Canalblog Tous les blogs Top blogs Famille & Enfants
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
"Au bonheur d'Elise"
Publicité
recherche
18 novembre 2012

Halte à la psychanalyse selon Yehezkel Ben-Ari

En mars dernier, la Haute autorité de santé (HAS) sortait un rapport établissant les recommandations de l’agence à propos des thérapies à mener contre l’autisme en France, critiquant certaines techniques psychanalytiques comme le packing. Ce texte n’a pas été accueilli de la même façon par tous les spécialistes. D’une part, la psychiatrie française se sent méprisée. À l’inverse, d’autres estiment que cela va dans le bon sens. C’est par exemple l’avis du neurologue Yehezkel Ben-Ari qui explique son point de vue à Futura-Sciences.

  • Découvrez le dossier pour tout savoir sur l'autisme

À lire, l'avis du psychiatre Gérard Schmit, qui défend des positions contraires.

L’année 2012 est placée sous le sceau de l’autisme puisque la maladie en a été proclamée grande cause nationale. Mais ce trouble envahissant du développement est très complexe car extrêmement varié. Il n’est d’ailleurs pas très bien caractérisé même si l’on sait désormais qu’il s’agit d’un trouble neurologique avec une mise en place anormale de certains réseaux de neurones dans le cerveau. Derrière tout cela, au moins un millier de gènes sont potentiellement impliqués.

Mais comment le soigner ? Le débat fait rage et les méthodes varient selon les pays. Dans les territoires anglo-saxons, souvent très pragmatiques, on est plus facilement adepte de la méthode ABA, qui n’est rien d’autre qu’un conditionnement skinnerien, dans lequel on récompense les enfants lorsqu’ils agissent comme on le désire et on leur fait comprendre qu'un comportement est inadapté pour les pousser à l'abandonner. Une technique qui fonctionne plus ou moins bien selon les patients.

En matière d’autisme, la France fait un peu figure d’exception. La psychiatrie et la psychanalyse y jouent un grand rôle. Mais un rapport émis en mars dernier par la Haute autorité de santé (HAS) épingle certains aspects de ces pratiques, et notamment la technique très controversée du packing, qui consiste à envelopper l’enfant en crise sévère d’un linge frais et humide pour le calmer. Un texte très mal perçu des psychiatres français… mais bien accueilli par d’autres, comme Yehezkel Ben-Ari, directeur honoraire de l’Institut de neurobiologie de la Méditerranée, qui se justifie auprès de Futura-Sciences.

Le neurobiologiste Yehezkel Ben-Ari est le fondateur de l'Institut de biologie de la Méditerranée. Il aborde la problématique de l'autisme en se focalisant sur les changements cérébraux que la maladie implique.
Le neurobiologiste Yehezkel Ben-Ari est le fondateur de l'Institut de biologie de la Méditerranée. Il aborde la problématique de l'autisme en se focalisant sur les changements cérébraux que la maladie implique. © P. Latron, Inserm

Futura-Sciences : En tant que neurobiologiste, quel est votre ressenti face au recours à la psychanalyse pour soigner l’autisme ?

Yehezkel Ben-Ari : Je pense tout d’abord que la psychanalyse pure est tout à fait discutable et que personne n’a apporté la preuve de son utilité contre l’autisme. Elle n’est pas la seule thérapie proposée et s’accompagne de pratiques psychiatriques ou d’autres techniques telles l’ABA. Mais ce que je lui reproche surtout, c’est son manque de rigueur scientifique ainsi que l’absence de tests sérieux sur son efficacité.

Mon équipe et moi tentons par exemple de développer un médicament à partir d’une molécule existante. Cela nous a pris 4 ans, nous avons dépensé des millions d’euros. Nous devons nous soumettre à un ensemble de contraintes très rigoureuses. Pour réaliser les demandes cliniques de phase III, il nous a fallu remplir un dossier de 140 pages où l’on a défini nos objectifs à remplir pour que l’opération soit un succès. Les psychiatres, eux, n’ont pas de telles contraintes. Certes, ils peuvent connaître quelques réussites, notamment au niveau de la communication, qu’il ne faut absolument pas négliger. Mais pour que cela soit valable, il est nécessaire de le confirmer. Rien n’est valable si ce n’est pas universel, et rien n’est universel si ce n’est pas vérifiable.

Faut-il tout jeter dans l’approche psychiatrique selon vous ?

Yehezkel Ben-Ari : Non, bien sûr que non. Mais certaines techniques sont inutiles. Je suis sûr qu’on ne pourra jamais soigner l’autisme avec le packing. En revanche, tout ce qui est basé sur la communication verbale, les câlins, la tendresse, ça ne pourra jamais faire de mal. Et moi je suis pour tout ce qui marche. Face à l’autisme, qui est une maladie complexe, il faudra toujours proposer plusieurs traitements complémentaires car on ne trouvera jamais, à mon sens, un traitement miracle qui guérira de l’autisme. Il sera seulement possible de diminuer la sévérité de la maladie.

L'autisme est une maladie qui affecte le fonctionnement du cerveau. Celui-ci n'est pas connecté de la même façon. Comme en atteste ce schéma, pour une même activité motrice, un autiste active les régions ici matérialisées en bleu, quand une personne non malade utilise les parties colorées en jaune.
L'autisme est une maladie qui affecte le fonctionnement du cerveau. Celui-ci n'est pas connecté de la même façon. Comme en atteste ce schéma, pour une même activité motrice, un autiste active les régions ici matérialisées en bleu, quand une personne non malade utilise les parties colorées en jaune. © Axel-Ralph Muller, Wikipédia, cc by 2.5

Mais alors, quelles solutions préconisez-vous contre l’autisme ?

Yehezkel Ben-Ari : C’est une maladie très précoce, et nous savons qu’elle apparaît au plus tard au moment de l’accouchement. Les réseaux de neurones dans le cerveau ne se forment pas correctement, dégâts qui s’amplifient avec le temps. C’est donc un trouble de l’anatomie du cerveau. Je ne vois pas vraiment comment on pourrait le soigner uniquement avec des mots.

De nombreux laboratoires dépensent des millions et des millions dans l’espoir de trouver de nouvelles mutations impliquées dans la maladie puisqu’on sait qu’il existe une composante génétique. On pense qu’il y en aurait plus de mille. Mais cette approche a des limites. Le diagnostic n’est pas sans équivoque car on peut porter ces mutations sans pour autant être malade, ce qui réduit considérablement les applications thérapeutiques et, in fine, peut apporter dans certains cas un réconfort aux parents mais c’est tout. De plus, la thérapie génique ne marchera pas car les dégâts étant précoces, le cerveau se câble mal et les causes du syndrome découlent de ce défaut, en plus de la protéine affectée par la ou les mutations. Autant cela pourrait fonctionner pour des cancers ou d’autres pathologies, mais je doute grandement de son efficacité face à des maladies qui concernent un défaut de développement du cerveau, un organe si plastique.

L’idéal serait de diagnostiquer la maladie bien plus tôt, vers 6 mois. Malheureusement, cela n’est pas possible actuellement. Nous essayons pour notre part de mettre au point un médicament qui contribue à remettre un peu d’ordre dans le cerveau. Nous avons de bons résultats et un article important sera publié prochainement. Pour l’instant, les deux molécules autorisées aux États-Unis ne sont pas vraiment convaincantes. Mais les temps pourraient changer…

Publicité
11 novembre 2012

AUTISME : une thérapie très précoce améliore la communication et la fonction cérébrale


Actualité publiée il y a 3 jours

Journal of Autism and Developmental Disorders

Un programme de traitement très précoce des troubles du spectre autistique (TSA), comportant à la fois des activités ludiques ciblées en fonction des troubles des enfants et impliquant les parents, entraîne des modifications cérébrales frappantes et apporte des améliorations significatives dans le comportement, la communication et la fonction cérébrale des enfants atteints d’autisme, selon cette étude de chercheurs de la Yale School of Medicine. Ces résultats, présentés dans l’édition de novembre du Journal of Developmental Disorders Autisme apportent de nouvelles preuves, précieuses, de la nécessité d’une prise charge précoce et donc d’un diagnostic tout aussi précoce des TSA.

Les résultats suggèrent que les systèmes cérébraux contrôlant la perception sociale répondent bien à ce type de thérapie comportementale précoce. Cette thérapie, développée à l'Université de Californie-Santa Barbara, a 3 particularités essentielles, elle comprend la formation des parents, utilise le jeu dans ses méthodes de motivation et a été adaptée pour de très jeunes enfants, à partir de l’âge de 2 ans. Son résultat, manifeste dans l’étude, pose, encore une fois, la question de l’opportunité d’un diagnostic précoce, alors qu’en général, ce diagnostic a lieu entre les 3 et 5 ans d’âge de l'enfant.

Le Dr Volkmar de la Yale et son équipe ont utilisé l’IRM pour mesurer les évolutions dans l'activité cérébrale de 2 enfants de 5 ans atteints de TSA qui avaient suivi ce traitement. Le Dr Pamela Ventola, co-auteur, avait préalablement identifié les objectifs comportementaux distincts pour chaque enfant puis a travaillé à renforcer ces compétences de manière ciblée mais ludique. Les enfants montrent des améliorations dans le comportement et sont aujourd’hui capable de parler à d'autres personnes. Mais, au-delà, l'IRM et l'électroencéphalogramme révèlent une activité cérébrale accrue dans les régions cérébrales qui commandent la perception et la communication sociale.

L'intervention précoce, dans l'autisme, ça marche : Ce sont certes des résultats obtenus sur 2 enfants, mais les chercheurs poursuivent leur recherche à plus grande échelle auprès de 60 enfants. Mais déjà, alors que les 2 enfants dans cette première petite étude ont suivi la même thérapie, les résultats ne sont pas homogènes : L’autisme est un trouble à multiples facettes qui a un effet unique sur chaque enfant. Les recherches à venir devront donc tenir compte de cette hétérogénéité. Mais c’est un pas vers une nouvelle approche thérapeutique prometteuse qui confirme que l'intervention précoce, dans l'autisme, ça marche.

Source: Journal of Autism and Developmental Disorders, 2012; DOI: 10.1007/s10803-012-1683-9 Neural Mechanisms of Improvements in Social Motivation After Pivotal Response Treatment: Two Case Studies et via Yale Early treatment sparks striking brain changes in autism

Accéder aux dernières actualités sur l’Autisme (

Accéder au Dossier Vaincre l'autisme (1/5) de Santé log : Pour y accéder, vous devez être inscrit et vous identifier

Lire aussi :

AUTISME: Un faible contrôle de la tête , à 6 mois, prédictif de TSA -

8 novembre 2012

LA TÊTE AU CARRE : Emission spéciale SIGMUND FREUD

logo france inter

l'émission du vendredi 9 novembre 2012
par Daniel Fiévet
du lundi au vendredi de 14h à 15h
 
 

Dans le cadre de la journée que France Inter consacre ce jour à Freud, La Tête au carré s'intéressera à deux thèmes : le rêve, tel qu'il fût étudié par Freud et tel qu'il est aujourd'hui appréhender par les biologistes, ainsi que les relations entre psychanalyse et neurosciences.

 

Sigmund Freud © - 2012 / UPPA/Photoshot/PHOTOSHOT/MAXPPP

« L’interprétation des rêves » est le texte fondateur de la pensée freudienne, véritable acte de naissance de la psychanalyse. Ce que soutient Freud dans cet ouvrage majeur, c'est que « le rêve est la voie royale vers l’inconscient ». Mais comment les neuroscientifiques ont-ils, eux, appréhendés l'inconscient? Comment les découvertes récentes sur le sommeil paradoxal et la plasticité neuronale modifient-elles la représentation traditionnelle du cerveau et viennent finalement conforter les hypothèses de Freud? Sur ces bases nouvelles, science et psychiatrie cesseront-elles enfin d'être opposées? 

 

Nos invités:

- Jean-Claude Ameisen, médecin et chercheur, professeur d’immunologie à l’université Paris Diderot et président du Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE).

