dans le traitement de l'autisme, source de nombreux conflits entre spécialistes. «C'est vrai qu'il y a de nombreuses méthodes, reconnaît Nonce Giacomoni. Aba, Teach, Makaton… Aux États-Unis, il y a quasiment une méthode par état ! Et elles ne sont pas toutes reconnues ici. Le plus important, c'est d'avoir tous ces outils pour apporter la bonne réponse tant les enfants sont différents ». Le docteur Claude Allard, psychiatre, confirme : « On essaye d'additionner les compétences, de puiser dans les différentes écoles. Il y a des facteurs de la genèse de l'autisme qui nous restent inconnus. Mais ce qui compte désormais, c'est la précocité du diagnostic et donc de la prise en charge ». Un numéro vert sera bientôt mis en service pour joindre le CRA. Loin de tout discours béat, l'autisme est devenu un combat et la Corse est entrée sur le ring.

http://www.corsematin.com/article/bastia/toute-la-prise-en-charge-de-lautisme-est-desormais-bien-organisee

13 décembre 2011

article publié dans leParisien.fr le 10 décembre 2011

Ces autistes qui trouvent refuge en Belgique

Faute de places en France, de nombreuses personnes déficientes intellectuelles sont prises en charge dans des établissements spécialisés en Belgique. Eponine a ainsi quitté Beauvais pour vivre à la Pommeraie, un foyer belge, avec Herbert, un autre Oisien arrivé en 2009.

E.P. | Publié le 10.12.2011, 09h58

Les différents ateliers aboutissent à de nombreuses productions : jus de pomme (ici), gaufres vanille, huile de noix, objets d'arts...L'argent des biens revendus est réinvesti pour les résidants de La Pommeraie.
Les différents ateliers aboutissent à de nombreuses productions : jus de pomme (ici), gaufres vanille, huile de noix, objets d'arts...L'argent des biens revendus est réinvesti pour les résidants de La Pommeraie. | LP/Arnaud DUMONTIER

Ils poussent comme des champignons à la lisière belge. Les foyers d’hébergement pour polyhandicapés et autistes fourmillent le long de la frontière et accueillent de nombreux Français dont beaucoup de l’Oise. Faute de places dans l’Hexagone, ce sont près de 5 000 personnes déficientes* françaises qui sont prises en charge en Belgique, aux frais des conseils généraux et de l’assurance maladie.

 
Une solution économique pour la ? « Faux, tranche Charles Ghesquière, de l’association Apim HF**, cela engendre des pertes d’emplois, nous sommes largement perdants. » Si ce dernier admet que la procédure de construction d’un centre est « plus longue et plus exigeante en qu’en Belgique », il dénonce « un manque de volonté politique et de soutien aux associations promotrices d’établissements ».


Les handicapés peuvent rester trente ans dans le même centre

En France, la classification des établissements est très fragmentée selon les degrés du handicap : maisons d’accueil spécialisées (MAS, handicap lourd), foyers de vie ou foyers d’accueil spécialisés. L’âge est également un critère, ce qui conduit les résidants à changer fréquemment de lieu de vie. Une segmentation avec laquelle ne s’embarrasse pas la Belgique : un même établissement peut réunir des résidants de tous statuts (MAS, foyer de vie…). Un point rassurant et stabilisant pour les familles, selon Charles Ghesquière : « C’est une sécurité de savoir que leurs proches les plus gravement handicapés vont rester vingt ans, trente ans dans un même centre. »

Le système belge reste toutefois à deux vitesses : les établissements médico-sociaux agréés et contrôlés par l’Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapés (Awiph) font face à la concurrence des foyers privés (sous forme d’association ou de société commerciale). Point sensible pour ces derniers, « Ils sont sujets à des normes minimales et rarement contrôlés », indique Charles Ghesquière.

Conscient des problèmes rencontrés par les personnes handicapées et leurs familles, le conseil général de l’Oise a annoncé que sa priorité pour l’année prochaine serait de faire revenir 50 % des Oisiens aujourd’hui accueillis en Belgique, entre 2012 et 2017. Il prévoit de développer les services dédiés et de créer de nouvelles places d’accueil dans des foyers spécialisés.

* Selon l’Unapei (Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis). ** Aide aux personnes inadaptées mentales hors de France.

CLES :


5 000 déficients intellectuels français sont en Belgique. 1 500 enfants et 3 500 adultes déficients, dont des autistes et polyhandicapés, sont hébergés en Belgique à l’heure actuelle. En 1985, ils étaient près de 1 500.
500 ouvertures de places en foyers belges ont été recensées ces cinq dernières années.
3 000 emplois en Belgique sont générés par l’accueil de handicapés mentaux.
De 140 à 180 €. C’est le prix de la journée pour une personne, supporté par les conseils généraux et l’assurance maladie française, d’un foyer de vie ou foyer d’accueil spécialisé belge.

