Autisme : le Pr. Montagnier se sert de l'Académie de médecine
rédigé le 22 mars 2012 par Cécile Guéry-Riquier, mis à jour le 22 mars 2012 /
Le traitement par antibiotiques de l'autisme, l'idée n'est pas nouvelle, et les études précédentes ne montrent pas une réelle efficacité. Pourtant le Pr. Guy Montagnier a présenté un exposé à l'Académie de médecine intitulé "Recherche sur l'autisme, la piste microbienne". Au grand étonnement des académiciens.
Surpris, voire scandalisés, les membres de l'Académie de médecine sont sortis abasourdis de la séance qui a eu lieu ce mardi 20 mars 2012, devant leurs yeux.
Pendant 45 minutes, le Pr. Luc Montagnier, prix Nobel de médecine, a défendu les recherches sur "la piste microbienne" de l'autisme, en soutenant que les antibiotiques permettraient d'améliorer un grand nombre d'enfants atteints.
Le Pr. Montagnier aurait beaucoup insisté pour que cette conférence soit filmée, par une équipe de tournage qui l'accompagnait.
Il a affirmé "on compte chaque année en France 5 000 nouveaux cas d'autisme ou de troubles apparentés", a-t-il dit notant le caractère "multifactoriel" de ce syndrome des troubles de la communication.
C'est "une véritable épidémie" que les facteurs de prédisposition génétique ne peuvent à eux seuls expliquer". Il est donc "logique de s'intéresser à des facteurs environnementaux nouveaux". En particulier, aux pesticides, a-t-il poursuivi en évoquant aussi une exposition accrue aux "radiations électromagnétiques non ionisantes".
Facteurs environnementaux et génétiques participeraient à un phénomène de "stress oxydatif" susceptible de provoquer des "modifications neuronales" et un dysfonctionnement immunitaire. Les enfants autistes souffriraient ainsi d'infections chroniques.
Le Pr. Montagnier a fait état de "55 % d'amélioration rapide" obtenus avec des cures d'antibiotiques sur 97 autistes, en notant que "les enfants réagissent beaucoup mieux avant l'âge de 7 ans".
"Il est important de confirmer ces résultats par des essais contrôlés (un groupe recevant le traitement, l'autre un placebo)", a-t-il ajouté.
Agacement collectif
Habituellement, les présentations ne sont pas suivies de questions des auditeurs. Mais face à l'agacement collectif, le président de séance a donné la parole au Pr. Gilbert Lelord, pédopsychiatre spécialiste de l'autisme.
Celui-ci a regretté l'absence de démonstration scientifique, sans référence à aucun cas-témoin et sans preuve de reproductibilité.
Il a par ailleurs rappelé que l'antibiothérapie à haute dose proposée par le Pr. Montagnier n'est pas la première tentative de traitement de l'autisme par voie médicamenteuse, mais que les leçons des essais historiques menés sur la vitamine B6 et la fenfluramide dans les années 1970 et 1980 exigent de la prudence.
En effet, lorsque ces produits étaient administrés en ouvert, on observait plus de 60 % de résultats favorables. Quand ils ont été prescrits dans des essais contrôlés, on n'a plus recueilli que 20 % de résultats positifs".
Aujourd'hui, la fenfluramine n'est plus guère étudiée. Quant à la vitamine B6, une analyse de la Cochrane publiée en 2009 ne retrouve que trois études remplissant les critères de sélection, dont une seule exploitable, et conclut que les données sont insuffisantes pour pouvoir la recommander.
Le secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine, le Pr. Raymond Ardaillou, tient à rappeler que les membres de l'académie s'expriment en leur seul nom, que ces propos ne sont prouvés en rien, et qu'il faudra les démontrer au cours d'une étude validée par d’autres médecins. Les conférences sont sous la seule responsabilité de leur auteur. C'est la raison pour laquelle le texte de cette conférence ne paraîtra ni dans son Bulletin, ni sur son site Internet.
Vive émotion, ce jour, dans la communauté médicale spécialisée. Qu’on en juge. Prix Nobel 2008 de médecine pour avoir participé à la découverte (c’était en 1983) du VIH le Pr Luc Montagnier estime que des médicaments antibiotiques seraient efficace contre l’autisme. Il vient de tenir une « conférence » en ce sens sous les ors de l’Académie nationale de médecine. Cette prestigieuse institution est encore sous le choc devant ce qui apparaît aux yeux de nombre de ses membres comme un propos déraisonnable; pour user d’un euphémisme. On attend les suites et tout particulièrement la réponse de l’Académie dont plusieurs des membres confient être scandalisés.