- François Ansermet, psychanalyste, professeur de pédopsychiatrie à la faculté de médecine de l’Université de Genève, où il est aussi Directeur du Département Universitaire de psychiatrie; il est membre de l'Ecole de la Cause Freudienne et de l'Association Mondiale de Psychanalyse.

invité(s)

Jean Claude Ameisen

8 novembre 2012

Autisme et traitement par les cellules souches

Article publié dans le blog de Chronimed

Jeudi 8 novembre 2012

Autisme Contexte, Causes, Symptômes L'autisme est un des cinq troubles envahissants du développement (TED), qui sont caractérisées par des anomalies généralisées des interactions sociales et de communication, et des intérêts qui sont strictement réglementés et les comportements très répétitif. L'autisme affecte traitement de l'information dans le cerveau par modification comment les cellules nerveuses et leurs synapses se connectent et s'organisent, comment ces choses viennent - n'est pas bien compris. Les objectifs principaux lors du traitement des enfants autistes sont de réduire les déficits associés et la détresse de la famille, et à améliorer la qualité de la vie et l'indépendance fonctionnelle. Aucun traitement unique est le meilleur et le traitement est généralement adapté aux besoins de l'enfant. Familles et le système éducatif sont les principales ressources pour le traitement. Cellules Souches Fœtales (CSF) dans l'Autisme Thérapie par cellules souches est une approche novatrice et efficace basé sur la capacité unique de cellules souches pour influencer le métabolisme, le système immunitaire et de restaurer les cellules et les tissus endommagés. CSF utilisé dans traitement de l'autisme a une incidence positive sur tout le corps et les organes du système, et, tout d'abord, ce traitement s'adresse le cerveau. Dans l'autisme, les zones du cerveau qui régulent la mémoire, la concentration, l’attention, discours etc sont endommagés. CSF améliorent la circulation sanguine et oxygène au cerveau (la perfusion amélioré), remplacent les neurones endommagés et stimulent la formation des nouvelles artères. Après un certain temps, CSF acquièrent des propriétés des cellules qui les entourent et se multiplient dans ces cellules, et qui font la restauration de la matière blanche et grise et, par conséquent, à de la subsidence des symptômes neurologiques et l'amélioration des capacités intellectuelles. Il a été prouvé que les cellules souches mésenchymateuses améliorent le système immunitaire et arrêtent l'inflammation. Stimulation de CD34 formation des artères nouvelles dans les tissus hypoxiques augmente le flux sanguin dans le lobe temporal et d'autres parties du cerveau. Nous avons traité environ 100 enfants autistes avec des cellules souches méso-etectodermiques récoltés de foetus à partir de 5-10 semaines de gestation, testés et certifiés par l'Etat. Ces cellules sont non-différenciée, et lorsqu'ils sont administrés à un pattient, ils se différencient en types de cellules nécessaires à l'organisme (neurones, les oligodendrocytes, des cellules du sang, etc). Thérapie par cellules souches s'adresse plusieurs aspects de préoccupation: • L'immunité • Le métabolisme • La capacité de communication • La capacité d'apprentissage, la mémoire, la pensée (amélioration grâce à la restauration des connexions neuronales perdues (avec facultés affaiblies) et la formationdes connexions neuronales nouvelles, ce qui accélère les réactions du cerveau grâce à l'amélioration de la transmission synaptique et le développement des connexions neuronales nouvelles) Améliorations attendues chez les enfants autistes: 1. Une meilleure tolérance de différents aliments et une meilleure digestion. Certains enfants commencent à essayer de nouveaux aliments et les aimer. 2. Faciliter le contact avec l'enfant (tout d'abord, contact avec les yeux). Les enfants quin'ont pas été, fixant leur regard sur les objets commencent à les regarder avec intérêt. 3. Un comportement plus adéquat à la maison et à l'extérieur. 4. Moins ou pas peur des bruits forts, des étrangers et des couleurs vives (amélioration progressive). 5. Amélioration des aptitudes verbales (si l'enfant est non-verbale, il / elle est trèssusceptible de commencer à faire des sons, des syllabes, puis prononcer les mots; plusdu vocabulaire chez les enfants verbales) 6. L'amélioration des compétences d'écriture ou de développement. 7. Amélioration des soins auto-administrés compétences. 8. Amélioration de la capacité d'attention et de concentration. Un des objectifs principaux de la thérapie de cellules souches est le déclenchement du développement du cerveau, puis le corps de l'enfant fera son propre travail. Les enfants doivent être heureux, et les parents sont pour les préparer à la vie adulte heureuse en développant les compétences dont ils auront besoin le plus, comme la communication, l'auto-soins, les compétences éducatives et professionnelles. Bien que le degré des améliorations ci-dessus varie, ils ont été signalés dans tous les cas. Afin d'être heureux, personne autiste doit avoir: 1. Le sentiment que sa vie est bien planifié. 2. Bien adaptée système de communication. 3. Compétences d'auto-soins. 4. Capacité de étudier et travailler. 5. Compétences / Capacité de loisirs. 6. Les compétences en communication (et être heureux de communiquer avec les gens). Thérapie par cellules souches est une méthode efficace et sûre de traitement de l'autisme et peut aider de enfants nombreux atteints d'autisme et de troubles du spectre autistique de degré différent. Cependant, la thérapie cellulaire est le dessert, mais pas le plat principal, et le traitement intégré (alimentation, le programme éducatif) est recommandé pour des résultats optimaux. Le plus tôt l'autisme est diagnostiqué et le plus tôt les parents commencent à aider l'enfant, y compris la thérapie de cellules souches, le plus de chance que l'enfant doit être heureux! Témoignages Tous les ci-dessus sont la théorie et les faits, et au-dessous des commentaires des parents de leur expérience et les améliorations qu'ils voient dans leurs enfants, et ces mots sont plus touchante et vraie que n'importe quelle théorie. Patient V.S. de Serbia Patient A.L. des Etats-Unis Patient D.P. de Serbia Patient T. des Émirats Arabes Unis Patient E.D. des Etats-Unis Patient D.S. des États-Unis Patient K.S. de Suède Patient J.G., la Grande-Bretagne Patient K.C. des Etats-Unis Patient G.O. du Canada

8 novembre 2012

Les interventions comportementales normalisent les cerveaux des enfants avec autisme

Behavior Therapy Normalizes Brains of Autistic Children

article publié sur le blog Autisme Information Science

27 octobre 2012

Traduction: G.M.

By Alice Park

L'autisme a probablement de profondes racines génétiques , mais les dernières recherches permettent d'espérer que certaines techniques d'apprentissage peuvent atténuer les symptômes de ce trouble du développement.
 
Chez les enfants avec les cas les plus bénins de l'autisme, ces techniques ont entraîné des changements dans leurs cerveaux qui les ont rendus «identiques» à ceux des enfants non affectés du même âge - essentiellement pour les normaliser, selon Geraldine Dawson du département de psychiatrie à l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill.
 
Les résultats, publiés dans le Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, valides le Early Start Denver Model (ESDM) , un programme d'intervention comportementale qui implique une collaboration intensive avec les enfants diagnostiqués avec des troubles du spectre autistique (TSA) .
 
Des conseillers spécialement formés travaillent avec les enfants deux fois par jour en séances de deux heures, cinq jours par semaine. En 2009, le groupe de Dawson a rendu compte des travaux connexes qui ont montré que les enfants atteints d'autisme qui ont reçu ce début d'intervention à 18 mois pendant environ deux ans a montré une amélioration moyenne des scores de QI de 17,6 points, et des progrès spectaculaires dans l'adaptation des comportements développementaux adaptés considérés comme normaux, comme se brosser les dents et interagir avec les membres de la famille pendant les repas.
 
Dawson et ses collègues étaient curieux de savoir ce qui a conduit le changement.
Des altérations du cerveau chez bambins du Modèle Denver pourraient-elles en être responsables?
Après tout, au cours des six premières années de la vie, le cerveau est remarquablement plastique, ce qui signifie qu'il peut être modelé et façonné selon les expériences et l'exposition lors du développement de l'enfant. Pour le savoir, elle a mobilisé un groupe de 48 enfants en bas âge âgés de 18 mois à près de 3 ans qui avaient reçu un diagnostic de TSA.
La moitié ont été choisie au hasard pour recevoir l'intervention Denver, tandis que l'autre moitié a été affectée à des programmes traditionnels d'intervention communautaires, notamment des programmes spéciaux d'éducation dans les écoles. 
Après environ deux ans, un groupe de Dawson a pris à l'électroencéphalographie (EEG) des lectures de l'activité électrique du cerveau de tous les enfants alors qu'ils étaient à regarder des photos de visages humains ou des jouets, et comparé ces valeurs à celles des enfants du même âge sans autisme.
Pour la plupart des enfants touchés par l'autisme, des études précédentes ont montré que le cerveau est plus fortement activé lorsque l'enfant regarde un objet inanimé comme un jouet, et moins actif quand il regarde un visage humain.
Dans l'étude actuelle, cependant, les enfants qui participent au programme de Denver a montré l'effet inverse; leur cerveau est plus activé quand il regarde le visage d'une femme que lorsqu'il regarde un jouet.
 
«Nous avons essentiellement inversé la tendance pour que les enfants atteints d'autisme montrent maintenant une plus activité cérébrale normale plus grande lorsqu'ils voient un visage de femme et une activité moindre quand il regarde des objets», dit Dawson.
«En fait, les modèles d'activité du cerveau d'enfants atteints d'autisme qui ont reçu l'ESDM n'étaient pas différents de celui d'un enfant de quatre ans au développement typique [model] lors de la visualisation d'un visage de femme. Ils ne se distinguaient pas.
 
Dawson affirme l'intervention n'est pas un remède, mais que les changements dans le cerveau tiennent au fait que certains pilotes au début de TSA peuvent être manipulés et même redirigés vers un développement plus normal.Les résultats peuvent également révéler le lieu et les systèmes qui dans le cerveau, sont responsables des problèmes associés à l'autisme.«En fournissant une intervention précoce, nous pouvons atténuer la gravité des symptômes de l'autisme et peut-être vraiment modifier la trajectoire de la maladie à la fois au niveau du comportement et du cerveau», dit-elle. C'est ce qui a enthousiasmé la communauté de la recherche scientifique.
 
S'il est possible de changer le cours de la maladie, et peut-être réduire la gravité des symptômes, cela pourrait signifier la différence entre un enfant qui n'est pas en mesure de communiquer et de collaborer avec la famille ou des amis et celui qui peut être en mesure de participer dans une salle de classe normale. 
La clé, cependant, est le programme ESDM, et ceux qui fournissent la thérapie doivent être certifiés par un programme que Dawson et son co-développeur, Sally Rogers, ont créé à l'Université de Californie à Davis.
Environ 1.000 personnes ont été formées à la technique à ce jour, dont 15 spécialement formées pour enseigner le modèle à d'autres. (Un dispositif dont il conviendrait de s'inspirer pour développer les interventions recommandées par la HAS)
Jusqu'à présent, ESDM est disponible aux États-Unis, l'Australie, le Japon, l'Inde et la Suède, et tandis que les chercheurs espèrent étendre le programme, ils se méfient de perdre les techniques intimes et spécialisés nécessaires pour effectuer les interventions comportementales correctement.
Alors que la plupart des sessions ressemblent à un jeu, ils sont soigneusement conçus pour engager et renforcer les compétences sociales des enfants en leur demandant comment des personnages dans un livre pourraient se sentir, par exemple, ou en aidant les enfants à lire les signes du langage corporel qui manquent à la plupart d'entre eux.
 
Et compte tenu des dernières compréhensions sur la façon dont le cerveau reste en plastique , même après l'enfance, Dawson explique que les résultats sont encourageants pour les tout-petits qui ne sont pas seulement nouvellement diagnostiqués avec l'autisme, mais ceux qui ont vécu avec la maladie depuis des années."Bien qu'il soit optimal pour démarrer le plus tôt possible», dit-elle, "je ne crois pas qu'il y ait un moment quelconque où la porte se ferme et que l'intervention n'est plus utile."
Publicité
6 novembre 2012

Peut-on étudier l'autisme chez la souris ? Exemple de la souris déficiente pour le gène Maged1

05 novembre 2012

 
Conférence/cours/séminaire (spécialisé) à l'Université de Namur 
le 06/11/2012 de 13:00  à 14:00 
Lieu : Salle de séminaire B32 
Orateur(s) : Dombret Carlos 
Organisateur(s) : Desseilles Martin 

 

Grâce à un modèle murin dans lequel l'expression du gène Maged1 a été supprimée, nous avons pu étudier le comportement de ces souris et nous rendre compte qu'elles présentaient des perturbations du comportement social,  des altérations de la communication mais également des comportements répétitifs anormaux comme un auto-toilettage excessif; ce qui permet d'utiliser cette lignée comme un modèle évocateur de l'autisme chez la souris.
Le gène Maged1 appartient en réalité à une famille de gènes dont deux membres, Necdin et Magel2, sont situés dans la région 15q11-q13 chez l'homme, une région qui est absente chez les personnes atteintes du syndrome de Prader-Willi. Cette pathologie est caractérisée entre autre par une obésité morbide. Environ 25% des personnes atteintes de cette maladie présentent également de l'autisme.

Un point commun existe entre certaines personnes atteintes d'autisme, les personnes atteintes du syndrome de Prader-Willi et les souris déficientes pour le gène Maged1;  il s'agit de la réduction de l'expression de l'ocytocine. L'ocytocine est une hormone bien connue pour son rôle de facilitateur lors les accouchements; l'ocytocine est également indispensable pour la mise en route de la lactation. Des études de plus en plus nombreuses soulignent également l'importance de l'ocytocine dans la régulation centrale des comportements sociaux. Au cours de cette présentation, nous montrerons que les souris déficientes pour le gène Maged1 présentent effectivement des troubles du comportement dont certains peuvent être causés par une réduction de l'expression de l'ocytocine.


Merci à Joëlle Berrewaerts qui nous autorise à reprendre ici l'intégralité de la présentation du séminaire.

2 novembre 2012

AUTISME : Dès l'âge de 6 mois, s'ouvre une fenêtre de détection précoce

article publié dans santé log

29/10/2012
Child development

C’est à partir de l’âge de 6 mois que peut commencer à différer le développement des enfants atteints de troubles du spectre autistique (TSA) par rapport à celui des autres enfants, conclut cette étude de la John Hopkins University et de la Harvard Medical School, la plus grande étude prospective, longitudinale jamais menée à ce jour auprès d’enfants avec diagnostic précoce de TSA. Ces résultats, publiés dans la revue Child Development appellent à la détection très précoce de l’autisme.

Les TSA comprennent un ensemble de troubles du développement du cerveau qui affecte environ 1 sur 88 enfants. Cette étude, menée par des chercheurs de l'Institut Kennedy Krieger, de la Johns Hopkins University School of Medicine, de l'Institute for Aging Research et de la Harvard Medical School a étudié les modes de développement au cours des 3 premières années de vie chez les enfants avec et sans TSA. L'objectif était de mieux comprendre comment les TSA peuvent être détectés le plus tôt possible. C’est l'une des premières études prospectives à tenter de repérer les stades auxquels le développement de ces enfants peut diverger.

Les chercheurs ont suivi 235 enfants, n’ayant pas d’aîné atteint d'autisme, et leur ont fait passer des tests à intervalles réguliers de l’âge de 6 à 36 mois, de motricité, de compréhension de la langue parlée, de partage de leurs émotions, de communication et autres compétences. Les enfants étaient répartis en 3 groupes, les enfants sans TSA, les enfants atteints de TSA diagnostiqués avant l’âge de 14 mois et les enfants atteints de TSA diagnostiqués après l’âge de 14 mois.

-         A posteriori, jusqu’à 6 mois, le développement des enfants atteints de TSA diagnostiqués précocément avant 14 mois, apparaît comparable au développement des 2 autres groupes.

-         À 14 et 18 mois, le groupe diagnostiqué précocément diffère des 2 autres groupes sur de nombreux aspects du développement.