POUR L’OISE :

269 personnes sont hébergées en Belgique (60% de handicapés psychiques, 10% d’autistes, 30% de déficients intellectuels), 1169 dans l’Oise.
13,6 M€. C’est le coût des Oisiens hébergés en Belgique pour le conseil général, sur un budget total de 67 M€ pour l’ensemble des personnes handicapées.

EN FRANCE :
480 maisons d’accueil spécialisées, pour 19823 places.
511 foyers d’accueil médicalisé, pour 14111 places.
1 395 foyers de vie, pour 38711 places.
Soit un total de 2 386 établissements médico-sociaux pour adultes handicapés et 72 645 places.
Source : Unapei (Union nationale des amis et parents d’enfants inadaptés).

http://www.leparisien.fr/oise-60/ces-autistes-qui-trouvent-refuge-en-belgique-10-12-2011-1762028.php

13 décembre 2011

Entretien avec le professeur Gilbert Lelord sur le site du CRA de Tours

L'Autisme à Tours - Entretien avec le Pr Gilbert Lelord

Le Centre de Ressources Autisme a le plaisir de vous proposer de visionner un entretien inédit à caractère historique de l'un des pionniers de l'autisme en France, le Pr Gilbert Lelord.

http://www.cra-centre.org/index.php?option=com_content&view=article&id=38:un-entretien-inedit-du-pr-lelord&catid=32:dossiers-cra&Itemid=60
Le lien a été communiqué sur le forum autisme de yahoo accompagné de la note suivante :

"Le C.R.A. région Centre a le plaisir de vous inviter à visionner une interview d'un des pionniers de l'approche neurophysiologique de l'autisme en France, Le Pr Gilbert Lelord.

Aujourd'hui à la retraite, il a été le fondateur de "l'école de Tours" et du service de pédopsychiatrie de Tours, ancien chercheur en physiologie du cerveau, il a travaillé avec de grands noms (Schoppler, Rimland, Tanguay...) et contribué à la formation de scientifiques reconnus (Pr Barthélémy, Monica zylbovicius, etc.)

Il témoigne, dans ce film de 20 minutes, d'une histoire de l'autisme à Tours de la fin des années 50 à nos jours.

A noter que vous serez peut-être étonné des propos de M. Lelord sur l'hôpital de jour, mais il faut savoir que les enfants reçus en HdJ à Tours ne le sont que rarement à temps complet mais le plus souvent en complément d'une scolarisation partielle voire à temps complet. En 1991, M. Lelord publiait avec le Dr Perrot, l'un des premiers livres en France sur l'intégration scolaire des enfants autistes. L'équipe de l'HdJ pilote une U.E.A. (Unité d'Enseignement Autisme - projet en expérimentation depuis 3 ans) située en milieu ordinaire, en collaboration avec l'Education Nationale. C'est donc dans le contexte d'un HdJ ouvert sur l'extérieur et sur les parents qui faut entendre son intervention; le soin s'intégrant toujours dans une prise en charge globale incluant l'éducation structurée."

13 décembre 2011

Temple Grandin (le film) vendredi 23 décembre 2011 à 20h40 sur ARTE

ARTE F © HBO

vendredi, 23 décembre 2011 à 20:40  

L'histoire extraordinaire de Temple Grandin, autiste surdouée devenue une spécialiste mondialement reconnue des conditions d'élevage des animaux. Avec Claire Danes, époustouflante.

Temple Grandin est différente, mais elle ne vaut pas moins que les autres, comme le lui a toujours répété sa mère. Ainsi, malgré son univers à part et ses difficultés relationnelles, elle a suivi une scolarité normale et a décroché un diplôme universitaire. Envoyée chez sa tante un été, elle trouve du réconfort auprès des animaux et décide de consacrer sa vie à l'amélioration de leurs conditions d'élevage.

Une femme fascinante
Temple Grandin parle peu et pense en schémas scientifiques. Pourtant, grâce à ses capacités exceptionnelles, au soutien de ses proches (sa mère, sa tante et le professeur Carlock), et malgré les réticences de certains fermiers incapables de se ranger derrière les idées d'une femme, qui plus est autiste, elle est aujourd'hui professeure à l'université du Colorado et son expertise est reconnue de par le monde. Ce téléfilm, couvert de récompenses aux États-Unis, est porté par la performance admirable de Claire Danes, qui parvient à faire passer à l'écran la complexité des émotions et des pensées de cette femme fascinante.

http://www.arte.tv/fr/semaine/244,broadcastingNum=1332702,day=7,week=51,year=2011.html

12 décembre 2011

article publié sur le site d'Autisme Infantile le 11 décembre 2011

Ensemble, c’est tout!

C’était chouette, ce 8 décembre. A Paris, à Lille. Dans le froid, et parfois entre les gouttes (conséquence sans doute de mes prouesses vocales – pour info, mon frère biologique est ténor professionnel, j’ai donc juste honte).

C’était un moment de communion. Communion d’intérêts, d’envie, d’énergies.