« Nous sommes dramatiquement revenus à la médecine du XVIIème siècle ». Prononcée au sortir de la séance du mardi 20 mars cette formule d’un académicien résume fidèlement l’état d’esprit des membres de cette compagnie présents ce jour là sous les ors de la rue Bonaparte. D’autres parlent, tout simplement, de scandale, de déshonneur. Pourquoi tant d’émotion? Quels sont les faits ? L’affaire a été assez parfaitement résumée par une dépêche mandée dans la soirée du même jour par l’Agence France Presse. La voici:
« France, Paris. Le professeur Luc Montagnier, prix Nobel de Médecine, a défendu les recherches sur « la piste microbienne » de l’autisme devant l’Académie de médecine, en soutenant que les antibiotiques permettraient d’améliorer un grand nombre d’enfants atteints. Une minute de silence, en hommage aux victimes des tueries de Toulouse et Montauban, a précédé son exposé, applaudi mardi, sur ce sujet controversé.
« On compte chaque année en France 5.000 nouveaux cas d’autisme ou de troubles apparentés », a-t-il dit notant le caractère « multifactoriel » de ce syndrome des troubles de la communication. C’est « une véritable épidémie » que les facteurs de prédisposition génétique ne peuvent à eux seuls expliquer ». Il est donc « logique de s’intéresser à des facteurs environnementaux nouveaux ». En particulier, aux pesticides, a-t-il poursuivi en évoquant aussi une exposition accrue aux « radiations électromagnétiques non ionisantes ».
Facteurs environnementaux et génétiques participeraient à un phénomène de « stress oxydatif » susceptible de provoquer des « modifications neuronales » et un dysfonctionnement immunitaire. Les enfants autistes souffriraient ainsi d’infections chroniques. Le Pr Montagnier a fait état de « 55% d’amélioration rapide » obtenus avec des cures d’antibiotiques sur 97 autistes, en notant que « les enfants réagissent beaucoup mieux avant l’âge de 7 ans ». « Il est important de confirmer ces résultats par des essais contrôlés » (un groupe recevant le traitement, l’autre un placebo) », a-t-il ajouté. Après la projection de vidéos montrant les progrès d’enfants traités qui se sont mis à parler et à pouvoir aller à l’école, il a néanmoins jugé ces résultats « spectaculaires » car ils « indiquent qu’une fois sur deux, l’autisme n’est pas un condamnation à vie ».
« Les antibiotiques représentent une piste intéressante. Mais je veux limiter l’espérance qu’elle suscite », a relevé Gilbert Lelord, pédopsychiatre spécialiste de l’autisme. Des pourcentages d’amélioration similaires obtenus avec d’autres produits (vitamine B6…) lors de ce type d’essais, n’ont pas été confirmés après des essais contrôlés, a prévenu ce professeur émérite. BC/ei »
Selon les informations que nous avons pu rapidement recueillir il apparaît que le Pr Luc Montagnier avait déployé une grande énergie pour obtenir de s’exprimer sur ce thème devant ses pairs académiciens; obtenir aussi que son intervention soit filmée dans ce cadre prestigieux que certains tiennent pour quelque peu suranné. Il est d’autre part acquis qu’il ne s’agissait pas ici d’une « communication » ayant emprunté le cheminement qui sied habituellement au secrétaire perpétuel de cette Académie. Il s’agissait encore moins d’un rapport présenté au nom d’une commission. Mais, plus simplement d’une « conférence » ouverte par ailleurs au public et à la presse. Un moment très bizarre pour reprendre le mot d’une personne habituée aux cérémonies académiques du mardi de chaque semaine.
L’exercice rituel des questions au conférencier n’était pas prévu par le protocole. Toutefois, percevant sans doute un agacement collectif grandissant, le président de séance jugea préférable de donner la parole au professeur Gilbert Lelord, le spécialiste aujourd’hui historique (terme parfois traduit par celui d’émérite) de l’autisme en France.
« Avec l’élégance et la distinction courtoise qui le caractérise le Pr Lelord a cherché avec diplomatie de prendre au mieux les distances qui s’imposaient, confie un témoin. Il a notamment rappelé l’absolue nécessité d’une évaluation des faits allégués. » Silence.
On observera que cette affaire émerge peu après la très vive polémique qui vient d’opposer dans de nombreux médias, toujours sur le front de l’autisme, les tenants d’une approche médicale et scientifique (pour faire court) aux militants défenseurs des vertus thérapeutique des courants analytiques. Nous avons pour notre part évoqué cette polémique ici-même. Cette émergence survient aussi alors que l’autisme a été décrété grande cause nationale 2012
Alors? On pourrait certes tenir cet évènement pour quantité négligeable, n’y voir qu’une anecdote à tenir impérativement en marge de l’histoire de la médecine et du combat scientifique et médical contre ce drame et cette impasse que constitue l’autisme et les syndromes autistiques. On peut aussi soutenir le contraire. Sauf à tenir pour quantité négligeable deux institutions et les symboles qu’elles portent : d’une part celle en charge depuis deux siècles conseiller le gouvernement français sur sa politique de santé et, de l’autre, le prix Nobel de médecine.
On pourrait aussi, pour ce qui concerne le co-lauréat du millésime 2008, ne voir qu’une nouvelle étape d’un parcours personnel, atypique et déroutant. Il semble que ce soit le cas mais que ce parcours ait croisé depuis des personnalités et des associations qui oeuvrent bien loin dans les marges de la démarche médicale scientifique rationnelle. Bien loin en marge pour ne pas écrire contre.