-         De 24 à 36 mois, les deux groupes d’enfants atteints de TSA, quel que soit l’âge du diagnostic donc, montrent un développement similaire.

Evaluer dès 6 mois : Selon Rebecca Landa, directeur du Kennedy Krieger Institute for Autism, ces résultats suggèrent que les TSA passent par une phase préclinique à partir de l’âge de 6 mois, ce qui rend leur détection difficile, d’autant que chez certains enfants autistes les premiers signes de la perturbation du développement peuvent ne pas être spécifiques à l’autisme. Les auteurs recommandent donc un mode de détection par questionnaire aux parents dès l‘âge de 6 mois et de manière répétée durant la petite enfance, avec une évaluation plus approfondie, vers 14 mois, en cas de signes de retard aux tests standardisés.

Dans une précédente étude publiée dans les Archives of General Psychiatry, le Dr Landa avait montré qu’environ 50% des enfants atteints de TSA pourraient être diagnostiqués à l’âge d’un an et que dès 6 mois, un exercice simple permettant d’identifier un faible contrôle de la tête et du cou pouvait apporter de premiers signes prédictifs de TSA.

Source: Society for Research in Child Development  via Eurekalert (AAAS) At 6 months, development of children with autism like those without (Visuel Krieger Institute, vignette NIMH)

27 octobre 2012

Fondation Autisme : conférence-débat le 15 novembre à Paris

Notre conférence-débat le 15 novembre à Paris : Solutions pour aujourd’hui

information publiée sur le site de la Fondation Autisme

Autisme et troubles envahissants du développement : des solutions pour aujourd’hui

Jeudi 15 novembre 2012 à 20h30 précises – Entrée libre.

Bourse du Travail, 29 boulevard du Temple, 75011 Paris – Métro République

Conférence-débat organisée par la Fondation Autisme et la Mairie de Paris dans le cadre du Mois Extra-Ordinaire

Programme

  • Un problème juste « pour les autres » ?
Taux de prévalence, fréquence dans la population générale et augmentation récente
Un continuum qui va du plus sévère jusqu’à des troubles beaucoup plus légers et difficiles à détecter
  • Nature des troubles autistiques et derniers progrès de la recherche
L’autisme est un handicap et la manifestation comportementale et développementale de pathologies sous-jacentes.
  • Dépistage et diagnostic
Détection précoce: quels sont les signes ? Que peut-on déceler très tôt ?
Diagnostic précoce: vers quelles ressources orienter les familles ?
  • Suivi Médical
Suivi neurologique: risques d’épilepsie, développement neuronal
Système immunitaire: inflammations chroniques, allergies, sensibilité aux protocoles de vaccination
Sphère gastro-intestinale: déséquilibre de flore intestinale, perméabilité intestinale, stase rectale
Infections et parasites: incidence possible d’infections bactériennes intracellulaires
  • Prise en charge éducative
Les méthodes comportementales et développementales recommandées par la Haute Autorité de Santé
Illustration des méthodes concernées et de leurs résultats potentiels
  • L’action des pouvoirs publics
Bilan de ces dernières années (Plan Autisme 2008-2011, Rapport de la Haute Autorité de Santé, etc.)
Élaboration du troisième Plan Autisme

Intervenants

  • Mme Agnès-Marie-Egyptienne. Secrétaire Générale du Comité Interministériel du Handicap. Coordinatrice du troisième Plan Autisme.
  • Dr Nadia Chabane. Pédopsychiatre, Praticien Hospitalier à l’hôpital Robert Debré. L’un des spécialistes français le plus en pointe sur l’autisme.
  • Dr Philippe Raymond. Spécialiste de l’incidence des infections bactériennes intracellulaires en matière d’autisme.
  • Dr Louis Teulières. Diplômé en immunologie, épidémiologie, infectiologie et bactériologie. Ancien directeur des essais cliniques de Pasteur.
  • Dr Monica Zilbovicius. Psychiatre, directeur de recherche à l’INSERM (Unité 1000, Hôpital Necker) et spécialiste d’imagerie cérébrale.
  • Mlle Maïlys de Wispelaere, Mlle Camille Lejeune, M. Michael Bonnet. A l’aide de vidéos prises à l’établissement expérimental de Chambourcy (Yvelines), ces trois jeunes psychologues spécialisés en « A.B.A. » (« Analyse Appliquée du Comportement ») présenteront les progrès qui sont possibles par les méthodes comportementales et développementales recommandées par la Haute Autorité de Santé.

Pour télécharger le programme en PDF, cliquer ici.

26 octobre 2012

Le neurofeedback permet d'entraîner des habiletés mentales

Le neurofeedback (ou biofeedback EEG) permet d'entraîner des habiletés mentales et de modifier l'activité de certains circuits cérébraux, montre une étude publiée dans la revue NeuroImage. Il représente, soulignent les chercheurs, une nouvelle méthode prometteuse pour restaurer les fonctions cérébrales dans certains troubles mentaux.

Tomas Ros, Ruth Lanius et Jean Théberge de l'Université Western (Ontario) et du Lawson Health Research Institute ont montré qu'une session de 30 minutes de neurofeedback produisait des changements fonctionnels dans un circuit cérébral impliqué dans le contrôle cognitif. Des études ont montré que des dysfonctions dans ce circuit sont impliquées dans plusieurs troubles cérébraux tels que le déficit d'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), la schizophrénie, la dépression et le stress post-traumatique.

Lors d'une séance de neurofeedback, l'utilisateur apprend à contrôler son activité cérébrale à l'aide d'une interface cerveau-ordinateur. L'ordinateur enregistre les ondes cérébrales provenant de capteurs placés sur le cuir chevelu (électroencéphalogramme, EEG), il traite cette information et représente simultanément, d'instant en instant, l'activité cérébrale de l'utilisateur au cours d'un entraînement d'habiletés sur ordinateur.

Ce feedback (rétroaction) en temps réel permet à l'utilisateur de reproduire des états distincts du cerveau. Les effets étaient observables, par IRM (images par résonance magnétique), 30 minutes après une session.

Les changements constatés dans l'activité d'un circuit cognitif important correspondaient aux changements d'activité électrique entraînés par le neurofeedback. Cette activité était étroitement liée à une réduction du vagabondage de l'esprit durant une tâche nécessitant de l'attention. De tels liens n'étaient pas observés dans un groupe de comparaison qui recevait un faux feedback.

L'attention et la concentration peuvent ainsi être entraînées au moyen du neurofeedback qui a un effet direct sur l'activité d'un important circuit cognitif de contrôle, concluent les chercheurs.

Ils espèrent que ces observations stimuleront la recherche pour l'utilisation de la méthode pour le traitements de troubles cérébraux, particulièrement les troubles cognitifs. L'équipe mène actuellement une étude vérifiant si les personnes atteintes de stress post-traumatique pourraient bénéficier de cette approche.

26 octobre 2012

L'enfant autiste peut-il récupérer des fonctions cognitives et sociales par le lien à l'animal ?

article publié sur :
Sandie Bélair décembre - 4 - 2008

Les relations homme-animal intéressent les jeunes chercheurs et c’est avec enthousiaste que nous accueillons leurs travaux et recherches. Après Jérôme Michalon, c’est Marine Grandgeorge , doctorante en psychologie, qui a accepté de se présenter et de nous parler de sa thèse…

 

Marine, pouvez-vous SVP vous présenter et nous parler de votre cursus universitaire?
Avant d’être en doctorat de psychologie à Rennes, j’ai effectué mon cursus universitaire à Strasbourg en Sciences de la Vie. Après m’être focalisée aux détails de l’organisme, notamment par mon année de licence de physiologie animale et biologie cellulaire, je me suis intéressée à l’animal à son entier. J’ai donc acquis des connaissances en écologie, biologie des populations et des écosystèmes et surtout éthologie. A la fin de mon cursus, j’ai donc obtenu mon Master 2 « Recherche en Ethologie et Ecophysiologie ».

Vous êtes issue de la biologie et de la science, pourquoi vous êtes vous orientée vers les sciences humaines et notamment la psychologie? Pouvez-vous nous préciser votre spécialité?
Dans le monde de la recherche actuel, il est nécessaire de décloisonner les projets et de ne pas rester centré sur sa propre discipline. C’est pourquoi j’ai voulu me diriger vers les sciences humaines et sociales et précisément vers la psychologie du développement (ma spécialité) qui reste très proche de l’éthologie humaine mais qui aborde les mêmes sujets sous un autre angle. Cette interdisciplinarité me permet d’avancer dans la recherche sans œillère, ou du moins, en les réduisant au maximum.

Vous portez semble t-il un grand intérêt aux relations homme-animal. Pourquoi?
Cet intérêt à des sources multiples. La première remonte à l’enfance ; en effet, j’ai eu la chance de grandir entourée d’animaux (chien, chat, tortue, oiseaux, hamsters, …). Les liens que nous, humains, pouvons développer avec les animaux sont des choses ancrées en moi et donc naturelles. La deuxième fut mon stage de Master 2 que j’ai effectué avec D. Grémillet dans au DEPE à Strasbourg. J’ai travaillé sur une thématique touchant les oiseaux marins, et je me suis beaucoup documentée sur l’impact de l’Homme sur ces populations de la Mer du Nord. Mon encadrant m’a donné l’envie de faire de la recherche et mes diverses expériences m’ont finalement conduites à mettre au cœur de mon projet les relations entre les Hommes et les Animaux.

Vous préparez d’ailleurs une thèse sur les relations entre des enfants autistes et des animaux. Pouvez-vous nous expliquer l’origine de cette recherche (question de départ) et nous présenter votre travail? Quelles sont vos hypothèses?

En fait, mon sujet s’intéresse plus largement aux relations que les enfants autistes développent avec les animaux domestiques. Au départ, je n’avais pas arrêté de choix d’espèce pour avancer sans œillères. Désormais, je travaille plus sur 3 espèces, par choix méthodologique, à savoir le chien, le chat mais aussi le cochon d’Inde.

En ce qui concerne la genèse de ce projet…en toute franchise, je n’en ai pas été l’actrice principale mais celle qui a permis de lancer un projet sommeillant depuis quelques années dans le tiroir de deux chercheurs : M. Hausberger, directrice du laboratoire d’éthologie à Rennes, et S. Tordjman, professeur en pédopsychiatrie.

L’idée de cette recherche est partie de l’autisme. Ce syndrome clinique est défini par un ensemble de troubles du comportement comme un déficit des interactions sociales et de la communication. L’hétérogénéité du syndrome implique une hétérogénéité des prises en charge des patients et des thérapies qui leur sont proposées. Des thérapies alternatives existent comme la musicothérapie, l’arthérapie ou encore la thérapie assistée par l’animal. Si cette dernière ne fait pas l’objet d’un consensus, des observations suggèrent que les enfants autistes amélioreraient leur communication sociale en présence d’animaux (e.g. dauphin, cheval). Toutefois, il s’est révélé qu’il y avait un manque de recherche dans ce domaine.

L’utilisation de l’animal comme moyen thérapeutique a de bons appuis théoriques pour les individus souffrant d’autisme, et notamment les enfants. L’animal est un stimulus multisensoriel, globalement plus prévisible et plus facile à décoder qu’un être humain. Les animaux domestiques semblent jouer un rôle crucial dans le développement cognitif et social des enfants. Les animaux domestiques pourraient agir théoriquement en tant que substitut social, permettant aux enfants, et plus particulièrement ceux souffrant de troubles envahissant du développement, d’établir des liens avec eux, puis de prolonger/transférer éventuellement ces liens aux autres êtres humains.

La formation de liens sociaux, difficile pour les enfants autistes, pourrait donc être théoriquement facilitée par la présence d’un animal domestique. Avant d’envisager de mettre en place une thérapie, notamment celle assistée par l’animal, il nous a donc semblé nécessaire (1) de mieux appréhender le type de relation établie entre l’enfant et l’animal, (2) d’obtenir des données objectives et quantifiables quant aux apports de cette relation, et (3) d’examiner les modalités d’interaction et leurs conséquences sur l’aptitude de l’enfant à communiquer et développer ses compétences cognitives.

Comment procédez-vous (démarche), sur combien d’enfants portent vos travaux? Quels sont vos outils?

En premier lieu, j’ai eu l’occasion de réaliser 250 entretiens directifs avec des parents d’enfants autistes (tout âge) sur les relations qu’ils avaient pu établir avec des animaux. A partir de là, l’étude s’est découpée en 2 phases, à savoir (1) la définition de la relation entre l’enfant de 6 à 12 ans et l’animal familier (chien et/ou chat) dans le contexte habituel grâce à des observations éthologiques, et (2) la définition des stratégies d’approche des enfants du même âge face à un animal inconnu (i.e. cochon d’Inde). Ces observations sont faites pour environ une vingtaine d’enfants autistes auxquels j’ai associées une vingtaine d’enfants au développement typique (même âge, même sexe).
Pour ouvrir mon sujet de recherche, j’ai, à terme, envie de réfléchir à des clés à donner aux thérapeutes utilisant l’animal afin d’améliorer l’efficacité de leur démarche.

Pour ouvrir votre sujet de recherche, vous parlez de clés, qu’entendez-vous par ce terme? Parlez-vous de modèles, de démarches, de grilles de lecture? Pouvez-vous préciser vos propos SVP?
Pour l’instant, les clés peuvent être multiples, comme vous les citez. D’une part, j’aimerais créer, par exemple, une grille de lecture simple afin de caractériser la relation qui s’établit entre l’enfant et l’animal (ex : quelle modalité sensorielle est privilégiée), ce qui permettrait d’affiner les prises en charge. D’autre part, j’aimerais dégager grâce à ma recherche si des caractéristiques générales de l’enfant, de l’animal ou de l’environnement ont tendance à être associée à un type de comportement afin de le privilégier ou de ne pas aller contre. Je m’explique : si globalement, il semble que les enfants de 6 à 9 ans ne privilégient pas spontanément le canal sensoriel tactile quand ils sont avec un chien dans leur milieu familier, on pourrait en tenir compte en thérapie, par exemple, pour simuler cette sensorialité si l’enfant est en confiance avec l’animal ou alors utiliser les autres canaux sensoriels pour le mettre en confiance.