C’était un mouvement spontané, en dehors des mouvements associatifs, une démonstration bon enfant de notre détermination. C’était bien sympa, mais il ne faudra pas s’arrêter là. Il faut maintenant que les professionnels, les associations, les comités de recherche, les personnes qui font autorité dans le domaine de l’autisme, sortent du bois, et osent apporter leur soutien publiquement à notre mouvement. Estève Freixa i Baqué, Jacques Van Rillaer, Vinca Rivière, Thomas Bourgeron, Berbadette Roger, notamment, ont apporté leur soutien, soit en participant aux rassemblements, soit en adressant un document écrit à Sophie Robert.

Nous sommes nombreux à avoir des activités associatives, à rencontrer chaque jour des professionnels. Demandons leur de prendre officiellement position!

Quelle est la position de l’ARAPI, de Sésame Autisme? Quelle est la position de votre pédopsychiatre? De votre neurologue? Quelle est la position du Centre de Ressources Autisme qui a diagnostiqué votre enfant? Quelle est la position de votre pédiatre? De votre psychomotricien? De votre orthophoniste?

Recueillez leur témoignage, leur soutien, leur position. Les grands noms anglo-saxons soutiennent le Mur. La plus grosse organisation mondiale associative, Autism Speaks (un million de personnes consultent son blog), soutient aussi le Mur. C’est le moment ou jamais de s’activer!

Une telle occasion de démontrer l’absurdité et l’inefficacité du système français ne se présentera pas plusieurs fois. Jacques Alain Miller a déclenché un effet Streisand, profitons de cette opportunité et impliquons-y les professionnels.

On va briser le Mur si l’on s’y met ensemble. C’est tout!

http://autismeinfantile.com/informations/actualites/ensemble-cest-tout/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+AutismeInfantile+%28Autisme+Infantile%29

12 décembre 2011

information publiée sur le site de l'Assemblée Nationale

N° 4045

_____

ASSEMBLÉE NATIONALE

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

TREIZIÈME LÉGISLATURE

Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 7 décembre 2011.

PROPOSITION DE LOI

visant à faire de l’autisme la grande cause nationale 2012,

(Renvoyée à la commission des affaires sociales, à défaut de constitution
d’une commission spéciale dans les délais prévus par les articles 30 et 31 du Règlement.)

présentée par

M. Daniel FASQUELLE,

député.

EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

La Haute Autorité de Santé a fait état, le 24 mars 2010, d’une donnée statistique alarmante : dans notre pays, un enfant sur cent cinquante (1/150) est atteint d’un trouble appartenant au spectre autistique.

L’autisme de ces enfants ne sera diagnostiqué en moyenne qu’à six ans quand les données épidémiologiques internationales font état d’un diagnostic possible dès l’âge de deux ans. Le manque de formation des professionnels de santé de ville quant au dépistage de cette pathologie n’explique pas à lui seul ce retard. Le manque d’information du grand public sur ce handicap en est également responsable.

Tout aussi préoccupante est la situation des familles d’enfants autistes qui doivent faire face à une pénurie de structures offrant à leur enfant un accompagnement éducatif permettant de stabiliser leur handicap, de les intégrer et de les maintenir en milieu scolaire ordinaire.

Cette double constatation appelle, dans un pays comme le nôtre, des mesures d’urgence.

Le Plan Autisme doit permettre que la situation évolue favorablement dans les années qui viennent. Mais les mesures qu’il préconise pour une meilleure prise en charge de l’autisme dans notre pays, doivent s’accompagner d’une grande mobilisation qui impliquera non seulement les pouvoirs publics et les professionnels de santé, mais aussi l’ensemble des citoyens français.

La lutte pour une meilleure identification de l’autisme est une priorité. Déclarer l’autisme Grande cause nationale 2012 pour améliorer le dépistage précoce, développer l’accompagnement des enfants autistes et favoriser leur intégration et leur maintien en milieu scolaire ordinaire, serait l’expression d’une volonté politique forte de faire face à ce grave problème de santé publique.

La Grande Cause permettrait à l’autisme d’être clairement identifié par l’ensemble des Français en battant en brèche les idées reçues qui parasitent aujourd’hui son diagnostic précoce et compromettent donc l’efficacité de sa prise en charge. Elle permettrait enfin de récolter des fonds pour financer des programmes éducatifs favorisant l’intégration des enfants autistes en milieu scolaire ordinaire, facteur clé dans l’évolution du handicap et de la vie de l’enfant.

Il est de notre devoir d’informer, d’alerter, de rassurer et d’accompagner les 500 000 familles touchées par ce handicap.

Pour toutes ces raisons, et en tant que Président du Groupe de travail sur l’autisme à l’Assemblée nationale, j’ai décidé de soutenir le dossier déposé par le rassemblement « Ensemble pour l’autisme », organisé par le Collectif Autisme regroupant plus de 200 associations de parents et 800 associations gestionnaires d’établissements, représentant ainsi plus de 100 000 familles.

Je vous propose de bien vouloir adopter la proposition de loi suivante afin de faire de l’autisme la Grande Cause nationale 2012.