Voici, pour tenter de comprendre, ce que nous écrivions dans les colonnes du Monde le jour où le prix Nobel lui avait été attribué:
« Le parcours professionnel de Luc Montagnier est sans aucun doute atypique dans la communauté médicale française. C’est que l’homme a une personnalité complexe. Nombre de ses pairs lui reprochent volontiers une surexposition médiatique. Ils dénoncent aussi, en privé, le fait qu’il use publiquement de sa notoriété pour développer des hypothèses, concernant notamment la lutte contre les maladies dégénératives, qu’ils jugent, au mieux, fort peu crédibles en l’état actuel de la science.
Né le 18 août 1932 à Chabris (Indre) dans un milieu modeste, il se souvient avoir, dès l’enfance, envisagé une carrière scientifique. C’est d’abord la physique nucléaire, sur laquelle il fait une croix après Hiroshima. Il s’oriente alors vers des études de médecine et de sciences. En 1955, il est nommé assistant à la faculté des sciences de Paris, avant de centrer ses recherches sur les virus animaux, notamment ceux dont le patrimoine génétique est constitué d’ARN, et sur les liens pouvant exister entre ces virus et les processus cancéreux.
Après plusieurs stages à l’étranger, il crée, en 1972, l’unité d’oncologie virale dans le nouveau département de virologie de l’Institut Pasteur de Paris. Il est l’un des rares en France à élargir le champ de ses recherches à l’interféron ainsi qu’aux « agents transmissibles non conventionnels ». Ces derniers, qui prendront plus tard la dénomination de prions pathologiques, seront au coeur du drame français de l’hormone de croissance contaminée, puis de l’affaire internationale de la vache folle.
EN MARGE DES INSTITUTIONS
Diriger l’équipe qui découvre, en 1983, le virus responsable du sida, puis être au centre de la controverse franco-américaine sur ce thème lui confère bientôt une renommée internationale. Pour autant, on le voit progressivement développer une activité personnelle en marge des institutions officielles. Meurtri de devoir quitter l’institution pastorienne dès ses 65 ans, il part un moment aux Etats-Unis avant de créer une fondation internationale sous l’égide de l’Unesco.
Affirmant haut et fort sa liberté, il ne craint pas de s’aventurer sur de nouvelles frontières, aux confins de la science officielle et d’une autre qui l’est moins, ou qui peine à le devenir. Mieux, il revendique cette échappée, allant jusqu’à expliquer que le sida est aussi une pathologie multifactorielle. On le voit alors se passionner pour les impacts du stress oxydatif et des alimentations déséquilibrées, dénoncer les impasses de la médecine contemporaine et prononcer de sévères réquisitoires contre l’organisation de la recherche en France. Ses ennemis le disent hautain, mesquin, parfois méprisant ? Ce solitaire réfute en bloc, dénonce la jalousie, règle quelques comptes personnels dans un monde qui est tout sauf tendre.
On avait croisé cet agnostique en 1989 au Vatican, où il défendait haut et fort l’usage des préservatifs masculins contre la progression du sida. On l’y retrouva en septembre 2002, prescrivant d’étranges extraits de papaye fermentés au pape Jean Paul II alors atteint d’une forme évoluée de la maladie de Parkinson. Ses pairs se gaussent ? Il sourit.
Jean Paul II était alors âgé de 82 ans. Luc Montagnier vient de recevoir le Nobel à 76 ans. Persuadé d’être la cible de quelques puissants mandarins, il confiait être convaincu de ne pas l’obtenir avant ses 85 ans. Le professeur, cette fois, s’était trompé. »
Les antibiotiques contre l’autisme après les extraits fermentés de papaye? Celui que nous avions, pour des raisons professionnelles, longuement fréquenté durant une trentaine d’années, nous avait alors rapidement fait savoir qu’il n’avait guère goûté nos lignes. S’il est amené à les lire sans doute ne goûtera-t-il pas plus celles d’aujourd’hui. Au delà d’une simple affaire de goût et de forme l’urgence -pour nous tous, à commencer par les malades – est ailleurs: revenir, si c’est possible, au fond.
Dans la plupart des cas de suspicion de TED, d’autisme et/ou de troubles associés, il est conseillé aux parents de se tourner vers le CRA, Centre Ressources Autisme, de leur région.
Mais qu’est ce qu’un CRA, quelles sont ses missions, comment s’organise-t-il, et que peut-on en attendre?
La définition officielle d’un CRA est la suivante:
« Un centre de ressource est constitué par une équipe pluridisciplinaire, spécialisée et expérimentée sur le syndrome autistique, mettant en oeuvre des actions de diagnostic précoce, de recherche, d’aide, de soutien, d’information, de formation, de conseil et d’expertise auprès des familles et des professionnels médico-sociaux et de santé. »
Les premiers CRA de France ont été créés à la fin des années 90. Ces entités regroupent donc des équipes pluridisciplinaires, autour d’un mode d’organisation local. En effet, il n’y a pas une organisation type valable sur tout le territoire. Cela dépend de l’histoire locale des équipes déjà existantes. Cependant, les CRA s’articulent presque toujours autour d’une unité de coordination, d’une unité documentaire, et d’une ou plusieurs unités d’évaluation, celles-ci n’étant pas forcément géographiquement au même endroit que l’unité documentaire. Souvent les unités d’évaluation se trouvent au sein des hôpitaux (CHU ou hôpitaux psychiatriques).