Pouvez-vous déjà nous faire part de vos premiers résultats? On est très curieux!!!
Je suis désolée, mais je vais vous décevoir…Il est encore trop tôt pour donner des résultats fiables et certains. Je peux vous dire simplement que l’environnement social de l’enfant autiste (constitué par les animaux familiers mais aussi par la fratrie et les parents) joue beaucoup sur la relation qu’il développe avec les animaux mais aussi plus largement (e.g. développement du langage). Pour ceux que cela intéresse, je publie régulièrement des informations sur mon blog.

Qu’attendez-vous d’une telle recherche?
De cette recherche, j’attends surtout une connaissance plus fine des modalités d’interactions privilégiées par les enfants autistes mais aussi une meilleure connaissance des facteurs pouvant faire varier la qualité de la relation. En effet, pourquoi un enfant, qu’il soit autiste ou non, est plus attiré qu’un autre par un animal ?
Et surtout, cela va peut être vous étonner, j’attends que l’on démystifie le pouvoir de l’animal comme « guérisseur ».

Comment a t elle été accueillie par l’Université?
Au delà de l’Université, c’est plus l’accueil par tous les membres du laboratoire et des chercheurs associés au projet qui m’importait. Il fut très bon car c’est un sujet qui touche tout le monde. Ce qui me permet d’échanger facilement et de communiquer autour de ma recherche.

Que pensez-vous de l’engouement actuel pour les interactions homme-animal et pour l’utilisation à des fins thérapeutiques de l’animal?
En toute honnêteté, cela me fait un peu peur car il y a toujours des gens malhonnêtes qui profitent de la détresse des familles. Mais quand les thérapies sont utilisées aussi bien dans le respect des animaux, des patients et des thérapeutes, je n’y vois que du bon. Gardons cependant toujours à l’esprit que l’animal ne sera jamais guérisseur mais source de bien être et uniquement pour certains patients.

Quel avenir pour cette pratique selon vous?
En veillant au respect de chaque protagoniste, je pense qu’elle peut vraiment apporter un plus dans l’alternative aux thérapies classiques. Cependant, à mon humble avis, une réglementation devrait être mise en place pour permettre que chaque chose se passe du mieux possible.

Après votre doctorat vous souhaitez vous orienter vers quel domaine?
Mes projets post doctorat sont divers car je ne veux me fermer à aucune opportunité. Mais, vous vous en doutez, comme tout jeune chercheur, je souhaite décrocher un poste de maître de conférences pour continuer mes recherches mais aussi sensibiliser les étudiants à cette thématique en enseignant à l’Université.

Pour conclure, souhaitez-vous ajouter un autre élément?
Pour finir, je voulais simplement vous encourager à continuer d’informer le grand public sur ce vaste domaine que sont les relations entre les hommes et les animaux. Merci à vous.

Un grand merci à Marine pour sa participation et bon courage à elle pour la suite de sa thèse… Nous espérons qu’elle viendra nous présenter les conclusions dès que ses travaux seront achevés. En attendant, n’hésitez pas à lui poser des questions et à aller visiter son blog!

Pour en savoir plus:

Le blog de Marine : www.relationenfantanimal.blogspot.com
La bibliographie de Marine : http://mabibliographie.blogspot.com

Sandie

25 octobre 2012

Le monde va trop vite pour l'enfant autiste

article publié dans La Recherche

Plusieurs expériences montrent que les enfants autistes peinent à décoder le monde environnant : son tempo est trop rapide pour eux. D'où l'idée que des désordres perceptifs seraient au coeur du syndrome. Un nouvel espoir émerge : aider les enfants en ralentissant « leur monde ».

L a science-fiction s'inspire parfois de la science mais précède souvent celle-ci. En 1964, Philip K. Dick publiait Glissement de temps sur Mars, où un médecin évoque une nouvelle théorie de l'autisme : « Elle suppose un trouble dans la perception de la durée chez l'individu autiste, de sorte que son environnement est tellement accéléré qu'il ne peut plus l'affronter ; en fait, il est incapable de le percevoir correctement, exactement comme s'il regardait un programme de télévision accéléré, dans lequel les objets fileraient si vite qu'ils en deviendraient invisibles, et dont le son ne serait plus qu'un charabia incompréhensible... » Le monde irait-il trop vite pour certaines personnes atteintes d'autisme, ce trouble du développement qui affecte le langage, la communication non verbale, les interactions sociales et les comportements ? Nos travaux de recherche, menés en collaboration avec différents laboratoires du CNRS à Marseille et à Aix-en-Provence depuis une quinzaine d'années, semblent donner du crédit à cette intuition du romancier.

 

Mimiques faciales

En 1996, avec Scania de Schonen, de l'université René-Descartes, et Béatrice de Gelder, de l'université de Tilburg aux Pays-Bas, nous avons montré que les aspects des visages les plus difficiles à traiter pour des enfants autistes concernent les mouvements des yeux et des lèvres, et les mimiques faciales émotionnelles.

 

Posture corporelle

Parallèlement, avec Daniel Mestre et Guillaume Masson de l'université Aix-Marseille, nous avons étudié la perception visuelle des mouvements physiques dans l'autisme avec l'expérience suivante. Des enfants autistes de faible niveau de développement (verbal et moteur) regardaient une scène visuelle animée constituée de cercles concentriques qui se dilataient et se contractaient tour à tour. L'enfant immobile avait ainsi l'impression d'être dans un tunnel qui avance et recule alternativement. Dans une telle situation, un enfant de niveau de développement normal oscille d'avant en arrière de manière synchrone avec le mouvement de l'image. Parfois, il finit même par tomber. Il compense ainsi l'illusion de voir son environnement se déplacer. Dans notre expérience, les enfants autistes oscillaient peu, voire pas du tout. Conclusion : ils ne savent pas utiliser correctement les informations visuelles sur les mouvements de leur environnement pour adapter la posture globale de leur corps [1] .

Ce résultat a été confirmé et précisé : les enfants autistes de faible niveau de développement ont d'autant plus de difficultés à percevoir et à intégrer les mouvements de l'environnement que la vitesse desdits mouvements est rapide. Cela pourrait expliquer en partie les très fréquents troubles moteurs retrouvés dans la population autistique, et leur corrélation avec la sévérité du syndrome.

Puis, en 2001, nous avons fait, un peu fortuitement, une découverte importante : les enfants autistes présentent de relativement bonnes capacités de reconnaissance des mouvements faciaux, émotionnels (joie, tristesse...) ou langagiers (prononciation de voyelles), si on leur montre ces mouvements sur une vidéo à une vitesse deux fois plus lente que la « normale ». Dans la vie courante, un sourire dure en moyenne une seconde. Or dans les séquences filmées que nous avions montées pour notre expérience, il se trouve que le sourire durait deux secondes. Nous avons constaté alors avec étonnement que la plupart des enfants autistes qui ont vu ce film, réussissaient à reconnaître les mimiques faciales au ralenti [2] .

 

Troubles sensoriels

Ces résultats et d'autres nous ont conduits à proposer dès 2002 le concept de « Malvoyance de l'E-Motion ». De quoi s'agit-il ? Notre hypothèse est que certains déficits des enfants autistes pourraient découler d'un trouble de l'intégration visuo-motrice de tous les mouvements, aussi bien ceux du monde physique que ceux des êtres vivants, qu'ils soient ou non chargés d'émotions [3] . En d'autres termes, l'environnement visuel change trop vite jusqu'à générer parfois chez eux une aversion pour les stimuli trop rapides. Cela expliquerait notamment leur évitement du regard, signe quasi spécifique de l'autisme. Et ces particularités sensorielles entraîneraient en cascade des difficultés à utiliser les informations visuelles dynamiques rapides pour décoder, reconnaître, comprendre et imiter correctement et en temps réel les mimiques faciales et les mouvements corporels d'autrui. De là viendrait leur problème pour interagir socialement de manière synchrone et adaptée avec un interlocuteur.

Plusieurs témoignages d'adultes autistes de « haut niveau », ou atteints du syndrome d'Asperger * , confortent notre approche. Ainsi Temple Grandin, devenue célèbre par ses témoignages, écrit : « Il se pourrait que les problèmes de contact oculaire rencontrés par les autistes résultent en partie d'une incapacité à supporter le mouvement des yeux d'un interlocuteur. Un autiste a raconté qu'il lui était difficile de regarder les yeux de quelqu'un parce qu'ils n'étaient jamais immobiles. » Ces difficultés à percevoir un environnement visuel perpétuellement changeant expliqueraient la propension des personnes autistes à se concentrer sur les détails visuels statiques et à développer des habiletés visuo-spatiales parfois très supérieures à la normale. Elles enregistreraient beaucoup plus de détails statiques dans leur mémoire spatiale. Et cela leur permettrait, par exemple, de réaliser des puzzles très rapidement en se concentrant uniquement sur le contour des pièces.

Ces difficultés expliqueraient aussi un certain nombre de comportements sensori-moteurs répétitifs, destinés à « ralentir » le monde environnant. Donna Williams, une autre adulte autiste, témoigne : « Le changement perpétuel qu'il fallait affronter partout ne me donnait jamais le temps de me préparer... La tension qu'exigeait la nécessité d'attraper les choses au vol pour les assimiler fut le plus souvent trop forte pour moi. Il me fallut trouver un biais pour ralentir les choses afin de m'accorder le temps de négocier avec elles. [...] L'un des procédés qui me permettait de ralentir le monde consistait soit à cligner des yeux, soit encore à éteindre et à allumer alternativement la lumière rapidement... »

 

Flux sonore

En 2002, avec Jean Massion, directeur de recherche émérite au CNRS, nous nous sommes aussi demandé si les mêmes problèmes existeraient à l'égard des sons et de l'anticipation des mouvements. Premier résultat : sur le plan auditif, le monde sonore semble lui aussi aller trop vite pour les enfants autistes. Avec Véronique Rey, de l'université Aix-Marseille, nous avons en effet montré que certains enfants autistes perçoivent un phonème complexe tel que MNA (constitué de la superposition des phonèmes MA et NA) de manière incorrecte, lorsque celui-ci est présenté en vitesse normale. En revanche, quand la vitesse du flux sonore est deux fois plus lente, le traitement auditif tend à se normaliser. Plusieurs équipes utilisant la magnéto-encéphalographie ont confirmé récemment que certaines personnes autistes décodaient avec peine le langage à cause de la trop grande rapidité du flux de la parole. D'ailleurs, Daniel Tammett, autre adulte autiste célèbre, raconte : « G. parlait très vite et parfois je la trouvais difficile à suivre... D'une certaine façon, la succession rapide des questions avait quelque chose d'intrusif, comme le plic-ploc continu de la pluie sur mon crâne, et il me fallait du temps pour lui répondre. » En fait, un tel trouble du traitement du flux verbal et son amélioration par un ralentissement de la parole ont déjà été démontrés il y a trente ans chez certains enfants dysphasiques et dyslexiques. Or les troubles du langage des jeunes autistes présentent de nombreux points communs avec ceux de ces enfants.

Deuxième résultat : l'anticipation des mouvements pose aussi un problème aux enfants autistes, en partie parce qu'ils utilisent moins bien les informations proprioceptives * que les enfants ordinaires. C'est ce que nous avons mis en évidence avec Christina Schmitz et Christine Assaïante du CNRS à Marseille (lire « Anticiper un mouvement », p. 58).

L'ensemble de ces résultats expérimentaux nous a conduits à élargir le modèle de la malvoyance de l'E-motion, qui concernait uniquement la sphère visuelle. Aujourd'hui, nous proposons que des désordres du traitement spatial et temporel des informations émanant de plusieurs sens sont au coeur de l'autisme [4] . En d'autres termes, certaines personnes autistes n'arriveraient pas à percevoir en temps réel le flux continu rapide d'informations visuelles, auditives et proprioceptives en provenance de leur environnement.

 

Désynchronisation

Elles intégreraient difficilement et de manière atypique ces informations dans leur propre corps. Incapables d'accorder leur rythme à celui d'un environnement perpétuellement changeant, elles y répondraient souvent avec un temps de latence. La désynchronisation des échanges langagiers, émotionnels et sociaux propre à l'autisme résulterait au moins en partie de ces désordres perceptifs [fig. 1] . Pour s'adapter à un monde dans lequel les changements sont trop rapides pour elle, la personne autiste aura logiquement tendance à vouloir le ralentir, voire l'arrêter, ou le fragmenter spatialement en de multiples détails plus faciles à percevoir et à intégrer.

 

Ralenti

Comment utiliser ces résultats au bénéfice des personnes autistes ? Tout récemment, avec France Lainé, de l'université McGill à Montréal, nous avons mesuré chez des enfants autistes l'impact d'une présentation ralentie de signaux visuels (mouvements faciaux et corporels) et auditifs (sons, mots, phrases) sur ordinateur. Un logiciel a été spécialement conçu à cet effet par Stéphane Rauzy et Philippe Blache de l'université Aix-Marseille : il ralentit de manière synchrone les signaux visuels et auditifs, sans altérer la fluidité des mouvements, ni l'intelligibilité de la voix. Nous avons utilisé ce logiciel, qui est encore à l'état de prototype, dans un contexte expérimental. Résultat : certains enfants et adolescents autistes, en particulier les plus sévèrement atteints, reconnaissent mieux des mimiques faciales et imitent mieux des gestes faciaux et corporels présentés au ralenti, et ils comprennent mieux les consignes verbales présentées lentement [5] . Chaque enfant autiste semble avoir son propre « tempo perceptif » : les uns ont besoin d'un léger ralentissement, les autres d'un ralentissement plus important.

La prochaine étape consistera à développer ce logiciel et à en mesurer son utilité chez des enfants autistes, lors de sessions répétées de ralentissement. Enfin, à plus long terme, l'idée est d'utiliser le ralentissement dans la vie quotidienne des enfants autistes avec l'espoir de remédier à leurs fonctions altérées.