PROPOSITION DE LOI

Article 1er

L’autisme est déclaré grande cause nationale 2012 pour améliorer son dépistage précoce, développer l’accompagnement des enfants autistes et favoriser leur intégration et leur maintien en milieu scolaire ordinaire.

Article 2

Les charges qui pourraient résulter pour l’État de l’application de la présente loi sont compensées à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle aux droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.

Les charges qui pourraient résulter pour les organismes de sécurité sociale de l’application de la présente loi sont compensées à due concurrence par la majoration des droits prévus aux articles 575 et 575 A du code général des impôts.

http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion4045.asp?utm_source=tw&mid=54

11 décembre 2011

article publié dans le nouvel observateur le 9 décembre 2011

Autisme : feu sur la psychanalyse

Publié le 09-12-11 à 18:58    Modifié le 10-12-11 à 19:35     par Le Nouvel Observateur  

Les adeptes de la théorie freudienne sont mis en cause dans un documentaire promu par des parents partisans d'une approche beaucoup plus pragmatique. Par Jacqueline de Linares.

Pénélope, une autiste de 9 ans à Paris (JOEL SAGET / AFP)
Pénélope, une autiste de 9 ans à Paris (JOEL SAGET / AFP)

La salle était pleine de parents, jeudi 8 décembre devant le tribunal de Lille. Les parents d’autistes, dont certains brandissaient à l’extérieur des photos de leur enfant, étaient venus en nombre soutenir la documentariste Sophie Robert, poursuivie par trois psychanalystes, interviewés dans son documentaire "Le Mur, la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme".  

Trois membres de l’Ecole de la Cause Freudienne demandent  le retrait de leur interview ou, à défaut, l’interdiction du film, estimant  que leurs propos ont été "défigurés" au montage. Qu’il "ridiculise" la psychanalyse. Dans le documentaire, montage brut de réponse aux questions de Sophie Robert, on entend des morceaux d'anthologie tels que : "Ils [les enfants autistes] sont restés dans l'utérus, pourquoi voulez-vous qu'ils parlent ?" Ou bien : "Avec un enfant autiste, j'en fais très peu. Je pose mes fesses, je me mets à côté de lui et j'attends." Le tribunal, qui rendra sa décision le 26 janvier, doit décider si Madame Robert est sortie des autorisations de tournage signées par les plaignants. Mais en réalité, derrière ce procès, c’est toute la question de l’approche de l’autisme qui est en jeu.

Quand des psychanalystes prétendent soigner l’autisme comme une maladie mentale, les parents réclament pour soigner leurs enfants le recours aux méthodes comportementalistes basées sur la rééducation et la répétition utilisées à l’étranger, et selon eux, beaucoup plus efficaces. Or, depuis plusieurs années, la guerre fait rage en France entre psychanalystes et comportementalistes. A Lille, la salle a frémi lorsque le défenseur des psy, Maitre Christian Charrière-Bournazel, a déclaré, évoquant les méthodes comportementalistes utilisées pour les autistes : "Répéter et apprendre des gestes comme on dresserait un chimpanzé".

"On nous a exclus, critiqués", déplorent les parents d’autistes

Les parents d'autistes sont très en colère contre la psychanalyse. Ils accusent les soignants inspirés par les théories freudiennes de continuer à les mettre en cause. "Avez-vous fait cet enfant par amour ? " se sont entendus dire ces parents, interdits par la psychologue de ce CHU parisien. Impavide, elle insistait. "Notre enfant se tapait la tête contre les murs et, en gros, on nous accusait de sa maladie", se souvient Florent Chapel, délégué général du collectif Autisme, regroupement de presque toutes les associations de parents.

Sybille, elle, raconte sa convocation à l'hôpital psychiatrique pour la prise en charge de son enfant autiste. Une horreur. Le bébé était-il désiré ? La mère avait-elle été heureuse pendant sa grossesse ? Avait-elle aimé sa propre mère ? Insinuant, le psychiatre lui parlait d'elle. Mais pas de son enfant. Sybille a claqué la porte de l'hôpital. Sur internet, les témoignages affluent : "Nous aussi, on nous a exclus, critiqués ! Ne nous laissons pas faire !"

Plus personne ne soutient, à l'instar du psychanalyste américain Bruno Bettelheim, que les autistes sont victimes de mères castratrices et dépressives. En pratique, pourtant, les parents reprochent aux adeptes de Freud de traiter l'autisme comme une maladie mentale et non pas un handicap, "comme s'ils n'avaient pas intégré depuis vingt ans les nouvelles connaissances sur le rôle de la génétique dans cette maladie", explique Marcel Hérault, président depuis quinze ans de Sésame Autisme. Ils accusent, surtout, "la toute-puissance de la psychanalyse en France d'empêcher l'introduction de méthodes éducatives comportementalistes qui feraient beaucoup mieux progresser nos enfants", selon Florent Chapel.