Néanmoins, si le mode d’organisation, tout comme la forme juridique, est variable, le « cahier des charges » et les missions d’un CRA sont les mêmes, et s’articulent autour d’une démarche commune. Les documents de référence sur lesquels s’appuient les CRA pour l’évaluation et le diagnostic sont les recommandations de l’Agence Nationale de l’Evaluation et de la qualité des établissements et services Sociaux et Médico-sociaux (ANESM) et celles de la Haute Autorité de Santé (HAS).
Les missions
Un CRA a plusieurs missions:
le diagnostic,
la documentation,
la mise en réseau,
la recherche,
l’orientation,
la formation.
Le diagnostic
Le dépistage et le diagnostic sont une des premières missions d’un CRA. Pour ce faire, les centres travaillent en collaboration avec des équipes de « premièreligne » (généralistes, pédiatres, PMI, etc.) et de deuxièmeligne (CMP, CMPP, CAMSP, etc.).
Pour répartir les rôles, disons que les praticiens de premièreligne sont ceux qui dépistent, ceux de deuxième ligne sont ceux qui organisent le soin (ou prise en charge).
En effet, il faut savoir que, dans l’idée, le CRA ne fait pas du diagnostic de première intention. Le premier diagnostic doit normalement être mené par les professionnels de santé de proximité (ceux de première et deuxièmeligne cités plus haut).
Le CRA est une équipe relais qui appuie et forme les professionnels de proximité (circulaire interministérielle DGCS/DGOS/DGS/CNSA no 2010-292 du 27 juillet 2010 relative à la mise en oeuvre régionale du plan autisme 2008-2010).
Le CRA n’intervient qu’à partir du moment où l’un de ces praticiens demande l’intervention du CRA, en cas de diagnostic complexe ou de difficultés, voire de désaccord, entre famille et praticiens. C’est pour cela qu’en règle générale les familles ne peuvent demander directement un rendez-vous de dépistage au CRA, et qu’ils doivent donc passer par la recommandation d’un pédiatre, d’un neuropédiatre ou d’un pédopsychiatre.
C’est souvent une incompréhension qui revient parmi les familles touchées par l’autisme qui s’interrogent sur les conditions d’accès au CRA. Il n’y pas en la matière une volonté de rendre l’accès encore plus difficile ou de refuser du diagnostic, simplement un type de fonctionnement qui mériterait d’être expliqué par les professionnels pour dissiper les malentendus.
Le but d’un diagnostic fait dans le cadre d’un CRA est également de transmettre une synthèse aux parents et aux professionnels qui prennent en charge les enfants. Le parcours des enfants est varié, des professionnels différents ont pu se succéder et la perte d’information est grande. Le CRA permet de synthétiser et de standardiser la transmission d’informations.
La documentation, l’information
Tout CRA dispose d’un centre documentaire où des ouvrages sont consultables sur place. De même, ils ont en général des sites web avec accès à des bases de données documentaires énormes, de plusieurs milliers de publications. Toute personne peut accéder à ce fonds documentaire, il ne faut surtout pas hésiter!
En effet, une des missions du CRA est d’informer, les professionnels comme les parents, et d’améliorer la connaissance de l’autisme et des TED afin de sensibiliser le grand public.
La mise en réseau
Les CRA étant centre de RESSOURCES pour les professionnels, ils mettent également ceux-ci en relation les uns avec les autres, et créent des réseaux de compétences autour de l’autisme. Les CRA ont également un rôle de conseil auprès des MDPH et de l’Education Nationale.
Via l’Association Nationale des Centres de Ressources Autisme (ANCRA), il y a un travail d’homogénéisation des outils diagnostics, et également un soutien financier apporté aux formations à l’utilisation de ces outils.
La recherche
Celle-ci est basée sur la récupération de données concernant la recherche scientifique fondamentale, en quelque sorte, mais surtout de recherche sur les outils d’évaluation. Les CRA collectent dans ce cadre également beaucoup de données, et réalisent des études sur divers aspects de l’autisme. Par exemple, des études sur l’autisme et les troubles du sommeil, ou des travaux de traduction et de validation selon les normes françaises d’outils internationaux (échelle de Vineland, notion du quotient d’empathie, etc.). Pour ce faire, les CRA s’appuient sur le réseau de professionnels et de parents.
L’orientation
Le CRA a un rôle de conseil, d’aide, de soutien, et d’expertise, auprès des familles, pas seulement des professionnels. Ils ont connaissance de toutes les structures d’accueil, de prise en charge, existantes dans leur zone géographique. De même, le CRA a un rôle de conseil et d’orientation en matière de formation.