Bruno Gepner ET Carole Tardif

L'essentiel

- L'ENVIRONNEMENT sonore et visuel change trop vite pour certaines personnes autistes.

- EN DÉCOULENT UNE MAUVAISE COMPRÉHENSION du langage verbal et corporel d'autrui, donc des difficultés d'interaction.

- UN LOGICIEL en cours de développement, qui ralentit le son et l'image, pourrait les aider.

Anticiper un mouvement

Dans la tâche dite du « garçon de café » (par allusion au plateau que celui-ci porte sur sa main), le sujet doit soulever un poids fixé à son poignet par un aimant, ce qui génère chez lui une perturbation de la posture de son avant-bras. Afin d'anticiper le mouvement nécessaire pour minimiser cette perturbation, le sujet doit d'abord évaluer rapidement le poids à soulever, puis construire une représentation mentale de cette perturbation posturale.

Dans ce type de tâche, les enfants autistes arrivent à compenser la perturbation posturale, mais au prix d'un ralentissement du mouvement. Cela serait lié à une altération de leur proprioception*, c'est-à-dire à un défaut de perception de la nature du poids à soulever et des perturbations mécaniques que ce geste va engendrer.

Ces altérations dans le traitement des informations proprioceptives pourraient expliquer un certain nombre de difficultés motrices et sensori-motrices chez les enfants autistes, par exemple une certaine maladresse et des difficultés d'ajustements et d'anticipation des gestes.

23 octobre 2012

L'étonnante plasticité du cerveau humain

 

Les acquis de nos aptitudes manuelles et intellectuelles dépendent d'une machinerie cérébrale parfaitement ordonnée et bien hiérarchisée.

L'étonnante plasticité du cerveau humain
 
 
Mots clés : cerveau
Par figaro iconPierre-Marie Lledo - le 19/10/2012
Tous les mois dans Le Figaro , des membres de l'Académie des sciences répondent aux grandes questions de l'actualité scientifique. Pierre-Marie Lledo, neurobiologiste au CNRS et à l'Institut Pasteur vous répond.

Avec ses 86 milliards de cellules nerveuses et ses millions de milliards de connexions, le cerveau de l'homme moderne est une merveille de complexité qui n'a pourtant rien d'immuable et de figé comme le sont les composés d'un ordinateur. Si connexions, mémoire et langage il y a, ceux-ci sont faits de chair vive: matière changeante construite pour le changement et qui n'existe elle-même que par le changement. Cela veut dire que cet organe incarne un devenir: il confère la faculté d'accomplir demain des opérations que nous sommes incapables de réaliser aujourd'hui.

Toutes nos aptitudes particulières, manuelles ou intellectuelles, qui concourent à faire de chacun d'entre nous un spécialiste, un expert unique, sont pour une grande part façonnées durant les premières phases du développement cérébral de l'enfant et de l'adolescent. Mais tout ne se joue pas si précocement. L'étude de la croissance du cerveau de l'homme moderne montre deux caractéristiques importantes que l'on ne retrouve pas chez les autres primates.

La première singularité concerne la lente croissance de notre cerveau qui nécessite plusieurs décennies pour s'accomplir. Cette croissance apathique offre la possibilité d'une longue période d'éducation où l'instruction sera centrale pour sculpter la formation des circuits cérébraux. La seconde caractéristique est illustrée par le retard du cerveau du fœtus à se développer. Alors que le cerveau d'un nouveau-né humain atteint à peine 25 % de la complexité du cerveau adulte, au même stade, celui du macaque est déjà ébauché à plus de 75%.

Programmés pour apprendre

Pendant cette longue période de croissance, le cerveau de l'enfant reçoit des signaux du monde extérieur, interagit avec son groupe social et l'imite. La transmission génétique, principalement à l'œuvre dans la construction du cerveau du primate non humain, s'efface alors devant un nouvel ordre où la transmission sociale, culturelle et technologique, prime avant tout.

C'est par ce biais que des fonctions cognitives, comme le langage ou la pensée symbolique, sont apparues durant l'odyssée de l'espèce humaine, pour permettre l'immense saut qualitatif qui facilitera l'émergence du cerveau humain moderne avec ses capacités uniques d'abstraction. Or ces nouvelles facultés mentales nécessitent un système nerveux malléable, flexible et non plus précâblé, qui se nourrit des interactions avec l'autre. Bien sûr, les acquis de nos aptitudes manuelles et intellectuelles dépendent d'une machinerie cérébrale parfaitement ordonnée et bien hiérarchisée selon un déterminisme génétique. Mais il faut en même temps que cette organisation soit en partie adaptable et reconfigurable à tout moment, et à tout âge. En définitive, les différences neurobiologiques qui existent entre les êtres humains proviennent, certes, des caractères dont ils ont hérité, mais surtout de l'apprentissage qu'ils ont reçu et de l'influence du milieu dans lequel ils ont vécu. En somme, nous sommes programmés, mais programmés pour apprendre! Ces interactions entre le monde extérieur et les activités nerveuses fournissent un mécanisme grâce auquel l'environnement peut influencer la forme et les fonctions du cerveau pour produire un individu unique, affranchi, capable de réponses adaptées mais aussi imprévisibles.

Aujourd'hui, les neurosciences apportent leurs lots incessants d'arguments témoignant des propriétés protéiformes du cerveau humain même lorsqu'il atteint un âge avancé. Loin d'être immuable, notre cerveau adulte reste un organe façonnable qui dispose d'une grande capacité d'adaptation aux sollicitations de l'environnement. Sous l'action d'un apprentissage, même tardif, de nouvelles cellules nerveuses naissent dans certaines régions cérébrales, de nouvelles connexions sont établies ou renforcées, tandis que d'autres sont éliminées.

C'est à l'aune de cette plasticité cérébrale permanente que l'on prend toute la mesure de ce qu'écrivait l'humaniste hollandais Desiderius Erasmus Roterodamus (1466-1536): «On ne naît pas homme, on le devient.»

* Lauréat 2012 du prix Mémain-Pelletier décerné par l'Académie des sciences.

23 octobre 2012

Autisme : Dassault subventionne une recherche sur un traitement potentiel

 article publié par le Nouvel Observateur

Créé le 18-10-2012 à 17h40 - Mis à jour à 18h01

PARIS (Sipa) -- Le groupe Dassault a alloué jeudi pour la première fois 150.000 euros pour la recherche sur la santé mentale, via deux prix, dont l'un couronne des travaux sur un traitement médicamenteux potentiel de l'autisme.

Ces travaux sont "très innovants" parce qu'il n'existe actuellement "pas de stratégie thérapeutique médicamenteuse dans l'autisme", a indiqué Marion Leboyer, directrice de la fondation publique de recherche sur la santé mentale FondaMental, qui a établi un partenariat pour trois ans avec le groupe Dassault.

La scientifique qui a été distinguée comme chercheur de l'année 2012 par le prix Marcel Dassault pour la recherche sur les maladies mentales est le Pr Angela Sirigu, de l'Institut des sciences cognitives de Lyon, dont l'étude a été publiée en 2010 dans une grande revue scientifique.

Menée sur 13 patients, cette étude a démontré l'effet thérapeutique d'un médicament déjà utilisé en gynécologie (l'hormone ocytocine) sur la forme la moins sévère de l'autisme, le syndrome d'Asperger où les fonctions intellectuelles et le langage sont préservés. Ces patients ont bénéficié d'une amélioration de leurs capacités sociales évaluées par des tests d'échanges de regards et de balles. L'ocytocine a été administrée par spray nasal pour une action directe sur le cerveau. L'effet de l'hormone a été cependant limité dans le temps.

La chercheuse n'a pas été en mesure de préciser à Sipa à quelle échéance l'ocytocine pourrait avoir une indication dans l'autisme reconnue par les agences du médicament. Mais elle a rapporté que des familles qui se procurent l'ocytocine en Suisse ont déploré le coût du traitement et l'absence de remboursement par la Sécurité sociale. En Suisse, l'hormone est disponible sous forme de spray nasal alors qu'en France on ne peut se la procurer que sous forme injectable, a-t-elle indiqué.

Après la publication de son étude, la chercheuse a été aussi beaucoup contactée par des timides maladifs, qui ont également pris de l'ocytocine.

vv/sbo/mw

22 octobre 2012

Autisme et créativité : Envisager l'Autisme de manière Différente

 Une thèse très intéressante

Autisme et créativité : Envisager l’Autisme de manière Différente

Compétences and Potentiels à côté de handicaps

Extraits pour aller à l'essentiel mais la discussion est très intéressante (jjdupuis) :

 

"6.    Les compétences et les aptitudes sociales

Sans aptitudes sociales, les caractéristiques les moins positives de l’autisme vont masquer tous les bénéfices des aspects positifs. Pour commencer, l’apprentissage de comportements sociaux de base permettra la découvertes de compétences par ailleurs masquées pas les attitudes asociales et des troubles du comportement envahissants. Même les artistes et les créateurs les plus talentueux se font rejeter s’ils ne se comportent pas socialement avec un minimum de correction.

Mais à l’inverse, les compétences exceptionnelles pourraient être utilisées comme levier pour développer les aptitudes sociales. Elles pourraient aider à développer chez les personnes autistes l’estime de soi et la socialisation.

Les compétences mènent au succès : Etre constamment en situation d’échec entraîne du désespoir chez l’enfant et plus généralement génère l’angoisse de prochains échecs. Exploiter les potentiels de l’enfant lui donnera l’opportunité de réussir.

Le succès entraîne l’estime de soi : « Je ne suis pas le plus mauvais. Pour ça, je suis meilleur que certains enfants de ma classe »

Les compétences attirent la participation : Reconnaître une compétence particulière chez un enfant attirera d’autres enfants vers lui.

La participation est un pas pour se faire des amis : Rencontrer d’autres enfants ouvre la voie vers les contacts sociaux et potentiellement à se faire des amis

Utilisation positive dans les temps de loisir : Tous les talents et aptitudes spéciales peuvent mener à des activités extrêmement variées qui peuvent rendre les temps de loisirs bien plus structurés et moins problématiques.

Quelques un parmi les individus les plus talentueux ont fait l’expérience d’évolutions remarquables au niveau de leur intégration sociale comme membres à part entière de groupes sociaux. Ils sont reconnus comme de grands contributeurs de la société. Mais même ceux qui ont des talents moins exceptionnels peuvent grandement bénéficier de l’exploitation de leurs compétences. Cependant, dans tous les cas, cela requiert beaucoup de soutien autour de la personne.

 

7.    Les Eclats de compétences chez les individus sans talents apparents

Comme nous l’avons dit précédemment, nous devrions toujours chercher les aspects « positifs » de l’autisme, même lorsqu’il n’y a pas de talents exceptionnels apparents. Ceux ci doivent faire l’objet de recherches parfois proches d’une enquête scientifique, étant donné qu’ils sont souvent cachés derrière les stéréotypies et les troubles du comportement.

Il est aussi parfois difficile d’identifier les talents spéciaux chez les individus autistes plus lourdement handicapés. Cela vient du fait qu’ils peuvent être exprimés à travers des comportements ou des actes auxquels nous ne n’attribuons pas de valeur en tant que neurotypiques. Exploiter de telles compétences peut exiger que nous ayons l’esprit très ouvert et alerte. Une fois découvertes, de telles capacités peuvent s’avérer réellement exceptionnelles et un parent ou professionnel compétent peut se débrouiller pour les tourner à l’avantage de l’enfant.

Résumé

Nous devrions tous être convaincus qu’il y a toujours des compétences exploitables dans l’autisme pour aider les individus à développer une meilleure qualité de vie. Ces compétences peuvent être plus ou moins exceptionnelles et plus ou moins visibles, mais elles sont là. Voici quelques recommandations qui pourraient être utiles pour travailler dans ce domaine :

Cherchez les compétences (talents ou eclats de compétences) Gardez votre esprit ouvert, observez attentivement les compétences émergentes, même si elles ne semblent pas importantes à vos yeux. Elles pourraient s’avérer utiles dans une stratégie éducative plus généralisée.

Entretenez ces compétences : En ce sens, les enfants atteints d’autisme ne sont pas différents des autres. Les compétences doivent êtres entretenues, même si elles semblent naturelles et aisément acquises chez certains des individus les plus talentueux. Cela exigera peut être des approches différentes d’enseignement, appropriées aux style cognitif des personnes autistes. Toutefois, on peut compter sur la motivation, la concentration sur certains intérêts, l’absence d’ennui que provoquent les exercices répétitifs et quelques uns des aspects dont nous avons parlé.

Réexaminez les particularités dans l’autisme « Pensez positif », essayez d’envisager quelques uns des traits de l’autisme comme un différent mode de pensée, plutôt que comme une incapacité.

Utilisez les comme levier pour les apprentissages Utilisez les domaines les plus hauts de compétences pour aider dans l’acquisition de compétences dans les domaines ou l’enfant a plus de difficultés  

Utilisez les pour motiver l’individu Nous avons vu que la motivation est un facteur décisif qui peut être issu des compétences spéciales dans l’autisme, que ce soit une motivation directe (intérêt pour la tâche) ou indirecte (récompense pour un comportement approprié)

Utilisez les pour développer l’estime de soi Cela fera prendre à l’enfant une attitude plus positive envers son propre potentiel

Encouragez le partage social La plupart des personnes autistes les plus talentueuses ont tendance à garder leur travail pour eux. Beaucoup n’ont pas conscience que ce qu’ils ont fait est magnifique et que ça pourrait être partagé avec d’autres. Il peut s’avérer nécessaire de mettre en place une stratégie pour éduquer un tel partage du succès.

Un excellent moyen pour éviter les soucis durant les temps de loisir En fin de compte, comme nous le savons tous, les temps de loisir peuvent être les plus difficiles à gérer avec les personnes autistes. Exploiter les intérêts particuliers et les talents peut se révéler être un très bon moyen pour réduire considérablement ces problèmes.