"La prise en charge de nos enfants, c’est la loterie"

Nombre de psychanalystes revendiquent de ne pas faire pression sur l’enfant au nom du respect du "sujet". Ou de l'idée selon laquelle l'autisme résulterait d'un "refus résolu" de l'enfant d'entrer en relation avec le reste du monde. Une non intervention qui fait bouillir les parents.

Les parents d'autistes ne digèrent pas, non plus, de se sentir si souvent mis en cause dans la maladie de leur enfant. Parano de parents écorchés ? Pas vraiment. "Les réflexions des psychiatres, des psychologues, des éducateurs, suggèrent souvent que le comportement des parents entrave le développement de l'enfant", écrit la chercheuse Brigitte Chamak (1), après une plongée dans une dizaine d'établissements hospitaliers ou médico-sociaux traitant de l'autisme. Pis, dans "les services qui adoptent une approche psychodynamique" [d'inspiration psychanalytique NDLR], la plupart des parents "n'avaient pas reçu de diagnostics". Comme si l'annonce de la maladie aux parents risquait d'empirer ou de figer la situation. Refus de diagnostic, soupçons d'incompétence, méfiance... "Cette approche va rie beaucoup selon les services, les établissements, dit Marcel Hérault. En France, faire prendre en charge son enfant, c'est la loterie."

Vincent Gerhards, président du collectif Autisme, journaliste à France Télévisions, a découvert en voyageant que la France est un des derniers pays où la psychanalyse a une telle importance pour traiter cette pathologie. "Ailleurs, on applique les méthodes d'origine comportementaliste", explique-t-il. Fondées sur la rééducation, la répétition, l'entraînement, voire les punitions et les récompenses - ce que déplorent leurs adversaires -, elles ont pour nom Teacch (Treatment and Education of Autistic and related Communication handicapped Children), ABA (Applied Behavior Analysis), Pecs (système de communication alternatif)... Elles représentent le diable pour les intégristes des théories freudiennes, qui crient au "dressage", persuadés d'être le dernier rempart humaniste contre ces formes de "conditionnement". "Mais avec cet entraînement, nos enfants se sont mis à parler, devenir propres, à s'habiller seuls, lacer leurs chaussures, communiquer", hurlent les parents du collectif Autisme, brandissant dix exemples d'enfants ainsi sortis du silence ou devenus un peu plus autonomes.

"Un bric à brac d’arnaques en tout genre"

Problème. Faute de trouver ces approches dans les circuits psychiatriques où on les envoie, les parents les plus nantis sont prêts à se précipiter dans toutes sortes de cabinets privés. Avec deux risques : "D'abord, croire qu'il existe des solutions magiques", comme dit Marcel Hérault. De l'autiste de haut niveau à l'enfant qui n'accédera jamais au langage même avec la rééducation comportementale, chacun évoluera différemment. Autre danger : que les charlatans occupent le créneau que les parents ne veulent plus laisser à la psychanalyse. Mère d'un enfant qui ne parlait pas, avant d'être pris en charge en Israël, Olivia Cattan est allée étudier les méthodes à l'étranger. Elle en est revenue avec une pétition, qu'elle a fait signer notamment par Sandrine Bonnaire, soeur d'une autiste, et Francis Perrin, dont le fils est atteint. "L'autisme est devenu un véritable 'marché' pour certains, un bric-à-brac d'arnaques en tout genre entre formations bidon et remèdes miracles", dit la pétition. L'enjeu n'est pas mince alors que d'ici à quelques mois, la Haute Autorité de Santé doit se prononcer sur l'accompagnement de l'autisme.

Jacqueline de Linares - Le Nouvel Observateur 

(1)  "L'autisme dans un service de pédopsychiatrie", "Ethnologie française 3", 2009, pp. 425-433.

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20111209.OBS6415/autisme-feu-sur-la-psychanalyse.html

9 décembre 2011

article publié dans l'union.presse.fr le 9 décembre 2011

Paul-Loup, 7 ans et autiste, a besoin d'attention

Jean-Marie Gaignette, nouveau volontaire, accompagné de Paul-Loup.

Jean-Marie Gaignette, nouveau volontaire, accompagné de Paul-Loup.

 

Paul-Loup est âgé de 7 ans et a été diagnostiqué autiste à l'âge de 20 mois. Il habite à Mourmelon-le-Petit, un petit village d'environ 800 habitants situé entre Châlons et Reims. Cela fait plus de trois ans que plusieurs dizaines de volontaires (bénévoles et professionnels) venant de toute la Marne, se mobilisent pour jouer avec lui. Ils appliquent la méthode des 3I (intensive, individuelle, interactive) avec le soutien de l'association « Autisme espoir vers l'école » (site internet : www.autisme-espoir.org).