La formation
La formation est un des axes prioritaires à l’heure actuelle des CRA: formation des professionnels, bien sûr (identification des besoins de formation, formations au dépistage et au diagnostic selon les recommandations de la HAS, formation aux outils de diagnostic, etc.), la formation de formateurs, et également faire connaître aux familles et proches de personnes avec TED/autisme les formations existantes.
À titre d’exemple, le CRA Rhône-Alpes a formé la moitié des CMP du département du Rhône au dépistage et au diagnostic, dans le cadre de ses actions de formation prioritaires pour la région Rhône-Alpes, qui sont:
la formation de formateurs,
le dépistage dès la petite enfance,
la diffusion des recommandations de bonnes pratiques de la HAS.
Dans un prochain article, je vous ferai part des informations sur les différents types de tests et d’évaluation que les CRA mettent en oeuvre pour le diagnostic, sur la base d’un socle commun.
Le Français Laurent Mottron, psychiatre et chercheur en neurosciences cognitives résidant au Québec, est directeur scientifique du Centre d'excellence en troubles envahissants du développement de l'Université de Montréal (Cetedum). Les recherches de son équipe, qui a publié plusieurs dizaines d'articles dans les meilleures revues scientifiques, permettent d'affirmer que les autistes pensent, retiennent, s'émeuvent, et surtout perçoivent différemment des non-autistes. Ce groupe défend l'idée que la science, en considérant l'autisme comme une maladie à guérir, passe à côté de sa contribution intellectuelle et sociale.
A propos des recommandations récemment publiées par la Haute autorité de la santé (HAS) en matière de prise en charge de l'autisme, notamment celles qui concernent l'approche comportementaliste ABA (Applied behavioral analysis, ou Analyse appliquée du comportement ), le docteur Mottron nous a adressé la réaction suivante :
Le rapport argumentaire de la HAS et ses recommandations sont dans leur quasi totalité un travail remarquable. Je soutiens sans réserve l'approche éducative, – tous les autistes doivent aller à l'école régulière par défaut, avec accompagnent si nécessaire – comme je soutiens les thérapies cognitivo-comportementales pour les autistes verbaux. Ces dernières n'ont rien à voir avec les interventions comportementales précoces ou ABA, qui s'adressent aux enfants d'âge préscolaire, et que je désapprouve – mais les français mélangent tout dans le domaine, il n'y connaissent rien faute d'y avoir été exposé à cause de la psychanalyse, et ne font aucune nuance entre des techniques qui n'ont à peu près rien à voir entre elles.
Quand je vois "techniques éducatives et comportementales", dans la même phrase, je mesure à quel point en France actuellement on pense que les ennemis de mes ennemis sont forcement mes amis. J'ai même ma photo chez les lacaniens, avec cette logique! Alors que pour moi la psychanalyse n'a rien à dire ni à faire avec l'autisme. La psychanalyse est une croyance, une pratique qui doit rester limitée à un rapport entre adultes consentants. On doit la sortir du soin, des enfants en particulier (et pas seulement de l'autisme). Je suis parti au Canada pour fuir cela il y a vingt ans.
La seule chose que je critique dans le rapport de la HAS, comme scientifique et clinicien de l'autisme et j'ai le droit de le faire, parce que cette technique à été rendue obligatoire au Québec en 2003, avec pour effet de monopoliser tous les budgets, avec des résultats non démontrés, et la conséquence de laisser les adultes autistes sans ressource, c'est la place qu'il fait à l'ABA. Le rapport évalue mal les données sur lesquelles il se base pour lui donner la cote B. Les résultats de l'ABA sont gonflés, cette technique pose de gros problèmes éthique, elle se fonde sur une science périmée. L'HAS a pris sur ce point une position plus généreuse que le rapport Warren (2011) de l'académie de pédiatrie américaine, qui lui donne une cote moins bonne de C, selon une échelle comparable. Mais qu'on ne me fasse pas dire que je soutiens la psychanalyse parce que je critique l'ABA.
A écouter absolument : je me reconnais parfaitement dans les propos, d'une justesse remarquable, tenus par Danièle Langloys, président d'Autisme France. Sa connaissance de l'autisme alliée à sa vision de ce qui devrait exister, les difficultés identifiées etc. Des propos remarquables d'autant qu'ils sont empreints de bon sens et toujours argumentés.
Ajoutons que son fils autiste à 27 ans ... Elise atteindra cet âge en avril prochain ... Nous avons sans aucun doute suivi des trajectoires parallèles et quelque peu similaire. Merci Danièle Langloys !