 

Conclusion

Je crois sincèrement que quelques individus autistes sont de vrais créateurs ou à l’origine d’idées très novatrices, celles que Margaret Boden a appelé « la créativité dure » (Boden 1992). Cela peut être difficile à accepter dès lors que nous sommes bien trop habitués à associer l’art aux compétences intellectuelles et sociales, ainsi qu’à la représentation symbolique. Quelques auteurs ont contesté la créativité des artistes autistes (Zaidel 2005), mais les exemples extraordinaires de créativité magnifique venant d’artistes jeunes et moins jeunes vient contredire ce point de vue.

Il y a le point de vue opposé, qui dit que presque tous les grands créateurs faisaient et font partie du spectre (Fitzgerald 2003).

C’est également exagéré, bien qu’Asperger lui même disait « Il semblerait que pour réussir dans la science et l’art, une pointe d’autisme soit essentielle »

Je crois également que dans des cas d’autisme plus sévères, il existe des potentiels qui pourraient être utilisés pour améliorer la qualité de vies des personnes autistes. Mais j’irais même plus loin, nombre de ces personnes plus handicapées ont aussi des possibilités d’apporter une évolution de notre humanité."

21 octobre 2012

troubles anxieux dans les TSA

Les  troubles anxieux sont très fréquents dans les troubles envahissants du développement sans déficience intellectuelle (TED SDI) mais demeurent encore très souvent sous diagnostiqués.

Myriam Soussana, doctorante en psychologie a présenté ce sujet lors du colloque organisé le 29 septembre à l’Institut Pasteur.  Ces recherches sont financées par la Fondation Orange.

Le groupe de Myriam Soussana s’intéresse aux troubles anxieux dans les troubles envahissants du développement sans déficience intellectuelle : TED SDI. Les TED-SDI regroupent l’autisme de haut niveau (on parle de haut niveau tout simplement car ces personnes n’ont pas de déficience intellectuelle) et le syndrome d’Asperger.

Les personnes avec un TED-SDI ont des difficultés dans les compétences qui nous permettent d’avoir des relations sociales adaptées dans la vie de tous les jours. Malgré un bon vocabulaire et une expression normale, la communication non verbale est limitée : il est par exemple difficile de reconnaitre une émotion sur un visage au cours d’une conversation. En conséquence, on retrouve chez ces enfants et adolescents, des difficultés d’adaptation dans la vie quotidienne avec des problèmes d’interactions sociales (pas d’amis, difficultés à initier une conversation).

De plus, une récente étude a montré que 74% des enfants et adolescents avec un TED-SDI avaient aussi un trouble associé comme : la dépression, des troubles du comportement, un trouble anxieux…

Dans son étude, elle s’intéresse particulièrement aux troubles anxieux, qui sont parmi les plus fréquents dans les TED-SDI. On estime que 45% des enfants et adolescents avec un TED-SDI ont aussi un trouble anxieux : ce qui est plus courant que chez les personnes typiques. Et l’adolescence est une période de risque plus important car les relations sociales deviennent plus complexe (à l’entrée au collège).

Pourtant : le diagnostic de trouble anxieux n’est pas toujours posé car il est assez difficile à réaliser pour cette population. Il n’est pas évident de distinguer certains symptômes des troubles anxieux de ceux du TED.

Objectif

L’équipe de Myriam Soussana a monté une étude pilote qui avait pour objectif de :

  • caractériser les troubles anxieux dans les TED-SDI,
  • comparer les caractéristiques cliniques et socio-familiales d’adolescents  TED-SDI  avec et sans troubles anxieux,
  • comparer ces caractéristiques à un groupe d’adolescents anxieux sans TED.

Cette étude a été menée auprès d’une population de 46 adolescents TED SDI âgés de 11 à 18 ans dont 26 TED non anxieux et 20 TED anxieux.

Il a été observé :

  • pas de prise en charge particulière , que l’adolescent ait un trouble anxieux ou non, sa prise en charge sera la même, traitements médicamenteux identiques dans les deux groupes, (ex : pas + de suivis psychologique ou de prescriptions d’anxiolytiques en présence de troubles anxieux),
  • le niveau intellectuel est un facteur d’anxiété, plus le niveau intellectuel est élevé, plus les risques sont élevés,
  • l’anxiété augmente quand il y a un déficit social,
  • les adolescents avec un trouble anxieux ont plus de difficultés à reconnaitre des émotions sur les visages. On peut faire l’hypothèse que des échecs répétés dans l’interprétation des émotions ont pu jouer un rôle dans le développement de ce trouble anxieux. Avec le risque d’un cercle vicieux…

Conclusion

Pour une meilleure prise en charge de ses troubles anxieux, il faut adapter les outils de diagnostics à la particularité des TED
et trouver des nouvelles formes de prise en charge, la  prise en charge doit aussi être adaptée. Il est aussi nécessaire de mettre en place des programmes d’entrainement aux habiletés sociales et de continuer la recherche.

19 octobre 2012

Antécédents psychiatriques dans la famille, un facteur de risque d'autisme.

article publié dans le blog de chronimed le 19 octobre 2012

Bien qu’ils soient désormais considérés comme des affections distinctes, les troubles du spectre autistique et la schizophrénie se chevauchent parfois.

Historiquement, l’autisme apparaissait d’ailleurs comme une sorte de « schizophrénie infantile », en raison des difficultés de socialisation et des bizarreries du comportement partagées par l’autisme et la schizophrénie.

Bleuler lui-même (le psychiatre suisse qui proposa le terme ‘‘schizophrénie’’ en 1911) tenait l’autisme pour un « important signe distinctif de schizophrénie » (un signe « secondaire », toutefois)  par lequel le sujet tendrait à s’écarter activement de la réalité extérieure (an active turning away from the external world).

Vers 1980, les statuts nosologiques de l’autisme et de la schizophrénie ont cependant divergé, cette séparation étant influencée par leurs « trajectoires de développement » respectives : alors que l’autisme survient très tôt dans l’existence, les symptômes de schizophrénie s’installent plus tardivement, après une « longue période de développement normal ou quasi-normal. »

Mais quelles que soient les options nosographiques dominantes, autisme et schizophrénie n’en demeurent pas moins des affections, sinon identiques ou proches (comme on l’envisageait au début du XXème siècle), du moins assez apparentées pour susciter une réflexion épidémiologique sur une origine voisine.

Dans ce contexte d’évaluation du « degré selon lequel ces troubles partageraient une même base étiologique », une étude internationale (impliquant des chercheurs de Caroline du Nord, de Grande-Bretagne, d’Israël et de Suède) a été conduite pour préciser si « une histoire familiale » émaillée par une schizophrénie ou/et une maladie bipolaire peut se révéler un facteur de risque significatif pour l’autisme à la génération suivante.

Menée dans la population suédoise, cette étude confirme cette parenté nosographique, puisque la présence de schizophrénie chez le père ou la mère multiplie environ par 3 le risque d’autisme pour l’enfant (odds ratio [OR] : 2,9 ; intervalle de confiance 95 % [IC] :2,5–3,4). Quand la schizophrénie affecte un frère ou une sœur, cet accroissement du risque est à peine moins élevé (OR : 2,6 ; IC : 2,0–3,2).

Le risque d’autisme chez l’enfant est multiplié par 2 (OR : 1,9 ; IC : 1,7–2,1) quand un parent est touché par une maladie bipolaire et par 2,5 (OR : 1,9 ; IC : 2,1–3,0) quand c’est un frère ou une sœur. Pour les auteurs, ces données suggèrent que ces trois affections (troubles du spectre autistique, schizophrénie et troubles bipolaires) « partagent des facteurs étiologiques communs. »                           

Dr Alain Cohen Publié le 19/10/2012

 

Sullivan PF et coll.: Family history of schizophrenia and bipolar disorder as risk factors for autism. Arch Gen Psychiatry, 2012 ; publication avancée en ligne le 2 juillet. doi: 10.1001/archgenpsychiatry.2012.730.

19 octobre 2012

Autisme, la piste prometteuse de l'ocytocine

article publié dans le figaro santé du 18 octobre 2012

Par figaro icondamien Mascret - le 18/10/2012
Le Dr Angela Sirigu a été récompensé par le jury international du Prix Marcel-Dassault.

Un traitement hormonal pourra-t-il un jour permettre d'améliorer les capacités d'interactions sociales des autistes? C'est en tout cas l'espoir soulevé par les travaux du Dr Angela Sirigu, la lauréate 2012 du Prix Marcel Dassault pour la recherche sur les maladies mentales remis jeudi.

L'autisme est un trouble neuro-développemental qui peut être abordé sous de nombreux angles: génétique, apprentissage, environnement, mais Angela Sirigu, docteur en médecine et en psychologie, a choisi, d'œuvrer dans le champ de la neuropsychologie et des neurosciences cognitives. Il faut savoir qu'il y a plusieurs formes d'autisme différentes. Depuis quelques années, cette maladie, longtemps considérée - à tort - comme liée à une interaction pathologique avec une mère défaillante, est due en réalité à des anomalies du développement cérébral, avec une composante génétique forte.

Le travail qui lui vaut aujourd'hui d'être élue «chercheur de l'année» par un jury international a été publié en 2010 dans les Actes de l'Académie des sciences américaine (PNAS). Avec le Dr Elissar Alessandri et ses collègues du CNRS et de l'Inserm, Angela Sirigu a ouvert une nouvelle piste de recherche qui pourrait ajouter une arme au traitement de l'autisme.

Utilisée lors de l'accouchement

Cette arme a un avantage: elle existe déjà. Elle est même commercialisée, puisqu'il s'agit de l'ocytocine, une hormone parfois administrée au moment de l'accouchement pour faciliter les contractions utérines. En revanche, elle n'existe en France qu'en perfusion intraveineuse et les chercheurs ont dû s'approvisionner à l'étranger pour réaliser leur étude avec une forme de spray intranasal.

L'équipe du Dr Sirigu a donc observé les performances de 13 adultes autistes atteints du syndrome d'Asperger (une forme d'autisme de haut niveau dans laquelle les fonctions intellectuelles et le langage sont préservés) dans des relations sociales expérimentales après la prise d'ocytocine, une hormone qui est impliquée dans l'attachement maternel et les premières socialisations. «Mon hypothèse, détaille le Dr Sirigu, est que ces patients disposent de compétences sociales latentes qui ne s'expriment pas car la peur et le stress généré par l'interaction sociale font obstacle. L'ocytocine pourrait faire tomber ces barrières et renforcer le sens du contact social.»

C'est ce qui s'est produit lors des expériences menées. La première se fondait sur une observation déjà ancienne: dans le syndrome d'Asperger, les autistes ont tendance à fuir le regard de leur interlocuteur. «Lorsque l'on regarde un visage, on se concentre sur les yeux de son interlocuteur, explique la chercheuse, mais les autistes se concentrent sur la bouche et ne regardent pas les yeux.» Grâce à un capteur fixé à un ordinateur sur lequel on fait défiler des images de visage, on peut suivre le regard du patient. «Le plus étonnant, raconte le Dr Sirigu, c'est que l'ocytocine a été capable de réorienter le regard vers la région des yeux.»

Une heure et demi d'action

Il restait un test supplémentaire à réaliser. «Regarder les autres ne signifie pas que l'on sait comment se comporter avec eux ou quelles sont leurs intentions», glisse Angela Sirigu. Chose faite avec un petit jeu de ballon avec trois partenaires ayant des rôles secrets différents (bon, neutre, méchant). Sans ocytocine, les patients ne parviennent pas à identifier celui qui est leur ami. Par contre, grâce à l'ocytocine, la chose devient possible.

Est-ce le traitement miracle? Il est bien trop tôt pour le dire. D'abord parce qu'il ne s'agit que de 13 patients, ensuite parce que les signes de la maladie sont très hétérogènes et qu'il est toujours hasardeux d'extrapoler à tous des résultats obtenus avec un profil de patient particulier. Mais le plus gros obstacle vient de la nature même de l'hormone. En effet, l'ocytocine n'agit qu'une heure et demie et pas au-delà.

L'Institut de recherche pour l'autisme qui vient de s'ouvrir à Lyon avec à sa tête le Dr Sirigu va désormais s'attacher à explorer l'action de l'ocytocine sur le cerveau, mais aussi traquer les modifications neuronales dans le temps.


Le prix Marcel-Dassault pour la recherche en psychiatrie

Une personne sur cinq souffre ou a souffert d'une maladie mentale en France. Malgré une telle fréquence, les moyens financiers attribués à la recherche restent très insuffisants. La Fondation FondaMentale et le groupe Dassault (propriétaire du Figaro) ont uni leurs forces pour trois ans, afin d'accélérer la recherche en psychiatrie. Lancé cette année, le prix Marcel-Dassault pour la recherche sur les maladies mentales distingue le chercheur de l'année (15.000 euros) et, d'autre part, finance un projet de recherche innovant en psychiatrie (135.000 euros). «Le groupe Dassault mène depuis de nombreuses années une politique de mécénat et développe une démarche citoyenne, a déclaré la Pr Marion Leboyer, présidente de FondaMentale. L'engagement du groupe s'inscrit dans la continuité d'autres initiatives menées à titre personnel par le président, telle que la Fondation Serge Dassault pour adultes en situation de handicap mental.»

17 octobre 2012

Tests sur le cerveau du professor Temple GRANDIN - résultats étonnants !

(en anglais suivi de la traduction en français)

article publié dans MailOnline le 17 octobre 2012

The brain map that shows the differences in the brains of autistic people can explain their difficulties - and also shed light on their unique talents

  • Test subject Temple Grandin is professor of animal sciences at Colorado State University and one of the world's most famous autistic people
  • She is what is known as a 'savant' - someone with the social deficits of autism who also benefits from some exceptional abilities

By Damien Gayle

|

 

Scientists investigating the brain of one of the world's most famous autistic people have found several features that can explain her unique talents.

Temple Grandin, professor of animal sciences at Colorado State University, is what is known as a 'savant' - someone who shows some of the social deficits of autism yet also has some exceptional abilities.