Plus de volontaires pour plus de progrès


Ainsi, petit à petit et surtout sans forcer les choses, Paul-Loup franchit les étapes essentielles au développement d'un enfant. Il apprécie la compagnie de ces volontaires, qu'il accompagne volontiers dans sa salle de jeu spécialement aménagée au domicile de ses parents. Depuis, il est plus autonome, il ne parle pas encore mais il « vocalise » de plus en plus. Il sait très bien se faire comprendre, il apprécie les promenades à pied comme à poney, et les câlins se font nombreux. Paul-Loup est en train de passer un cap et il est primordial de maintenir le rythme d'une quarantaine d'heures de jeu par semaine. C'est pourquoi, il faut à tout prix trouver des volontaires pour palier le manque qui se fait plus grand, notamment lors des vacances. La période estivale et son lot de déménagements ont été sources de pertes en termes de bénévoles. Du lundi au dimanche, avec 6 heures par jour pour le mieux, trente personnes est un chiffre qui peut paraître énorme, mais il est évident qu'il faut plus de volontaires !
Que vous soyez un homme, une femme, actif ou retraité, il suffit de se laisser guider par l'enfant. Vous pouvez chanter, le chatouiller, lui raconter des histoires, le balancer dans son hamac… seule directive : s'amuser ! Par ce don de 60 minutes de votre temps, il est possible de changer la vie de ce garçon et lui permettre d'avoir un avenir et de vivre le plus normalement possible avec sa famille.


Jean-Marie Gaignette, 50 ans, est employé municipal à Mourmelon-le-Grand. Il est papa d'une grande fille de 20 ans, et c'est en lisant des affiches et des articles sur les appels à l'aide des parents de Paul-Loup qu'il s'est décidé à devenir bénévole. Jean-Marie va ainsi rendre visite à Paul-Loup environ une heure tous les samedis, et fait donc parti des six à sept personnes qui se relaient chaque jour afin que le petit Paul-Loup soit constamment accompagné.
« Durant cette heure, tout se fait en fonction des envies du petit, que ce soient des jeux, des câlins, de la balançoire, etc. Ce que j'espère, comme l'ensemble des bénévoles, c'est lui améliorer la vie, et mieux encore, réussir à lui faire sortir un mot. Lui apporter de la tendresse, le voir rire, ça, c'est important ! ». À la fin, Jean-Marie discute avec Didier et Carole, les parents de Paul-Loup, afin de débriefer sur l'heure qui s'est écoulée.
Comment devenir volontaire ? Les parents de Paul-Loup vous accueilleront par téléphone et à leur domicile pour, dans un premier temps, faire connaissance. Toutes les explications vous seront données ainsi que des documents. Vous pourrez également participer à une heure de jeu, accompagnés par la psychologue de l'Association ou un des volontaires. Seulement ensuite, vous pourrez décider ou non de faire partie de cette chaîne représentant le seul espoir que ses parents ont trouvé pour sortir leur fils de sa bulle.
Vous informer ne vous engagera en rien, alors n'attendez plus, appelez au 03.26.70.33.12 (ou par mail à carole.dessert@orange.fr), Paul-Loup vous attend avec impatience !

http://www.lunion.presse.fr/article/chalons-en-champagne/paul-loup-7-ans-et-autiste-a-besoin-dattention

9 décembre 2011

article publié sur le site d'Autisme Infantile le 9 décembre 2011

Père Noël, si tu existais…

Père Noël, si tu existais...

Je m’appelle Nathan, j’ai 11 ans et demi, je suis autiste, et moi pour Noël je ne veux pas de jouets – j’en ai déjà plein, toute l’année, de la part de ma famille et de mes amis.

Je ne crois pas en toi, Père Noël, je n’y ai jamais cru, même tout petit, car papa et maman m’ont toujours dits que tu n’existais pas, mais que tu étais un simple monsieur déguisé, et que si j’avais des cadeaux c’est qu’ils venaient des gens autour de moi, qui m’aimaient sincèrement, et pas d’un monsieur bedonnant habillé en rouge qui ne me connait pas.

Moi, pour Noël, mais aussi pour tous les autres jours de l’année, je voudrais:

  • que les gens arrêtent de me regarder comme un extra-terrestre dangereux,
  • que les gens arrêtent de dire que je suis mal élevé, impoli, bête, méchant,
  • que les gens, au lieu de me dévisager, viennent vers moi et apprennent à me connaître,
  • que les gens arrêtent de penser que je suis contagieux et empêchent leurs enfants de jouer avec moi,
  • que les gens arrêtent de s’adresser à moi comme si j’étais un bébé ou un idiot.

Je voudrais des choses simples, finalement, à la portée de tous, et ce toute l’année, et pas que le mois de Noël. On doit être gentils toute l’année, pas qu’un seul mois, c’est idiot de ne penser à être gentil, généreux, qu’au mois de décembre – et les autres mois alors? Ils ne comptent pas?

Moi, je voudrais:

  • que l’on me regarde comme un enfant qui aime jouer, rire comme tous les autres,
  • qu’on arrête de me critiquer, ou de dire que mes parents m’ont mal élevé,
  • que les enfants comme les adultes arrêtent de se moquer de moi,
  • tout simplement je veux que l’on me respecte comme je suis.