Merci également à Bertrand Jordan, biologiste moléculaire de grande réputation, directeur de recherches émérite au CNRS qui nous éclaire sur la complexité des causes de ce handicap. Il est notamment l'auteur du livre Autisme, le gène introuvable De la science au business (le lien propose la lecture des 2 premiers chapitres)
(Jean-Jacques Dupuis)
par Mathieu Vidard du lundi au vendredi de 14h à 15h
l'émission du lundi 12 mars 2012
L'Autisme, grande cause nationale 2012 (curseur 9'30)
En janvier dernier, le label "Grande cause nationale 2012" a été attribué au collectif d'associations "Ensemble pour l'autisme" tandis que la Haute autorité de santé a publié ce 8 mars 2012 une série de recommandations de bonne pratique pour le diagnostic et la prise en charge de l'autisme. Ce lundi, "La Tête au carré" fait le point sur les connaissances scientifiques et médicales au sujet de cette maladie qui touche en France 600 000 personnes. Comment reconnaître l'autisme, le traiter et prendre en charge les enfants autistes, mais aussi les adultes ? Où en la recherche sur les causes et les mécanismes de ce trouble encore trop mal connu ?
Autisme et recherche : pistes multiples pour troubles complexes
De Brigitte CASTELNAU (AFP) – Il y a 1 jour
PARIS — Imagerie cérébrale, études génétiques, facteurs d'environnements: la recherche se diversifie pour avancer dans la compréhension du vaste et complexe domaine de l'autisme, allant des formes intelligentes à celles avec retard mental.
La prise en charge de l'autisme fait l'objet de violents débats, et d'une guerre de pétitions, dans un contexte de manque criant de places d'accueil, à la veille de la publication, jeudi, des recommandations de la Haute autorité de santé (HAS).
L'autisme et le syndrome autistique ont en commun un trouble handicapant de la communication cérébrale, selon le professeur Catherine Barthélemy (Inserm, Tours). Les deux grandes pathologies associées sont l'épilepsie et la déficience intellectuelle, ajoute-t-elle.
Un enfant sur 150 est concerné par ces troubles envahissant du développement (TED), notait l'HAS dans un rapport de 2010.
Mais la fréquence de l'autisme fait aussi débat, comme l'a souligné la revue scientifique Nature en novembre dernier, citant une proportion d'un cas sur 110.
L'autisme, quatre fois plus fréquent chez les garçons, apparaît comme une pathologie du développement cérébral multifactoriel, qui justifie une recherche diversifiée.
Les chercheurs se sont lancés dans l'analyse du génome des patients pour tenter de mieux comprendre les facteurs de vulnérabilité - hérités ou non - impliqués. Des centaines de variations génétiques ont été mises en évidence, mais leur interprétation n'est pas aisée.
"L'autisme est un trouble très complexe résultant de nombreuses variables qui impliquent des centaines de gènes", selon le Dr Scott Selleck, biologiste moléculaire (Université de Pennsylvanie, Etats-Unis). Il s'agit notamment de déterminer si certaines substances "altèrent l'expression génétique de certains sujets vulnérables au stade de leur développement", selon ce chercheur.
Il y a en effet une "période critique" du développement cérébral entre la fin de la grossesse et l'âge de 4 ans : "les connexions nerveuses se font par milliards" en particulier à cette période de la vie, relève le Pr Barthélemy. Même si, ajoute-t-elle "le cerveau n'est jamais fini".
Des modèles animaux et cellulaires ont été développés pour explorer ces hypothèses voire tester des médicaments.
Ainsi, des expériences sur des souris génétiquement prédisposées au syndrome de Rett, trouble associé à l'autisme, ont montré que leur exposition pendant la vie foetale à un produit antifeu courant aboutissait à des effets similaires à ceux de l'autisme sur le développement cérébral.
Allant dans le sens d'un début prénatal des troubles, des chercheurs ont récemment mis en évidence un excès de neurones dans le cortex préfrontal des autistes (+ 67% en moyenne).
Des travaux importants sont également conduits dans le domaine de l'imagerie cérébrale.
Les chercheurs travaillent sur l'utilisation de l'imagerie (IRM, etc.) ou plutôt sur la "mise en image" (incluant diverses techniques : cartographie du cortex cérébral, l'électrophysiologie qui mesure à la milliseconde près l'influx nerveux...) pour éclairer les fonctionnements cérébraux en cause et pouvoir évaluer l'effet de thérapies, explique à l'AFP le Pr Barthélémy.
Les différences observées dans le cerveau de l'enfant autiste concernent des zones impliquées dans la perception du regard, des mouvements du visage ou du corps, qui sont à la base de l'interaction sociale, selon les chercheurs.
Chez des enfants autistes, des cas lourds avec déficience intellectuelle modérée, au bout de deux ans de thérapie, basée sur la rééducation (stimulation) des réseaux cérébraux de la communication sociale, on obtient des résultats se rapprochant des enfants ordinaires en matière de reconnaissance faciale, se réjouit prudemment le Pr Barthélémy.
D'autres chercheurs, parmi lesquels le professeur Luc Montagnier, s'intéressent à la piste bactérienne.
coordonné par Yves Tillet et le Comité de rédaction
On parle beaucoup des maladies du vieillissement, mais on parle moins de celles qui surviennent à l'autre bout de la vie, au cours du développement, comme l'autisme. Plusieurs résultats récents apportent des éclairages nouveaux sur cette pathologie et il nous a semblé nécessaire de faire le point sur ce sujet.