A tireless campaigner for autism research and awareness she is known for her exceptional non-verbal intelligence, spatial reasoning, sharp visual acuity and an uncanny gift for spelling and reading.

Savant: Professor Temple Grandin, left. Unlike controls (top right), Professor Grandin has lateral ventricles (bottom right) that are significantly larger on the left side of her brain than on the right

Savant: Professor Temple Grandin, left. Unlike controls (top right), Professor Grandin has lateral ventricles (bottom right) that are significantly larger on the left side of her brain than on the right

The subject of an award-winning eponymous-titled biographical film starring Claire Danes, Professor Grandin was also in 2010 listed in the Time 100 list of the 100 most influential people in the world in the 'Heroes' category.

In a bid to understand her cognitive gifts, and the accompanying weaknesses, a group of neuroscientists gave the professor a series of psychological tests and scanned her brain using several imaging processes.

Jason Cooperrider, a graduate student at the University of Utah who presented the work at the Society for Neuroscience's annual meeting, explained their aims to the Simons Foundation Autism Research Initiative.

'We asked how might brain structure and function be related to both outstanding ability and outstanding disability — the autism — within the same brain,' he said.

 

The professor received exceptionally high scores on several psychological assessments, including tests of reading, spelling and spatial reasoning.

She achieved a phenomenal perfect score on Raven's Coloured Progressive Matrices test, which assesses non-verbal reasoning. Her weakest skill was found to be verbal working memory.

Scans showed Professor Grandin's brain is significantly larger than that of three matched neurotypical control subjects - something seen in some children with autism but which scientists do not yet understand.

Her lateral ventricles - chambers which hold cerebrospinal fluid - are different in size, with the left much much larger than the right, a finding Mr Cooperrider described as 'quite striking'.

On both sides, the professor possesses unusually large amygdala, sectors of the brain which are part of the limbic system and have been shown to perform a primary role in the processing of memory and emotional reactions.

The researchers also traced white-matter connections in Professor Grandin's brain using diffusion tensor imaging, finding what they dubbed 'enhanced' connections in the left precuneus, a region involved with episodic memory, visuospatial processing, reflections upon self, and aspects of consciousness.

They found she also has enhanced white matter in the left inferior fronto-occipital fasciculus. This region connects the frontal and occipital lobes, which might explain the professor's keen visual acuity, the researchers said.

In keeping with the double-edged nature of Professor Grandin's condition, she also has some weak connections, which the researchers said were defined in part by decreased integrity of brain-tissue fibres.

One weak area was her left inferior frontal gyrus, which includes the famous Broca's area, which has functions linked to speech production and impairment of which can leave brain injury sufferers mute. Professor Grandin's right fusiform gyrus - a brain region involved in facial and body recognition - also had compromised connections.

The findings agreed with the professor's own personal assessments of her abilities. She has previously written how words are, for her, only understood when translated into pictures and described how she finds socialising 'boring'.

She has noted in her autobiographical works that autism affects every aspect of her life.

She has to wear comfortable clothes to counteract her sensory integration dysfunction and has structured her lifestyle to avoid sensory overload.

WHAT IS AUTISM?

Autism is a lifelong developmental disability that affects how a person communicates with, and relates to, other people. It also affects how they make sense of the world around them.

It is a spectrum condition, which means that, while all people with autism share certain difficulties, their condition will affect them in different ways.

Some people with autism are able to live relatively independent lives but others may have accompanying learning disabilities and need a lifetime of specialist support. People with autism may also experience over- or under-sensitivity to sounds, touch, tastes, smells, light or colours.

Asperger syndrome is a form of autism. People with Asperger syndrome are often of average or above average intelligence. They have fewer problems with speech but may still have difficulties with understanding and processing language.

(Source: The National Autistic Society)

 




(Traduction)

La carte du cerveau qui montre les différences dans le cerveau des personnes autistes peuvent expliquer leurs difficultés - et aussi faire la lumière sur leurs talents uniques

    Sujet du test
, Temple Grandin est professeur de sciences animales à la Colorado State University et l'un des plus célèbres du monde des autistes
    
Elle est ce qui est connu comme un «savant» - quelqu'un avec les déficits sociaux de l'autisme qui bénéficie également de certaines capacités exceptionnelles

Par Damien Gayle

PUBLIÉ: 16:29 GMT, 16 Octobre 2012 | MISE À JOUR: 18:39 GMT, 16 Octobre 2012



Les scientifiques qui étudient le cerveau de l'un des habitants de la planète autistes les plus célèbres ont trouvé plusieurs caractéristiques qui peuvent expliquer ses talents uniques.

Temple Grandin, professeur de sciences animales à la Colorado State University, est ce qui est connu comme un «savant» - quelqu'un qui montre quelques-unes des déficits sociaux de l'autisme encore présente également des capacités exceptionnelles.

Un militant infatigable pour la recherche sur l'autisme et de sensibilisation, elle est connue pour son exceptionnelle intelligence non verbale, raisonnement spatial, forte acuité visuelle et un don surnaturel pour l'orthographe et la lecture.
Savant: professeur Temple Grandin, à gauche. Contrairement aux contrôles (en haut à droite), professeur Grandin a ventricules latéraux (en bas à droite) qui sont significativement plus grande sur le côté gauche de son cerveau que sur le droit

Savant: professeur Temple Grandin, à gauche. Contrairement aux contrôles (en haut à droite), professeur Grandin a ventricules latéraux (en bas à droite) qui sont significativement plus grande sur le côté gauche de son cerveau que sur le droit

L'objet d'un primé intitulé éponyme, film biographique mettant en vedette Claire Danes, professeur Grandin a également été répertoriés en 2010 dans le Time 100 la liste des 100 personnes les plus influentes dans le monde dans la catégorie «Héros».

Dans le but de comprendre ses dons cognitifs et les faiblesses d'accompagnement, un groupe de neuroscientifiques ont donné le professeur d'une série de tests psychologiques et scanné son cerveau à l'aide de plusieurs procédés d'imagerie.

Jason Cooperrider, un étudiant diplômé à l'Université de l'Utah qui a présenté le travail à la Société des Neurosciences réunion annuelle, a expliqué leurs buts à l'initiative de la Fondation Simons recherche sur l'autisme.

«Nous avons demandé comment pourrait la structure du cerveau et la fonction est liée à la fois à la capacité exceptionnelle et d'incapacité exceptionnelle - l'autisme - dans le même cerveau, dit-il.
 


Le professeur a reçu exceptionnellement des scores élevés sur plusieurs évaluations psychologiques, y compris les tests de lecture, de l'orthographe et du raisonnement spatial.

Elle a réalisé un score parfait sur phénoménale couleur de Raven Progressive Matrices de test, qui évalue le raisonnement non verbal. Son faible compétence a été jugée mémoire de travail verbale.

Scans montré cerveau professeur Grandin est nettement plus grande que celle de trois sujets témoins appariés neurotypiques - quelque chose qu'on voit chez certains enfants atteints d'autisme, mais que les scientifiques ne comprennent pas encore.

Ses ventricules latéraux - des chambres qui détiennent liquide céphalo-rachidien - sont de tailles différentes, avec la gauche bien plus grande que la droite, une constatation M. Cooperrider décrit comme «tout à fait frappante.

Des deux côtés, le professeur possède amygdale exceptionnellement élevé, les secteurs du cerveau qui font partie du système limbique et ont été montrés à jouer un rôle principal dans le traitement de la mémoire et des réactions émotionnelles.

Les chercheurs ont également tracé de la substance blanche dans le cerveau des connexions professeur Grandin à l'aide du tenseur de diffusion d'imagerie, de trouver ce qu'ils ont appelé «amélioré» dans les connexions précunéus gauche, une région impliquée avec la mémoire épisodique, traitement visuo-spatial, réflexions sur soi-même, et les aspects de la conscience.


Ils ont constaté qu'elle a également amélioré la substance blanche dans la partie gauche inférieure faisceau fronto-occipital. Cette région connecte les lobes frontal et occipital, ce qui pourrait expliquer vif du professeur acuité visuelle, ont indiqué les chercheurs.

En accord avec la nature à double tranchant de l'état professeur Grandin, elle a aussi des liaisons faibles, ce qui selon les chercheurs ont défini en partie par l'intégrité diminué du cerveau des tissus de fibres.

Un point faible était son gyrus frontal inférieur gauche, qui inclut la célèbre zone de Broca, qui a des fonctions liées à la production de la parole et à la dépréciation de ce qui peut laisser souffrant de lésions cérébrales muet. Professeur Grandin gyrus fusiforme droit - une région du cerveau impliquée dans la reconnaissance du visage et du corps - aussi avait compromis les connexions.

Les résultats d'accord avec ses propres professeur évaluation personnelle de ses capacités. Elle a déjà écrit la façon dont les mots sont, pour elle, ne comprenait que lorsqu'ils sont traduits en images et décrit comment elle trouve la socialisation «ennuyeux».

Elle a noté dans ses œuvres autobiographiques que l'autisme affecte tous les aspects de sa vie.

Elle doit porter des vêtements confortables pour lutter contre la dysfonction son intégration sensorielle et a structuré son mode de vie afin d'éviter une surcharge sensorielle.

QU'EST-CE QUE L'AUTISME?

L'autisme est un trouble permanent du développement qui affecte la façon dont une personne communique avec, et se rapporte, d'autres personnes. Il affecte également la façon dont ils font sens au monde qui les entoure.

C'est une condition du spectre, ce qui signifie que, même si toutes les personnes ayant des difficultés d'autisme part de certains, leur état va les affecter de différentes manières.

Certaines personnes atteintes d'autisme sont capables de vivre une vie relativement indépendants, mais d'autres peuvent avoir des difficultés d'apprentissage et d'accompagnement besoin d'une durée de vie de soutien spécialisé. Les personnes atteintes d'autisme peuvent également éprouver des sur-ou sous-sensibilité aux sons, le toucher, le goût, les odeurs, la lumière ou les couleurs.

Le syndrome d'Asperger est une forme d'autisme. Les personnes atteintes du syndrome d'Asperger sont souvent d'une intelligence moyenne ou au-dessus. Ils ont moins de problèmes d'élocution, mais peut encore avoir des difficultés à comprendre et de traitement.

(Source: The National Autistic Society)

 

=> Voir le film "Temple Grandin" clic ICI

 

16 octobre 2012

Exposé de Monica Zilbovicius au Collège de France

Monica Zilbovicius

Réalisé en 2008, cette intervention permet de comprendre comment la personne autiste est en difficulté pour développer une expertise sociale tout au long de sa vie.

Les progrès techniques nous permettent de mieux comprendre comment le développement du "cerveau social" engendre des différences de perception : Eye Tracking, imagerie cérébrale, compréhension du rôle des différentes zones activées ou non, rôle majeur du sillon temporal supérieur en corrélation avec le fonctionnnement des neurones miroirs, connections atypiques, perception différente, anomalie du traitement de l'information etc.

Monica Zilbovicius nous expose avec sa simplicité habituelle et sa grande expertise comment tout cela fonctionne.

Si vous voulez comprendre pourquoi la personne autiste dans sa singularité rencontre des difficultés, regarder ces deux petites vidéos est essentiel.

VOIR AUSSI =>http://www.cea.fr/var/site/storage/original/application/c84d719f12e90da246155b686ecc2144.pdf

Jean-Jacques Dupuis

Encore plus =>http://dupuiselise.canalblog.com/archives/2010/03/05/17120505.html

15 octobre 2012

A la recherche des causes de l'autisme - Bernard Garreau, Monica Zilbovicius

Une mauvaise maturation du cortex est-elle à l'origine de cette pathologie ?

Article publié dans LA RECHERCHE

Après avoir longtemps été considéré comme un trouble de la relation mère-enfant, l'autisme infantile est aujourd'hui, pour beaucoup de spécialistes, la conséquence d'un dysfonctionnement cérébral. L'imagerie cérébrale fonctionnelle conforte cette façon de voir. Elle met notamment en évidence un retard de la maturation des lobes frontaux chez les jeunes enfants autistes et, dans certains cas, une réaction anormale du cortex cérébral à des stimulations sensorielles.

Enigmemédicale, l'autisme a été à l'origine de nombreux ouvrages littéraires et cinématographiques. On se souvient de L'enfant sauvage de François Truffaut et, plus près de nous, de Rainman si bien inter- prété par Dustin Hoffman. Déjà ces deux personnages - Rainman avec ses capacités intellectuelles extraordinaires et Victor avec son handicap majeur du langage - reflètent l'extrême diversité que recouvre le terme autisme, avec cependant un point commun : l'existence d'un trouble de la communication avec le monde environnant (fig. 1)

Le terme « autisme » a été utilisé pour la première fois par le psychiatre suisse Eugène Bleuler dans son traité Dementia preacox ou groupe de schizophrénie , en 1911. Il en faisait un maître symptôme de la schizophrénie. Mais c'est en 1943 que Léo Kanner, à Baltimore, individualise à partir de onze enfants un syndrome particulier qu'il qualifia d'« autisme infantile précoce ». Kanner le définissait comme « une incapacité innée à établir des relations normales avec les gens et les situations et ce, dès le début de la vie ». A cette époque, l'école psychanalytique, qui dominait largement la psychiatrie, considérait que l'autisme infantile était lié à un trouble précoce de la relation mère-enfant. Dans les années 1960, Bruno Bettelheim, à Chicago, préconisait même une séparation de la mère et de l'enfant.

A l'approche des années 1970, le développement des premières méthodes d'exploration du cerveau, notamment l'enregistrement de l'électro-encéphalogramme et de ses modifications par des stimulations auditives et visuelles, permit d'envisager une autre explication. Peter Tanguay et Edouard Ornitz, à l'université de Californie (Los Angeles), puis Gilbert Lelord à l'université de Tours émirent l'hypothèse que l'autisme infantile serait dû à un trouble précoce de la perception sensorielle : incapable de décoder le bruit, les images, le toucher, l'enfant ne peut s'adapter à son environnement et finit par se replier sur le monde qu'il se crée. Le contact avec les personnes et les objets qui l'entourent est source d'angoisse et donc évité.