Je suis autiste, et je n’en guérirai jamais, mais je suis aussi un garçon qui peux vous apporter beaucoup si vous prenez le temps d’apprendre à me connaître.

Ce ne sont pas mes différences qui me font souffrir, mais le fait que certaines personnes ne les respectent pas.

http://autismeinfantile.com/temoignages/stephanie-et-nathan/pere-noel-si-tu-existais/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+AutismeInfantile+%28Autisme+Infantile%29

9 décembre 2011

article publié dans leParisien.fr le 8 décembre 2011

Psychanalystes et familles d'enfants autistes se sont affrontés jeudi à Lille sur la prise en charge de l'autisme en , à travers le procès d'une documentariste accusée d'avoir dénaturé les propos de psychanalystes.
Sophie Robert était assignée au civil devant le tribunal de grande instance de Lille par trois psychanalystes qui l'accusent d'avoir "défiguré" leurs propos dans son "Le Mur, la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme", pour lequel ils ont été interviewés avec une trentaine de leurs confrères.
Esthela Solano-Suarez, Eric Laurent et Alexandre Stevens demandent le retrait de leurs interviews ou à défaut l'interdiction du , diffusé sur internet, ainsi que des dommages et intérêts.
Leur avocat, Me Christian Charrière-Bournazel a dénoncé "une entreprise polémique destinée à ridiculiser la psychanalyse", devant une salle pleine à craquer de parents d'enfants autistes, venus soutenir Mme Robert.
Selon le conseil, "certaines questions ont été coupées au montage et d'autres plaquées dessus", alors que la défense parle d'une retranscription "fidèle". La justice a déjà saisi les rushes du tournage pour les comparer à la version montée.
Le tribunal doit déterminer si Mme Robert est sortie des autorisations de tournage signées par les plaignants, et si les interviewés peuvent être considérés comme co-auteurs du film et en empêcher la diffusion.
Dans le documentaire, des psychanalystes attribuent une origine psychique à l'autisme, qui pourrait être la conséquence d'une dépression maternelle ou d'un refus de l'apport masculin pour la conception. Certains parlent de mère "psychogène", de "stade de folie transitoire" de la mère, voire de "désir incestueux".
Le film oppose cette vision à des méthodes comportementales appliquées par certaines familles, basées sur des recherches qui estiment que l'autisme est d'origine génétique. Par conséquent, il "participe au débat public" sur le sujet, selon Me Titran, avocat de la réalisatrice du documentaire.
"La médecine officielle envoie les familles vers des psychiatres qui sont très souvent des analystes", a expliqué Arnaud Ribert, porte-parole d'un collectif d'association, qui demande que le documentaire "soit largement diffusé pour que les parents puissent avoir le libre choix de la prise en charge de leur enfant".
Pour Mme Solano-Suarez, le film tente de montrer "que nos traitements sont passéistes et que nous culpabilisons les parents".
Le jugement a été mis en délibéré au 26 janvier.

http://www.leparisien.fr/lille-59000/autisme-les-traitements-par-la-psychanalyse-en-filigrane-du-proces-d-un-documentaire-08-12-2011-1760002.php?mid=54

9 décembre 2011

article publié dans la Voix du Nord le 9 décembre 2011

VIDÉOS - Pour « Le Mur », film controversé sur l'autisme, deux procès en une seule audience

vendredi 09.12.2011, 05:25- LAKHDAR BELAÏD

 À l'extérieur du palais de justice, un comité de soutien à Sophie Robert. PHOTO PATRICK JAMES À l'extérieur du palais de justice, un comité de soutien à Sophie Robert. PHOTO PATRICK JAMES

| TRIBUNAL DE LILLE |

Combat d'images. Combat autour d'images et de leur éventuel galvaudage. Impossible de trouver un siège, hier après-midi, dans la salle des audiences civiles du palais de justice de Lille. La plupart ont déjà été pris d'assaut par des adultes ayant épinglé des larges photos d'enfants à leur col. Une coutume malheureusement banale chez les proches de personnes kidnappées. Ou prises en otage. ...

 

Face à ces parents, aussi bien Christian Charrière-Bournazel, l'avocat de trois psychanalystes ayant saisi la justice, que la présidente Elizabeth Polle, le martèlent : « Il ne s'agit pas de faire le procès de l'autisme ou de la manière dont on pourrait le soigner. » En 2010, la productrice Sophie Robert contacte une série de psychanalystes. « Il s'agit de préparer un documentaire », explique Christian Charrière-Bournazel, insistant sur la neutralité induite dans le terme « documentaire ».


le mur : la psychanalyse à l'épreuve de... par autisme_info31

Un an plus tard, le film Le Mursort avec, en jaquette, le commentaire : « Sophie Robert a réalisé une longue enquête auprès d'une trentaine de pédopsychiatres-psychanalystes, dont quelques-uns parmi les plus grands spécialistes français de l'autisme, afin de démontrer par l'absurde - de la bouche même des psychanalystes - l'inefficacité de la prise en charge psychanalytique de l'autisme. » Reconnus par leurs pairs, réputés sur le plan international, Esthela Solano-Suarez, Éric Laurent et Alexandre Stevens saisissent la justice. « On a le droit de trouver la psychanalyse absurde et de le dire, résume leur avocat. Mais pas de piéger les gens ! »