INTRODUCTION L'autisme de l'enfant
L'autisme de l'enfant a désormais réintégré la médecine qu'il n'aurait jamais dû quitter. Léo Kanner qui, en 1943, en a individualisé les principaux signes(1), pensait qu'il s'agissait d'une “incapacité innée à établir des contacts avec les personnes, biologiquement prévue...”
Hélas à partir des années 1960, une formidable vague d’obs- curantisme a déferlé sur ce trouble pour l’arracher à la médeci- ne, encore perceptible aujourd’hui. L’épilepsie, mal sacré, a failli connaître le même sort. Mais, il y a près de 2500 ans, Hippocrate a redressé la barre: “La maladie dite sacrée ne paraît rien avoir de plus divin et de plus sacrée que les autres...”.
De la même façon, on a assisté à la sacralisation de l’enfant autiste, tandis que la mère était diabolisée. Marcel Proust, dans “La Recherche”, a bien prévu de telles situa- tions en écrivant: “les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances”.
Ce dossier vient à point pour dresser un état des lieux de la recherche sur l’autisme. On ne peut que remercier le Comité de Rédaction de la Lettre des Neurosciences de contri- buer à privilégier ces faits. Il a fait de bons choix en donnant la parole aux meilleurs spécialistes du domaine. Catherine Barthélémy, physiologiste, psychiatre et pédiatre est le numéro 1 de l’autisme, car elle associe recherche clinique, biologique et thérapeutique(2). Frédérique Bonnet-Brilhaut, également polyvalente, prend le même chemin. Thomas Bourgeron et Richard Delorme sont des spécialistes de la génétique, ils présentent ici la contribution des facteurs génétiques aux troubles du spectre autistique. Deux nou- velles voies de recherches sont également abordées par Nouchine Hadjikhani sur le rôle des neurones miroirs et par Elissar Andari à propos de l’ocytocine. Enfin, Bérengère Guillery-Girard et Francis Eustache présentent l’étonnant fonctionnement mnésique dans l’autisme, sans oublier les travaux de mon ami Y. Ben-Ari réalisés avec E. Lemonnier sur le rôle du GABA.
Bien sûr, ce sont encore de petits pas, mais plusieurs petits pas peuvent aboutir à un grand pas(3). C’est ce qu’espèrent “professionnels”, enfants et parents.■
Institut Pasteur : Thomas Bourgeron - Génétique humaine et fonctions cognitives
Les gènes de l'autisme Depuis le début des années 2000, les premiers gènes impliqués dans l'autisme ont été découverts. La difficulté de la recherche sur cette maladie réside dans le fait que pour chaque enfant touché par la maladie, un gène différent est impliqué. Depuis 2 ans, les premiers modèles animaux ont permis de tester l'impact des gènes mis en cause dans les interactions sociales et la communication entre individus. Thomas Bourgeron est Professeur à l'université Denis Diderot Paris 7, et responsable du groupe « Génétique humaine et fonctions cognitives » à l'Institut Pasteur.
Mélatonine et troubles du sommeil
Publié: Samedi 24 Septembre 2011 à 16:19
Mélatonine et autisme Compte-rendu de l’intervention de Thomas Bourgeron Professeur à l’université Denis Diderot Paris 7, responsable du groupe « Génétique humaine et fonctions cognitives », Institut Pasteur, Paris. Rédigé par Sophie Biette, Virginie Schaefer et René Tuffreau. le Bulletin scientifique de l’arapi — numéro 27 — printemps 2011 – pp.19-21
Le cycle veille sommeil est variable d’une personne à une autre, Au début de la vie avant qu’il ne se mette en place, c’est le chaos complet. Tous les parents s’en souviennent. Ensuite les phases de sommeil et de veille sont plus longues mais le bébé ne dort pas forcément la nuit et n’est pas toujours réveillé le jour. Il fonctionne, comme on dit en anglais en « free running », libre cours (voir figure 1). L’horloge biologique chez l’humain est calée sur un peu plus de 24 heures. Si nous étions dans une grotte dans le noir sans repères comme des repas à heures fixes, notre cycle circadien (veille-sommeil) décalerait d’environ une demi-heure chaque jour.
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Un jour magique, vers l’âge de 26 semaines, le bébé cale son cycle. Il dort la nuit et gazouille le jour. Pourquoi ? Quel est le donneur du temps ? C’est une molécule synthétisée naturellement dans la glande pinéale, une petite glande située dans le cerveau. Selon René Descartes elle était même le siège de l’âme. Dans certaines espèces elle agit un peu comme un troisième œil car elle permet de « voir » la lumière, Chez l’être humain ce n’est plus directement le cas.
La synthèse de la mélatonine est importante la nuit et faible le jour. La mélatonine est synthétisée à partir de la sérotonine en deux étapes. Cette synthèse a lieu dans la glande pinéale mais aussi dans le tractus gastro-intestinal. La sérotonine, elle, est synthétisée dans plusieurs régions du cerveau, dans l’intestin, les lymphocytes et mastocytes... Ces hormones ont des effets multiples dont la régulation du sommeil.