Plus fréquent chez le garçon (trois garçons pour une fille), l'autisme touche environ quatre à cinq enfants pour dix mille naissances. Il est souvent associé à un retard mental et à des syndromes neurologiques, par exemple neurocutanés comme les maladies de Bourneville et de Recklinghausen (neurofibromatose), à la trisomie 21, la rubéole congénitale et bien d'autres encore. Au début des années 1980, l'Organisation mondiale de la santé et l'association américaine de psychiatrie ont établi les critères diagnostiques de l'autisme infantile (voir le tableau). A côté du trouble majeur de la communication existent des signes associés tels que des conduites ritualisées, des mouvements répétés stéréotypés, des troubles de l'attention, des manifestations d'angoisse, etc.

Afin d'évaluer objectivement les fonctions déficientes et de mettre en évidence les premiers signes de l'autisme, Dominique Sauvage, dans le laboratoire de Tours, a développé à partir de 1984 une méthode originale. De plus en plus de parents filment leurs enfants dès la naissance, dans des circonstances souvent identiques d'une famille à l'autre : le bain, le repas, les premiers pas, les fêtes familiales, le premier anniversaire, etc. En comparant des enfants autistes et des enfants normaux, Dominique Sauvage a ainsi mis en lumière deux faits importants(1). D'une part, les premiers signes de l'autisme (hypotonie, absence de sourire, refus de contact corporel) sont présents dès les premières semaines de vie ; d'autre part, les déficiences qui apparaissent en premier sont la perception, l'imitation et l'intention, tandis que les troubles de la communication se manifestent au cours de la seconde année. On admet (c'est une observation générale en psychologie infantile et animale) que l'imitation, et dans une moindre mesure l'intention, nécessitent de bonnes capacités perceptives. Les troubles précoces de ces capacités confirment donc l'existence d'un déficit précoce de la perception sensorielle.

L'étude des bases cérébrales de tels troubles n'a d'abord pu s'appuyer que sur l'enregistrement de l'activité électrique cérébrale, réalisé au moyen d'électrodes posées sur le cuir chevelu. Cette méthode a le mérite d'analyser fidèlement au cours du temps les différentes phases que requiert le décodage d'une sensation par le cerveau. Elle ne demande ni anesthésie générale, ni prémédication.

Des stimulations sensorielles répétées permettent d'étudier des modifications discrètes de l'activité électrique normale du cerveau. On parle de potentiel évoqué (PE) par une stimulation auditive, visuelle ou tactile, ou plus simplement de potentiel évoqué auditif (PEA) ou de potentiel évoqué visuel (PEV). Etant donnée l'importance des troubles de la communication verbale dans l'autisme, ce sont les PEA qui sont le plus étudiés.

Schématiquement, la perception auditive comprend quatre phases successives : la réception du son par l'oreille interne, la transmission par le nerf auditif à travers le tronc cérébral, l'arrivée au cerveau et l'intégration avec d'autres sources sensorielles, qui accompagne la reconnaissance de l'objet perçu.

Chacune de ces phases a pu être étudiée chez l'enfant autiste. En dehors de problèmes auditifs possibles chez tout enfant, la phase de réception par l'oreille interne est normale. En 1984, au niveau du tronc cérébral, nous n'avons trouvé que dans 20 % de cas environ des PE anormaux témoignant d'un trouble de la transmission de l'influx nerveux. Cela explique sans doute que certains de ces enfants se comportent en sourds. Ces résultats ont été confirmés par une dizaine d'équipes sur un total de plus de deux cents enfants.

C'est surtout au niveau du cerveau proprement dit que l'on observe des anomalies spécifiques de l'autisme. Nicole Bruneau, dans notre laboratoire de Tours, a mis au point en 1984 une méthode qui consiste à enregistrer les PEA en faisant varier l'intensité du son. Chez l'enfant témoin, en face des aires auditives, les PEA sont petits lorsque l'intensité du son est faible et grandissent au fur et à mesure que l'intensité du son augmente. C'est le phénomène de modulation sensorielle. Il signifie que le cerveau est capable de s'adapter à des variations simples de l'environnement.

Nicole Bruneau a signalé en 1984 que des enfants autistes de 5 à 10 ans ne réagissent pas tous de la même façon à cette simple variation d'intensité. Trois ans plus tard, elle a décrit trois types de réactivité sur une population de trente enfants autistes(2) (fig. 3). Plus d'un tiers d'entre eux n'ont pas de PEA, quelle que soit l'intensité du son. Ce groupe correspond à celui qui a déjà des réponses particulières au niveau du tronc cérébral. Un autre tiers a des PEA normaux, mais le phénomène de modulation sensorielle n'existe pas : leur cerveau réagit avec une amplitude égale, que l'intensité du son soit forte ou faible. On imagine les conséquences d'un tel trouble sur le décodage de stimulations plus élaborées liées par exemple au langage. La cacophonie cérébrale est vraisemblablement génératrice d'angoisse et de rejet du monde extérieur.

Enfin, moins d'un tiers de ces enfants autistes a des PEA normaux avec de bonnes capacités de modulation. Herbert Van Engeland à l'université d'Utrecht a retrouvé le même phénomène avec des stimulations visuelles. On peut en déduire que, dans ce groupe d'enfants, c'est l'étape ultérieure d'intégration avec d'autres données sensorielles qui est déficiente.

Chez l'adulte, il est possible d'explorer les aspects cognitifs de cette intégration sensorielle en enregistrant les composantes les plus tardives des PE. Ainsi, Eric Courchesne, à San Diego, et Herbert Van Engeland à l'université d'Utrecht ont mis en évidence des anomalies de ces composantes chez des adolescents et des adultes autistes ayant un bon niveau de compréhension verbale. Aucune étude n'a pu être réalisée chez le jeune enfant autiste. Ces examens nécessitent en effet la réalisation de tâches plus ou moins complexes. C'est pourquoi Gilbert Lelord et Joëlle Martineau, de l'unité Inserm 316 de Tours, ont mis au point une méthode d'enregistrement des PE associant un son et une lumière. En 1992, ils ont montré que l'enfant autiste a des difficultés à associer deux stimulations de modalités différentes : quand il écoute, il ne voit pas ; quand il regarde, il n'entend pas(3).

Au-delà même des anomalies de l'intégration, deux psychologues, S. Baron-Cohen et Uta Frith, de l'université de Londres, estiment que les enfants autistes ont une bonne perception globale, mais ne sont pas conscients de l'existence d'états mentaux chez les autres (« théorie de l'esprit »)(4,5). Pour étudier cette hypothèse, ils ont utilisé un test particulier et ont montré que ce déficit n'existe que chez les enfants autistes.

Ces différents types de réactivité sont-ils stables pour un même enfant ou évoluent-ils avec le temps ? Quels sont les centres nerveux déficients ? On ne peut répondre à ces questions avec les méthodes « électriques », qui ne renseignent que sur le fonctionnement du cortex cérébral. En revanche, l'imagerie anatomique par résonance magnétique nucléaire (IRM) et la caméra à positons (tomographie par émission de positons, TEP) (voir l'article de B. Mazoyer et J. Belliveau dans ce numéro) permettent, lorsqu'elles sont couplées, d'identifier les centres nerveux impliqués par la perception sensorielle et même, en théorie, les systèmes neurochimiques concernés*.

André Syrota, directeur du service hospitalier Frédéric-Joliot du CEA d'Orsay, nous a proposé de réaliser des mesures des débits sanguins cérébraux régionaux (DSCr) chez l'enfant autiste. En effet, le débit sanguin augmentant avec l'activité cérébrale, on peut identifier les régions qui sont actives lors d'une tâche donnée. Chez l'homme, le DSC est mesuré soit en tomographie par émission de photons simples (TESP) soit en TEP. Couplées avec l'IRM, ces techniques permettent de mesurer le DSC dans une région du cerveau bien déterminée. Nous avons donc mesuré les débits sanguins en l'absence de toute stimulation. Puis nous avons calculé les variations des débits dans les mêmes régions pendant une stimulation auditive simple et non verbale (bip, bip...).

Chez des enfants autistes de 5 à 10 ans, la comparaison avec des enfants témoins de même âge n'a pas permis de détecter d'anomalies localisées du DSC. Au même âge chez l'enfant témoin, le DSC augmente pendant les stimulations dans la région temporale gauche incluant les zones impliquées dans le traitement du langage alors que, chez l'enfant autiste, les mêmes stimulations augmentent le DSC du côté temporal droit , une zone impliquée non dans le décodage des sons simples mais dans celui des mélodies (fig. 2).

La normalité des débits en l'absence de stimulations généralement observées chez l'enfant autiste de 5 à 10 ans peut écarter l'existence d'une lésion cérébrale chez l'enfant autiste. Toutefois, des particularités du cervelet ont été décrites en IRM, en 1988, chez des adultes autistes par Eric Courchesne(6). De plus, certaines structures profondes comme l'hippocampe n'ont pas été encore explorées du fait de l'insuffisante résolution des techniques d'imagerie actuelles.

En revanche, l'augmentation du DSC dans une région inattendue confirme bien que le cerveau de ces enfants est l'objet d'un dysfonctionnement global ou partiel. Autrement dit, les structures cérébrales sont en place, ne comportent aucune lésion connue, mais leur fonctionnement est déficient. La TEP et l'IRM fonctionnelle (IRMf), associées à des protocoles d'examen spécifiques, devraient permettre à l'avenir de distinguer ce qui est global de ce qui est partiel.

Ces résultats sont atténués par la grande diversité interindividuelle. En effet, dans un cas sur cinq, les stimulations auditives ne modifient pas le DSC. Ce groupe rappelle celui pour lequel aucun PEA n'est enregistré quelle que soit l'intensité du son. Mais là encore aucune relation directe n'a été prouvée.

En outre, nous avons montré chez des enfants autistes de 2 à 4 ans qu'il existe une diminution du DSC dans une vaste région frontale en comparaison avec des enfants non autistes de même âge(7,8). Il est identique à celui qui est mesuré chez un enfant normal âgé de 1 an, ce qui laisse supposer l'existence d'un retard de maturation du cerveau antérieur chez les très jeunes autistes (fig. 3). Ce résultat est bien lié à l'âge car les mêmes enfants revus quelques années plus tard ont des débits sanguins normaux.

Au total, l'enregistrement des PEA et la mesure du débit sanguin cérébral mettent en évidence une certaine diversité des réponses cérébrales aux stimulations sensorielles chez les enfants autistes, ce qui laisse supposer l'existence de processus pathologiques variables d'un enfant autiste à l'autre. Leur point commun est un trouble de la maturation du cerveau frontal, qui induirait des dysfonctionnements complexes de la perception et de l'intégration des différentes informations sensorielles chez tous les jeunes enfants autistes.

Comment peut-on interpréter ces premières conclusions ? En 1986, l'équipe de Harry Chugani, de l'université de Los Angeles, a mesuré la consommation régionale du glucose par TEP chez des enfants normaux âgés de 5 jours à 15 ans(9). Cette consommation est liée à l'activité des neurones, dont le seul carburant est le glucose, et au nombre de connexions qu'ils établissent entre eux. Chugani et ses collaborateurs ont montré que les lobes frontaux utilisent peu de glucose à la naissance, autant que ceux de l'adulte vers l'âge de 2 ans, deux à trois fois plus entre 3 et 4 ans, puis stabilisent leur consommation jusqu'à l'âge de 9 ans, avant de revenir progressivement aux valeurs adultes.

Entre la naissance et l'âge de 2 ans, le nombre de connexions entre neurones augmente intensément, notamment au niveau frontal, d'où l'augmentation importante de la consommation du glucose pendant cette période. La période postnatale coïncide ainsi avec le développement de grands « systèmes » rassemblant des milliers de neurones et qui sont capables de moduler l'activité des voies nerveuses se projetant dans les lobes frontaux.

Compte tenu du déficit du débit sanguin frontal chez les autistes de moins de 5 ans, une interprétation possible est que, chez eux, la phase de développement de ces grands systèmes cérébraux est retardée ou se produit différemment. Il ne s'agit sans doute pas d'un simple trouble du métabolisme d'un messager chimique (neuromédiateur) transmettant les informations nerveuses de neurone à neurone.

De nombreuses études ont testé cette hypothèse, mais les résultats ont été souvent contradictoires.

Etant donné la diversité des symptômes observés, des syndromes associés et des antécédents familiaux de ces enfants, on peut penser que les causes du trouble du développement cérébral sont probablement multiples : « anomalies » de gènes impliqués dans la construction du cerveau, cause toxique ou infectieuse in utero interférant à un moment crucial du développement des centres nerveux impliqués dans l'adaptation et la communication.

Bernard Garreau, Monica Zilbovicius

(1) D. Sauvage, Autisme du nourrisson et du jeune enfant (0-3ans) , Masson, 1984.

(2) N. Bruneau et al. , Electroenc. Clin. Neurophys. 40 , 584, 1987.

(3) J. Martineau et al., Electroencéphal. Clin. Neurophysiol., 82 , 60, 1992.

(4) S. Baron-Cohen et al., Cognition, 21 , 37, 1985.

(5) S. Baron-Cohen, J. Child Psychol. Psychiat., 30 , 285, 1989.

(6) E. Courchesne et al., N. Engl. J. Med., 318 , 1349, 1988.

(7) B. Garreau et al., Dev. Brain Dysfunct., 7 , 119, 1994.

(8) M. Zilbovicius et al. , Am. J. Psy, 151 , 924, 1994.

(9) H.T. Chugani et al., Ann. Neurol., 22 , 487, 1987.

Une mauvaise maturation du cortex est-elle à l'origine de cette pathologie ?
Publicité
Publicité
"Au bonheur d'Elise"
Visiteurs
Depuis la création 2 429 175
Newsletter
Publicité
"Au bonheur d'Elise"
Archives
Publicité