Après avoir récupéré les six heures de rushes de ses clients et les avoir croisés avec le film, Christian Charrière-Bournazel se sent à l'aise pour dénoncer des coupures ou des ajouts de questions dénaturant les propos. Le film doit donc être interdit. Du moins, tant que ses clients y apparaissent.
le mur : la psychanalyse à l'épreuve de... par autisme_info31

« Conditionnement »

En face, Benoît Titran, défenseur de Sophie Robert, ou Lætitia Benard, avocate de l'association Autistes sans frontières, on parle bien droit à l'image. Et, pas mal aussi, de critiques subies par la France sur le traitement de l'autisme. « Là, le tribunal n'est pas compétent », rappelle la juge.

On touche pourtant le point douloureux. Dans la salle, les techniques cognitivo-comportementales (TCC) comptent plus d'un adepte. Jugement de l'avocat des plaignants : « Répéter et apprendre des gestes comme on dresserait un chimpanzé... » Houle horrifiée dans le public. À l'extérieur, une praticienne des TCC évoquera, elle, une thérapie par le « conditionnement ». « Parlons plutôt d'apprentissage ! », la corrige aussitôt un collègue. Décision le 26 janvier.


Le mur : la psychanalyse à l'épreuve de... par autisme_info31

 

http://www.lavoixdunord.fr/Region/actualite/Secteur_Region/2011/12/09/article_pour-le-mur-film-controverse-sur-l-autis.shtml?mid=54

9 décembre 2011

article publié dans libération le 8 décembre 2011

Autisme : «dogmatismes» en duel au tribunal de Lille

Plainte. Interrogés pour un documentaire, des psychiatres contestent la dénaturation de leurs propos et demandent l’interdiction du film.

Par STÉPHANIE MAURICE LILLE, de notre correspondante

Un procès pour tentative de «ridiculiser la psychanalyse» : c’est ce qui arrive à la documentariste Sophie Robert, assignée aujourd’hui au tribunal de grande instance de Lille pour son film, visible sur le Net, le Mur, la psychanalyse à l’épreuve de l’autisme. Trois psychiatres, Estela Solano-Suarez, Eric Laurent et Alexandre Stevens, lui reprochent d’avoir «dénaturé» leurs propos. Ils demandent l’interdiction du documentaire, arguant qu’ils sont les auteurs des interviews et ont un droit de regard sur leur utilisation. «J’aurais escamoté des propos qui font que ce qu’ils disent n’est pas ridicule», ironise Sophie Robert.

Le film dénonce le même message, répété de psychanalyste en pédopsychiatre : les enfants autistes sont victimes d’une mère soit trop froide soit trop chaude et s’enferment dans une bulle. «Le grand public ignore que, pour les psychanalystes, les mères sont pathogènes par essence, s’enflamme Sophie Robert. J’ai fait un film qui ne les condamne pas. Ils se condamnent tout seuls avec leurs propos.»

«Financeur». Sauf que les intéressés ne s’y reconnaissent pas. «Ces théories sont totalement dépassées», affirme le professeur Pierre Delion, pédopsychiatre au CHRU de Lille. Et ce serait «calomnieux» de faire croire l’inverse. Interviewé par Sophie Robert, il n’a pas porté plainte mais s’est senti «victime d’un abus de confiance», avec l’utilisation de «cinq secondes d’entretien totalement détachées du contexte». Il dénonce le face-à-face du docu entre la psychanalyse «inefficace» et les méthodes comportementalistes, Aba ou Teach, que la réalisatrice plébiscite.

La thèse de la prédominance des méthodes comportementalistes sur la psychanalyse est portée par l’association de parents d’autistes, Autismes sans frontières, «financeur principal du film», reconnaît Sophie Robert, qui assume son parti pris. Dans les hôpitaux, ces méthodes comportementalistes, basées sur la répétition des mêmes gestes, tiennent leur place à côté du thérapeutique, présent «si nécessaire», selon le professeur Delion, qui souligne : «La psychanalyse sert à comprendre ce qui se passe entre l’enfant et ses accompagnants. Elle n’est pas dans l’explication des causes de l’autisme.»

Génétique. Il est désormais acté que l’autisme a une cause génétique. Les psychanalystes qui attaquent, proches de l’Ecole de la cause freudienne (gardiens des œuvres de Lacan), refusent de s’exprimer. Un connaisseur du dossier, psy, soupire : «Ils adorent les procès. Cette affaire, c’est la rencontre entre deux dogmatismes», l’Ecole de la cause freudienne contre les comportementalistes. Il conclut : «Les modérés sont pris entre les deux comme dans un casse-noisettes.»

http://www.liberation.fr/societe/01012376312-autisme-dogmatismes-en-duel-au-tribunal-de-lille

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