Quel rapport avec l’autisme ? Revenons au début de notre histoire. Notre équipe a mis en évidence un gêne « perdu »> chez certaines personnes avec autisme. Ce gène, ASMT, partagé par les chromosomes X et Y, code un enzyme qui intervient dans la dernière étape de la synthèse de la mélatonine. Des études avaient démontré un taux de mélatonine très faible chez les personnes avec autisme (Tordjman et al., 2005). Notre équipe a réalisé une recherche en 2008 auprès de 43 personnes avec autisme, 34 parents et 48 contrôles. A chaque fois les personnes autistes ont une augmentation de sérotonine et une baisse de mélatonine. Les parents ont des taux intermédiaires. Une nouvelle étude plus large démarrée en 2010 auprès de 148 personnes avec autisme, 287 parents et 172 témoins confirme ces résultats.
Le déficit de l’enzyme ASMT peut être relié à une faible production de mélatonine. Nous avons donc exploré cette région du génome. De nombreuses CNV (« copy number variations», variations de nombre de copies) ont été mises en évidence, ainsi que des SNP («single nucleotide polymorphisms », polymorphisme d’un seul nucléotide) dans le promoteur qui régule l’expression du gène. On trouve chez les personnes avec autisme des variations d’expression, notamment une baisse de la quantité transcrite. Or ce gène est nécessaire à la synthèse de la mélatonine. Le déficit de mélatonine serait-il alors responsable de l’autisme ?
Des études sont menées dans notre laboratoire afin de mieux comprendre le lien entre déficit en mélatonine et autisme. Citons l’exemple d’une famille où une mutation du gène ASMT «casse » la protéine. Le père ne porte pas la mutation, la mère et leur fils avec autisme la portent (Meike et al., 2008) et ont un taux de mélatonine très faible. Mais le déficit eu mélatonine n’est ni la cause, ni la conséquence de l’autisme, puisqu’il est déjà présent chez la mère qui n’en souffre pas (voir figure 2). Mais ce déficit peut être un facteur de risque.
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D’autres études se sont attachées à la corrélation avec les données cliniques. Aucune corrélation n’a été trouvé entre un faible taux de mélatonine et le QI, langage ou les interactions sociales. Par contre, les stéréotypies étaient corrélées avec un déficit de la mélatonine.
Que sait-on aujourd’hui ? La mélatonine module les courants synaptiques, plus particulièrement inhibiteurs. Elle augmente la neuritogénèse, augmentant, ou diminuant, les contacts entre neurones. Si on supprime la mélatonine chez certains oiseaux, leur chant est plus court. Chez le poisson zèbre, augmenter la mélatonine durant la journée (ce qui fait ressembler le jour à la nuit chez ce poisson diurne) empêche la mémorisation. Il est intéressant de coi que le garçon dans la famille évoquée plus haut, chez qui le taux de mélatonine était à l’opposé, faible de nuit et de jour, présentait des phénomènes d’hypermémoire.
Ces réflexions permettent d’émettre des hypothèses. Il y aurait une anomalie de l’homéostasie synaptique dans l’autisme. Lorsque les synapses sont en activité, on accumule de l’information. Si on atteint la saturation synaptique, c’est la crise d’épilepsie. On a besoin d’une pause, de sommeil, pour réduire le poids synaptique. Le déficit de mélatonine pourrait être lié à une surcharge synaptique dans l’autisme. On ignore si le nombre de synapses est plus élevé ou plus faible chez les personnes atteintes. Mais la mélatonine est une piste pour réduire l’activité de leurs synapses.
Les personnes avec autisme ont souvent un problème de sommeil, elles ne calent pas correctement leur cycle jour et nuit. Si on propose de la mélatonine à une personne avec autisme, il est important de tester différentes heures de prises afin de trouver le bon créneau. Ainsi à 21 h le traitement peut n’avoir aucun effet, alors qu’à 23 h il est efficace. Une étude d’Andersen et collègues en 2006 portait sur 107 enfants. La mélatonine a résolu les problèmes de sommeil chez 27 d’entre eux (25 %), chez 64 (65 %) la qualité du sommeil a été amélioré et chez 18 (15 %) elle n’a eu aucun effet : 85 % est un taux de réussite qui permet de dire que c’est une piste à explorer.
Pour mieux comprendre, un autre projet de recherche est en route, le projet MENDS. C’est une collaboration avec un neuro-pédiatre, Paul Gringas, une étude sur plus de 300 enfants dans 12 centres au Royaume-Uni pour explorer les effets de la mélatonine sur les enfants avec des troubles neuro-développementaux et troubles du sommeil.. Notre équipe de l’institut Pasteur fait les analyses génétiques. Nous espérons pouvoir revenir bientôt présenter des résultats.
A ce jour on peut dire qu’un déficit en mélatonine ne cause pas un autisme. Mais qu’il existe des déficits en mélatonine qui pourraient augmenter le risque de développer un autisme.
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[Gaston Bachelard]
Cette citation illustre parfaitement les débats passionnés autour de l'autisme ...