article publié dans le blog de la médiation animale et des interactions homme-animal
Sandie Bélair avril - 29 - 2014

Une question se pose et s’impose régulièrement dans les différents échanges, débats, rencontres… entre praticiens et acteurs de la Médiation Animale: le bien-être animal et ainsi plus largement l’éthique animale. (Pour rappel, ces deux notions sont différentes. L’éthique animale est l’étude de la responsabilité morale des hommes à l’égard des animaux pris individuellement. Le bien-être animal est, quant à lui, un état de santé mentale et physique qui témoigne que l’individu est en harmonie avec son environnement. C’est un concept certes très subjectif (fonction de l’espèce, de l’ individu) et il est difficile de l’évaluer mais les avancées de la science sont intéressantes et proposent des possibles à ne pas négliger).
Cependant, à ce sujet, pas plus tard qu’il y a quelques jours lors du (brillant) colloque de l’IFEq, alors que certains auditeurs s’inquiètent, à juste titre, du mal-être des équidés impliqués dans des activités de médiation équine, j’entends que l’on oppose encore bien-être animal et bien-être humain, que l’on parle d’anthropomorphisme, de projections, que l’on parle d’animal « outil ».
L’un des intervenants du colloque, qui semble pourtant sensible au bien-être de l’animal, prend d’ailleurs un exemple extrême pour évoquer son positionnement (l’idée n’est pas de juger mais d’ouvrir le débat et cet exemple a le mérite de le faire). Ainsi, il imagine que s’il partait en randonnée avec des jeunes et que l’un d’entre eux tombait en raison du comportement un peu exubérant d’un cheval, il n’hésiterait pas à secourir d’abord son patient et tant pis pour le cheval s’il se fait écraser sur l’autoroute toute proche… L’exemple est très extrême, je vous l’accorde, et traite ici d’une situation de crise… Il est évident que porter secours au jeune qui a chuté, rassurer le groupe et le mettre en sécurité doivent/devraient être les priorités. Mais doit-on pour autant ne pas se soucier de l’animal (et des conséquences de sa fuite) et en parler en ces termes dans un colloque de praticiens en médiation animale où l’animal et son bien-être sont au cœur d’une table ronde? Au-delà du bien-être, nous sommes ici dans le domaine plus large de l’éthique animale!
Ce que j’entends donc au cours de ce débat, ce sont des questionnements et un intérêt pour le bien-être animal mais aussi des résistances à considérer l’animal autrement que comme un « outil », un être que l’on oppose à l’humain.
La question n’est pas de choisir entre patient/humain ou animal… le bien-être de l’un ne s’oppose pas à celui de l’autre! J’irai même jusqu’à OSER dire, qu’en médiation animale, le fait de penser ainsi, de parler encore d’animal « outil » et de nommer « anthropomorphique » toute considération et réflexion sur le bien-être animal me paraît ancien et totalement dépassé. Devenir praticiens en médiation animale n’est certes pas totalement déconnecté de notre histoire personnelle, de notre rapport intime aux animaux et de nos projections et représentations à leur égard. L’affect y est certainement présent mais doit-on pour autant de ne pas investiguer la question du bien-être animal et ne pas s’interroger sur leur utilisation? Le mieux-être humain est conditionné à la présence animale, c’est un symbole fort. Pour Elisabeth de Fontenay, philosophe, la responsabilité différencie l’homme des autres animaux, c’est l’unique concept éthique et c’est ce qui fait la singularité de l’homme. Interroger notre responsabilité à l’égard des animaux me paraît donc essentielle en médiation animale.
De nombreux acteurs de cette pratique, déjà sensibilisés, ont un recul suffisant et des connaissances éthologiques solides pour ne pas tomber dans l’anthropomorphisme. Ils sont capables d’avoir une représentation objective de l’animal et notamment de son bien-être et donc mal-être. Ils travaillent également souvent en équipe pluridisciplinaire avec des professionnels du monde animal tels que des éthologues, vétérinaires, comportementalistes… c’est d’ailleurs ce que nous préconisons car on ne peut posséder toutes les casquettes, au risque de tomber dans la « toute-puissance » et de ne pas LIRE les signaux. Une supervision sur tous les plans est donc nécessaire.
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La médiation animale, au sens large, concerne le domaine des interactions homme-animal. L’animal est un acteur à part entiére de la prise en charge, c’est un partenaire avec sa sensibilité, ses émotions, son « libre-arbitre », son intériorité, son « umwelt » (réalité subjective d’un individu conditionné en premier lieu par son équipement sensoriel mais aussi des facultés d’intégration de son cerveau et de ses activités motrices), il est sujet de ses expériences et c’est ce qui fait toute sa richesse. C’est un être singulier. Et la médiation animale s’inscrit bien dans des rencontres singulières entre un individu en souffrance et un animal pourvu d’un « être ».
Aujourd’hui, la science nous permet de savoir que chaque espèce a des caractéristiques propres, des besoins écologiques, physiologiques et éthologiques spécifiques et un mode de communication particulier. Ainsi quoi de plus normal de s’intéresser aux besoins de chaque espéce animale ou même à chaque individu (en médiation animale notamment) dans le sens d’une meilleur connaissance et donc d’un respect à leur égard. Des études mettent en avant des critéres croisés (indicateurs physiques, physiologiques et comportementaux) pour évaluer le bien-être animal (Fureix et coll 2010). Je salue d’ailleurs le travail remarquable de Clémentine Andrieux présente au colloque de l’IFEq; elle a évoqué son mémoire d’équithérapeute: »Les signes du mal-être chez le cheval en équitation et en équithérapie« . La présence et l’intervention d’Hélène Roche, éthologue, étaient aussi très pertinentes: « L’importance des comportements sociaux pour le bien-être du cheval« . Un grand merci à Nicolas Emond d’avoir permis ces échanges et ces débats.
Pour ma part, oui je suis pour le changement du statut juridique de l’animal dans le droit français… et je suis consciente que ce n’est pas un point d’arrivée mais un point de départ… la route est encore longue et les questions nombreuses en terme d’applications (quel statut pour l’animal, quels droits, quels devoirs?? Animal=sujet de droit?)… oui je suis pour une réglementation en médiation animale qui permettrait de poser un cadre en garantissant la formation des intervenants et de faire évoluer les représentations de l’animal dans ces pratiques (animal-sujet) et de protéger bénéficiaires et animaux impliqués.
Je terminerai avec ces mots de Florence Burgat (philosophe) sur les animaux qui aident des humains: ils devraient être choisis « en raison de leur être d’animal, de leur singularité, et non en raison de dispositions fonctionnelles car à ce compte , une machine bien conçue d’une part, une aide rémunérée, d’autre part, seront bien plus utiles et bien plus conformes aux attentes« . Elle poursuit « c’est donc une singularité qui est (devrait être) recherchée, une relation dans ce qu’elle a de bien à elle. La relation avec les animaux n’est pas une sous-relation, une « faute de mieux », un pis-aller« . (colloque CEPIHA 2012)
Et si il est un domaine où la notion de bien-être peut et doit prendre tout son sens, c’est notamment celui de la relation thérapeutique entre des humains et des animaux. C‘est à nous professionnels de penser cette relation, cette rencontre avec notamment la mise en place de conditions d’interactions accordées et ajustées en prenant en compte le bien-être de chacun des protagonistes…
Voilà mon avis et mon positionnement! Que diriez-vous de plus d’éthique animale dans les formations en MA? Maintenant le débat est ouvert et la parole est à vous… Prenez la! 
Sandie BELAIR